... les problèmes restent.
Les enseignants, qui malheureusement n'ont pas tous fait leur service militaire
gagneraient beaucoup à s'inspirer de ces adages de l'armée : attendre le contre-ordre avant d'obéir aux ordres.
Il est toujours urgent d'attendre.
2000 : je prépare le concours, je me fade les nouveaux programmes en préparation pour 2002.
Tout ce qui se faisait avant, c'était bullshit.
Si tu ne fais pas ce qu'on dit c'est que tu es un mauvais enseignant.
2008 : pas d'évaluation des programmes dont la mise en œuvre a à peine commencé (ils s'appliquent à un nouveau niveau chaque année). Mais retour aux "fondamentaux", via le Socle commun. Nouveaux programmes d'école, de collège, puis de lycée et tutti quanti, jusqu'en 2011.
Tout ce qui se faisait avant, c'était bullshit.
Si tu ne fais pas ce qu'on dit c'est que tu es un mauvais enseignant.
Noël 2009 : j'ai très peur d'être un mauvais enseignant et de ne pas assurer avec mes 26 GS/CP/CE1.
Je me pourris les vacances à construire des livrets d'évaluation conformes aux programmes.
Je l'envoie à l'inspection, qui le valide.
Ma collègue décide de terminer le stock en cours.
Mars 2009 : inspection (+ 0,5) puis dépression
2010 : Toutes les écoles reçoivent le nouveau livret départemental. Le même que le mien...
Je ne suis pas un mauvais enseignant, je suis pire : je suis une enseignante conne.
2011 : je m'inscris au Capa-sh pour candidater à un hypothétique poste dans un établissement pénitentiaire qui ne se construira pas.
A ce titre, je participe au fossoyage de la Classe relais départementale.
Compte tenu des difficultés rencontrées, je préconise dans mon rapport de fin d'année, d'envisager la création d'un Établissement de réinsertion scolaire (ERS). L'IA me répond que ce n'est certainement pas à l'ordre du jour.
Mise en œuvre généralisée des livrets personnels de compétence, issus du socle commun.
Janvier 2012 : appel à candidature pour l'ouverture d'un ERS... une petite école de "campagne", dont la création est annoncée au moment de la carte scolaire et de l'annonce de fermeture de plusieurs établissements, et qui doit accueillir les premiers élèves en mars, dans des locaux affrétés par la commune de Guéret.
Février 2012 : la commune n'est pas au courant, les locaux ne sont pas affectés à cette destination.
Mai 2012 : nouvelle majorité, nouveau gouvernement. Le préfet et le recteur s'arriment au siège éjectable.
17 juin 2012 : annonce officielle, par le recteur et le préfet, de l'ouverture en septembre, de l'ERS, dans les locaux du lycée pro de St Vaury.
20 juin 2012 : réunion à la maison d'arrêt. J'apprends que le Capa-sh n'est plus exigé pour enseigner en milieu pénitentiaire. Tout le monde le savait sauf moi. Je ne suis pas une enseignante conne, seulement incompétente.
22 juin 2012 : je reçois une famille de Finlandais qui inscrivent leurs enfants pour la prochaine rentrée.
Leur système scolaire est-il si performant ? s'interroge mon collègue rigolard devant cet exode massif.
Je confirme, il l'est, et le choc culturel sera certainement violent.
La preuve, le bulletin scolaire de leur fille tient sur un A4 plié en deux.
Couverture : renseignements administratifs.
p. 2 : compétences transversales et sociales, conseils et objectifs (le seul truc que les parents lisent sur les nôtres qui pèsent une tonne...)
p. 3 : compétences en finnois : peut lire, capable d'écrire sous la dictée, capable de produire de l'écrit
compétences en math : procédures mécanisées (numération et calcul), savoir utiliser les opérations, résolution de problèmes.
Conseils et objectifs
Quatre colonnes à chaque fois : conforme aux attentes des programmes, au-dessus, en-dessous, besoin d'aide spécifique. Oui. Besoin d'aide spécifique, ça me fait rêver.
L'espace d'un instant, je deviens une enseignante incompétente, conne, mais utopiste.
Je progresse.
26 juin 2012, aujourd'hui donc : je lis avec attention la lettre de Vincent Peillon à tous les personnels de l'Éducation nationale.
Maintien du Socle commun et pour cause, on ne peut pas le supprimer, ce n'était pas une invention franco-française mais une mise en œuvre des accords européens de Lisbonne...Quand même, "ses conceptions et composantes seront repensées..."
Refonte des livrets personnels de compétence, trop lourds, trop complexes (qu'on est obligé de maintenir pour les mêmes raisons européennes). La Sainte Rita finlandaise a dû passer par là !
L'application de la loi Cherpion de 2011, qui organisait l'orientation -et donc l'éviction -précoce des collégiens en difficulté est suspendue.
Les ERS, qui "ne répondent pas aux objectifs qui leur avaient été assignés" ont du souci à se faire. M'est avis que le recteur et le préfet aussi.
Et vous savez quoi ?
Il y aura de nouveaux ... programmes !
J'en suis déjà tout excitée...
Pour ça
comme pour tout le reste
j'attends.
J'attends le contre-ordre
évidemment.
Désormais, je serai une enseignante incompétente, conne, utopiste et circonspecte.
Madame Nicole est revenue s'ancrer au bord de la dernière rivière sauvage d'Europe. Retour en Allier libre, au pays des hérons, des sternes, et des cigognes.
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mardi 26 juin 2012
lundi 19 mars 2012
Ecole morte
C'est dommage le code du reportage du journal de TF1 ne fonctionne pas essayez le lien là
Dans toutes les écoles et collèges où je suis passée aujourd'hui
c'était vide
ça marche tout de suite mieux quand les parents s'impliquent.
Source : Snuipp23
vendredi 12 février 2010
Tarlouzes et tafioles
C'est la grande polémique dans notre institution.
Faut-il projeter ce film aux élèves de CM1/CM2 ?
Je ne sais pas.
L'école primaire, c'est peut-être un peu tôt.
Et peut-être qu'on ne sait pas faire.
Mais quand je lis ça :
http://www.lemonde.fr/societe/article/2005/09/09/le-suicide-revele-la-souffrance-singuliere-des-jeunes-homosexuels_687413_3224.html
http://www.lexpress.fr/actualite/societe/un-tiers-des-jeunes-homosexuels-a-deja-tente-de-se-suicider_738829.html
au minimum
je m'interroge.
Faut-il projeter ce film aux élèves de CM1/CM2 ?
Je ne sais pas.
L'école primaire, c'est peut-être un peu tôt.
Et peut-être qu'on ne sait pas faire.
Mais quand je lis ça :
http://www.lemonde.fr/societe/article/2005/09/09/le-suicide-revele-la-souffrance-singuliere-des-jeunes-homosexuels_687413_3224.html
http://www.lexpress.fr/actualite/societe/un-tiers-des-jeunes-homosexuels-a-deja-tente-de-se-suicider_738829.html
au minimum
je m'interroge.
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samedi 29 novembre 2008
Voix écolière
Je voudrais fonder un syndicat qui s'appellerait "Voix écolière".
Ils serait ouvert à tous ceux qui rêvent du grand soir de la révolution écolière : la maîtresse au feu les cahiers au milieu.
Humour bien sûr. N'est pas Jeanne D'Arc qui veut, je n'aimerais pas être brûlée dans la cour.
N'empêche que pour faire partie du syndicat, il faudrait :
- parler correctement aux enfants ;
- se comporter professionnellement ;
- garder sa petite flamme même en cas de gros temps (compliqué ça en ce moment) ;
- ne pas arracher de pages trop souvent;
- ne pas faire honte à un élève publiquement ;
- s'asseoir cinq minutes par jour et les regarder vraiment.
Pas facile hein ?
Déjà, seraient exclus eux-mêmes du parti tous les soixante-huitards attardés, ceux qui ne sanctionnent jamais mais qui parlent mal tout le temps, avec cet insupportable petit air méprisant de juge des valeurs du temps.
Cooptation obligatoire pour écarter :
- ceux qui n'ont rien compris à Françoise Dolto, qui confondent parole libre et passage à l'acte toujours permis, pour finalement s'empêtrer dans l'autoritarisme au lieu d'asseoir leur autorité d'adulte responsable ;
- ceux qui n'ont lu que le début de Piaget et Vitgosky, et ne connaissent de Célestin Freinet qu'un téléfilm et quelques idées reçues : bref ceux qui confondent autonomie et abandon ;
- et puis ceux qui confondent la franchise et la méchanceté, ce qui est très à la mode depuis quelques années.
Réduction de cotisation pour : ceux qui ont de l'empathie, ceux qui savent s'excuser, faire la palabre quand c'est nécessaire, accepter leurs erreurs comme celles des autres, ceux qui doutent, ceux qui y croient encore, ceux qui encouragent.
Repêchage possible pour les maîtresses qui crient tout le temps parce qu'on ne leur a pas appris à faire autrement.
Ah oui, j'ai oublié pour la cotisation : paiement symbolique pour tous, qui devra témoigner d'un début de tentative de lâcher prise (par exemple : un stylo rouge, une feuille pas collée droite dans le cahier, etc.)
On peut aussi rajouter une couche-culotte que "Voix écolière" se chargera d'envoyer à vous savez qui...
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jeudi 20 novembre 2008
Jour de grève à Guéret
Aujourd'hui j'ai vu passer les grues et je les ai vraiment regardées.
Ça m'agace toujours quand je suis en pleine séance de lecture et que les enfants s'agitent brusquement en me disant "Maîtresse, maîtresse, les grues !". Ben oui les grues, et alors ?
Mais là, j'étais en grève, j'avais besoin d'un peu de poésie après la manif du matin.
Et donc, je les ai vues se rassembler au-dessus de Fressange.
Au bruit, je suis sortie. Il faisait beau dans le jardin, c'était doux après tous ces jours de grisaille. Elles ont tourné quelques minutes, elles ne semblaient pas décidées sur le chemin à prendre.
Parfois je me demande comment elles font pour le chemin justement, avec toutes ces villes illuminées qui troublent le velours de la nuit, ces ondes qui rayent l'espace en grinçant, le bruit, la fureur des hommes qui couvre l'écho du ressac, toute cette folie.
En tournant, elles se sont déplacées vers l'est, en changeant de formation à chaque rotation.
Et puis finalement elles se sont décidées. Elles sont revenues vers le jardin. J'avais envie de leur faire signe, c'était un peu puéril. Elles ont formé le grand V du voyage et en avançant, c'est devenu une pointe de flèche, et la flèche a filé plein sud.
J'ai songé au grand voyage de Nils. Quand elles reviendront, que serons-nous devenus ? Ce qui est sûr c'est que maintenant je ne m'agacerai plus au passage des grues.
Ça m'agace toujours quand je suis en pleine séance de lecture et que les enfants s'agitent brusquement en me disant "Maîtresse, maîtresse, les grues !". Ben oui les grues, et alors ?
Mais là, j'étais en grève, j'avais besoin d'un peu de poésie après la manif du matin.
Et donc, je les ai vues se rassembler au-dessus de Fressange.
Au bruit, je suis sortie. Il faisait beau dans le jardin, c'était doux après tous ces jours de grisaille. Elles ont tourné quelques minutes, elles ne semblaient pas décidées sur le chemin à prendre.
Parfois je me demande comment elles font pour le chemin justement, avec toutes ces villes illuminées qui troublent le velours de la nuit, ces ondes qui rayent l'espace en grinçant, le bruit, la fureur des hommes qui couvre l'écho du ressac, toute cette folie.
En tournant, elles se sont déplacées vers l'est, en changeant de formation à chaque rotation.
Et puis finalement elles se sont décidées. Elles sont revenues vers le jardin. J'avais envie de leur faire signe, c'était un peu puéril. Elles ont formé le grand V du voyage et en avançant, c'est devenu une pointe de flèche, et la flèche a filé plein sud.
J'ai songé au grand voyage de Nils. Quand elles reviendront, que serons-nous devenus ? Ce qui est sûr c'est que maintenant je ne m'agacerai plus au passage des grues.
Ce sont les enfants qui ont raison de s'émerveiller et de se réjouir de leurs passages annuels.
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