Tu vois les trois couleurs de cerceaux là ?
Ce sont les couleurs de Mardi Gras, une institution ici, qui nous vaut même une semaine de congés.
Congés que je me réjouissais de passer en sa compagnie, pour cette célébration ensemble...
Moi, comme j'avais déjà beaucoup dansé l'an dernier, tout ce que je voulais c'était partager ça avec lui, voir à travers son regard, l'écouter jouer de place en place.
Je me suis pris une grosse claque.
Un peu comme quand quelqu'un enlève l'échelle et que tu restes accroché au pinceau tu vois ?
Tu as tout cet amour à donner, et au dernier moment, au téléphone -la grande classe- tu comprends que tu n'es pas la bienvenue.
Parce que, vois-tu, il n'aura pas le temps de s'occuper de quelqu'un ...
Est-ce que vraiment j'ai l'air de "
quelqu'un" qui ne sait pas tenir sa cuillère toute seule ?
C'est pas la première fois que je constate que je passe après les canards et le gumbo, mais jusqu'ici je me suis laissée attendrir par les pointillés de tendresse entre les deux et beaucoup de goûts qu'on a en commun.
Sauf que là, non seulement ce goût on ne peut pas le partager, mais en outre il y a eu la phrase de trop, terrible, ces quelques mots qui résument assez bien la situation : "
même ma femme ne restait pas avec moi pendant Mardi Gras".
Ah oui ?
Parce que ça l'emmerdait, parce qu'elle s'en foutait ?
Bah non, penses-tu, parce qu'elle était parfaite...
On ne joue donc pas dans la même cour, car moi, parfaite, je ne le suis pas, et je vais pas me contenter de chauffer patiemment le lit en attendant que tu consentes à m'y rejoindre.
Surtout que ces derniers temps, c'est un peu récurrent comme incident.
Donc non, je ne vais pas le rejoindre quand son nombril sera disponible.
Je vais profiter de la semaine de vacances.
Demain avec le Kid on taille la route, et on s'en va assez loin pour ne plus être une charge.
Il veut être libre ? Il l'est.
Comme dirait Martine, il y a pas qu'un poisson dans la mare.
Et en plus, ça fera de jolies photos.