jeudi 31 mai 2012

Temps mort


Je passe devant chaque jeudi.
 J'entrevois.


Aujourd'hui,
je me suis arrêtée.
Je suis entrée.



En sortant
j'ai remarqué le panneau
que je n'avais jamais vu auparavant.


Classe nomade

Mardi, ça aurait dû être une journée de merde.
Mais ce fut une bonne journée.
D'abord
il a écrit.
Il est en CE2, et ça craint, en anglais et en français. Je suis obligée de retourner la pendule,
sinon, il la regarde sans arrêt.
Mais il arrive qu'on saisisse au vol une petite étincelle dans leur yeux,
et que ça marche.

On a écrit à deux mains
c'était bien.

A Aubusson, d'où j'étais partie un peu contrariée la dernière fois,
on  a  trouvé une solution,
et ce fut calme et productif.

A St Avit
petits bonheurs
étudier "La soupe au caillou" avec cette petite sud-africaine d'à peine sept ans
éclate totale : elle lit avec une intonation remarquable.
J'aime cette élève avec sa peau noire qui vient de loin
j'aime le doux bruissement du travail de cette classe qui me rappelle celles que j'avais
j'aime cette maîtresse
ses valeurs
son organisation
le climat particulier des toutes petites écoles

s'ils ont la chance d'être bien accompagnés
les enfants font aussi l'apprentissage de l'autonomie, de la responsabilité, et de la coopération.
J'aime comme ils me saluent et prennent congé.



J'aime qu'on puisse s'échanger des plantes.






dimanche 27 mai 2012

Es sus la talvèra qu'es la libertat

Soudain
mon regard s'est trouvé attiré par les gouttes rouges flottant sur la crête des blés encore verts.
Je me suis arrêtée.
En lisière du champ,
sur la talvèra, cette partie que le laboureur utilise pour tourner,
la nature, reprenant ses droits sur Monsanto,
a semé coquelicots, bleuets et marguerites, à pleines brassées.
Je me suis livrée à la délinquance
en en déracinant quelques unes pour les rapporter dans mon jardin.


J'aime ces moments,
juste contrepartie de mes 500 kilomètres hebdo à sillonner le département.

Le vendredi midi, en quittant Gouzon pour filer sur Boussac,
je tourne à droite pour m'engager toujours sur le même passage,
qui débouche dans une chambre de verdure
à la croisée de deux chemins
où s'ouvrent deux arches arborées sur des océans
que le vent anime de douces vagues.

D'une semaine sur l'autre, le paysage m'est à la fois fidèle et toujours différent.
Après déjeuner, j'aime m'allonger sur ma vieille couverture de pique-nique
le nez au ras du sol et écouter les murmures des anges bruisser dans l'ombre de la gloriette géante au-dessus de ma tête.
Et je me fais l'éloge des choses les plus simples.





vendredi 25 mai 2012

Lève-tôt, couche-tard

La danse de salon
c'est pas mon truc.
Je veux dire
je ne pratique pas.

Pourtant,
je trouve ça si joli à regarder,
élégant,
ces couples qui glissent comme si c'était naturel
alors qu'il y a des heures de travail derrière
(en vrai, c'est pour ça que c'est pas mon truc).

J'aime bien.

Donc
si vous êtes du coin,
je vous recommande cette manifestation
option lève-tôt : 5 euros si vous vous inscrivez avant le 31 mai
et 10 euros après
ce qui n'est
de toute façon pas cher
pour un show de professionnels.



jeudi 24 mai 2012

France culture

Le décor de mon école du mercredi
mise en onde
sur France culture
(merci Evelyne...)



mercredi 23 mai 2012

Une toile

Allez-y
j'en viens...
Des thèmes chers à Audiard
la rédemption
les enfants
la violence fascinante...
J'ai bien aimé.
Et puis l'accent flamand
je craque...


Etrange étranger

Aussi délicieux que surprenant,
quand on enseigne le français à des étrangers,
la redécouverte de ma propre langue me ravit.

Notre grammaire est un océan sur lequel on peut naviguer de mille et une façons : au près, à vue, de conserve, aux étoiles, à la boussole. D'où partir et pour aller où, quand et comment faire escale ?
Depuis le début de l'année j'ai profondément modifié ma stratégie
pour tenter d'arriver à bon port,
sans s'abimer dans les zones de turbulence que sont l'orthographe et la conjugaison.

D'un côté, mes années d'enseignement dans le primaire
à découvrir comment les petits s'approprient l'oral,
les CP l'écrit, et les plus grands deviennent experts,
me sont d'un grand secours.
Mais à l'inverse,
il faut savoir tout oublier,
pour se mettre dans la peau de celui qui maîtrise une autre langue,
un autre code,
et qu'il faut accompagner sur un chemin obscur,
peuplé de murmures étranges et incompréhensibles
vers la porte ouverte sur la lumière de l'entendement.

J'aime à comparer les langues, leurs mécanismes, leurs échos parfois avec la nôtre.
J'aime essayer de leur permettre d'entrer en communication.
Ne rien comprendre, ne rien pouvoir exprimer des demandes les plus fondamentales :
j'ai faim, j'ai froid, j'ai envie de faire pipi, je ne comprends pas, j'ai peur, je suis triste...
c'est être enfermé dans une prison dont la clé semble avoir été jetée trop loin.

Je ressens parfois cette solitude terrible qu'ils éprouvent.

A les voir demander aux autres leur nom, leur âge,
s'ils aiment la pizza et les épinards,
comment s'appelle le petit du cheval et de la jument,
je mesure toute cette dimension vitale de notre humanité qu'est le langage,
l'invention première de l'homme pensant et agissant.

Avec les adultes,
c'est un peu différent.
Souvent, ils ont quelques bases orales.
Et ce qui m'amuse, ce sont les petites remarques.
Aujourd'hui, en étudiant les différentes façons de poser des questions
on a écrit "Qu'est-ce que c'est..." et "Est-ce que...".
"Dites encore comment se dit ça ?"
Je répète, plusieurs fois, lentement.
"AAAAAAAAAAAh ! Toujours entendre ça moi, mais pas comprendre quoi c'est. Beaucoup mots, c'est long, pour si petite chose."
J'adore.

Et
ce qui est sûr
c'est que je n'enseignerai plus jamais pareil,
même à des français,
à cause de cette expérience là de ma langue.