Par cette chaleur, les jours s'étirent
lentement, on bouge au ralenti, on s'anime le soir quand il est
l'heure d'aller marcher ou danser. Comme je me sens libre et guérie,
je voulais titrer un « Happy end », porteur
d'utiles leçons et de rêves à réaliser. Mais Hilly m'a fait
remarquer que c'est plutôt un nouveau commencement. Alors j'ai
écrit : « À
suivre... »
Les rêves dont je me souviens au
matin, je sais qu'ils sont importants. Je les note avant qu'ils ne se
dissolvent dans la cascade du quotidien, pour me livrer, en léger
différé, à l'exercice de leur interprétation.
Depuis quelques semaines déjà, ce
sont des songes de guérison. Ils me disent que je suis sur la bonne
voie, que le plus ardu du chemin est enfin derrière moi.
Entre mon déménagement et le retour
du vélo, je me suis ainsi retrouvée une nuit dans des toilettes
dont la porte ne fermait pas. Elle était cassée, la poignée ne
s'encastrait pas dans le chambranle. C'est toujours le symbole d'une
forme d'insécurité. Quand notre vie privée a été violée par un
cambrioleur, une tierce personne, un partenaire indélicat, il est
normal de se sentir inconfortable et impuissant, à l'évocation de
cette situation. L'effondrement passager de nos défenses
psychologiques, sous l'effet d'une violente et incontenable émotion,
nous exposent plus que de raison.
L'effraction de mon intimité fut
cependant fugace. Un bref morphing, et voici que la porte s'est
autoréparée, m'indiquant que ma psyché possède la capacité innée
de se reconstruire à la sortie du chaos. Finalement, après avoir
traversé une période de vulnérabilité, les mécanismes de défense
se sont renforcés sans effort conscient de ma part. C'est ce qu'on
appelle la résilience interne. À
l'issue de sa fluide métamorphose, j'enclenchais le verrou sans
anicroche. Je remarquais cependant que si la porte n'était toujours
pas pleine, ses clairevoies me permettaient de rester à l'abri,
tout en observant le danger potentiel à l'extérieur. Protégée par
ce rétablissement de mes limites personnelles, et surtout le
contrôle de ce qui entre et sort de mon espace psychique, je me suis
sentie libérée d'un poids, même si je conservais une certaine
vigilance vis-à-vis de mon environnement.
Il faut accepter que la perfection
n'existe pas : la porte reste ce qu'elle est, une protection stable et
fiable, mais avec des stigmates apparents, derrière laquelle on
peut évacuer tranquillement les fardeaux inutiles de tout ce qui
nous a nuit : le stress, le doute, les douloureuses comparaisons
induites par les comportements toxiques, la perte de confiance...
Les messages du subconscient empruntent
des voies détournées. Les rêves directement prémonitoires sont
rares. Cependant les tableaux se construisent parfois à partir des événements
de la journée.
C'est ainsi que la nuit de mon retour à
Plouay, j'ai marché, au soleil, dans la rue avec le Breton des bois Ouin-Ouin, qui avait pris ma
main, en arborant un sourire niais, pour me parler d'une voix
doucereuse. En face de nous est soudainement apparue la figure pincée
et hargneuse de sa nouvelle compagne, qui le surveillait. Au lieu de
la rejoindre, il a disparu comme le génie de la lampe.
Il faut dire que, dans la vraie vie, au
prétexte de voir son terrain (celui que je lui ai trouvé donc...),
il était passé sur la parcelle contiguë, tenir la jambe du mari de
mon amie, se plaindre que je lui manque beaucoup, qu'il avait
vraiment déconné, etc. Bien sûr, en fin d'après-midi, alors que
je chargeais mon vélo, je l'avais vu passer au ralenti dans ma
propre rue, où il n'avait toujours rien à faire, comme après le pardon de Lochrist. Il a vu que je
l'avais vu, et j'imagine qu'il avait dû passer le reste de la soirée
à échafauder un scénario plausible, en cas que cela se sache.
Eh bien ne croyez pas que confronté à
ces minables manigances, la nuit venue mon cerveau se soit dit :
« Tiens, et si on renouait ! » Un petit message peut-être ?
Que nenni ! C'est même tout le contraire :
mon subconscient veut digérer le traumatisme, en acceptant ce qui a
été vécu, et l'irrévocabilité de la réalité de la nouvelle
situation de mon ex. Il ne peut plus marcher avec moi dans ma vie
actuelle, il appartient au monde du mensonge. Sa volatilisation
incarne la rupture brutale entre le passé et la réalité présente,
à la vue de celle qui personnifie le par en-dessous.
La thérapie onirique est puissante,
une véritable purge émotionnelle. Aujourd'hui je réalise qu'il y a
dix jours déjà, j'étais en train de tourner définitivement la
page, de reconquérir mon intégrité, en coupant court à toute
illusion. C'est un signe positif de détachement et de reconstruction
de soi.
La trahison reste un traumatisme
violent. Quand on réalise qu'en outre elle durait depuis très
longtemps, depuis toujours en réalité, reprendre le pouvoir sur son espace émotionnel est une
priorité vitale.
Ensuite vient l'acceptation de ce qui
est. C'est la dernière étape du deuil psychique.
J'éprouve une
délicieuse sensation de libération, pas de perte. Leur monde et
le mien sont désormais étanches. Il est temps de m'engager sur mon
propre chemin. Vers la douceur, la connexion et la profondeur.
Cinq mois. Pas mal. Je suis prête à attaquer le second semestre par la face estivale, celle des petites robes et des festivals. Mazurka, je suis à toi !