mercredi 5 août 2026

Une ville russe c'est #1 Où est Lénine ?

En octobre 2024, j'ai séjourné à Yaroslavl, où une bande de joyeux ado m'avait rappelé que, dans chaque ville russe, il y a une statue du petit père des peuples.
A l'heure où, hélas, les effigies de Staline (20 millions de morts, presque autant que la grande guerre patriotique) quittent le parc moscovite des statues déchues, et où, depuis octobre 2022, le critiquer publiquement est redevenu un délit, je me suis fait un jeu de retrouver le marqueur communiste qui perdure sur un tas d'objets, mais surtout en statue d'orateur guidant le peuple : Lénine.

Où est Lénine ?

A Vladivostok
Il est parti faire son marché. Il y a beaucoup de petits et grands marchés en Russie, couverts ou de plein air. On y trouve notamment les récoltes de baies, de champignons séchés ou en bocaux, du lard, du poisson fumé. C'est le moyen de subsistance de nombreuses femmes, dont les retraites sont à pleurer...


A Khabarovsk
Au musée bien sûr. Je ferai un post spécial sur les musées russes, leurs richesses, et leur patriotisme.


Mais aussi une statue vraiment fantaisie, en style totalement fou-fou : casquette et veste, les mains dans les poches.


A Tchita
Il est parti à la patinoire. Dans de nombreuses villes russes une place est transformée en patinoire l'hiver.


A Oulan Oude
Il est parti faire de la luge sur la place des Soviets.



C'est la plus grosse tête de Lénine au monde...



La très belle artère principale porte son nom.
Mais tout le monde persiste à l'appeler Arbat.





A Tarbagataï, au musée des Vieux Croyants, sur un tas de billets...






A Irkoutsk
Il est parti manger des pozys au Khan Byyza, échoppe du Kvartal 130, faux village sibérien en pleine ville




Et ils étaient très bons...


A Tobolsk
Il attend le bus.
Le réseau de bus est excellent en Russie, et s'il n'y en a pas, il y a une marshroutka qui va là où tu vas. Marshrout, ça veut dire trajet, itinéraire. Et la marshoutka est un genre de taxi collectif très bon marché.




A Ekaterinbourg
Il s'intéresse à tout : au commerce,



 à la circulation, 


aux pierres semi précieuses (ici la malachite, l'Oural recèle d'infinis gisements de tout...)


au sort du miséreux...



A Perm
Sacrilège ! Il sert de crottoir à pigeons...




A Kazan


Dans la rue Oulianov bien sûr, près du quartier étudiant.
(Son nom complet c'est Vladimir Illitch Lénine Oulianov)
C'est justement la maison où il est venu... étudier.
Sa statue blanche est dans une boîte. Protection hivernale ?
Aujourd'hui Kazan est une grande ville universitaire.
En plus des instituts en ville, comme elle avait accueilli les Universiades en 2013, elle dispose depuis d'un campus périphérique hyper accessible, qui accueille à lui seul 10 000 étudiants.
Dans mon dortoir il y avait une jeune Haïtienne, qui débarquait pour cinq années d'études. Elle commençait par un an de cours de russe, avant de reprendre la chimie
Son jeune tuteur haïtien, qui est ici depuis 6 ans, m'a expliqué qu'il existe une application dédiée, sur laquelle ils postulent. Ils perçoivent ensuite une bourse qui leur permet de vivre très correctement, et sont logés dans une résidence universitaire.



A Moscou

Maintenant tout est clair : j'aurais dû m'enregistrer à Nizhny au bureau de police...
Les hôtels qui acceptent les personnes non enregistrées risquent gros.
Pas de formalités pour les nuits de train.
L'assistance de la plateforme de réservation Ostrovok m'a quand même bien aidée sur ce coup là.
Apparemment, les règles d'enregistrement (ou les sanctions pour les établissements ?) des étrangers avaient changé ce mois-ci, et je n'en savais rien, malgré une petite alerte paperasse à Perm.
C'est ainsi que, qand je suis arrivée de Nizhny, en fin de voyage, et que j'ai rejoint l'hostel déjà payé, ils m'ont... refusée
Parce que je n'avais pas d'enregistrement depuis Kazan. Or je n'étais restée une nuit dans le train, moins de sept jours à Nizhny,  dans la famille de ma belle-fille, et j'avais été enregistrée plusieurs fois depuis mon arrivée.
Mais niet, aucune discussion possible, même pas pour cette nuit, ils risquent des amendes énormes jusqu'à 800000 roubles (8000 €...).
Je me voyais déjà passer le nuit dans une gare...ah non parce qu'un Français expatrié m'avait proposé de venir chez eux (et la solidarité des Français à l'étranger c'est toujours appréciable), mais c'était assez loin.
Donc, ayant repris confiance en la vie, j'avais d'abord tenté ma chance dans un autre hostel à 50 mètres, qui avait pris mes papiers sans broncher et davaï !


J'adore la Russie, mais c'est quand même le genre de pays où quand tu n'as rien fait, tu te demandes malgré tout si tu peux avoir la conscience tranquille .??
Bon, je ne suis pas allée manger de la neige, ni casser des cailloux en Sibérie, donc en route pour aller au mausolée du camarade Lénine, normalement ouvert le mardi matin.

Ah non.
Encore fermé.
Ce ne sera pas pour cette fois.
Je me demande si la dépouille du camarade  conservé n'est pas en train de se dégrader, parce qu'il est de moins en moins souvent visitable...


lundi 3 août 2026

Guérir # 8 Retour vers la Russie

Le 31 janvier 2025, je m'envolais pour un périple de sept semaines en Russie, essentiellement sur la ligne transsibérienne. 


Arrivée par Pékin, 


j'étais ressortie par l'enclave de Kaliningrad, pour rejoindre une liaison aérienne européenne à Gdansk, après quelques 10 000 kilomètres, de Vladivostok à Moscou.




Surtout en cette période troublée, au retour, il y aurait eu matière à écrire et écrire encore. D'autant plus que, l'automne précédent, j'avais déjà fait le tour des villes de l'Anneau d'Or.
J'ai raté ce rendez-vous avec moi-même.

L'atterrissage en terre bretonne fut brutal. Ouin Ouin avait encore changé d'avis. La maison étant propre et rafraîchie, et puisque j'avais posé des limites claires (énorme red flag ça, devoir poser un ultimatum pour être entendue quand on souffre...) il avait eu le temps de réaliser qu'il n'avait plus besoin de moi, de mes bourrelets et de mes "exigences". 
Pour les services cependant, il lui fallait ne prendre aucun risque de se retrouver seul en assumant ses responsabilités. Plutôt que de tenir l'engagement pris deux ans avant pour me faire venir combler le gouffre de ses insécurités, en relookant sa cuisine, ou tout simplement de mettre fin à une relation qui ne lui convenait plus, il avait passé ce temps à s'apitoyer sur son sort ici et là, statue de la désolation aux tristes bajoues.
Encombré par une femme pas assez complaisante, mais soucieux du qu'en dira-t-on, il avait joué la carte du dolorisme, jusqu'à ce que, bam, coup de foudre d'une candidate à l'excitante stratégie de l'ombre, bien décidée à le sauver de mes griffes, avec ses paroles venimeuses, étoupe des incroyables capacités  de cet homme à tromper, tricher et mentir, bien planquées, mais soigneusement cultivées depuis près de quarante ans.
Qui plus est une femme "bien", prête à légitimer tout et n'importe quoi. Le rêve narcissique enfin réalisé.

Bref, pendant que je me croyais encore naïvement gâtée par la vie, en abordant une nouvelle phase de ce que je vivais toujours comme une belle relation, chacun chez soi, lui avait anonymement enregistré le numéro de téléphone d'une fausse blonde morte de faim, et commençait à échanger des messages enthousiastes avec l'une comme avec l'autre, sur deux messageries différentes, pour éviter les fausses manip.

Mon corps avait flairé la duplicité, mon cerveau la niait. Difficile pourtant de ne pas voir. Elle le draguait ouvertement devant moi, s'asseyait systématiquement près de lui, me parlait hargneusement, attisait sa jalousie en grouillant auprès de l'animateur de danse. J'étais l'intruse, la vilaine qui s'interposait entre eux. Il ne lui mettait pas de stop. Bêtasse que je suis, je pensais qu'il était trop timide pour être clair, et je ne voulais pas lui faire honte en la taclant publiquement. Bien que très mal placée, ma confiance restait curieusement intacte (encore un gros red flag ça, un homme dont l'absence de limite avec les autres femmes te met mal à l'aise et en insécurité).
Qu'attendait-il ? Bah d'être sûr d'avoir ferré sa nouvelle proie, pas question d'avoir la honte de se faire quitter sans avoir de remplaçante sur l'oreiller.

Ce qui est certain c'est que dans l'obscurité de mon aveuglement, ma source s'était tarie en un mince filet où mes quelques mots survivants trouvaient encore moyen de se noyer.

Un traumatisme ce ne sont pas des faits. C'est ce que nous ressentons quand nous les subissons. La sidération, le déni, la colère, la tristesse, l'acceptation, ne se traversent pas en en claquement de doigts. Sans eux, la reconstruction sera toujours boiteuse.

Donc, ne vous imaginez pas que  depuis six mois je radote en réécrivant cette histoire sous différents angles. Cela fait partie des processus de guérison. Le cerveau est plastique, il se reconfigure en permanence, et pour cela, il a besoin d'un peu d'aide. Notamment que le verbe soit. C'est le principe éprouvé de mettre des mots sur les maux, pour effacer tout particulièrement les images intrusives, et ne se souvenir de ce qui est utile, le reste, leurs choix, leurs mots, n'appartient qu'à leurs auteurs. J'en retiens qu'on peut mentir droit dans les yeux. Que seuls les actes comptent et qu'il faut savoir tourner les talons, même bercée de belles paroles. Que le blâme systématique des ex si vilaines avec un si gentil garçon est une alerte rouge. Qu'un mec de 70 balais pour lequel seul compte le physique -genre qui compare les rides et les kilos quoi...- et qui se comporte comme à 25 ans, ça pue.


C'est bon, j'ai bien enregistré. 
La routourne elle peut tourner là...


Après, on peut passer à l'action, sans craindre de recommettre les mêmes erreurs d'appréciation.

Or, magie des synchronicités, de l'action, j'en ai. Il se trouve qu'après avoir trituré l'affaire dans tous les sens, au moment où je me sentais prête à construire de nouveaux projets, mais sans trop savoir par où commencer, Marjorie Talhouet, qui m'avait presque remis les neurones à la création pendant un atelier "Déclic", nous a invités à participer à un nouveau projet : un jour, un post-it.
Une expérience de neurosciences sur l'intelligence humaine. Et devinez ce qui m'est revenu en plein cœur dimanche ? Non, pas encore eux 😱😅🤣 !
Mais la Russie. Ma belle échappatoire qui m'a révélé un peu de la femme que je suis vraiment, au prix c'est vrai, d'un arrachement. Mais qui mérite le détour.


J'ai pérégriné dans une vingtaine de villes, toutes différentes, et toutes un peu semblables. Que m'en reste-t-il ? C'est le fil de ma nouvelle série sur ce blog : Une ville russe, c'est ...
Pour les post-it, c'est une autre dimension, qui se construit dans un joli carnet courge.
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PS. Si ça vous intéresse, Marjorie a créé un compte Insta, pour faire participer un groupe plus étendu que notre petit comité. Je me suis fait violence, pour en ouvrir un aussi. J'ai aucune idée de comment ça fonctionne, j'en suis aux tutoriels...🤪

A l'aventure et au plaisir

Il est temps de continuer à réaliser mes rêves les plus simples comme les plus fous.
Maintenant que je peux me projeter sereinement, je me suis fait quelques listes de vœux, dont une qui s'était trouvée biaisée et gâchée avant même d'y être engagée : j'ai nommé l'exploration des îles bretonnes. Et plus si affinités, avec Noirmoutier et Yeu...


Je ne ferai pas tout en une fois. Je dois un peu étudier la question. C'est vraiment le genre de vœu qui peut s'étirer dans le temps, sans logistique chronophage, entre météo favorable et coup de tête.
Certaines se visitent en une journée, d'autres s'explorent en immersion. Je n'ai pas encore déterminé d'ordre, ni de date, mais ce sera hors afflux touristique.
Pour une raison que j'ignore, Ouessant et Molène me font une envie d'hiver.
Je prends donc toutes suggestions de coup de cœur, d'hébergement, de visites, de saison, et même d'autres confettis qui m'auraient échappé, dans les commentaires ou par mail (un clic sur mon profil).

dimanche 2 août 2026

Guérir #7 Fresh start

En triant de vieilles photos, je me suis fait cette réflexion qu'à la fin d'une relation décevante entre deux personnes, il y en a une qui reste dans ses frontières, ses repères immuables, ses certitudes, ses habitudes, ses activités, ses évitements.

A ses côtés se pavane une autre coiffure, une autre silhouette, plus ceci et moins cela, qui s'estime unique, comme tu l'as cru aussi. Mais le décor est inchangé. C'est confort.

Par la magie des algorithmes, qui t'informent sur ce qui ne te concerne plus, alors que tu n'as rien demandé, tu revois les mêmes images, les mêmes balades,

 les mêmes chevaux,

la même pirogue, 

le même bouillir


le même feu de camp


la même scène


les mêmes randonnées


les mêmes plages,


le même café,

le même bayou,

les mêmes cache-cache dans les arbres,

les mêmes danses,

le même marché, la même boutique de vêtements ou de cadeaux, les mêmes restaurants,

les mêmes road trip

 les mêmes projets de chemins

Les mêmes demandes que l'autre s'empressera de satisfaire pour ne pas souffrir de la toxique comparaison, quitte à se ruiner le dos et la santé.

Les mêmes connaissances familières, les mêmes sourires de convenance, la même insatisfaisante intimité suradaptée.

La même vie, en une autre compagnie. Une vie de pagure. L'hypocrisie des gens bien.

Pour peu que le nouveau profil soit adepte des poncifs qui pullulent sur le marché du développement personnel, avec son injonction au bonheur constant niant la réalité des émotions difficiles, ce qui a fonctionné cent fois semble pouvoir être reconduit à l'infini. Leurs phrases commencent par "j'ai le droit". Comprends "de me livrer à des manœuvres louches, pour avoir ce que je veux : le bonheur".

Vacuité et vanité. Jusqu'à la prochaine lassitude, jusqu'au prochain "ce n'est qu'une amie". Tu peux imaginer que ce sont les mêmes mots, les mêmes discours, les mêmes "tu es belle", "je suis heureux", "je t'aime", "on ne va pas devenir codépendants", "prenons notre temps". Mais je te suggère plutôt, si tu ne peux pas te retirer des réseaux sociaux, de bloquer les profils malsains et de cliquer sur les petites croix en optant pour "ne correspond pas à mes centres d'intérêts". Tu pourras ainsi te détacher plus aisément d'une histoire de si médiocre envergure.

Parce que toi tu es celui qui s'éloigne, avec des bottes de sept lieues. Qui se choisit et prend la plus grande distance sanitaire possible.

Août 2014, l'inoubliable et fondateur voyage aux Etats-Unis avec Franzouski et le Kid
Ensuite il y a eu la Louisiane pour moi
Dix ans plus tard, New-York pour le Kid, qui maintenant travaille à Genève...

Il faut tout recommencer oui. Et réfléchir à tes schémas répétitifs. Tu ne veux pas que tout soit comme avant, non ?

Alors prends le comme une opération qui te sauve la vie. Trouve d'abord un endroit pour toi, si possible dans le berceau familier de ton ancrage et de ta lignée. Puis fais bouger les lignes, pour croître, remettre en perspective le passé, élargir ton horizon.

Car c'est une nouvelle chance, qui n'est pas donnée à tout le monde, d'utiliser ton énergie vitale à autre chose que cultiver les faux-semblants et t'arc-bouter à bout de bras. Une chance de vivre autre chose qu'un éternel recommencement, une chance de t'accomplir en illuminant ta vie au lieu de la refaire.



Édit : message de mon yogi tea après la publication de cet article 😉