dimanche 26 avril 2026

Chante et marche

C'était le deuxième dimanche après Pâques. Une messe dans une chapelle privée, sur un domaine à un quart d'heure de chez moi.

En latin.

Des catholiques traditionnels.

Les femmes couvertes de dentelle.

Moi en tenue de randonnée, parce qu'il était annoncé une marche de quatorze kilomètres, un pèlerinage à Notre Dame de Penety, 


en passant par la double chapelle de St Yves et de la Trinité.


Heureusement pas avec mon short jupette.

De l'homélie du frère franciscain, en français, j'ai retenu deux signes pour moi.

Chante et marche.

La vraie joie dans les épreuves. Celle de se sentir accompagnée, en sécurité, à suivre le bon pasteur vers les verts pâturages.

Amen.

Être d'accord avec les événements qui jalonnent notre vie. Les accepter. Les traverser.

Cédric, au pique-nique, m'a dit que lui aussi partait en grand chemin. A l'heure où j'écris, il marche depuis quelques jours déjà.Il avait décidé un peu sur un coup de tête, et m'a demandé des conseils de débutant. Comme il vient de Marseille, il avait un stock de médailles miraculeuses bénies, m'en a fait choisir une pour me protéger, et glissé quelques autres dans ma main, pour les distribuer si l'occasion se présente.

Je n'adhère pas à tous les concepts. Mais, précisément, juste à ce moment où je m'apprête à reprendre mon sac, trois mois après le début d'une tourmente terrible, c'était exactement le signe dont j'avais besoin pour tenter de clore ce chapitre.

Chante et marche. Il y a un plan pour toi, et la joie t'attend le long du chemin.





dimanche 19 avril 2026

Mon crédo

 Je crois que les Parques ont croisé nos fils pour nous obliger à travailler sur ce qui nous échappe encore. Mais qu'on ne pouvait pas se rencontrer vraiment là où chacun de nous en était.

Je crois que je dois m'aimer avec la même intensité que j'ai mis à sauver mes parents de leur deuil, puis celui-ci ou celui-là.

Je crois que je ne dois plus avoir peur de ne pas être aimée telle que je suis, qui me conduit à me laisser choisir par quelqu'un qui va m'utiliser.

Je crois que la gentillesse peut être toxique et manipulatoire.

Je crois qu'au lieu de me dévaloriser pour quelques kilos en trop, je dois faire confiance à mon corps, qui ne me trahit pas lui ; mon meilleur lanceur d'alerte, qui m'a souvent prévenue que je n'était pas choisie pleinement, pour ce que je suis, et non pour ce que j'apporte . Il le sait, il s'inquiète. Il devient fort et s'allège quand je suis en sécurité au bon endroit.

Je crois que je ne dois pas rester avec quelqu'un qui met mon système nerveux en alerte, avec ses mensonges incessants.

Je crois que je ne dois plus me rendre disponible pour les situations et les personnes qui me font me sentir comme de la merde.




jeudi 9 avril 2026

Gagn a verc'h, ba he revr...

A toi, la chaudasse de Kernascleden ...

Après avoir découvert le petit compte facebook, que tu croyais bien planqué, je sais désormais comment tu nous espionnais. Il se trouve que j'ai désactivé le mien, mais en le suivant, il est probable que tu sois déjà arrivée jusqu'ici.

Cela n'a plus guère d'importance, car, réjouis-toi, la voie est libre me concernant.
Je te laisse les miettes. Elles sont rassises.

Cependant, sache que la culotte défraîchie, que tu as "oubliée" dans mes draps, quand tu t'y faisais sauter avec l'alliance de ton mari mort autour du cou, ben c'est moi qui l'ai. Je me ferai un plaisir de te la rapporter un soir, au cours de danse. A moins que ce ne soit pendant un fest-noz ? Toutes les dames comprendront qu'elles feraient bien mieux de crocher solidement dans leur mari, au lieu de te plaindre.

Je pars danser dans la cour des puissantes. Quand tu me vois, recule d'un pas, ravale ton dentier et va écarter les cuisses ailleurs. En enfer par exemple...








Photos personnelles des magnifiques fresques de l'église de Kernascléden
La danse macabre, l'enfer, les anges musiciens, la vie de Marie

PS. Je ne te traduis pas le titre en breton, c'est sale. Mais c'est tout à fait ton profil...

Marcher - Pleurer - Ecrire - Chanter - Danser - Sourire - Recommencer -

C'est le plan.
Chaque jour faire au moins une chose que j'aime.
Et il y en a beaucoup.
Même si parfois, je me sens très triste. Comme hier, quand je suis allée récupérer le reste de mes affaires chez lui. Ce qui restait dans la chambre, mes draps, mon attrape-rêves, le tableau de plume et fleur séchée, souvenir de notre rencontre à Oléron, je les ai laissés. Irrémédiablement salis.
Mais j'ai aussi revu, au fond du jardin, le plaqueminier planté pour moi, comme il a bien pris racine. Intangible. Cela m'a fait du bien.


Grâce au tuyau d'une de mes amies, il a trouvé un terrain. Il va faire construire une jolie maison de bois. Je l'ai accompagné pour choisir son lot, puis chez le constructeur, pour le devis et les plans. Je ne l'avais jamais vu prendre une décision ferme si rapidement.

Même si nous nous revoyons, et nous entraidons, je me détache. Doucement.

Vous l'aurez peut-être compris, je m'apprête à entrer de nouveau en chemin, à fermer la porte et à m'éloigner. J'ai grand besoin de cette coupure que j'aurais voulu opérer immédiatement. Mais j'ai envie d'aller voir ma famille, il y avait une enquête publique à boucler, l'enregistrement du CD de Noëls à la Chavannée, et, ce dimanche 12 avril, ma participation à la finale du Kan ar Bobl (le chant du peuple), un grand concours de chant breton, pour lequel j'ai été sélectionnée deux fois, en pays gallo, et en pays bretonnant.

Malgré le chagrin, je me sens fière, motivée, portée. Peut-être que, finalement, ce ne sont pas des années perdues, mais des pas de plus vers moi-même, vers la femme que je suis vraiment, et que j'ai un peu de mal encore à qualifier. Je réfléchis à cette question. Beaucoup.

En attendant, je prépare mes étapes, mon matériel, je casse mes nouvelles chaussures, plus légères, je pèse mes culottes. Lundi, en rentrant d'Embraud, je suis allée marcher. Douze kilomètres sans douleur, que je n'ai pas vus passer. Depuis janvier, j'ai perdu deux fois le poids de mon sac. J'ai compris que, même avec les années en plus, je pourrai le refaire.





Le parfum, la vue, des champs ondulant de colza, me font penser à une série coréenne que j'ai adorée :  " La vie portera ses fruits"


Six kilomètres ? Déjà ? Exploration de ma première étape. D'ici il me restera cinq heures de marche.
Allez, demi-tour.
Une heure et demi plus tard je suis chez moi, légère et optimiste.





dimanche 22 mars 2026

Lettre à moi-même

Madame Nicole,

Je veux veux te dire un grand merci. 

Merci d'être qui tu es, droite dans tes bottes, merci de t'être choisie. 

Merci de ne pas avoir cédé à la peur, au chantage affectif ; de ne pas avoir accepté de rester dans une maison délétère, au service d'un gentil garçon.

Cela t'a coûté la relation, la trahison, l'humiliation ? Sois fière ma petite Nicole, le contraire aurait été encore plus cher payé.

Merci d'avoir choisi ton histoire plutôt que la sienne. Merci d'avoir des valeurs et des principes.

Je veux te féliciter d'avoir réalisé que tu dors mieux sans lui ; de ne pas céder à la fugace angoisse de la nuit qui tombe, de te nourrir à nouveau de ce qui apaise ton âme, de marcher, de pédaler, de nager, de chanter et de danser. Je t'encourage à persévérer dans ce qui est bon pour toi, à faire de petits et grands projets, à te créer de nouveaux repères familiers pour te défaire de ceux que tu avais avec lui.

Photo Café Charbon Nevers

Je sais que le temps passe. Que tu flippes un peu à l'idée de vieillir seule. Mais patiente tout de même. Mets à profit ce nouveau contretemps pour guérir plus complètement. Reste la femme que tu es vraiment, et rayonne; car il te faudra être prête quand une rencontre vraiment épanouissante se produira.

Je te remercie aussi de prendre soin de notre corps, pour qu'il nous porte longtemps. Tu es capable de te relever, de croire en toi, de t'aimer et de te prendre par la main pour te soigner.

Merci d'être où tu en es, de faire de ton mieux pour reconstruire ta vie, malgré les traumatismes dont tu gères les conséquences depuis trop longtemps.

Merci pour ton élan, ta force, de rester debout, digne et belle, toujours là.

Merci d'avoir regardé la réalité en face et d'avoir remis de la beauté dans notre vie. Tu en es la personne la plus importante et je suis heureuse que tu te prodigues l'amour et l'attention que tu mérites ; car tu n'as pas à mériter la place que tu occupes dans le cœur de ceux qui t'aiment vraiment.


Edit : merci aussi à Marielle qui m'a suggéré de me trouver un doudou pour m'endormir, ça marche très bien:-)

lundi 16 mars 2026

Deux moi(s)

Je me dois d'admettre que cette relation me fait souffrir, qu'elle vampirise mon énergie et éteint ma créativité. Qu'à ce moment, elle ne survit que dans l'illusion et l'idéalisation de ce qui a été.

Bien sûr qu'il n'a pas fait exprès d'avoir eu un père maltraitant et une mère qui n'a su protéger ni elle-même, ni ses enfants. Je n'ai pas non plus fait exprès d'être violée par tonton Pilou. Mais je suis responsable de ma santé mentale, pas de la sienne.

Je me dois, à moi-même, à ma lignée, de faire de ma propre guérison une priorité. Sinon, encore et encore, je renouerais des relations de ce genre : combler les besoins d'un autre, le sauver, et avoir ainsi une forme de contrôle de la situation. Il paraît que c'est un comportement de survie, mais moi je veux vivre. C'est la seule responsabilité que je me reconnaisse : celle de m'être oubliée en me suradaptant.

Je crois toujours sincèrement que l'on peut grandir et guérir ensemble. Mais, pour cela, il faut être deux. Deux volontés, deux déterminations. La tromperie, au contraire, c'est l'évitement. C'est quand j'ai recommencé à me considérer qu'il s'est senti abandonné et m'a trahie.

Je vous passe les errements et les souffrances de ces deux derniers mois, en résumant :

- il revient sans arrêt, a des "sentiments pour moi", se victimise, se justifie ;

- quand il repart, je suis épuisée ;

- la charge d'une réconciliation repose entièrement sur moi, sur ma capacité à pardonner et à refaire confiance, il ne témoigne d'aucun engagement à guérir -lui-même- de ses traumas sévères ;

- si nous avons une nouvelle relation, elle sera exclusive, il n'ira plus -c'est juré- avec personne d'autre (comment dire ... déjà vu ?) ;

- en attendant, il ne la bloque pas, ne l'efface pas de ses contacts, prend un café avec elle s'il la croise -par hasard- en ville, lui fait la bise... elle reste donc dans le lit avec nous, comme pendant notre récent séjour à St Malo ;

- je dors mieux, je vis mieux, je souris mieux, je danse mieux, je chante mieux, j'écris mieux, quand il n'est pas là.

Ma créativité, mon monde intérieur s'étaient effondrés. Un an depuis que je suis rentrée de Russie, et je n'ai pas écrit une ligne. Mon corps me parle clairement : il ne crie plus, s'allège, me tient bien droite. Guérir est le travail d'une vie, je veux, clairement, en finir.

J'ai des projets aussi. Je les étudie sans avoir à attendre les décisions d'un procrastinant professionnel.



En attendant, je vais régulièrement reprendre une vie en Braud (où nous allons enregistrer un nouveau CD), ou faire étape à Limoges.



Je profite des bons moments, même si parfois, l'angoisse de l'avenir me retourne un peu l'estomac.
De moins en moins longtemps.
De moins en moins souvent.

J'ai écrit dix raisons de rester avec lui, je n'arrive même pas à six, puis dix raisons de partir, la liste semble interminable. L'ego surtout est un fourbe conseiller, quand il me souffle que je suis venue en Bretagne pour lui.

C'est loin de tout, dois-je en partir ? 
Mais j'y ai une vie aimable, dois-je y rester ?
Je ne prends aucune décision à ce sujet, alors que je suis encore fragile.


mardi 24 février 2026

Robert

 Parfois je me dis : "ça pourrait être pire. Il pourrait être mort. Et je ne le verrais plus jamais".

Cette semaine, un courriel de Barbara, ma fidèle lectrice et commentatrice, est venu me rappeler qu'il faut savoir remettre les choses à leur place. Elle qui vient de perdre son cher Robert, le partenaire de toute une vie.

Alors si vous passez par là, ayez pour elle, que vous ne connaissez pas, une pensée amicale, qu'elle percevra j'en suis sûre.