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dimanche 6 juin 2021

Deux lunes et quelques poussières d'étoiles

9h32
Je clique sur "envoyer".
Mon flanc droit se crispe brusquement, le foie comme sonné par un uppercut.
Mon estomac se retourne dans une violente nausée, qui ne se déversera pas finalement, noyée par un torrent de larmes.
Une embâcle soudainement emportée par les flots.

10h00
Une demi-heure plus tard, je n'ai plus de larmes.
Le sommeil me gagne et vient se pendre à mes paupières.
Le corps qui parle, il faut l'écouter. 
Se blottir dans le giron du lit, s'endormir sans tarder.

11h00
J'ouvre un œil, puis deux, le réveil luit doucement.
Je tâte mon ventre, mes membres.
Je suis vivante, et tout va bien.
Regagner la verticalité, et replonger dans la journée.
Je l'ai choisi ce jour, parce que l'après-midi j'ai des activités sportives, dont je sais qu'elles me seront secourables.

12h00
Le téléphone sonne, c'est lui.
Il dit qu'il s'est senti menacé par mes quelques lignes, et, en effet, s'il avait fait le mort, j'avais d'autres cartes dans ma manche.
Il ne peut pas se déplacer pour une rencontre, sa femme n'est pas au courant, d'ailleurs, elle est absente.
Je suis d'accord pour un entretien téléphonique.
Je pose mes questions, réemboîte les pièces du puzzle.
"Si tu dis que ça s'est passé, je te crois, mais moi je n'en ai aucun souvenir."
C'est déjà mieux que la dernière fois.
Il assure qu'il n'a jamais recommencé avec qui que ce soit, mais je reste ferme sur mes doutes.
Je peux le croire, mais il y a tellement de détails qui ne collent pas, ou qui s'emboîtent si bien que le faisceau d'indices renvoie la lumière crue d'un scialytique.

Et c'est assez clair dans mon esprit : soit il dit la vérité, et, le temps venu, il partira en paix.

Soit il ment, il tord un peu, il tord beaucoup, la vérité pour la rendre plus présentable. Les prédateurs sont les rois de la manipulation. Dans ce cas, il sait que je sais. Surtout, je suis convaincue qu'il partira dans la souffrance.
Oui, je crois à la justice immanente pour ceux qui trichent, pour ceux qui mentent, pour ceux qui exploitent, pour ceux qui violent...


Je me sens, depuis ce jour, apaisée et confiante.
Je croyais avoir un vide à combler, mais c'est un nœud qui s'est tranché.
Ce n'est pas la réponse qui compte, c'est la question que l'on pose, et comment on la pose.

Nous sommes à peine quelques poussières d'étoiles plus loin.
Face au ciel si vaste...

vendredi 9 avril 2021

Sans peur et sans reproche

J'ai lui ai demandé : "tu peux me faire passer l'eau ?".
Elle a répondu : "Oui bien sûr. Mais tu dois descendre par la grande échelle. Tu crois que tu pourras ?"
Et j'ai dit que j'allais au moins essayer, plutôt que de continuer à croire que je n'en suis plus capable.


Alors j'ai descendu les barreaux un à un.
Et j'ai senti avec plaisir que ma peur s'était évanouie.
Je suis entrée en bateau.
Elle magnait la bourde avec assurance, sans se laisser berner par le courant.
Elle a dit : "Regarde comme c'est beau de ce côté, avec les saules..."

Je n'ai pas eu peur d'enjamber le bastingage de la toue, ni en entrant, ni en sortant. 
Il y avait du soleil, on ne sentait plus le vent. 
C'était doux.
Oui, c'est doux de se sentir plus forte, plus tranquille.
Et entourée.


De la synchronicité des ébréchures

J'ai commencé un protocole d'hypnose qui m'a bien secoué la pulpe du front...
Heureusement que la thérapeute m'avait prévenue que ça allait me magner !

Après trois jours de nausées et des torrents de larmes, tout s'est calmé.
Mais au moins une fois par jour, je heurte involontairement un objet, qui s'ébrèche.
Je n'ai jamais eu autant de vaisselle ébréchée dans mon placard ...


C'est comme si les vieilles blessures remontaient à la surface,
pour laisser voir les cicatrices.

Je trouve que c'est un bon début ça : de les sentir, de les toucher, sans coupure et sans douleur.
Asteure, je peux m'en débarrasser.
J'ai fait un petit tas de ces assiettes abimées, que je vais jeter.
Je n'ai besoin ni de les garder, ni de les remplacer.
J'attends juste de savoir si le stock s'élargit où si on en reste là.

Edit de l'après-midi

Bon, ben, on n'en est pas resté là...

"lavabo inter innocentes manus meas « je laverai mes mains au milieu des innocents »
Psaume 26, 6

Très autonome, je suis capable de déboucher seule un lavabo au syphon engorgé.
Je me penche, déplace le pied de faïence pour dévisser la bonde.
Le lavabo se décroche gentiment du mur dans lequel il n'est pas correctement fixé, 
tandis que la colonne bascule, et casse en explosant... le pèse-personne, qui,
effectivement ne pèsera plus jamais personne !
Remarquable synchronicité d'une page qui se tourne définitivement.
Ah ! l'accident de lavabo,
où l'on lave les souillures de ses mains,
confronté à soi-même devant le miroir.
Plus jamais de réveil,
plus jamais de régime.
Ma vie m'appartient, et mon corps est un allié....
Vous l'aurez compris, la balance non plus ne sera pas remplacée,
même si j'aimais bien qu'elle me donne l'heure dans la salle de bain.


Le pied en revanche, le cantonnier l'a emporté sous le bras.
Bras cassé je dirais, vu que, profitant de mon double chromosome X,
il m'a prise pour une brêle en tentant (vainement) de m'assurer qu'il est parfaitement normal que la vasque ne tienne pas toute seul contre le mur.
Je subodore que c'est lui qui l'y avait fixée.