samedi 9 mai 2026

#9 La grossitude ça n'existe pas - À mon corps défendant

Mon cher corps,

Je t'aime désormais tel que tu es. Je te laisse changer vers l'équilibre, à ton rythme, comme tu le sens. Je te fais confiance.

Tu as tout bien fait depuis que mon âme est venue au monde.

Tu m'as permis de vivre des expériences incroyables, telles que la naissance de mes enfants, la Louisiane, les chemins jusqu'à Saint-Jacques, l'envol de la danse, les pieds nus dans la nature, la nage en eau vive, le goût du soleil et du vent sur la peau, les voyages. Celui en Russie notamment, qui a sonné la fin d'une histoire factice. Nous en ferons d'autres.

Je suis désolée de ne pas t'avoir écouté quand tu me signalais un danger avec beaucoup d'à propos. Je serai plus attentive désormais à tes signaux, et peut-être que toi et moi nous connaîtrons l'amour vrai, simple et confortable que nous méritons.

Je te demande pardon pour ce que je t'ai infligé : les régimes ridicules, le sexe inutile, la compagnie délétère de ceux qui ne me méritent pas ou se servent de moi.

Tu es redevenu fort et sain. Je t'en remercie sincèrement. À soixante-six ans, après ce que nous avons traversé, c'est remarquable. Notre peau qui s'adapte aussi.

Mes pieds, mes jambes, qui arpentent le monde, mon cerveau qui apprend. Vous m'avez protégée, et protégé mon âme du mieux que vous pouviez. Ce n'était pas si facile quand je tirai dans l'autre sens, et vous avez tenu bon.

Alors oui, je t'aime. Continue de me soutenir. J'en ai besoin, tu es mon meilleur support, le plus fidèle.




Les doigts dans le nez, 17 km de marche, mon propre itinéraire le  long du Scorff
C'était lui le bon marcheur, et moi toujours un peu à la ramasse. Pourtant, avant de le connaître...


jeudi 7 mai 2026

Mauvaises rencontres, bonnes leçons

Le destin tisse et entrecroise des fils. Le destin ou nos schémas répétitifs...

Il place sur notre route des cailloux plus ou moins lisses, plus ou moins tranchants. Parfois nous en avons plein les poches, parfois on y écorche nos pieds, parfois on les garde en souvenir, parfois on en bâtit des forteresses, parfois on les laisse au bord du chemin.

Si les pierres pouvaient choisir d'être heureuses ou malheureuses, il faudrait que ce soit sans nous. Les pierres des autres en tout cas, n'ont rien à faire dans notre besace.

Enfant de remplacement, j'ai été conçue pour éponger le deuil de mes parents, spécialement celui de ma mère. Ça n'a pas tellement bien marché.

Quatre années durant, jusqu'à l'arrivée d'un garçon, non seulement j'ai été une fille de plus, mais je n'ai pas pu choisir entre le rire et les larmes. Avais-je le droit d'être triste, d'être joyeuse, d'être qui je suis ? Suis-je condamnée à errer de deuil en deuil, de chagrin en chagrin, lorsqu'ils ne sont pas les miens ?

Ce malentendu qu'est ma venue au monde fait de moi une proie facile, comme me l'a fait remarquer un ami. Il a généré une empathie exagérée, qui me conduit à piétiner le respect de moi-même. Je perds un temps précieux à essayer de comprendre ceux qui préfèrent le confort de la victimisation à l'inconnu de la guérison, à entrevoir un potentiel dans les mots creux plutôt qu'à admettre la vérité du comportement.

Ma première leçon c'est qu'il faut se barrer au premier red flag, même joliment emballé, pas au bout de quatre ans, Le désir d'un homme, la peur de me perdre, ce n'est pas de l'amour. L'amour commence par prendre soin de ne pas blesser.

La deuxième c'est que je vais devoir m'aimer avec la même intensité que je mettais à sauver les autres. Ne plus avoir peur de ne pas être appréciée telle que je suis. Je ne dois plus m'interdire d'être vulnérable pour apaiser le chagrin d'une autre personne.

La troisième emporte de ne pas rester avec quelqu'un qui met mon système nerveux en alerte. Je dois faire confiance à mon corps quand il s'alourdit, s'endolorit, ne veut plus marcher ou danser.

La quatrième me ramène à mon point d'ancrage. Là où sont ma lignée, ma descendance. Plus jamais je n'engagerai de relation susceptible de m'éloigner de ce qui compte pour moi, pour m'exiler dans les repères et les besoins de quelqu'un qui lui ne sacrifiera rien.

La cinquième c'est que je ne suis pas le faire valoir des tocards qui me veulent dans leur ombre...



Les prédictions du Yogi Tea

lundi 4 mai 2026

No contact

Ma petite Nicole,

Ne lui écris pas.

Ne le conseille plus quand il te sollicite, ne lui donne plus ce temps qu'il t'arrache avec ses « sentiments profonds » pour toi. Ne te laisse plus berner par ses jérémiades.

Ne rachète pas de café, puisque tu n'en bois pas.

Ne réponds pas à ses sollicitations pour « parler calmement » et « rester amis ». C'est un prétexte fumeux. Il veut récupérer la culotte, et s'assurer que tu ne révéleras pas plus avant ce qu'il est vraiment : un mensonge sur pattes.

C'est un lâche et il a peur. Il n'a jamais été amical avec toi, juste manipulant et très hypocritement irrespectueux. Souviens toi qu'il ne t'a jamais protégée des attaques frontales de Circé ; qu'il est venu te rejoindre à la messe de Noël juste après avoir couché avec elle, et qu'il a communié ; qu'il t'a gâché le stage de chant, le réveillon, tout un automne, tout un hiver et l'entrée dans le printemps. N'oublie pas qu'elle venait chez lui à la nuit, planquée dans sa voiture, pour échapper à la vigilance de la voisine. Qu'il a enregistré, il y a plus d'un an, son numéro de téléphone sans mettre son nom. Qu'il lui écrivait sur WhatsApp,  et a toi sur Messenger. "Ma belle Nicole", "Mon amour", alors qu'il te juge trop grosse...

Qu'il t'a empêchée d'écrire pour t'occuper de lui, de ses repas, de sa maison.

Il a volé quatre ans et demi de ta vie. Quand tu le croises, ignore-le. Tu ne lui dois rien, pas même la politesse. Tu as envie de savoir s'ils seront à la danse, ou à la rando ? Change ton programme pour les éviter. Il fait rempart en plus, quand il est là, entre tes amis et toi, il scrute et jalouse une possible nouvelle rencontre. 

Il ne t'a pas rendu le reste de tes affaires ? Laisse-les aller. Ce n'est pas juste, c'est vrai. Mais toi, tu seras en paix. Il affiche un air malheureux, se plaint de toi ? Ce n'est pas ton problème.Tu aurais pu te faire construire une piscine s'il avait payé toutes les consultations gratuites que tu lui as accordées.

Il ne peut pas s'empêcher de mentir, sur les plus petites choses. Comme ce livre sur la table basse, qu'il avait soi-disant chez lui. C'est bien évidemment elle qui le lui a donné. Sait-elle qu'il ne lit jamais autre chose que son téléphone et Ouest-France édition de Pontivy ? Qu'il prétendra ne pas avoir eu le temps avec tout ce qu'il a à faire ? Que son jardin qu'il a créé de ses mains et qu'il pleurniche de quitter, c'est un paysagiste qui l'a fait ? Que les phrases des autres lui tiennent lieu d'idées personnelles ? Que c'est moi qui ait relooké la cuisine, et sa copine précédente qui a vidé les affaires de sa défunte femme avant de choisir le nouveau canapé et la tête de lit ? Croit-elle qu'il changera pour elle ? Lui avoue-t-il qu'il n'a pas dit non au test de la langue dans la bouche ? Se doute-t-elle qu'il a retrouvé son amour de jeunesse, son troisième atout quand il sera de nouveau insatisfait ? Qu'il drague carrément de jeunes femmes dans les bals, pour peu qu'elles soient à son goût physiquement ? Il n'est pas le timide derrière lequel il se planque.

A-t-il jamais été honnête avec les quelques femmes sur son chemin ? Son épouse ? Sa partenaire de confinement ? Toi ?

Ma petite Nicole, tout cela tu ne le sauras jamais, alors laisse ces questions derrière toi. Et, même si ça pique un peu, remercie-la. Sans son comportement prédateur, tu y aurais cru encore trop longtemps. Tu vois bien que même après la trahison, tu as voulu y croire encore un peu, lui trouver des excuses, prendre ta part de responsabilité.

Non ma petite Nicole, il ne t'a pas trompée parce que tu es trop ceci et pas assez cela. Il a choisi la trahison à grande échelle parce que ça le flatte de voir deux femmes se batailler pour lui. Elle t'a juste ouvert les yeux, et il est temps d'admettre la réalité : malgré ses grands discours et ses déclarations enflammées, tu n'as été bonne qu'à combler le vide abyssal et la solitude à l'issue d'un couple qui, pourtant, n'en était plus un depuis très longtemps.

Tu as eu raison de t'enfuir, admets-le. Comme dit Hilly, tu ne lui dois rien du tout. N'attends rien de lui non plus. Chaque service qu'il te rend, il s'en sert pour redorer son blason. Il lui faut rebâtir sa réputation écroulée.

Ne lui demande rien, ne lui donne aucune prise sur toi. Réjouis-toi de ta chance, de ton corps en bonne santé. Tu t'es toi-même trop longtemps interdit de pleurer pour donner de la joie.

Mais, ma petite Nicole, tu as le droit d'avoir du chagrin, d'éprouver de la tristesse.

Tout va arriver au bon moment.

Ne t'inquiète pas.

Et envole-toi...






vendredi 1 mai 2026

Ce qui se passe à Ééa ...

Écoute Circé,

Je te le laisse. Je pars. Tu seras tranquille.

Je te remercie de m'avoir révélé le pourceau qui sommeille en lui. Mais sache qu'il n'y avait pas nécessité de vous livrer à ces bassesses, de vous cacher. Si son ego démesuré avait intégré la rupture que je souhaitais, vous auriez pu, depuis des mois, vivre votre histoire au grand jour.

Ne crois pas ce qu'il prétend, qu'il n'a pas su choisir entre deux femmes qu'il aime. On ne fait pas souffrir ceux qu'on aime. Ne pas choisir, c'est déjà un choix. Il est simplement flatté, valorisé par cette minable guéguerre autour de son insignifiante petite personne.

Je ne sais pas comment tu as fait pour accepter tout cela : les aller-retour de l'une à l'autre, la fausse distance, faire semblant, patienter pendant qu'il passait du temps avec moi. C'était ridicule et surtout inutile. Je lui avais rendu sa liberté, tandis qu'il revenait sans cesse vampiriser mon énergie, me laissant vide et épuisée, après avoir fait miroiter un possible avenir commun, à charge pour moi, évidemment, de pardonner.

Il ne te demandera pas tout de suite de l'aider à ceci et cela. Avec sa compagne précédente, il a bien vu ce que ça fait quand on ouvre les yeux sur ses priorités. Momentanément, il changera sa manière de faire, te fera croire qu'il lira tes livres. Mais il ne se contiendra pas longtemps. Il ne peut pas.

Il ment comme il respire, pour tout et n'importe quoi, sur les plus petites choses.

Ce courriel, je n'en suis pas fière ; mais, grâce à lui, j'ai su, avec certitude, qu'il mentait en prétendant que c'est toi qui le relançait. Et puis vous avez fait de moi une bête blessée. Non Circé, un courriel ce n'est pas du harcèlement. C'est de la légitime défense face à un manipulateur à la gentillesse toxique, passé maître dans l'art du chantage affectif.

Un jour, tu comprendras, parce que ce sera ton tour. Je n'en dis pas plus, tu jugeras par toi-même, après la lune de miel. Mais je te le dis de femme à femme : protège-toi de ses larmes de crocodile. C'est un gros mytho, excellent comédien de surcroît. Pour son premier rôle dans le Bal des Faux-culs, il mérite un Oscar. Je me demande s'il t'a fait le coup de la crise d'angoisse et de tremblements ?

Quand je t'ai trouvée chez lui aujourd'hui, hargneuse, la bouche tordue de haine, et prête à en découdre, j'ai pris pitié. Je te plains sincèrement. Tu crois tirer les ficelles avec ton « suis moi je te fuis » ? C'est toi qui es manipulée. Il en a sûrement une autre en vue, et ce n'est plus moi.



Non Circé, il n'y avait pas lieu de te faire patienter, il était libre.

Non Circé, ce n'est pas légitime d'espionner quelqu'un avec un profil planqué.

Non Circé, on ne fait pas ce qu'on veut, sans se poser de questions, parce qu'on est des adultes.

Oui Circé, c'est lamentable de préférer jeter son dévolu sur des hommes engagés ou mariés.

Non Circé, ce n'est pas approprié que je connaisse tout de ton intimité, l'alliance en pendentif, que tu es une fausse blonde et une vraie rousse, qu'il me demande mon avis parce que tu parles tout le temps de ton mari...

Oui Circé, c'est malsain qu'il ait gardé ta culotte en me jurant qu'il n'y avait rien entre vous.

Non Circé, ce n'est pas respectueux qu'il se soit plaint auprès de moi de ta peau ridée.

Si tout cela te paraît normal, si tu lui trouve des excuses, si tu es prête à le défendre bec et ongles, c'est parce qu'il t'a apitoyée en utilisant, comme il en est coutumier, son statut d'éternelle victime. Se faire plaindre et en tirer avantage pour tout justifier, c'est son fonds de commerce, sa manière d'attirer l'attention pour ne pas sembler prendre l'initiative de la séduction. 

Ce n'est pas un pervers. Il n'aime pas faire souffrir. Mais c'est une preuve qu'il compte. C'est un pénible narcissique, dont l'ego te tire vers sa propre souffrance, sans volonté aucune de guérir, puisque c'est comme cela qu'il se sent exister. Un cas d'école.

Si, comme le mien, ton corps t'alerte, écoute-le, et fuis sans te retourner.

jeudi 30 avril 2026

La monnaie de leur pièce

C'est drôle comme certaines personnes peuvent trouver que « ça va trop loin », quand elles se prennent, entre les oreilles, le boomerang qu'elles ont elles-mêmes violemment projeté sans hésiter.

Les masques sont tombés.

C'est drôle comme il semble assumer sa responsabilité, tout en mettant le blâme sur moi pour se justifier ; et pour la défendre, encore et toujours. J'imagine qu'elle compte pour lui. Pas assez pour être clair avec moi. Mais trop pour quelqu'un qui jure n'avoir plus de relation avec elle.

C'est drôle comme il répète inlassablement qu'elle n'est pas « comme ça », que c'est une femme bien, qu'elle n'est pas du genre à mettre un homme dans son lit. WTF ? Qu'elle a eu un coup de foudre pour sa précieuse petite personne. Donc une raison valable de m'humilier pendant un an, en le draguant ouvertement devant moi. Comme s'il existait un monde où cela justifierait sa jalouse agressivité et où leurs agissements seraient sains... Je comprends que ce soit plus valorisant que d'admettre que c'est une perverse manipulatrice qui s'est tapé un menteur pathologique, égoïste forcené, et n'hésitera pas à s'en approprier d'autres, pour peu qu'ils ne tentent pas de s'installer chez elle.

C'est drôle comme Caliméro-cache-ta-joie, quand il explique à son entourage pourquoi je suis passée sous les radars, omet de préciser de quelle manière il se balade encore et toujours de l'une à l'autre, ou pourquoi j'étais « tout le temps partie ».

C'est drôle comme j'ai piétiné moi-même ma dignité, en me livrant à un acte très mesquin, qui m'a fait du bien : j'ai nommé la vengeance de bas étage !

Après qu'il m'ait lâché un « C'est une amie », pour justifier qu'il ne coupe pas les ponts avec elle, tout en m'appelant tous les jours, à préparer des week-ends avec moi, j'ai vu rouge et j'ai explosé. Finie l'empathie pour la pauvre petite victime maltraitée dans son enfance, je n'ai plus vu qu'un fieffé connard. J'ai temporairement créé une adresse courriel fantaisiste et sale, pour écrire à la pintade, afin de lui indiquer que la voie est libre, en précisant bien évidemment quelques détails intimes que je ne suis pas sensée connaître. Et je l'en ai informé lui. Ça a remué dans la basse-cour... Alors qu'il est supposé avoir coupé les ponts, ils sont montés sur leurs grands chevaux. Il a brutalement -mais très temporairement- cessé de m'écrire. Il n'aura pas à choisir entre la grosse et la fripée...(Oui, elle l'excite, mais il la trouve trop ridée comparé à moi, et elle parle beaucoup trop de son mari. On atteint des sommets d'élégance...)


La vérité sortant du puits - Jean-Léon Gérôme

C'est drôle comme ça me soulage de savoir qu'il n'y aura pas de retour en arrière. Je n'en pouvais plus de cet infini étirement de la déchirure. Il ne fallait pas s'en prendre à moi. Acculée dans un recoin, j'ai finalement montré les dents, dévoilé mon côté sombre, un peu effrayant, il ne reviendra plus jamais vers moi.

J'en ai désormais fini avec cette histoire minable, la colère et la vengeance. Tout est retombé.

C'est drôle comme l'univers organise des rencontres d'apprentissage. C'est drôle le temps que ça prend de s'en apercevoir. Il a placé ces deux là sur ma route, l'histoire est tellement caricaturale, elle ne peut être que la dernière leçon avant la paix et l'amour de soi.

C'est drôle comme deux êtres fourbes peuvent s'allier en s'achetant une improbable légitimité fondée sur la victimisation de l'un et l'auréole en carton de l'autre. Je ne serai plus là pour le bouquet final de ce feu d'artifice karmique, mais ce sera sûrement intéressant.

C'est drôle comme après avoir frôlé une vraie dépression, m'être sentie anéantie, dévastée, je suis passée à autre chose en m'arrachant à l'attachement d'un simple trait de crayon sur une page de cahier.

C'est drôle comme lui voudrait qu'on se quitte amis, pas fâchés, et se croit donc autorisé à me relancer alors que je l'ai prié de garder ses distances ; tandis qu'elle fait semblant de se tenir à l'écart.

En vrai, ils ont peur du retour en public de la culotte à l'envoyeuse, et ça m'assure un semblant de tranquillité. Je vais la garder encore un peu...

mercredi 29 avril 2026

Port d'attache

Tu te souviens de ce rêve qui m'était venu dans cette sordide nuit, deux mois avant que ma vie n'explose définitivement,  à l'orée d'une longue et douloureuse trahison ?

Ce n'étaient pas des toits d'ardoise mais de tuiles rouges.

Ce n'est donc pas en Bretagne, mais en Bourbonnais.

Ce sera Moulins.

En pleine réflexion, il m'est apparu comme une évidence que je doive reprendre le fil de ma vie là où j'avais commencé à m'oublier.

Tout d'abord, ma dernière venue en Braud fin avril, pour enregistrer des voix sur notre futur CD de Noëls, a été précédée d'une cérémonie, à quarante minutes de là, au cimetière de ma famille paternelle. Un hommage à mon grand-oncle Louis, parti en avril 1945, par la cheminée d'un camp de concentration nazi. Parce que sa plaque s'effaçait sur sa tombe vide, j'ai voulu la faire refaire. Un conseiller municipal ainsi que le président de l'association pour la mémoire des déportés du Cher ont souhaité donner un peu de solennité à la pose de la nouvelle plaque. À cette occasion, j'ai découvert que j'ai encore de la famille à Bourges, des relations à créer et entretenir.



Mon cœur a commencé à se ranimer : j'appartiens à une lignée, et j'ai besoin de sa proximité. Comme j'ai besoin de son prolongement, ma descendance, et de me replacer à mi-chemin du Kid et de Franzouski.

Ce même jour il l'a donc évoquée comme une « amie ». Ce fut le mot de trop, qui a fait rejaillir la colère, au moment où il s'apprêtait à descendre avec moi à la fête de la rivière, et même à venir marcher en ma compagnie sur les chemins. Je n'épiloguerai pas sur les aller-retour de l'une -à son corps défendant- à l'autre - d'accord-(mais comment peut-elle accepter ça ? Parce qu'elle tient à moi dit-il...). Juste, mon venimeux courriel a fait trembler, puis s'effriter, les fondements d'argile du malsain triangle dont j'étais devenu un sommet malgré moi.

Ce soir là, je suis allée danser à Nevers. Une fois de plus, il y avait tout mon petit monde de magnifiques partenaires. Plus je passais de bras en bras, plus s'éclairait la vérité du cœur. C'est un mauvais danseur qui ne me manque pas. Ma vie avec lui n'a jamais été juste, je n'y étais pas à ma place, mais à son service. À part m'enfuir régulièrement, plus rien ne m'animait. Quand il faut expliquer mille fois nos besoins, et qu'ils ne sont jamais entendus, c'est que l'autre n'en a rien à carrer. J'aurais dû tourner les talons dès la première fois où j'ai dû renoncer à ma gym matinale. J'aurais même dû tourner la tête à la première rencontre, à la première phrase, au premier « j'ai beaucoup souffert », au premier je t'aime trop précoce, à la première carte, au premier indice de love bombing...

Les yeux définitivement ouverts dans la salle du Café Charbon, je m'attendais à être, une fois de plus, dévastée. Je me suis en réalité sentie libérée d'un poids asphyxiant. Il y a des ruptures qui ne blessent pas, mais mettent, au contraire, fin à la douleur. Le lendemain, nous avons répété pour la fête de la rivière, et le dimanche j'ai enregistré au studio. Je suis repartie légère, alignée, sereine.

Il n'est plus temps de comprendre ou d'espérer. Il est temps d'agir pour passer à autre chose.

De laisser derrière moi mes pensées limitantes.

Et ce tocard.

dimanche 26 avril 2026

Chante et marche

C'était le deuxième dimanche après Pâques. Une messe dans une chapelle privée, sur un domaine à un quart d'heure de chez moi.

En latin.

Des catholiques traditionnels.

Les femmes couvertes de dentelle.

Moi en tenue de randonnée, parce qu'il était annoncé une marche de quatorze kilomètres, un pèlerinage à Notre Dame de Penety, 


en passant par la double chapelle de St Yves et de la Trinité.


Heureusement pas avec mon short jupette.

De l'homélie du frère franciscain, en français, j'ai retenu deux signes pour moi.

Chante et marche.

La vraie joie dans les épreuves. Celle de se sentir accompagnée, en sécurité, à suivre le bon pasteur vers les verts pâturages.

Amen.

Être d'accord avec les événements qui jalonnent notre vie. Les accepter. Les traverser.

Cédric, au pique-nique, m'a dit que lui aussi partait en grand chemin. A l'heure où j'écris, il marche depuis quelques jours déjà.Il avait décidé un peu sur un coup de tête, et m'a demandé des conseils de débutant. Comme il vient de Marseille, il avait un stock de médailles miraculeuses bénies, m'en a fait choisir une pour me protéger, et glissé quelques autres dans ma main, pour les distribuer si l'occasion se présente.

Je n'adhère pas à tous les concepts. Mais, précisément, juste à ce moment où je m'apprête à reprendre mon sac, trois mois après le début d'une tourmente terrible, c'était exactement le signe dont j'avais besoin pour tenter de clore ce chapitre.

Chante et marche. Il y a un plan pour toi, et la joie t'attend le long du chemin.