lundi 6 juillet 2026

Au bord du parquet, choisir

Je viens de rentrer des trois jours des fêtes de St Chartier (36), qui commémoraient la création des rencontres des maîtres sonneurs en 1976, elles-mêmes lancées pour le centième anniversaire de la mort de Georges Sand, et qui se prolongent avec le Son Continu, au château d'Ars, chaque année autour du 14 juillet.

Sous les bons auspices d'une météo plutôt clémente, surtout le soir, trois jours de joie, d'émotion, de souvenirs, de danse.

Les joyeux bals

Trio 432

Pierre-Yves Dié, avec les poèmes de Jean-Louis Boncoeur.

Mic Baudimant, des Thiaulins de Lignière

Les deux dernière photos sont de moi, les autres viennent de la page FB des fêtes.

Les parquets, c'est comme la vie, il y a toutes sortes de nouvelles rencontres, de retrouvailles plaisantes, de silhouettes qu'on évite. 
J'ai repensé au commentaire de Cyann, qui m'avait envoyé un lien vers cette page , et j'ai eu envie d'écrire sur cette question. Choisir et être choisie.


Être choisie...
Quand on me demande, est-ce que j'accepte tous les danseur / danseuses ?
Oui (sauf la viande saoule).
Oui parce qu'aguerri ou débutant, on peut partager le plaisir du mouvement fluide, tout comme l'accompagnement des premiers pas. Il faut bien apprendre, comme moi j'ai appris. C'est normal.
J'ai, cette nuit, dansé une mazurka avec une jeune femme un peu timide, qui avait osé me demander, et nous étions contentes toutes les deux. Elle de m'avoir choisie, moi de m'être laissé choisir.
Les femmes débutantes, et les jeunes hommes, qui se laissent guider avec confiance et sans ego chargé à la testostérone, même encore maladroit(e)s, sont très agréables. Elles ou ils s'impliquent, ne te mettent pas en danger, demandent des explications parfois. Devant leur soif d'apprendre, tu recommences avec plaisir (mention spéciale pour Gaëtanne...)

Est-ce que pour les autres j'accepte forcément une deuxième danse ?
Non.
Non parce que, désormais, je fais attention à comment je me sens dans les bras de l'autre. Si ces bras sont supposés guider, comment le font-ils ? M'évitent-ils les obstacles, les coudes intempestifs de danseurs agités, le tourbillon de ceux qui tournent à contre sens ?
Comment est la main dans mon dos ? Si elle est molle, mal positionnée, elle ne te soutient pas et te déséquilibre. Tout comme sur ce dessin, ton corps te fait savoir que tu n'es pas en sécurité avec quelqu'un qui te tire en arrière, n'anticipe pas la tourne du bal. Quelqu'un qui se laisse lourdement porter, ça en dit long sur son attitude dans la vie. Ton corps se raidit, tu t'alourdis, ou tu commences à sentir un tension dans tes dorsales.

Choisir
Samedi soir, j'ai vu un danseur extravagant faire tomber à la renverse sa partenaire, la tête hors de la piste, rouler bouler par dessus, la relever d'une main et la relancer dans le flot. Elle n'a pas eu le temps de dire non. Au secours !
Par chez moi, il y a un tas de danses de couples, beaucoup plus qu'en Bretagne. Aurai-je proposé à cet homme de danser une valse, une bourrée, une mazurka ?
Non.
Non, parce que j'observe les danseur/seuses. 
Je ne choisis pas en priorité celui qui présente bien. C'est très trompeur. Les chaussettes dans les souliers sous un bermuda ? C'est pas le physique et sa garde robe qui font le bon danseur.
Si je tends la main c'est vers le plaisir et ... la sécurité.
Avec Eric, Michel, Vincent, Jean-Marc, François, Benoît, Pierre-Yves, je peux fermer les yeux, m'abandonner, tout en étant à l'écoute de leurs propositions muettes, les variantes de pas, les valses à l'envers. Il n'y a pas de mots. Juste une connexion.

Est-ce que j'ai toujours fonctionné comme cela ?
Non.
Non, parce que c'est venu avec l'expérience.
L'ancien moi voulait à tout prix danser, et s'imaginait que, pour cela, il faut un cavalier régulier.
Alors qu'aujourd'hui je préfère ne pas tout danser, profiter de la musique au bord du parquet et être un peu sélective dans mes choix ou mes consentements, pour goûter l'harmonie avec un(e) partenaire plaisant(e).
Évidemment je ne demande jamais à un homme en couple, à moins de les connaître très bien...

Allez, j'avoue, parfois je me trompe encore : il y en a qui donnent le change (in memoriam de la valse à cinq temps la plus longue de toute ma vie...), mais j'ai bien mémorisé qui !

mardi 30 juin 2026

Guérir # 5 Réenchanter les souvenirs - Le lieu sacré

 Jacques a dit : " Ne te prive pas des endroits que tu aimes. Tu vas réenchanter tes souvenirs."

Et voilà que, ce matin, l'oracle du corbeau a évoqué un lieu sacré.




Je connais quelques sanctuaires qui me nourrissent et me réconfortent, mais il y en a un très particulier où j'aime me recentrer et recharger mon esprit. S'y plonger nue, c'est reprendre une vie.
Hélas, cela fait partie des endroits que j'ai partagés avec une personne qui n'en est pas digne, et à propos de laquelle je n'ai pas fait confiance à mon intuition. Heureusement, le lit d'une rivière sauvage et libre est si changeant, sa ripisylve si luxuriante, son flot si courant, qu'en trois ans elle a charrié sans retour les traces fugaces des pas qui l'ont improprement foulée.
Evidemment, c'est un lieu qui se mérite : il faut pédaler, marcher et même bartasser un peu dans le sous-bois qui se referme sur les traces passagères.



Puis la coulée s'ouvre sur un méandre si bien dessiné qu'il fait battre le cœur. 


Grandiose et vierge.
Paisible et scintillant.
J'ai retrouvé mon lieu sacré.

Ecrire au présent

J'écris sur tout, et sur n'importe quoi. 

J'écris l'histoire de R. un de mes danseurs favoris, avec lequel je n'avais jamais profondément échangé. Quarante ans de mariage avec une femme qui "courait", qui me raconte sa version à lui de la peau d'andouille qui lui est tombé des yeux, quand une épouse trompée jalouse était venue saccager son outil de travail. "Grâce à ça j'ai appris à danser. Mais j'ai perdu une partenaire, harcelée de messages par mon ex". R. n'est plus triste. Il se sent libre et vivant.


Couverture d'un cahier qui m'a été offert lors d'un stage d'écriture

J'écris sur ceux qui avancent, et sur ce qui m'anime. La terre sous les pieds nus, le corps en mouvement, les chevreuils qui traversent devant mon vélo, les hirondelles des sables qui s'abreuvent en bandes le soir, la morsure des ronces aux chevilles, la tiédeur du sable.

Un exutoire, une trace de mémoire, des bribes pour plus tard, les paroles d'une chanson dont j'ai reçu la mélodie il y a trop longtemps. J'écris un dialogue entre un narcissique et son confident. J'écris à la mémoire de Shekiba, une petite fille afghane qui aurait dû devenir une femme. Dans son cœur, il y a la sagesse que les hommes n'ont pas. Je me demande ce qu'elle en fera. D'elle il reste une mélodie, Gertjan attendait que j'y brode des paroles. Elle est presque terminée, nous la chanterons à la fête d'été. Le moment de ranimer  mon compte youtube, au bois dormant depuis mon moment d'égarement.

J'écris sur un cahier, des petits bouts de papier, mon téléphone, mon bujo, mon clavier, les gens, les choses. C'est le réveil du geyser tari depuis quatre ans, étouffé au service d'une autre vie que la mienne.

J'écris, surtout. 




lundi 29 juin 2026

Playlist

 Alors voilà ,

Vendredi et samedi, j'étais à Lurcy Lévis (03), un petit bourg Bourbonnais de 1800 habitants.
Et il y avait un super festival
Ô mille et une notes
Belle équipe, grosse ambiance, petit prix
Chansons françaises à texte et rock'n roll
Public familial, tatouages, longues barbes, bas résilles, cheveux multicolores, brassières au crochet, femmes en short décomplexées, je voyais défiler, chanter et danser tout un petit peuple de joyeux drilles.
Des gens que je connaissais, et que je retrouvais avec plaisir, et puis des inconnus sympas, rigolos et souriants.

Les bancs étaient rembourrés aux noyaux de pêche, alors j'étais allongée sur une grande serviette de bains
Une fraîcheur relative remontait de l'étang
J'entendais la foule s'amuser
De temps en temps je me levais pour danser aussi
Je voyais le lever d'une lune presque pleine, sur un ciel velouté piqué d'étoiles, et j'écoutais
des gars du coin


des gars de loin




du rock celtique... corrézien






Une voix est venue doucement fendre la foule,
c'était Simon

et l'heure d'écouter l'un de mes groupes favoris
Debout sur le zinc
Un petit pas de travers, et toute une vie est à l'envers...


Dimanche, j'avais encore le cœur en joie de ces deux soirées, quand je suis partie à l'église de Franchesse, écouter le chœur des Lanciers, dirigé par Véronique Sure.


Le répertoire, les voix, la cheffe, le projet, tout m'a plu. A un moment où j'ai besoin de nouveaux défis à relever, je me suis retrouvée recrutée pour la prochaine rentrée. 

Un week-end de musique pour me souvenir que j'ai aussi besoin de textes riches, de grande musique un peu ardue à chanter, de me nourrir et de m'élever.

Il y a ici une vie culturelle riche, abordable et diversifiée, différente de la Bretagne, où je retournerai avec plaisir réenchanter d'autres souvenirs, mais qui ne me manque pas pour l'instant.

dimanche 28 juin 2026

Le temps de l'éveil

Une goutte d'obsidienne noire, surmontée d'une pleine lune à pentacle et de deux croissants, m'a choisie sans se laisser perturber par la légère vibration d'un lapis-lazuli.
 C'était celle-ci, et aucune autre, une puissante protection contre les énergies indésirables et les pensées parasites.
 Une voie d'ancrage.

Pour certains, le pouvoir des pierres, c'est du pipeau.

Pour d'autres il y a une explication scientifique à la résonnance des petites et grandes énergies, à l'influence néfaste ou heureuse d'une personne ou d'un objet, au taux vibratoire d'un prénom, à la radiesthésie : toute matière est constituée d'atomes reliés par des liaisons chimiques. Un atome c'est 0,1 % de noyau et 99,99 % d'électrons en gravitation.
En gros, la liaison chimique ce sont les forces d'attraction entre ces combinaisons d'électrons.
Et, bien sûr, notre corps est plus ou moins réceptif aux énergies des autres, comme à la sienne propre. 

Quant aux oracles et aux tarots, ce sont juste des cartes qui reprennent les grandes composantes de ce qui fait notre humanité, à commencer par la conscience de notre finitude. Un tirage peut avoir plusieurs interprétations, qui dépendent à la fois de notre perception de ces questions existentielles, de notre état énergétique au moment de la lecture, et de notre capacité à nous laisser guider par notre intuition. Ce n'est donc pas de la voyance, mais de la connexion avec notre clairvoyance et notre lucidité. Il faut juste lire et s'écouter.

En plusieurs occasions, déjà très jeune, j'ai eu de ces fulgurances inexplicables qui m'ont conduite à des décisions parfois tranchées, souvent incomprises, mais qui se sont toujours révélées justes à long terme.

Or, depuis quatre ans, je les avais mises dans ma poche avec mon mouchoir par dessus.  Des intuitions j'en ai eu. Plein. Je les ai ignorées. Enfin, pas tout à fait. Je me suis éloignée, physiquement, plusieurs fois. Au moins, cette petite voix là, je l'ai écoutée, même si ce fut sans vraiment réaliser pourquoi. Elle a été un révélateur d'enfumage. Elle a tout déclenché.

Quelque chose dans les gestes ? Le regard ? Le visage apathique et tombant devant les conversations qu'il ne pouvait pas suivre ?  Le chantage affectif permanent ? L'incohérence entre les paroles et les actes ? Entre les "j'apprécie d'être seul" et les "tu m'abandonnes", les "je ne veux pas rester ici, je mets la maison en vente" et les injustes "tu m'obliges à vendre" ?  Entre les "je ne cherche pas une bonniche", et l'intendance à assurer, les "qu'est ce qu'on mange ? " à midi moins le quart, le vert gluant sur les innombrables velux, les empreintes de ses doigts imprimées à l'encre du journal sur la porte des toilettes, jamais nettoyée ? La superficialité mécanique des mains dans l'intimité, les exigences sexuelles à sens unique, la culture de la pénétration, du coûteux devoir de séduction de la femme pour se rapprocher d'une actrice de porno ? Les rodomontades et la servilité ? Les "je suis prêt à prendre des cours de danse" et, pendant quatre années, danser avec une main molle de poisson crevée dans le dos, 75 kilos de viande statique à trimballer, déséquilibrée, sans cadre et sans soutien ? L'appui c'est toi. Toujours toi.

A moins que ce ne soit le souvenir de l'armoire pleine de pain rassis et de vieux paquets de céréales entamés, du jus de poubelles sur les murs derrière la porte du sous-sol, des chambres poussiéreuses et malodorantes avec leurs couettes jaunasses sans housse, où nichaient des araignées, des draps en guenille remplacés par mes soins, de trente ans de graisse de friture décapée sur les portes de la cuisine avant de la repeindre en flinguant mon mois de juillet ? Des ampoules qui pendaient au plafond depuis quarante ans ? Sa salle de bains sale dont je n'ai plus voulu m'occuper ? La charge mentale totalement déportée sur moi, même en pleine tromperie ? Les cadeaux de Noël de ses petits-enfants ?  Les phrases qui, de plus en plus souvent, n'étaient pas les siennes, les "belle journée et belle soirée" arrivés subitement dans son bagage lexical, avec un tas de tournures extraites de romans feel good? Le salon de thé où il était, paraît-il, allé tout seul ?

Les irrépressibles compulsions alimentaires ? Le léger recul devant ses poils de nez et ses dents, sa brosse à dents éculée et maculée ? Les douleurs qui s'installaient, mes jambes qui se dérobaient ?

Ou juste le fait que je n'écrivais plus rien ?

Je ne sais pas. Je sais seulement que c'était plus fort que moi. Je devais m'éloigner, et il ne voulait pas m'accompagner. Mon cerveau n'avait pas réalisé pourquoi, mon corps lui, prenait la fuite.

C'est que les intuitions, qui articulent en réalité les informations collectées par l'inconscient, peuvent être biaisées par notre état psychique, des émotions fortes, la simple perte de repères quand on s'éloigne de notre environnement familier. Et j'étais vraiment loin de chez moi et des miens.


Ce tirage me dit de profiter de la pleine lune de demain pour acter le deuil de l'illusion et commencer un nouveau cycle. 

Tu as compris la leçon ? Un monde s'ouvre à toi, un changement portera ta vie dans une nouvelle direction. Tu dois juste maintenir une barrière entre les émotions des autres, qui ne te concernent pas, et les tiennes. Laisse les glisser sur ton plumage, tu as besoin de ta force intérieure.

vendredi 26 juin 2026

To be continued...

Par cette chaleur, les jours s'étirent lentement, on bouge au ralenti, on s'anime le soir quand il est l'heure d'aller marcher ou danser. Comme je me sens libre et guérie, je voulais titrer un « Happy end », porteur d'utiles leçons et de rêves à réaliser. Mais Hilly m'a fait remarquer que c'est plutôt un nouveau commencement. Alors j'ai écrit : « À suivre... »


Les rêves dont je me souviens au matin, je sais qu'ils sont importants. Je les note avant qu'ils ne se dissolvent dans la cascade du quotidien, pour me livrer, en léger différé, à l'exercice de leur interprétation.

Depuis quelques semaines déjà, ce sont des songes de guérison. Ils me disent que je suis sur la bonne voie, que le plus ardu du chemin est enfin derrière moi.

Entre mon déménagement et le retour du vélo, je me suis ainsi retrouvée une nuit dans des toilettes dont la porte ne fermait pas. Elle était cassée, la poignée ne s'encastrait pas dans le chambranle. C'est toujours le symbole d'une forme d'insécurité. Quand notre vie privée a été violée par un cambrioleur, une tierce personne, un partenaire indélicat, il est normal de se sentir inconfortable et impuissant, à l'évocation de cette situation. L'effondrement passager de nos défenses psychologiques, sous l'effet d'une violente et incontenable émotion, nous exposent plus que de raison.

L'effraction de mon intimité fut cependant fugace. Un bref morphing, et voici que la porte s'est autoréparée, m'indiquant que ma psyché possède la capacité innée de se reconstruire à la sortie du chaos. Finalement, après avoir traversé une période de vulnérabilité, les mécanismes de défense se sont renforcés sans effort conscient de ma part. C'est ce qu'on appelle la résilience interne. À l'issue de sa fluide métamorphose, j'enclenchais le verrou sans anicroche. Je remarquais cependant que si la porte n'était toujours pas pleine, ses clairevoies me permettaient de rester à l'abri, tout en observant le danger potentiel à l'extérieur. Protégée par ce rétablissement de mes limites personnelles, et surtout le contrôle de ce qui entre et sort de mon espace psychique, je me suis sentie libérée d'un poids, même si je conservais une certaine vigilance vis-à-vis de mon environnement.

Il faut accepter que la perfection n'existe pas :  la porte reste ce qu'elle est, une protection stable et fiable, mais avec des stigmates apparents, derrière laquelle on peut évacuer tranquillement les fardeaux inutiles de tout ce qui nous a nuit : le stress, le doute, les douloureuses comparaisons induites par les comportements toxiques, la perte de confiance...

Les messages du subconscient empruntent des voies détournées. Les rêves directement prémonitoires sont rares. Cependant les tableaux se construisent parfois à partir des événements de la journée.

C'est ainsi que la nuit de mon retour à Plouay, j'ai marché, au soleil, dans la rue avec le Breton des bois Ouin-Ouin, qui avait pris ma main, en arborant un sourire niais, pour me parler d'une voix doucereuse. En face de nous est soudainement apparue la figure pincée et hargneuse de sa nouvelle compagne, qui le surveillait. Au lieu de la rejoindre, il a disparu comme le génie de la lampe.

Il faut dire que, dans la vraie vie, au prétexte de voir son terrain (celui que je lui ai trouvé donc...), il était passé sur la parcelle contiguë, tenir la jambe du mari de mon amie, se plaindre que je lui manque beaucoup, qu'il avait vraiment déconné, etc. Bien sûr, en fin d'après-midi, alors que je chargeais mon vélo, je l'avais vu passer au ralenti dans ma propre rue, où il n'avait toujours rien à faire, comme après le pardon de Lochrist. Il a vu que je l'avais vu, et j'imagine qu'il avait dû passer le reste de la soirée à échafauder un scénario plausible, en cas que cela se sache.

Eh bien ne croyez pas que confronté à ces minables manigances, la nuit venue mon cerveau se soit dit : « Tiens, et si on renouait ! » Un petit message peut-être ?

Que nenni ! C'est même tout le contraire : mon subconscient veut digérer le traumatisme, en acceptant ce qui a été vécu, et l'irrévocabilité de la réalité de la nouvelle situation de mon ex. Il ne peut plus marcher avec moi dans ma vie actuelle, il appartient au monde du mensonge. Sa volatilisation incarne la rupture brutale entre le passé et la réalité présente, à la vue de celle qui personnifie le par en-dessous.

La thérapie onirique est puissante, une véritable purge émotionnelle. Aujourd'hui je réalise qu'il y a dix jours déjà, j'étais en train de tourner définitivement la page, de reconquérir mon intégrité, en coupant court à toute illusion. C'est un signe positif de détachement et de reconstruction de soi. 

La trahison reste un traumatisme violent. Quand on réalise qu'en outre elle durait depuis très longtemps, depuis toujours en réalité, reprendre le pouvoir sur son espace émotionnel est une priorité vitale.

Ensuite vient l'acceptation de ce qui est. C'est la dernière étape du deuil psychique.

J'éprouve une délicieuse sensation de libération, pas de perte. Leur monde et le mien sont désormais étanches. Il est temps de m'engager sur mon propre chemin. Vers la douceur, la connexion et la profondeur.

Cinq mois. Pas mal. Je suis prête à attaquer le second semestre par la face estivale, celle des petites robes et des festivals. Mazurka, je suis à toi !

jeudi 18 juin 2026

Guérir # 4 Réenchanter les souvenirs - l'anse du Stole

 Jacques a dit : " Ne te prive pas des endroits que tu aimes. Tu vas réenchanter tes souvenirs."

Alors j'ai profité d'avoir à récupérer quelques affaires pour voir des amis. Repartir avec de la douceur, des images, des chansons et des crêpes. 

Constater que la petite boule, là, a disparu.






Et puis le matin du dernier jour, je suis retournée nager à l'anse du Stole, une de mes plages préférées.


J'ai enlevé mon maillot. En étoile de mer sur le dos, je me suis sentie si reconnaissante.

Puis j'ai repris ma route.

Le soir, je chevauchais enfin mon vélo chéri.

J'ai essuyé le sable pour rechausser mes chaussures de danse.


À la nuit, quand je suis rentrée en pédalant, le premier croissant de 🌒 🌙 était surmonté d'une Vénus pleine et brillante.

Devant une telle splendeur -à laquelle la photo ne rend pas justice -, j'ai ressenti un nouvel élan de gratitude.


Pour peu que l'on ait une vie riche de centres d'intérêt, passer du bon temps, cultiver l'amitié, partager des valeurs communes, des chansons, des parcours singuliers, tout cela m'appartient, à moi seule.
Sur ces terres de la Bretagne des bois, mon réseau s'est construit autour de la langue et de la culture.
Et il me reste, fidèle.

Je dirais même que, en l'absence du rempart mutique d'une inconsistante présence, il s'établit un tout autre rapport, plus riche, plus profond, débarrassé des faux semblants.  Sans pouvoir les identifier ou les nommer, le cercle intime, finalement, pressent l'intérêt feint comme la déloyauté.

C'est la septième puissante leçon de guérison : la nécessité de la profondeur.