Loup y es-tu ?
Madame Nicole est revenue s'ancrer au bord de la dernière rivière sauvage d'Europe. Retour en Allier libre, au pays des hérons, des sternes, et des cigognes.
dimanche 19 juillet 2026
Être
jeudi 9 juillet 2026
Guérir #6 Un cadeau de la vie
Toi qui passes ici, et affrontes peut-être, en ce moment, une déception, une trahison, des agissements malsains ; toi qui dois prendre la douloureuse décision de mettre fin à une situation insupportable ; tu as l'impression de tout perdre. Mais regarde, les arbres perdent leurs feuilles chaque année. Ils restent pourtant dressés, en attendant des jours meilleurs.
Ta vie te semble vide ? Ne comble rien, tu te fais juste de la place. Dis-toi bien une chose : tout passe, ce ne sera pas toujours aussi dur, tu vas traverser. Dans six mois, un an, ce ne sera plus qu'un vieil épisode, sur lequel ton attention ne s'attardera plus.
Donne toi ce rendez-vous, recule d'un pas, et observe. Et si c'était un cadeau ? Oui, un cadeau, que tu mettras un peu de temps à déballer, la clé d'une porte vers un avenir différent, celui de la personne que tu deviens à travers ça. Parle-toi comme à une amie. Sérieusement, tu aurais voulu te réveiller deux ou trois ans plus tard ? Ou t'éteindre complètement ?
C'est ce que m'a suggéré, hier, l'oracle du corbeau : un autre angle de vue
Évidemment non. Alors oui, accepte ce présent comme une libération, pas comme une perte.
Tu n'es pas perdue. Tu es sur ta route.
Parfois, quelqu'un te prend la main. Parce que tu lui as ouvert ton cœur, il sait quoi te dire : ce que tu as envie d'entendre : « Tu es avec moi maintenant, tu ne crains plus rien. » et à cause des ces paroles, tu le laisses t'entraîner gentiment sur le mauvais chemin. Juste à cause de cette sensation de vos doigts enlacés, tu n'écoutes pas le reste du corps, qui ne s'y sent pas à sa place. Un peu trop vite, un peu trop fort. Et cette satanée petite voix qui te murmure : « Allez, c'est inespéré, tu ne trouveras pas mieux ».
Il te donne à voir son potentiel, qu'il ne réalisera jamais. Pourtant, tu croises ton ange gardien qui te prévient que ce sont les actes qui comptent : « Tenez-la bien monsieur, sinon elle va s'en aller ! ». Tu n'écoutes pas, la petite voix est la plus forte, tu mésinterprètes en riant, tu persistes à mettre un pied devant l'autre, même si chaque pas te coûte. Tu finis, bien fatiguée, par te retrouver si loin de la voie qu'il aurait fallut emprunter, la tienne. Ta vaillance t'a quittée, la main est allée se promener ailleurs.
Tu t'arrêtes. Un serpent glisse dans l'herbe, vers le sac que tu as posé, le temps de réfléchir. Tu reprends ton barda, tu t'éloignes. Faire demi-tour ? Impossible d'effacer les kilomètres parcourus. Ça s'est passé, c'est tout. Tu dois avancer encore, jusqu'à une nouvelle croisée, où tu choisiras ta propre route. Où tu te choisiras.
Ce n'est pas si ardu que tu pensais. Sans l'autre main qui aspirait ta vitalité, tu te sens en sécurité, équilibrée. Ton sac est tout léger maintenant. Tu allonges le pas en concentrant ton énergie sur ce qui t'attend quelque part. Pour l'instant, d'où tu es, tu ne vois pas clairement ce que la vie te réserve. Mais cette-fois ci, tu es déterminée : tu fais confiance à ton intuition. Contre ta paume, tu sens la menotte de ta petite fille intérieure. Elle n'a plus peur. La troublante petite voix s'est enfin tue.
En pérégrinant, tu franchis tes propres étapes. D'abord encaisser le choc : plus ta confiance en cette main était aveugle, plus il est violent.
Puis mettre fin à ton marchandage psychique avec les faux espoirs entretenus par la langue fourchue. Tu vois bien que c'est un cadeau : tu es devenue lucide ! La main revient te chercher. Mais tu ne la prends plus. Tu la vois telle qu'elle est. Elle te répugne.
Tu te sens alors infiniment triste, la pluie grise de la dépression s'abat sur toi, le chagrin profond des liens illusoires qui se délitent, de la prise de conscience de qui était réellement ton compagnon de route, d'une forme de culpabilité pour avoir cru à un mirage inconsistant. C'est bon signe. Ton cerveau travaille.
Tu marches avec colère maintenant, comme toutes ces femmes que tu as croisées sur le chemin de St Jacques. Le temps d'une pause tu sors ton carnet, et tu écris tout ce dont tu te souviens. C'est ton refuge, il t'appartient. Un peu plus loin tu le déposeras, avec tes peines.
Ce sera alors le temps de l'acceptation de ce qui est. Oh, ne t'attends pas à une explosion de joie ! C'est juste passer un bonne journée, même si tu y as pensé, aligner soixante longueurs de piscine, en ne songeant qu'à l'eau qui glisse sur ta peau, s'endormir sans images intrusives, ouvrir les yeux sur la belle journée qui t'attend, accomplir les corvées avec satisfaction, partager un déjeuner avec tes petites-cousines, acheter une nuisette de dentelle rouge très douce, pour toi seule, parce que tu la mérites, une balade en vélo le long de l'Allier, une mazurka connectée dans un bal chez des amis, pédaler jusqu'à une église pour un concert...
Ça t'aidera beaucoup de mettre des mots sur tes émotions les plus contradictoires parfois, de bouger, de réenchanter tes souvenirs, de nourrir de vrais contacts humains. Mais ne bourre pas ton agenda, c'est une manœuvre d'évitement, une distraction qui ne fait qu'étirer l'épreuve. Tout ira beaucoup plus vite si tu es capable de rester seule avec toi même, d'affronter tes vérités profondes, de méditer un moment sur le tirage d'un oracle. Tu as besoin de ce temps pour réfléchir.
À la fin, rien ne s'efface, tout est à sa place ; et, à cette place, tu te reconstruis. C'est comme une mue. Tu t'extirpes de ta peau trop étroite, parce que tu as grandi. Et même, il se peut que tu te métamorphoses. La petite voix ne reviendra pas.
lundi 6 juillet 2026
Au bord du parquet, choisir
Je viens de rentrer des trois jours des fêtes de St Chartier (36), qui commémoraient la création des rencontres des maîtres sonneurs en 1976, elles-mêmes lancées pour le centième anniversaire de la mort de Georges Sand, et qui se prolongent avec le Son Continu, au château d'Ars, chaque année autour du 14 juillet.
Sous les bons auspices d'une météo plutôt clémente, surtout le soir, trois jours de joie, d'émotion, de souvenirs, de danse.
mardi 30 juin 2026
Guérir # 5 Réenchanter les souvenirs - Le lieu sacré
Ecrire au présent
J'écris sur tout, et sur n'importe quoi.
J'écris l'histoire de R. un de mes danseurs favoris, avec lequel je n'avais jamais profondément échangé. Quarante ans de mariage avec une femme qui "courait", qui me raconte sa version à lui de la peau d'andouille qui lui est tombé des yeux, quand une épouse trompée jalouse était venue saccager son outil de travail. "Grâce à ça j'ai appris à danser. Mais j'ai perdu une partenaire, harcelée de messages par mon ex". R. n'est plus triste. Il se sent libre et vivant.
Un exutoire, une trace de mémoire, des bribes pour plus tard, les paroles d'une chanson dont j'ai reçu la mélodie il y a trop longtemps. J'écris un dialogue entre un narcissique et son confident. J'écris à la mémoire de Shekiba, une petite fille afghane qui aurait dû devenir une femme. Dans son cœur, il y a la sagesse que les hommes n'ont pas. Je me demande ce qu'elle en fera. D'elle il reste une mélodie, Gertjan attendait que j'y brode des paroles. Elle est presque terminée, nous la chanterons à la fête d'été. Le moment de ranimer mon compte youtube, au bois dormant depuis mon moment d'égarement.
J'écris sur un cahier, des petits bouts de papier, mon téléphone, mon bujo, mon clavier, les gens, les choses. C'est le réveil du geyser tari depuis quatre ans, étouffé au service d'une autre vie que la mienne.
J'écris, surtout.
lundi 29 juin 2026
Playlist
Alors voilà ,
dimanche 28 juin 2026
Le temps de l'éveil
Une goutte d'obsidienne noire, surmontée d'une pleine lune à pentacle et de deux croissants, m'a choisie sans se laisser perturber par la légère vibration d'un lapis-lazuli.
C'était celle-ci, et aucune autre, une puissante protection contre les énergies indésirables et les pensées parasites.
Une voie d'ancrage.
Pour certains, le pouvoir des pierres, c'est du pipeau.
En gros, la liaison chimique ce sont les forces d'attraction entre ces combinaisons d'électrons.
Quant aux oracles et aux tarots, ce sont juste des cartes qui reprennent les grandes composantes de ce qui fait notre humanité, à commencer par la conscience de notre finitude. Un tirage peut avoir plusieurs interprétations, qui dépendent à la fois de notre perception de ces questions existentielles, de notre état énergétique au moment de la lecture, et de notre capacité à nous laisser guider par notre intuition. Ce n'est donc pas de la voyance, mais de la connexion avec notre clairvoyance et notre lucidité. Il faut juste lire et s'écouter.
En plusieurs occasions, déjà très jeune, j'ai eu de ces fulgurances inexplicables qui m'ont conduite à des décisions parfois tranchées, souvent incomprises, mais qui se sont toujours révélées justes à long terme.
Or, depuis quatre ans, je les avais mises dans ma poche avec mon mouchoir par dessus. Des intuitions j'en ai eu. Plein. Je les ai ignorées. Enfin, pas tout à fait. Je me suis éloignée, physiquement, plusieurs fois. Au moins, cette petite voix là, je l'ai écoutée, même si ce fut sans vraiment réaliser pourquoi. Elle a été un révélateur d'enfumage. Elle a tout déclenché.
Quelque chose dans les gestes ? Le regard ? Le visage apathique et tombant devant les conversations qu'il ne pouvait pas suivre ? Le chantage affectif permanent ? L'incohérence entre les paroles et les actes ? Entre les "j'apprécie d'être seul" et les "tu m'abandonnes", les "je ne veux pas rester ici, je mets la maison en vente" et les injustes "tu m'obliges à vendre" ? Entre les "je ne cherche pas une bonniche", et l'intendance à assurer, les "qu'est ce qu'on mange ? " à midi moins le quart, le vert gluant sur les innombrables velux, les empreintes de ses doigts imprimées à l'encre du journal sur la porte des toilettes, jamais nettoyée ? La superficialité mécanique des mains dans l'intimité, les exigences sexuelles à sens unique, la culture de la pénétration, du coûteux devoir de séduction de la femme pour se rapprocher d'une actrice de porno ? Les rodomontades et la servilité ? Les "je suis prêt à prendre des cours de danse" et, pendant quatre années, danser avec une main molle de poisson crevée dans le dos, 75 kilos de viande statique à trimballer, déséquilibrée, sans cadre et sans soutien ? L'appui c'est toi. Toujours toi.
A moins que ce ne soit le souvenir de l'armoire pleine de pain rassis et de vieux paquets de céréales entamés, du jus de poubelles sur les murs derrière la porte du sous-sol, des chambres poussiéreuses et malodorantes avec leurs couettes jaunasses sans housse, où nichaient des araignées, des draps en guenille remplacés par mes soins, de trente ans de graisse de friture décapée sur les portes de la cuisine avant de la repeindre en flinguant mon mois de juillet ? Des ampoules qui pendaient au plafond depuis quarante ans ? Sa salle de bains sale dont je n'ai plus voulu m'occuper ? La charge mentale totalement déportée sur moi, même en pleine tromperie ? Les cadeaux de Noël de ses petits-enfants ? Les phrases qui, de plus en plus souvent, n'étaient pas les siennes, les "belle journée et belle soirée" arrivés subitement dans son bagage lexical, avec un tas de tournures extraites de romans feel good? Le salon de thé où il était, paraît-il, allé tout seul ?
Les irrépressibles compulsions alimentaires ? Le léger recul devant ses poils de nez et ses dents, sa brosse à dents éculée et maculée ? Les douleurs qui s'installaient, mes jambes qui se dérobaient ?
Ou juste le fait que je n'écrivais plus rien ?
Je ne sais pas. Je sais seulement que c'était plus fort que moi. Je devais m'éloigner, et il ne voulait pas m'accompagner. Mon cerveau n'avait pas réalisé pourquoi, mon corps lui, prenait la fuite.
C'est que les intuitions, qui articulent en réalité les informations collectées par l'inconscient, peuvent être biaisées par notre état psychique, des émotions fortes, la simple perte de repères quand on s'éloigne de notre environnement familier. Et j'étais vraiment loin de chez moi et des miens.
Ce tirage me dit de profiter de la pleine lune de demain pour acter le deuil de l'illusion et commencer un nouveau cycle.
Tu as compris la leçon ? Un monde s'ouvre à toi, un changement portera ta vie dans une nouvelle direction. Tu dois juste maintenir une barrière entre les émotions des autres, qui ne te concernent pas, et les tiennes. Laisse les glisser sur ton plumage, tu as besoin de ta force intérieure.



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