mardi 1 septembre 2026

Guérir # 11 Vitesse de libération en propulsion par courbure

 300 000 km par seconde, 16,7 diamètres terrestres. C'est la vitesse de la lumière.

C'est aussi la vitesse de libération pour échapper à la glissade de l'univers en trois dimensions vers le monde bidimensionnel de la nuit étoilée de Van Gogh. Un monde brillant, mort et plat.


Photos internet

Le vaisseau à propulsion par courbure qui atteint cette vitesse, laisse dans son sillage une sorte de vide de lumière, un champ noir, derrière lequel il est possible de se dissimuler.
Dissimuler, je ne sais pas, et on peut dire que ma vitesse de libération de la gravité de ce qu'il faut bien qualifier de traumatisme a été fort lente.
Mais je n'ai pas été bidimensionnalisée. Au contraire, depuis que je suis rentrée à Ithaque, je me sens comme augmentée par mes pérégrinations estivales.
Je referme enfin mon ancien bujo plein d'amertume, mais aussi de photos de mes petits enfants... Je l'avais ouvert en janvier, quand le compte à rebours de la mise à feu avait été lancé.



Symboliquement, c'est important. Je sais bien que ça va tirer encore un peu jusqu'en novembre. Qu'il  y aura encore quelques pensées intrusives. Puis la boucle sera bouclée, celle de toutes les premières fois d'une année de deuil psychique. Dans le nouveau carnet, il y a des projets, une bucket list, de la musique, des rendez-vous, et plus aucune photo de la lose avec son sourire hypocrite, ses déclarations creuses, et ses larmes de crocodiles. Plus de questions inutiles, même gribouillées.

Je termine en même temps la trilogie de trois fois 700 pages de Liu Cixin, la Mort immortelle, suite et fin du Problème à trois corps et de la Forêt sombre. Et je m'en vais de ce pas à la médiathèque me nourrir encore de jolis mots. J'ai un défi post-it à relever !

lundi 31 août 2026

Guérir # 10 Odyssée vers la sagesse

Comme dans un rêve, la vie emprunte parfois des détours surprenants. Mais pouvons-nous en décoder la signalisation ? Quelle est la symbolique de nos actes ? Il faut parfois d'innombrables récurrences pour qu'enfin nous comprenions quel bras arme le nôtre, qui parle par notre bouche, quelle blessure nous guérissons qui ne nous appartient pas.

L'exil oui, je l'avais oublié dans ma liste de traumatismes à surmonter. Comment ai-je pu l'occulter, alors que je vais maintenant à sa rencontre ? Comment débarrasser la table de mes anciens, pour qu'enfin les générations après moi puissent souper à leur tour ? Comment réconcilier la cuillère nourricière (cuchara) et le tranchant du couteau  (cuchillo)

Me voilà descendue en Provence recueillir la parole de la dernière sœur de ma mère. Je construis actuellement mon génogramme, et il me manquait des informations sur mon ascendance maternelle.

Non tous les chemins ne mènent pas à Rome.
Notre chemin vers les autres exige, pour que les rencontres soient belles, que nous soit déjà familière la route qui mène jusqu'à nous.
Quand nous croyons nous abîmer à emprunter les chemins de traverse, nous avançons tout de même vers notre lieu sacré.
Quand nous perdons le nord, aveugle à notre boussole intérieure, le temps que nous y passons reste une simple étape, qui trouve encore moyen de faire fructifier le détour.
La caillasse est dure aux pieds, mais cela reste notre choix de ne pas emporter (en porter), les cailloux. Les pierres qui pèsent déjà dans nos havresacs, nous pouvons nous en alléger en dressant de petits cairns, des repères pour notre descendance, mais dont elle n'aura pas à se charger, et qu'elle saura peut-être contourner.
Car notre lignée nous observe. Ce sont parfois ses chemins que nous empruntons. Il faut savoir bifurquer à la prochaine patte d'oie. Revenir en arrière, à la dernière balise, nous ne pouvons pas.

Rome se s'atteint pas en un jour. Égarons-nous avec foi, ferveur et curiosité. Au bout, c'est la mort. Nous ne sommes pas si pressés d'y arriver. Mais nous pouvons choisir de fermer les yeux, le moment venu, sans regret, ni honte, ni remord, dans la confiance et la paix du chemin, accompli sans avoir poussé d'autres pèlerins dans un ravin, en ayant tendu la main au péril de notre âme, heureux d'avoir posé nos pas dans les empreintes assurées de ceux qui nous ont précédés, avant de tracer les nôtres dans les contrées propres et vierges de notre destinée.

Le temps de compléter le puzzle, et je suis repartie dans mon vaisseau Berlingo. A travers le hublot je voyais défiler les platanes et la Durance, jusqu'à ce que le ciel se remplisse de montagnes.


Bivouac dans la petite station de la Laye






La route était belle, la route était longue. Je me croyais apaisée, mais, depuis le début de mon odyssée,  tout d'un coup, mon cœur s'accélérait, comme si mon corps se croyait en danger. Je croisais un panneau, une direction, Issoire, Clermont, Le Cheylard, et remontaient, comme un goût de cendre et de vomi, les pensées douloureuses, les faux semblants et la malhonnêteté. Après avoir douloureusement traversé l'Allier, comme nous l'avions fait à pied, voici que les kilomètres défilaient, et avec eux les allées venues de l'une à l'autre, la maternité en ma compagnie pour la naissance de son petit-fils, son sourire hypocrite, quand il avait déjà opté pour une femme "bien", qui préfère les hommes en couple. 

Brusquement, mon cerveau a activé une fenêtre d'information, un vieux lien, une photo de profil postée trois mois seulement après la mort de sa femme, un cliché de leurs dernières vacances, quand elle le gonflait de ne plus pouvoir suivre. Sur cette image, il arbore le sourire satisfait du type qui a tiré un coup la veille, avec une touriste levée au bar, pendant que son épouse malade se reposait dans leur chambre. Tout était dans cette photo, son choix, sa date, tout ce qu'il est vraiment. Son statut de courageuse victime faussement timide, pour draguer. Le "j'ai jamais trompé ma femme même quand elle était malade", alors que je n'avais rien demandé. Pourquoi ai-je balayé mes doutes et mes intuitions si longtemps ? Tout était pourtant là, sous mes yeux. Comment ai-je pu faire deux cents pour cent confiance à un esprit si tordu ? Voilà pourquoi son rendez-vous précédent notre rencontre lui avait mis un râteau. Elle savait, elle, qu'elle méritait mieux que ça.

Chaos mental.

Et puis le paysage reprenait le dessus, et moi mon calme.

C'est ainsi qu'au jour 30 du #defipostit, je suis arrivée à Genève, où se rejoignent les eaux vertes du Rhône et le flot gris de l'Arve, à la jonction de deux ascendances.


La joyeuse mélancolie des pieds-noirs espagnols.

Le troublant mystère des fades berrichonnes.
Une pleine lune, une éclipse lunaire dissimulée par l'orage.
Un ange nuage.


Une ombre nette


Des signes de chemin.




L'inspiration des jolis mots.
De l'entropie et de l'ordre.
Des artefacts et de la vérité.
De l'éthérique et du physique



Pourquoi Genève ? Je voulais voir le Kid. Où il vit, où il travaille, où il fait ses courses et ce qu'il mange.
Dans les remugles des souvenirs qui remontent, j'ai repensé à l'appartement trashé de son fils, les sacs poubelles entassés jusqu'au plafond, la salle de bains dégueulant de déchets. En cinq ans, il n'y avait pas mis les pieds une seule fois, il ne s'était jamais inquiété de venir sonner à sa porte pour un café, une conversation.
Et puis, oh mon Dieu, la lettre que j'avais rédigée pour les propriétaires, lui évitant de rembourser les travaux de remise en état, parce que l'engagement de caution incomplet n'était pas opposable ! Avait-il réellement réglé les loyers en retard comme il s'y était engagé ? Tout me paraît étrange et faux désormais. Tout.

C'était insupportable.
Alors j'ai arpenté la ville, et j'ai nagé dans le Léman.


Et j'ai rigolé avec mon fils, qui me rend si fière.



lundi 24 août 2026

Bivouac en Aubrac

 Il s'annonçait une nuit d'orage, et je descendais vers le sud.

J'ai fait halte, pour la nuit, au lac du Moulinet en Aubrac.

Ce ne fut pas une journée facile.

Il y a eu les nuées noir anthracite, poussées par un vent furieux et insistant. Il y a eu les grosses gouttes grasses de l'orage naissant, qui se sont pesamment écrasées sur la carrosserie et les vitres. Les rideaux tirés, le sac de couchage déplié, et moi guettant les fracas du tonnerre, les éclairs enragés, dans mon radeau Berlingo malmené, comme un esquif sur le chemin. Je m'étais mise bien à l'écart des arbres. Le grondement s'est éloigné, le vent tonitruant a soudainement faibli, la pluie a doucement cessé. La nuit était tombée.

Il y avait maintenant une belle lune gibbeuse croissante, comme un peu à l'écart du tapis d'étoiles qui transpercent peu à peu le voile nuageux, en brillant obstinément. Vénus m'indiquait que j'étais sur la bonne voie. Humide, mais sûre et saine. J'entendais les sonnailles des Aubrac qui paissaient tranquillement avant les turbulences. Les sons de la nuit sur le plateau, sont un baume pour toute peine, un encouragement à avancer vers mon histoire, notre mémoire, les clés pour demain.

Gratitude.

Mais le matin, alors là, le matin, woaow ! 

L'orage avait été impressionnant. Tout autant l'était ce calme matin bleu, dans la brume qui démaillotait doucement le lac à peine ridé.

Les nuages avaient blanchi, et traversaient plus gentiment le ciel. La fraîcheur aiguë des matins d'automne s'annonçait déjà dans l'humidité du chemin qui avait drainé la poussière étouffante de l'été vers les profondeurs de la terre.











dimanche 23 août 2026

L'Assemblée du Plaix

A la mi-août, c'est le temps de la fête chez nos cousins, les Thiaulins de Lignières.
Je n'y allais plus ces dernières années, parce que je descendais au stage de chant russe, et qu'on ne peut pas être partout.
Seulement voilà, l'an dernier, les ombres d'un traître et d'une garce planaient dans le Gard, tandis qu'il me tenait la main pour rejoindre le gîte. J'ai jugé préférable de ne pas y retourner cette année, et de me créer de nouveaux et beaux souvenirs propres.
J'ai eu la joie de retrouver les bras de Thierry, un local avec qui je n'avais pas dansé depuis longtemps, et de faire sonner les trois fendeux avec une nouvelle copine chanteuse.
J'en ai aussi profité pour faire un peu de tourisme, car Lignières est surtout un bourg de passage, qui gagne à être connu, comme le pays des grands ânes noirs, et d'une vierge dorée allaitante de toute beauté.
Ainsi, au jour 22 du #defipostit , ce fut un peu de foi, un peu de joie, à Lignières en Berry.


Et, au jour 23 du #defipostit , je peux affirmer que j'aime le folklore.
Il a maintenu vivantes nos traditions, bien avant le Revival et la redécouverte de la culture populaire par une poignée de citadins à qui manquait un essentiel.
Il a maintenu vivant le sens du collectif et de la transmission.
Sans le folklore, que serait le trad ?


Photos Sabine Sarvatma , Ann Perry & Madame Nicole
 

jeudi 20 août 2026

Dehors

Au jour 20 du #defipostit, sur le sentier d'art du causse de Savignac (24).

Au début de la sente, une installation "À deux c'est mieux", épiée, dans l'ombre, par un troisième visage, me fait rire.
Juste une question de perspective.
Qui porte qui ?
Pour qui sera le fardeau ?
On a les trophées qu'on peut... Le destin ne tient qu'à un fil !


Parfois les fils restent bien parallèles.
Parfois le vent les entremêle.


J'ai tiré la pierre de l'honnêteté 
Béatrice celle de la créativité 
Hilly était déjà loin...



Deux sentinelles voyageuses



Un ange qui veille 


Et une promesse



Une grande journée d'inspiration.


Dehors.

Car c'est dehors, à l'air libre, que la vie se respire et que le cœur s'anime.

C'est dehors que naissent les oeufs de bois dans les nids de pierre, et qu'éclosent les oeufs de pierre dans le giron des nids de bois.

C'est dehors que les voyageurs sentinelles suivent du regard nos errances intérieures.

C'est dehors que se forge notre dedans.

dimanche 16 août 2026

Echappée sancerroise

Aujourd'hui, cela fait trois nuits que je dors dans les vignes du Sancerrois,


et trois jours que je traîne dehors, d'abord à la fête de nos cousins de la Sabotée, la soirée guinguette où s'amusent ensemble toutes les générations,



 suivie de la journée folklore, avec du breton dedans (le joli cercle d'Elliant,  Ar vro melenig, le petit jaune, qui n'est pas une référence au pastaga, mais à la couleur de leurs riches tabliers brodés).

Je préfère VRAIMENT la bourrée. Même le talabardier, Tristant Gloaguen, était fasciné par le tricotage cohésif des sabots.


Aujourd'hui, c'était bon de revenir aux sources.
Aujourd'hui, on a vendangé les parcelles de Philippe et Eric.



Aujourd'hui c'est la saint Roch, et c'est vraiment tôt pour récolter. De plus en plus tôt. Mais ça titre déjà 14 degrés...

Aujourd'hui il avait un peu plu et il faisait moins chaud. On était bien.
Aujourd'hui on était fagoté en chiftir, mais on s'en foutait.

Merci Eve-Anne pour les souvenirs...

Aujourd'hui j'ai croisé un regard, et j'ai appris ce qu'est un hotteur.
Aujourd'hui j'ai chanté en coupant les grappes, chanté à l'apéro, et chanté la plus belle chanson d'amour, d'après Guy, qui avait apporté les fromages et les figues.

C'est normal, elle a été écrite par Edith, après la mort de Marcel Cerdan

Aujourd'hui fut une belle surprise.  Être libre et là était une chance, et j'ai repris goût à l'amour.
Parce qu'aujourd'hui on a ri de neuf à dix-sept heures.
Bien sûr, aujourd'hui j'ai trop bu (oui mais DES Sancerre...) et trop mangé.


Aujourd'hui je me suis sentie bénie, protégée, et terriblement vivante.



Pis demain, bah, demain est autre jour...

mercredi 12 août 2026

Clair-obscur

Il n'a pas pu vous échapper que ce 12 août est une journée exceptionnelle.
Alignement de six planètes à l'aube.
Eclipse presque totale le soir.
Pluie de météorites au prochain petit matin (je vais mettre mon réveil...)

C'est aussi une nouvelle lune.
Je laisse derrière moi ce que je ne veux plus porter. L'histoire de mes parents, les traumatismes, les choix des autres. Il est encore temps de vivre la vie pleine de la femme que je suis vraiment.

Je célèbre mon inspiration retrouvée et le pouvoir des mots.
Je remercie mon père pour le geste qu'il a guidé.
Je remercie mes protecteurs de me tenir à distance des syphonneurs d'énergie et de la noirceur des âmes intranquilles, consumées par le reflet gênant de leurs vérités. 

Sont sans merci le miroir de Méduse retourné, et l'œil dans la tombe qui regarde encore Caïn. 
Que le bon grain germe et qu'étouffe l'ivraie.

Reflet, lumière, obscurité.
La traversée de l'ombre n'est qu'un passage.
Qu'est-on prêt à regarder en face pour avancer en paix ? C'est grâce à cette ombre passagère qu'une lueur plus blanche éclaire des contours qu'on n'avait pas remarqués. 
Puis on retrouve la lumière. Elle a toujours été là finalement. Elle éclaire désormais une meilleure version de nous-mêmes.
Celle que nous sommes prêts à chérir.
Sous une pluie d'étoiles filantes.
Perséides en vue 👌