Les jours raccourcissent nettement. La nuit légère et frissonnante est encore bleu profond, au sortir de la pleine lune, dont la clarté laiteuse adoucit les contours du paysage au retour du bal.
J'aime pédaler dans cette douce lumière déclinante, qui annonce l'automnal repli chez soi, sur soi.
Je me sens forte, je me sens calme, je me sens stable.
Mon berger, qui se sentait si seul, a trouvé une gentille compagne. Je me réjouis de le revoir sourire.
J'écoute une amie me parler de son cœur encore en charpie. Nous ne traversons pas toutes de la même manière le traumatisme de la duplicité.
Autour de moi, j'observe.
A ma grande surprise, sur les tapis et chemins alentours, j'en vois qui sont toujours parées, maquillées et bijoutées à la gym, à la marche et au yoga ; prêtes à tout, écumer les sites de rencontre, aguicher les hommes en couple, frétiller comme de vieilles poules pour séduire et hameçonner le coup d'un soir ou d'une saison. Je ne sais pas si c'est mon regard qui s'est aiguisé depuis ma regrettable expérience, mais chez les soixantenaires, ça semble assez répandu. Je ne sais pas comment elles font, être en représentation et en chasse permanente demande une énergie constante. Qu'elles triomphent ou pas, il leur faudra se faire craindre pour ne pas toucher aux lendemains amers et ridicules, de méfiance et de jalousie.
Il y a celles qui, hantées par les souvenirs, disent "plus jamais" ; et parmi elles, celles qui ferment porte et cœur à tous les possibles, à toutes les rencontres, en rejetant les hommes, voire en perdant coquetterie et soin de soi. C'est là que l'on mesure l'impact de ce qu'elles ont subi, pour en être réduites à terminer le travail de sape psychique engagé par un autre, en achevant de s'autodétruire.
Il y a celles qui déclarent aussi sincèrement que plus jamais, mais ne s'y résignent pas, papillons et fantasmes au moindre regard, alors qu'elles sont en pleine convalescence de l'âme. Pour avoir été de celles-ci, je sais qu'elles ne sont pas prêtes, et qu'elles auront à subir encore quelques mésaventures avant de s'accorder suffisamment de valeur pour se montrer sélectives, à la hauteur de ce qu'elles méritent.
Et puis il y a celles qui disent "pas maintenant". Peu importe mon âge. Pas maintenant, je me tiens bonne compagnie.
Pas maintenant je suis occupée à réfléchir, à faire des projets, à m'occuper de mes grands et petits, et de moi-même. Laissez-moi profiter de mon temps précieux, de mon corps, mes muscles, de mon équilibre et de ma verticalité retrouvés ; de mes journées sans douleur ; des bras sans ambiguïté d'Hervé, de Thierry, de Jean-Luc, François, Pascal, Michel, Yves, dans lesquels il n'y a pas de rôle à jouer. C'est le temps de la légèreté.
Pas maintenant, je reste moi-même, mais je suis autre.
Laissez-moi être.







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