Il n'a pas pu vous échapper que ce 12 août est une journée exceptionnelle.Alignement de six planètes à l'aube.
Eclipse presque totale le soir.
Madame Nicole est revenue s'ancrer au bord de la dernière rivière sauvage d'Europe. Retour en Allier libre, au pays des hérons, des sternes, et des cigognes.
Il n'a pas pu vous échapper que ce 12 août est une journée exceptionnelle."Et là, stomp, stomp, step, step, vous écartez les bras, et vous chantez en chœur, "I'm happy again".
L'initiation aux claquettes sur la terrasse de ce camping corrézien, fait un peu mal aux pieds, mais elle réjouit le cœur. Trois femmes, un ado, et une fillette, qui ne se posent pas de question. L'énergie commune est communicative. Oui, je suis heureuse de nouveau.
Alors, cette année, quoi de mieux que reformater mon disque dur et ma mémoire vive, en passant du temps en famille ?
Là je discute avec ma petite-fille de vingt et un mois, qui ressemble à une pêche dorée dans son body rose poudré, Ses cheveux blonds lui font une bouille d'ange. Mais un ange qui sait bien dire ce qu'il veut ! Elle parle déjà par onomatopées, galope en babillant, crie mon prénom, me rapporte une collection de brindilles. Ses petites dents étincellent comme des perles de porcelaine, sous les lacs de ses yeux bleus quand elle rit aux éclats.
Et puis il y a son grand frère, toujours prêt à partir en vadrouille.
Il se trouve que j'ai récemment mis en vente mon matériel de bivouac. Acquis pour mes courtes escapades comme pour mes longs road trips ; c'était à la fin de la crise sanitaire et j'avais un gros projet à travers l'Europe.
Les concessions de la vie à deux avec un couard frileux, qui rêvait en secret d'un confortable camping car avec la télé, avaient éteint cette envie. Oh, il a été utilisé ce matériel, mais il en est devenu amèrement connoté, ça me dégoûtait un peu. Sauf que depuis la parution de mon annonce, il ne s'est rien passé. Ce n'est pas la bonne saison, la mode post-covid de la vie en van vacille sous le coût du carburant, le marché de l'occasion est pléthorique.
Avec mon nouveau logement, il y aura un garage. J'ai pris ça comme un signe : ne le vends pas, tu vas encore l'utiliser, et tu t'y feras de nouveaux souvenirs heureux. C'est le moment de réenchanter Berlingo chéri et de tailler la route.
Même si les ailes repoussent dans mon dos, j'ai commencé à petite voilure avec Vania. Il fallait de la place pour son vélo, alors on a pris une tente dressing et en route pour la version allégée !
Ce petit garçon participe à nourrir ma confiance en moi.
Ne doutant de rien, il a demandé à louer un pédalo. Soit, sur le lac de la Triouzoune, c'est pas la pleine mer non plus. Mais bon, un adulte, un enfant, faut assurer. Il en avait tellement envie que davaï ! Formidable : j'ai eu un équipier très efficace au pédalage comme à l'amarrage.
On pédalait, il voulait tenir la patouille, qu'il fallait parfois redresser discrètement pour éviter les planches à voiles, on s'arrêtait, il glissait sur le toboggan, plongeait, remontait, glissait encore. Question aisance dans l'eau, je crois savoir de qui il tient...
Il y a tant de mini exploits dont je ne me savais plus capable...
En triant de vieilles photos, je me suis fait cette réflexion qu'à la fin d'une relation décevante entre deux personnes, il y en a une qui reste dans ses frontières, ses repères immuables, ses certitudes, ses habitudes, ses activités, ses évitements.
A ses côtés se pavane une autre coiffure, une autre silhouette, plus ceci et moins cela, qui s'estime unique, comme tu l'as cru aussi. Mais le décor est inchangé. C'est confort.
Par la magie des algorithmes, qui t'informent sur ce qui ne te concerne plus, alors que tu n'as rien demandé, tu revois les mêmes images, les mêmes balades,
les mêmes chevaux,
la même pirogue,
le même bouillir
le même bayou,
les mêmes cache-cache dans les arbres,
les mêmes danses,
le même marché, la même boutique de vêtements ou de cadeaux, les mêmes restaurants,
les mêmes road trip
les mêmes projets de chemins
Les mêmes demandes que l'autre s'empressera de satisfaire pour ne pas souffrir de la toxique comparaison, quitte à se ruiner le dos et la santé.
Les mêmes connaissances familières, les mêmes sourires de convenance, la même insatisfaisante intimité suradaptée.
La même vie, en une autre compagnie. Une vie de pagure. L'hypocrisie des gens bien.
Pour peu que le nouveau profil soit adepte des poncifs qui pullulent sur le marché du développement personnel, avec son injonction au bonheur constant niant la réalité des émotions difficiles, ce qui a fonctionné cent fois semble pouvoir être reconduit à l'infini. Leurs phrases commencent par "j'ai le droit". Comprends "de me livrer à des manœuvres louches, pour avoir ce que je veux : le bonheur".
Vacuité et vanité. Jusqu'à la prochaine lassitude, jusqu'au prochain "ce n'est qu'une amie". Tu peux imaginer que ce sont les mêmes mots, les mêmes discours, les mêmes "tu es belle", "je suis heureux", "je t'aime", "on ne va pas devenir codépendants", "prenons notre temps". Mais je te suggère plutôt, si tu ne peux pas te retirer des réseaux sociaux, de bloquer les profils malsains et de cliquer sur les petites croix en optant pour "ne correspond pas à mes centres d'intérêts". Tu pourras ainsi te détacher plus aisément d'une histoire de si médiocre envergure.
Parce que toi tu es celui qui s'éloigne, avec des bottes de sept lieues. Qui se choisit et prend la plus grande distance sanitaire possible.
Il faut tout recommencer oui. Et réfléchir à tes schémas répétitifs. Tu ne veux pas que tout soit comme avant, non ?
Alors prends le comme une opération qui te sauve la vie. Trouve d'abord un endroit pour toi, si possible dans le berceau familier de ton ancrage et de ta lignée. Puis fais bouger les lignes, pour croître, remettre en perspective le passé, élargir ton horizon.