lundi 3 août 2026

Guérir # 8 Retour vers la Russie

Le 31 janvier 2025, je m'envolais pour un périple de sept semaines en Russie, essentiellement sur la ligne transsibérienne. 


Arrivée par Pékin, 


j'étais ressortie par l'enclave de Kaliningrad, pour rejoindre une liaison aérienne européenne à Gdansk, après quelques 10 000 kilomètres, de Vladivostok à Moscou.




Surtout en cette période troublée, au retour, il y aurait eu matière à écrire et écrire encore.
J'ai raté ce rendez-vous avec moi-même.

L'atterrissage en terre bretonne fut brutal. Ouin Ouin avait encore changé d'avis. La maison étant propre et rafraîchie, et puisque j'avais posé des limites claires (énorme red flag ça, devoir poser un ultimatum pour être entendue quand on souffre...) il avait eu le temps de réaliser qu'il n'avait plus besoin de moi, de mes bourrelets et de mes "exigences". 
Pour les services cependant, il lui fallait ne prendre aucun risque de se retrouver seul en assumant ses responsabilités. Plutôt que de tenir l'engagement pris deux ans avant pour me faire venir combler le gouffre de ses insécurités, en relookant sa cuisine, ou tout simplement de mettre fin à une relation qui ne lui convenait plus, il avait passé ce temps à s'apitoyer sur son sort ici et là, statue de la désolation aux tristes bajoues.
Encombré par une femme pas assez complaisante, mais soucieux du qu'en dira-t-on, il avait joué la carte du dolorisme, jusqu'à ce que, bam, coup de foudre d'une candidate à l'excitante stratégie de l'ombre, bien décidée à le sauver de mes griffes, avec ses paroles venimeuses, étoupe des incroyables capacités  de cet homme à tromper, tricher et mentir, bien planquées, mais soigneusement cultivées depuis près de quarante ans.
Qui plus est une femme "bien", prête à légitimer tout et n'importe quoi. Le rêve narcissique enfin réalisé.

Bref, pendant que je me croyais encore naïvement gâtée par la vie, en abordant une nouvelle phase de ce que je vivais toujours comme une belle relation, chacun chez soi, lui avait anonymement enregistré le numéro de téléphone d'une fausse blonde morte de faim, et commençait à échanger des messages enthousiastes avec l'une comme avec l'autre, sur deux messageries différentes, pour éviter les fausses manip.

Mon corps avait flairé la duplicité, mon cerveau la niait. Difficile pourtant de ne pas voir. Elle le draguait ouvertement devant moi, s'asseyait systématiquement près de lui, me parlait hargneusement, attisait sa jalousie en grouillant auprès de l'animateur de danse. J'étais l'intruse, la vilaine qui s'interposait entre eux. Il ne lui mettait pas de stop. Bêtasse que je suis, je pensais qu'il était trop timide pour être clair, et je ne voulais pas lui faire honte en la taclant publiquement. Bien que très mal placée, ma confiance restait curieusement intacte (encore un gros red flag ça, un homme dont l'absence de limite avec les autres femmes te met mal à l'aise et en insécurité).
Qu'attendait-il ? Bah d'être sûr d'avoir ferré sa nouvelle proie, pas question d'avoir la honte de se faire quitter sans avoir de remplaçante sur l'oreiller.

Ce qui est certain c'est que dans l'obscurité de mon aveuglement, ma source s'était tarie en un mince filet où mes quelques mots survivants trouvaient encore moyen de se noyer.

Un traumatisme ce ne sont pas des faits. C'est ce que nous ressentons quand nous les subissons. La sidération, le déni, la colère, la tristesse, l'acceptation, ne se traversent pas en en claquement de doigts. Sans eux, la reconstruction sera toujours boiteuse.

Donc, ne vous imaginez pas que  depuis six mois je radote en réécrivant cette histoire sous différents angles. Cela fait partie des processus de guérison. Le cerveau est plastique, il se reconfigure en permanence, et pour cela, il a besoin d'un peu d'aide. Notamment que le verbe soit. C'est le principe éprouvé de mettre des mots sur les maux, pour effacer tout particulièrement les images intrusives, et ne se souvenir de ce qui est utile, le reste, leurs choix, leurs mots, n'appartient qu'à leurs auteurs. J'en retiens qu'on peut mentir droit dans les yeux. Que seuls les actes comptent et qu'il faut savoir tourner les talons, même bercée de belles paroles. Que le blâme systématique des ex si vilaines avec un si gentil garçon est une alerte rouge. Qu'un mec de 70 balais pour lequel seul compte le physique -genre qui compare les rides et les kilos quoi...- et qui se comporte comme à 25 ans, ça pue.


C'est bon, j'ai bien enregistré. 
La routourne elle peut tourner là...


Après, on peut passer à l'action, sans craindre de recommettre les mêmes erreurs d'appréciation.

Or, magie des synchronicités, de l'action, j'en ai. Il se trouve qu'après avoir trituré l'affaire dans tous les sens, au moment où je me sentais prête à construire de nouveaux projets, mais sans trop savoir par où commencer, Marjorie Talhouet, qui m'avait presque remis les neurones à la création pendant un atelier "Déclic", nous a invités à participer à un nouveau projet : un jour, un post-it.
Une expérience de neurosciences sur l'intelligence humaine. Et devinez ce qui m'est revenu en plein cœur dimanche ? Non, pas encore eux 😱😅🤣 !
Mais la Russie. Ma belle échappatoire qui m'a révélé un peu de la femme que je suis vraiment, au prix c'est vrai, d'un arrachement. Mais qui mérite le détour.


J'ai pérégriné dans une vingtaine de villes, toutes différentes, et toutes un peu semblables. Que m'en reste-t-il ? C'est le fil de ma nouvelle série sur ce blog : Une ville russe, c'est ...
Pour les post-it, c'est une autre dimension, qui se construit dans un joli carnet courge.
-------------------------
PS. Si ça vous intéresse, Marjorie a créé un compte Insta, pour faire participer un groupe plus étendu que notre petit comité. Je me suis fait violence, pour en ouvrir un aussi. J'ai aucune idée de comment ça fonctionne, j'en suis aux tutoriels...🤪

A l'aventure et au plaisir

Il est temps de continuer à réaliser mes rêves les plus simples comme les plus fous.
Maintenant que je peux me projeter sereinement, je me suis fait quelques listes de vœux, dont une qui s'était trouvée biaisée et gâchée avant même d'y être engagée : j'ai nommé l'exploration des îles bretonnes. Et plus si affinités, avec Noirmoutier et Yeu...


Je ne ferai pas tout en une fois. Je dois un peu étudier la question. C'est vraiment le genre de vœu qui peut s'étirer dans le temps, sans logistique chronophage, entre météo favorable et coup de tête.
Certaines se visitent en une journée, d'autres s'explorent en immersion. Je n'ai pas encore déterminé d'ordre, ni de date, mais ce sera hors afflux touristique.
Pour une raison que j'ignore, Ouessant et Molène me font une envie d'hiver.
Je prends donc toutes suggestions de coup de cœur, d'hébergement, de visites, de saison, et même d'autres confettis qui m'auraient échappé, dans les commentaires ou par mail (un clic sur mon profil).

dimanche 2 août 2026

Guérir #7 Fresh start

En triant de vieilles photos, je me suis fait cette réflexion qu'à la fin d'une relation décevante entre deux personnes, il y en a une qui reste dans ses frontières, ses repères immuables, ses certitudes, ses habitudes, ses activités, ses évitements.

A ses côtés se pavane une autre coiffure, une autre silhouette, plus ceci et moins cela, qui s'estime unique, comme tu l'as cru aussi. Mais le décor est inchangé. C'est confort.

Par la magie des algorithmes, qui t'informent sur ce qui ne te concerne plus, alors que tu n'as rien demandé, tu revois les mêmes images, les mêmes balades,

 les mêmes chevaux,

la même pirogue, 

le même bouillir


le même feu de camp


la même scène


les mêmes randonnées


les mêmes plages,


le même café,

le même bayou,

les mêmes cache-cache dans les arbres,

les mêmes danses,

le même marché, la même boutique de vêtements ou de cadeaux, les mêmes restaurants,

les mêmes road trip

 les mêmes projets de chemins

Les mêmes demandes que l'autre s'empressera de satisfaire pour ne pas souffrir de la toxique comparaison, quitte à se ruiner le dos et la santé.

Les mêmes connaissances familières, les mêmes sourires de convenance, la même insatisfaisante intimité suradaptée.

La même vie, en une autre compagnie. Une vie de pagure. L'hypocrisie des gens bien.

Pour peu que le nouveau profil soit adepte des poncifs qui pullulent sur le marché du développement personnel, avec son injonction au bonheur constant niant la réalité des émotions difficiles, ce qui a fonctionné cent fois semble pouvoir être reconduit à l'infini. Leurs phrases commencent par "j'ai le droit". Comprends "de me livrer à des manœuvres louches, pour avoir ce que je veux : le bonheur".

Vacuité et vanité. Jusqu'à la prochaine lassitude, jusqu'au prochain "ce n'est qu'une amie". Tu peux imaginer que ce sont les mêmes mots, les mêmes discours, les mêmes "tu es belle", "je suis heureux", "je t'aime", "on ne va pas devenir codépendants", "prenons notre temps". Mais je te suggère plutôt, si tu ne peux pas te retirer des réseaux sociaux, de bloquer les profils malsains et de cliquer sur les petites croix en optant pour "ne correspond pas à mes centres d'intérêts". Tu pourras ainsi te détacher plus aisément d'une histoire de si médiocre envergure.

Parce que toi tu es celui qui s'éloigne, avec des bottes de sept lieues. Qui se choisit et prend la plus grande distance sanitaire possible.

Août 2014, l'inoubliable et fondateur voyage aux Etats-Unis avec Franzouski et le Kid
Ensuite il y a eu la Louisiane pour moi
Dix ans plus tard, New-York pour le Kid, qui maintenant travaille à Genève...

Il faut tout recommencer oui. Et réfléchir à tes schémas répétitifs. Tu ne veux pas que tout soit comme avant, non ?

Alors prends le comme une opération qui te sauve la vie. Trouve d'abord un endroit pour toi, si possible dans le berceau familier de ton ancrage et de ta lignée. Puis fais bouger les lignes, pour croître, remettre en perspective le passé, élargir ton horizon.

Car c'est une nouvelle chance, qui n'est pas donnée à tout le monde, d'utiliser ton énergie vitale à autre chose que cultiver les faux-semblants et t'arc-bouter à bout de bras. Une chance de vivre autre chose qu'un éternel recommencement, une chance de t'accomplir en illuminant ta vie au lieu de la refaire.



Édit : message de mon yogi tea après la publication de cet article 😉

mardi 28 juillet 2026

Au bon endroit, au bon moment

Catherine, au bord du parquet de danse, m'a dit :
"- Il est temps de rendre à Jules ce qui appartient à César.
- C'est-à-dire ?
- Ses choix. Ceux qui ne t'appartiennent pas et dont tu n'as plus à t'affliger. Tu n'as pas à les porter. Les mensonges, la manipulation, la réécriture de l'histoire, les promesses non tenues, les faux semblants, la comédie, les plaintes, les saloperies, la lâcheté, la tromperie, tout cela n'a rien à voir avec toi. C'est juste un mode de vie, et cette vie, ce n'est pas la tienne, tu vois ?
Donc tu en fais un paquet, une belle ficelle autour, et hop, tu les renvoies à leurs auteurs.
- Je me suis engagée à ne pratiquer aucun rituel sombre.
- Pas la peine. Confies-le aux êtres supérieurs qui veillent sur toi. Ils se chargeront du retour à l'envoyeur, de la manière qu'ils jugeront la plus appropriée."

Et, comme c'est la pleine lune, j'ai fait exactement ce qu'elle m'a dit. J'ai arraché toutes les pages que je ne relirai plus.


C'était entre deux danses. Plus la fête d'été avançait, et plus je me sentais déliée. 
Sylvie m'avait fait la surprise, entre deux services, je la rejoignais sur un parquet.


On avait explosé le nombre d'entrées, je pédalais la nuit pour dormir un peu, je connais chaque montée, chaque virage, je sens l'odeur de l'eau sur le pont, j'écoute les cris des oiseaux de nuit, le faufilement d'une bête assoiffée dans la sente d'une bouchure. De la poésie pure, en live.
J'avais appris à danser les rigaudons, terminé les paroles sur la belle valse envoyée par Marion et Gertjan, on prépare tout un répertoire à à interpréter ensemble.
Blowzabella jouait du Joe Freya, du Andy Cutting, du regretté Dave Sepherd, c'était plein de bons danseurs, venus de loin.


Vidéo Benoît Guerbigny
Bourrée de Montfort, Jo Freya / Blowzabella

Je pensais au défi très spécial d'écriture auquel Marjorie vient de me convier. Un déplacement parisien par mois, pendant un an ; et puis à mes articles sur la Russie, toujours en gestation. 

Puis j'ai chanté.
J'avais prévu un programme pour l'interplateaux, le parquet était plein. Les paroles de Catherine clignotaient entre mon hippocampe et mon amygdale. Non mon cerveau n'a plus d'espace pour ce qui ne m'appartient pas, je dois faire de la place dans mes tiroirs. 
Déclic de dernier moment, j'ai changé. Du breton. En breton. Les danseurs étaient au taquet, c'était puissant et doux à la fois, très joyeux.
Muriel, berrichonne de Quimperlé, m'a dit merci pour la suite de Loudéac. Marie a ajouté : "je ne pensais pas que tu pourrais, mais tu l'as fait ; ça c'est sûr, tu le gardes avec toi. Tu en feras quelque chose."


Alors, comme c'est la pleine lune, meurt une ancienne version de moi, et s'anime une nouvelle.
Celle qui peut dire non, celle qui se choisit, celle qui ne nourrira plus ce qui ne la concerne pas.
Pour ce qui est du retour de flamme, je le laisse à l'appréciation de l'univers.

Comme c'est la pleine lune, j'ai écrit une nouvelle et longue bucket list, pleine d'envies, de rêves, de voyages, d'enfants, d'amour et de défis. Le temps gâché ne reviendra pas. Mais il m'en reste assez je crois pour une vie suave.

Comme c'est la pleine lune, j'ai trouvé exactement le logement que je voulais. C'est drôle, j'en avais un autre dans la manche, mais la décision de son attribution s'est trouvée reportée à une prochaine commission en août. J'ai fait confiance à ma bonne étoile, et j'ai eu, aujourd'hui, celui qui cochait les bonnes cases. Le bon endroit, au bon moment.

Je peux enfin me projeter. J'emménagerai en octobre. En octobre nous retrouverons Blowzabella à Dranouter, et ça tombe bien parce que j'ai envie de visiter Bruxelles, Bruges et Gand. En octobre ce sera aussi mon anniversaire.
En octobre je serai à un mois de célébrer le début de la fin !
Je crois que je l'ai déjà écrit quelque part, mais là, je le vis : quand tout finit, c'est là que tout commence.


Création Baptiste Arnaud
Bande son Je vais passer la nuit, Frédéric Paris, album Avant soleil levé, la Chavannée, remixé par P.Y Clémot

dimanche 19 juillet 2026

Être

Je m'étais habituée à la canicule, mais j'apprécie que nous soyons enfin entrés dans l'été que nous connaissions.
Journées chaudes et nuits fraîches.
Ce délicieux moment de l'année, quand la soirée est douce. Tu vas danser, t'amuser au bal québécois.


Tu rentres à vélo, la nuit, sous les étoiles du tout premier croissant après la nouvelle lune, seule entre ciel et prairie grandioses, minuscule point dans l'immensité.
Tu ressens une gratitude infinie, parce que tu sais qu'au petit matin, quand tu remonteras le drap, et que l'air frais te bercera encore un peu, tu replongeras dans l'un de ces rêves exceptionnels et rassurants.
Tu repenses à ce magnifique panache blanc luminescent, descendu pendant une petite tempête, quand ton animus aux cheveux corbeau ébouriffés, se sentait intranquille.
Et qu'il a souri.
Tu sais que tu es protégée.
C'est le temps d'être.

Être soi-même, et avaler les trois tomes de 700 pages du Problème à trois corps ...


Être en famille.
Être entre amis.
Être chez Mathieu, 


et se rappeler comme la Creuse est belle !




Être sur le juste chemin et passer l'eau.
Une randonnée matinale de fête de village.
Revoir Michèle.


Être dans les rires.
Être dans le silence.
Goûter les deux.


Être dans le couchant, qui annonce un nouveau jour.


Être à Embraud, pour préparer notre 56ème fête d'été.
Oh là là, comme le temps file 
Être en sécurité, loin de ceux qui le gâchent à paraître.


Être à sa place.
Juste être.

jeudi 9 juillet 2026

Guérir #6 Un cadeau de la vie

Toi qui passes ici, et affrontes peut-être, en ce moment, une déception, une trahison, des agissements malsains ; toi qui dois prendre la douloureuse décision de mettre fin à une situation insupportable ; tu as l'impression de tout perdre. Mais regarde, les arbres perdent leurs feuilles chaque année. Ils restent pourtant dressés, en attendant des jours meilleurs.

Ta vie te semble vide  ? Ne comble rien, tu te fais juste de la place. Dis-toi bien une chose : tout passe, ce ne sera pas toujours aussi dur, tu vas traverser. Dans six mois, un an, ce ne sera plus qu'un vieil épisode, sur lequel ton attention ne s'attardera plus.

Donne toi ce rendez-vous, recule d'un pas, et observe. Et si c'était un cadeau ? Oui, un cadeau, que tu mettras un peu de temps à déballer, la clé d'une porte vers un avenir différent, celui de la personne que tu deviens à travers ça. Parle-toi comme à une amie. Sérieusement, tu aurais voulu te réveiller deux ou trois ans plus tard ? Ou t'éteindre complètement ? 


C'est ce que m'a suggéré, hier, l'oracle du corbeau : un autre angle de vue

Évidemment non. Alors oui, accepte ce présent comme une libération, pas comme une perte.

Tu n'es pas perdue. Tu es sur ta route.

Parfois, quelqu'un te prend la main. Parce que tu lui as ouvert ton cœur, il sait quoi te dire : ce que tu as envie d'entendre : « Tu es avec moi maintenant, tu ne crains plus rien. » et à cause des ces paroles, tu le laisses t'entraîner gentiment sur le mauvais chemin. Juste à cause de cette sensation de vos doigts enlacés, tu n'écoutes pas le reste du corps, qui ne s'y sent pas à sa place. Un peu trop vite, un peu trop fort. Et cette satanée petite voix qui te murmure : « Allez, c'est inespéré, tu ne trouveras pas mieux ».

Il te donne à voir son potentiel, qu'il ne réalisera jamais. Pourtant, tu croises ton ange gardien qui te prévient que ce sont les actes qui comptent : « Tenez-la bien monsieur, sinon elle va s'en aller  ! ». Tu n'écoutes pas, la petite voix est la plus forte, tu mésinterprètes en riant, tu persistes à mettre un pied devant l'autre, même si chaque pas te coûte. Tu finis, bien fatiguée, par te retrouver si loin de la voie qu'il aurait fallut emprunter, la tienne. Ta vaillance t'a quittée, la main est allée se promener ailleurs.

Tu t'arrêtes. Un serpent glisse dans l'herbe, vers le sac que tu as posé, le temps de réfléchir. Tu reprends ton barda, tu t'éloignes. Faire demi-tour ? Impossible d'effacer les kilomètres parcourus. Ça s'est passé, c'est tout. Tu dois avancer encore, jusqu'à une nouvelle croisée, où tu choisiras ta propre route. Où tu te choisiras.

Ce n'est pas si ardu que tu pensais. Sans l'autre main qui aspirait ta vitalité, tu te sens en sécurité, équilibrée. Ton sac est tout léger maintenant. Tu allonges le pas en concentrant ton énergie sur ce qui t'attend quelque part. Pour l'instant, d'où tu es, tu ne vois pas clairement ce que la vie te réserve. Mais cette-fois ci, tu es déterminée : tu fais confiance à ton intuition. Contre ta paume, tu sens la menotte de ta petite fille intérieure. Elle n'a plus peur. La troublante petite voix s'est enfin tue.

En pérégrinant, tu franchis tes propres étapes. D'abord encaisser le choc : plus ta confiance en cette main était aveugle, plus il est violent.

Puis mettre fin à ton marchandage psychique avec les faux espoirs entretenus par la langue fourchue. Tu vois bien que c'est un cadeau : tu es devenue lucide ! La main revient te chercher. Mais tu ne la prends plus. Tu la vois telle qu'elle est. Elle te répugne.

Tu te sens alors infiniment triste, la pluie grise de la dépression s'abat sur toi, le chagrin profond des liens illusoires qui se délitent, de la prise de conscience de qui était réellement ton compagnon de route, d'une forme de culpabilité pour avoir cru à un mirage inconsistant. C'est bon signe. Ton cerveau travaille.

Tu marches avec colère maintenant, comme toutes ces femmes que tu as croisées sur le chemin de St Jacques. Le temps d'une pause tu sors ton carnet, et tu écris tout ce dont tu te souviens. C'est ton refuge, il t'appartient. Un peu plus loin tu le déposeras, avec tes peines.

Ce sera alors le temps de l'acceptation de ce qui est. Oh, ne t'attends pas à une explosion de joie ! C'est juste passer un bonne journée, même si tu y as pensé, aligner soixante longueurs de piscine, en ne songeant qu'à l'eau qui glisse sur ta peau, s'endormir sans images intrusives, ouvrir les yeux sur la belle journée qui t'attend, accomplir les corvées avec satisfaction, partager un déjeuner avec tes petites-cousines, acheter une nuisette de dentelle rouge très douce, pour toi seule, parce que tu la mérites, une balade en vélo le long de l'Allier, une mazurka connectée dans un bal chez des amis, pédaler jusqu'à une église pour un concert...


Ça t'aidera beaucoup de mettre des mots sur tes émotions les plus contradictoires parfois, de bouger, de réenchanter tes souvenirs, de nourrir de vrais contacts humains. Mais ne bourre pas ton agenda, c'est une manœuvre d'évitement, une distraction qui ne fait qu'étirer l'épreuve. Tout ira beaucoup plus vite si tu es capable de rester seule avec toi même, d'affronter tes vérités profondes, de méditer un moment sur le tirage d'un oracle. Tu as besoin de ce temps pour réfléchir. 

À la fin, rien ne s'efface, tout est à sa place ; et, à cette place, tu te reconstruis. C'est comme une mue. Tu t'extirpes de ta peau trop étroite, parce que tu as grandi. Et même, il se peut que tu te métamorphoses. La petite voix ne reviendra pas.




lundi 6 juillet 2026

Au bord du parquet, choisir

Je viens de rentrer des trois jours des fêtes de St Chartier (36), qui commémoraient la création des rencontres des maîtres sonneurs en 1976, elles-mêmes lancées pour le centième anniversaire de la mort de Georges Sand, et qui se prolongent avec le Son Continu, au château d'Ars, chaque année autour du 14 juillet.

Sous les bons auspices d'une météo plutôt clémente, surtout le soir, trois jours de joie, d'émotion, de souvenirs, de danse.

Les joyeux bals

Trio 432

Pierre-Yves Dié, avec les poèmes de Jean-Louis Boncoeur.

Mic Baudimant, des Thiaulins de Lignière

Les deux dernière photos sont de moi, les autres viennent de la page FB des fêtes.

Les parquets, c'est comme la vie, il y a toutes sortes de nouvelles rencontres, de retrouvailles plaisantes, de silhouettes qu'on évite. 
J'ai repensé au commentaire de Cyann, qui m'avait envoyé un lien vers cette page , et j'ai eu envie d'écrire sur cette question. Choisir et être choisie.


Être choisie...
Quand on me demande, est-ce que j'accepte tous les danseur / danseuses ?
Oui (sauf la viande saoule).
Oui parce qu'aguerri ou débutant, on peut partager le plaisir du mouvement fluide, tout comme l'accompagnement des premiers pas. Il faut bien apprendre, comme moi j'ai appris. C'est normal.
J'ai, cette nuit, dansé une mazurka avec une jeune femme un peu timide, qui avait osé me demander, et nous étions contentes toutes les deux. Elle de m'avoir choisie, moi de m'être laissé choisir.
Les femmes débutantes, et les jeunes hommes, qui se laissent guider avec confiance et sans ego chargé à la testostérone, même encore maladroit(e)s, sont très agréables. Elles ou ils s'impliquent, ne te mettent pas en danger, demandent des explications parfois. Devant leur soif d'apprendre, tu recommences avec plaisir (mention spéciale pour Gaëtanne...)

Est-ce que pour les autres j'accepte forcément une deuxième danse ?
Non.
Non parce que, désormais, je fais attention à comment je me sens dans les bras de l'autre. Si ces bras sont supposés guider, comment le font-ils ? M'évitent-ils les obstacles, les coudes intempestifs de danseurs agités, le tourbillon de ceux qui tournent à contre sens ?
Comment est la main dans mon dos ? Si elle est molle, mal positionnée, elle ne te soutient pas et te déséquilibre. Tout comme sur ce dessin, ton corps te fait savoir que tu n'es pas en sécurité avec quelqu'un qui te tire en arrière, n'anticipe pas la tourne du bal. Quelqu'un qui se laisse lourdement porter, ça en dit long sur son attitude dans la vie. Ton corps se raidit, tu t'alourdis, ou tu commences à sentir un tension dans tes dorsales.

Choisir
Samedi soir, j'ai vu un danseur extravagant faire tomber à la renverse sa partenaire, la tête hors de la piste, rouler bouler par dessus, la relever d'une main et la relancer dans le flot. Elle n'a pas eu le temps de dire non. Au secours !
Par chez moi, il y a un tas de danses de couples, beaucoup plus qu'en Bretagne. Aurai-je proposé à cet homme de danser une valse, une bourrée, une mazurka ?
Non.
Non, parce que j'observe les danseur/seuses. 
Je ne choisis pas en priorité celui qui présente bien. C'est très trompeur. Les chaussettes dans les souliers sous un bermuda ? C'est pas le physique et sa garde robe qui font le bon danseur.
Si je tends la main c'est vers le plaisir et ... la sécurité.
Avec Eric, Michel, Vincent, Jean-Marc, François, Benoît, Pierre-Yves, je peux fermer les yeux, m'abandonner, tout en étant à l'écoute de leurs propositions muettes, les variantes de pas, les valses à l'envers. Il n'y a pas de mots. Juste une connexion.

Est-ce que j'ai toujours fonctionné comme cela ?
Non.
Non, parce que c'est venu avec l'expérience.
L'ancien moi voulait à tout prix danser, et s'imaginait que, pour cela, il faut un cavalier régulier.
Alors qu'aujourd'hui je préfère ne pas tout danser, profiter de la musique au bord du parquet et être un peu sélective dans mes choix ou mes consentements, pour goûter l'harmonie avec un(e) partenaire plaisant(e).
Évidemment je ne demande jamais à un homme en couple, à moins de les connaître très bien...

Allez, j'avoue, parfois je me trompe encore : il y en a qui donnent le change (in memoriam de la valse à cinq temps la plus longue de toute ma vie...), mais j'ai bien mémorisé qui !