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jeudi 9 juillet 2026

Guérir #6 Un cadeau de la vie

Toi qui passes ici, et affrontes peut-être, en ce moment, une déception, une trahison, des agissements malsains ; toi qui dois prendre la douloureuse décision de mettre fin à une situation insupportable ; tu as l'impression de tout perdre. Mais regarde, les arbres perdent leurs feuilles chaque année. Ils restent pourtant dressés, en attendant des jours meilleurs.

Ta vie te semble vide  ? Ne comble rien, tu te fais juste de la place. Dis-toi bien une chose : tout passe, ce ne sera pas toujours aussi dur, tu vas traverser. Dans six mois, un an, ce ne sera plus qu'un vieil épisode, sur lequel ton attention ne s'attardera plus.

Donne toi ce rendez-vous, recule d'un pas, et observe. Et si c'était un cadeau ? Oui, un cadeau, que tu mettras un peu de temps à déballer, la clé d'une porte vers un avenir différent, celui de la personne que tu deviens à travers ça. Parle-toi comme à une amie. Sérieusement, tu aurais voulu te réveiller deux ou trois ans plus tard ? Ou t'éteindre complètement ? 


C'est ce que m'a suggéré, hier, l'oracle du corbeau : un autre angle de vue

Évidemment non. Alors oui, accepte ce présent comme une libération, pas comme une perte.

Tu n'es pas perdue. Tu es sur ta route.

Parfois, quelqu'un te prend la main. Parce que tu lui as ouvert ton cœur, il sait quoi te dire : ce que tu as envie d'entendre : « Tu es avec moi maintenant, tu ne crains plus rien. » et à cause des ces paroles, tu le laisses t'entraîner gentiment sur le mauvais chemin. Juste à cause de cette sensation de vos doigts enlacés, tu n'écoutes pas le reste du corps, qui ne s'y sent pas à sa place. Un peu trop vite, un peu trop fort. Et cette satanée petite voix qui te murmure : « Allez, c'est inespéré, tu ne trouveras pas mieux ».

Il te donne à voir son potentiel, qu'il ne réalisera jamais. Pourtant, tu croises ton ange gardien qui te prévient que ce sont les actes qui comptent : « Tenez-la bien monsieur, sinon elle va s'en aller  ! ». Tu n'écoutes pas, la petite voix est la plus forte, tu mésinterprètes en riant, tu persistes à mettre un pied devant l'autre, même si chaque pas te coûte. Tu finis, bien fatiguée, par te retrouver si loin de la voie qu'il aurait fallut emprunter, la tienne. Ta vaillance t'a quittée, la main est allée se promener ailleurs.

Tu t'arrêtes. Un serpent glisse dans l'herbe, vers le sac que tu as posé, le temps de réfléchir. Tu reprends ton barda, tu t'éloignes. Faire demi-tour ? Impossible d'effacer les kilomètres parcourus. Ça s'est passé, c'est tout. Tu dois avancer encore, jusqu'à une nouvelle croisée, où tu choisiras ta propre route. Où tu te choisiras.

Ce n'est pas si ardu que tu pensais. Sans l'autre main qui aspirait ta vitalité, tu te sens en sécurité, équilibrée. Ton sac est tout léger maintenant. Tu allonges le pas en concentrant ton énergie sur ce qui t'attend quelque part. Pour l'instant, d'où tu es, tu ne vois pas clairement ce que la vie te réserve. Mais cette-fois ci, tu es déterminée : tu fais confiance à ton intuition. Contre ta paume, tu sens la menotte de ta petite fille intérieure. Elle n'a plus peur. La troublante petite voix s'est enfin tue.

En pérégrinant, tu franchis tes propres étapes. D'abord encaisser le choc : plus ta confiance en cette main était aveugle, plus il est violent.

Puis mettre fin à ton marchandage psychique avec les faux espoirs entretenus par la langue fourchue. Tu vois bien que c'est un cadeau : tu es devenue lucide ! La main revient te chercher. Mais tu ne la prends plus. Tu la vois telle qu'elle est. Elle te répugne.

Tu te sens alors infiniment triste, la pluie grise de la dépression s'abat sur toi, le chagrin profond des liens illusoires qui se délitent, de la prise de conscience de qui était réellement ton compagnon de route, d'une forme de culpabilité pour avoir cru à un mirage inconsistant. C'est bon signe. Ton cerveau travaille.

Tu marches avec colère maintenant, comme toutes ces femmes que tu as croisées sur le chemin de St Jacques. Le temps d'une pause tu sors ton carnet, et tu écris tout ce dont tu te souviens. C'est ton refuge, il t'appartient. Un peu plus loin tu le déposeras, avec tes peines.

Ce sera alors le temps de l'acceptation de ce qui est. Oh, ne t'attends pas à une explosion de joie ! C'est juste passer un bonne journée, même si tu y as pensé, aligner soixante longueurs de piscine, en ne songeant qu'à l'eau qui glisse sur ta peau, s'endormir sans images intrusives, ouvrir les yeux sur la belle journée qui t'attend, accomplir les corvées avec satisfaction, partager un déjeuner avec tes petites-cousines, acheter une nuisette de dentelle rouge très douce, pour toi seule, parce que tu la mérites, une balade en vélo le long de l'Allier, une mazurka connectée dans un bal chez des amis, pédaler jusqu'à une église pour un concert...


Ça t'aidera beaucoup de mettre des mots sur tes émotions les plus contradictoires parfois, de bouger, de réenchanter tes souvenirs, de nourrir de vrais contacts humains. Mais ne bourre pas ton agenda, c'est une manœuvre d'évitement, une distraction qui ne fait qu'étirer l'épreuve. Tout ira beaucoup plus vite si tu es capable de rester seule avec toi même, d'affronter tes vérités profondes, de méditer un moment sur le tirage d'un oracle. Tu as besoin de ce temps pour réfléchir. 

À la fin, rien ne s'efface, tout est à sa place ; et, à cette place, tu te reconstruis. C'est comme une mue. Tu t'extirpes de ta peau trop étroite, parce que tu as grandi. Et même, il se peut que tu te métamorphoses. La petite voix ne reviendra pas.




dimanche 16 juin 2013

Lettre du bout du cœur

Je ne t'attends plus.
Je ne te cherche plus.

Peut-être es-tu trop loin,
ou trop marié,
peut-être t'ai-je déjà croisé,
pas vu,
ou pas reconnu.

A plusieurs reprises, j'ai cru que c'était toi,
je voulais vraiment que ce soit toi,
j'étais sincère quand je disais "je t'aime"
je ne les trompais pas.
Je me trompais, moi.

J'ai basculé du côté de la vie où l'idée de la mort s'insinue peu à peu.
Du côté où l'on comprend enfin
que
dès le premier jour
le compte à rebours s'est déclenché,
qu'il faut l'accepter sans en être triste, ou angoissé.
Du côté où chaque minute devient si importante,
qu'il serait vain de la gaspiller à attendre quelque chose qui ne viendra peut-être jamais.
Du côté où,
le soir,
je m'endors l'esprit en paix et le cœur léger,
parce que je ne me compromets plus avec moi-même,
que ce qui compte, ce n'est pas ce que les autres voient de moi,
et qu'enfin je peux me voir telle que je suis,
sans en être effrayée.

J'ai eu si longtemps le cœur gros et l'esprit en chaos,
que ça m'empêchait de vivre.
Alors, non, je ne te t'attends plus,
et j'ai cessé de te chercher.

Mais je sais que tu existes.

Si un jour ta route croise la mienne,
et que par chance,
il nous reste assez de temps pour faire un bout de chemin ensemble,
je te reconnaîtrais,
parce que quatre choses seront plus importantes que tout le reste.

D'abord,
je ne dois pas avoir envie de te changer.
On cherche toujours l'homme idéal,
et comme il ne vient pas vite,
on croit le voir dans des guerriers de passage,
qu'il faut changer, un peu, beaucoup, à la folie,
qu'il puisse chausser les bottes du prince charmant.
Mais les bottes sont toujours trop étroites,
et non, elles ne se font jamais...
Alors,
si j'ai envie de changer quelque chose en toi,
c'est que tu n'es pas celui que j'attends.
C'est la première chose.
 
Ensuite,
je veux faire un jardin avec toi.
Y travailler ensemble, dans la douceur de l'air,
avant la chaleur écrasante du zénith,
parfois sous la petite pluie fine des automnes bruns et jaunes,
ou dans le ciel glacé des jours d'hiver,
et puis finir la journée devant le feu,
au soir qui vient,
ou allongés dans l'herbe,
appuyés à la terre tiède
la peau qui a pris un goût nouveau sous le soleil
à regarder les nuages filer en rougeoyant,
dans les rayons rasant qui feront bleuir la nuit.
Si tu n'as pas envie de faire un jardin avec moi,
c'est que ce n'est pas toi.
C'est la deuxième chose.


Il te faudra aimer marcher.
Tu n'es obligé ni d'aligner ton pas sur le rythme lent des miens,
ni de marcher tout le jour à mes côtés.
J'aime marcher seule aussi.
Mais si tu n'aimes pas te lever dans les doigts roses de l'aurore,
te glisser dans le jour qui vient,
la tête encore un peu ensommeillée,
quitter la grand route pour les chemins de traverse,
t'arrêter au milieu de nulle part juste pour regarder,
perdre une heure à profiter de l'eau fraîche d'un lac ou d'un ruisseau,
c'est que je serais encore prête à m'égarer.
C'est la troisième chose.


Enfin,
je veux faire un grand voyage avec toi,
avant de revenir dans notre jardin.
Aller courir le monde,
voir les autres hommes,
comment ils parlent, comment ils vivent.
Je sais bien que le bonheur n'est pas si loin,
qu'il peut être juste là entre la porte d'entrée et le petit portillon.
Mais je n'y peux rien,
c'est comme ça,
j'ai des fourmis dans la tête,
qui me démangent.
J'aime partir, parce que j'aime revenir,
je crois.
Mais peu importe les raisons.
S'il te faut coucher chaque soir dans des draps bien blancs,
après avoir comparé le menu des restaurants du village vacances,
si tes billets sont toujours réservés avec un mois d'avance,
si tu as peur de te faire manger par les papous,
et de périr en terre inconnue,
ou pire,
si tu ne veux pas partir,
alors je saurais que les bottes ne sont pas à ta taille.
C'est la dernière chose.

Car,
avec toi,
je n'aurai pas d'enfant à élever,
pas de maison à construire et à rembourser,
pas de quotidien à gérer.
Rien qui fasse illusion,
rien qui meuble les conversations
si d'aventure il advenait que nous n'ayons plus grand chose à nous dire,
que les silences ne soient plus de connivence,
à ce moment terrible où l'on s'aperçoit qu'on ne partage plus rien de ce qui nous fait vibrer.
Il nous faudra trouver autre chose
de suffisamment fort
qui fasse que
vieillir ensemble soit une évidence
au lieu d'un pis-aller.

Edit du 16 juin 2017
4 ans après, je change pas un mot.
Mon cœur d'artichaut est toujours curieux de celui avec qui vieillir.
Après plusieurs essais-erreurs, je crois que je dois me préparer à vieillir seule.
Pourquoi ne pas se contenter de ce que j'ai ? Mystère...
Toujours je préfèrerai partir, plutôt qu'oublier qui je suis en restant.
Mais on apprend toujours. Ma dernière blessure, de l'ordre de celles qu'on s'inflige à soi-même,
au lieu de me faire revoir mes prétentions à la baisse, me conduit au contraire à réparer un oubli important.

Je ne saurai dire si c'est dans ma nature ou dans ma culture.
Au fond, ça change pas grand chose à ce besoin que j'ai de tendresse, et de tendresse qui se manifeste.
Si tu crois que les bisous dans le cou c'est pas de notre âge,
si tu sais pas ouvrir tes bras et dire "je suis désolé" quand je suis blessée
(à plus forte raison par toi...)
si t'es trop fier, ou pire indifférent, pour dire que je te manque,
bref si tu crois qu'être un homme, un vrai, fait passer les marques d'affection et de respect pour de la faiblesse,
si t'es pas capable de te remettre un peu en question,
jamais,
de tourner les pages du passées déjà lues,
pour vivre le présent différemment,
et que donc moi je devrais changer pour te plaire,
si c'est "ça ou rien",
c'est clair, ce sera rien....

Edit du 19 mai 2022
Non, ce n'était pas l'épilogue. Juste un semi-cadratin dans la liste de ces rencontres que la destinée place sur ton chemin, afin de tester ta détermination. T'es-tu trahie ? As-tu fait trop de concessions ? T'es-tu respectée ? As-tu laissé parler ton ego, ta peur, au lieu d'être conscient de ce que tu vaux ?
C'est loin déjà.
Un point dans le passé.
Aujourd'hui je relis cette lettre, je repense à toutes ces rencontres auxquelles j'ai cru, alors que le compte n'y était pas.
Et, bien sûr, je ne peux présager de rien.
C'est juste que ni lui ni moi n'avons à changer quelque chose.
C'est juste que nous cultivons nos jardins ensemble, en attendant d'en avoir un à nous deux.
C'est juste que nous voyageons sans heurts et sans reproche.
C'est juste qu'il a su fermer un livre pour en commencer un nouveau, et que nous nous tirons ensemble vers le haut.
C'est juste que je me sens vivante et aimée.
C'est juste quoi.

Edit du 11 juin 2026
En vrai, il ne cultivait pas son jardin, il faisait semblant. Il n'a pas pris soin de moi, tous mes outils ont rouillé. Il a fait crever tous mes géraniums, et les tomates ne voulaient pas pousser. Faut écouter les tomates...

En vrai, il y avait des conditions. Il fallait que je change, que je satisfasse ses besoins au détriment des miens, dans la vie comme au lit.
En vrai, il est peureux. Mes plus beaux voyages, je les ai fait seule. 
En vrai, ce n'était pas un nouveau livre. Quarante ans plus tard, il rejouait le même mauvais film que dans sa jeunesse, quand il trompait déjà sa femme.
En vrai, il était très fatiguant. Je n'étais plus vivante, je m'éteignais.
En vrai, on n'avait pas grand chose à se dire quand ça ne tournait pas autour de lui.
Tout ça, bien évidemment, après un an de love bombing. Le temps de me faire tout quitter pour le suivre à une journée de route de mon ancrage et des miens.

Mince alors, c'était un gentil garçon, mais pas un type bien.
Le but d'un homme, à sa maturité, ce n'est pas d'être gentil, mais bon, même quand ça coûte.

Le gentil garçon, lui, n'a pas l'intention de grandir. Il veut désespérément qu'on l'aime, à n'importe quel prix. Il ignore ce qu'est l'amour, il aime seulement comment tu le fais se sentir. Ce qui compte, c'est plaire.
Il ne fait pas exprès de faire souffrir. Il s'en excuse même facilement, pour se dédouaner, mais sans jamais proposer de réparation, puisque rien n'est de sa faute. Ce sont les autres qui sont responsables de ses inconduites, de son bonheur, et de tous ses malheurs. Parce que les autres (ses ex donc) sont manipulateurs et souffrent de problèmes psychologiques.
Il rend volontiers toutes sortes de services, et ne dira jamais non à rien.  Son constant besoin de validation et d'admiration lui fait éviter tout conflit pour préserver sa paix, ce qui justifie tous les mensonges, toutes les bassesses, toutes les vilénies. 
C'est un couard, qui prend les décisions les plus faciles, vu qu'il ne peut pas affronter ses propres émotions inconfortables. Pour rester "gentil" aux yeux des autres, il cache ce qu'il est. 
Il n'aime pas trop ce qu'il est vraiment, raison pour laquelle il ne supporte pas de rester seul avec lui-même, face à ses émotions et ses contradictions.
Il ne tient aucune de ses promesses, formulées pour obtenir quelque chose, et qui ne l'engagent à rien. 
Il est démasqué, hop, il réécrit l'histoire. Il ne fait jamais rien de mal, toujours quelqu'un d'autre est à blâmer.

Après cette dernière grosse ficelle de l'univers, qui a failli m'étrangler, j'ai une grosse liste de red flags
Un type bien est supposé faire ce qui est juste, accepter les limites et les divergences de point de vue pour construire sécurité et sérénité.
Il sait dire non parce qu'il se respecte et qu'il te respecte assez pour être honnête avec toi. Il parle vrai et ne fait pas de promesse en l'air.
Avec un type bien il n'y aura pas d'enthousiasme précoce. Il ne sera ni charmant, ni audacieux, pour attirer l'attention. Il ne se victimisera pas en blâmant les autres.
Il y aura de la connexion et de la profondeur.
Des livres.
Un jardin (un vrai).
Et des voyages (sans crainte).

J'aurais dû relire cette lettre chaque semaine dès notre rencontre.
Et n'accepter aucune concession sur ce qui compte vraiment.
Oui, treize ans plus tard : Toujours je préfèrerai partir, plutôt qu'oublier qui je suis (et ce que je vaux) en restant...