Affichage des articles dont le libellé est Anneau d'Or. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Anneau d'Or. Afficher tous les articles

mercredi 30 octobre 2024

Россия2024 #17 Золотое кольцо


Voilà, aujourd'hui se termine mon tour des villes de l'Anneau d'or, Золотое кольцо.

Des kokochniks (clochers bulbes), des monastères, des cathédrales, et on recommence...

Si j'en ai eu marre ? Non.

Quand on en a vu une on les a toutes vues,...Non

Pourquoi ne pas se limiter à une ou deux au départ de Moscou, comme le font généralement les visiteurs de la capitale ?

Parce que je n'avais pas envie d'y passer deux semaines, alors que le pays est si grand. Je voulais voir des petites villes, la province, loin des vitrines de Peter et Moscou.

Alors bien sûr, elles ont des points communs : les églises, les monastères, les arcades...

Mais elles ont aussi chacune un caractère propre, à cause d'un lac, de la Volga, du décor champêtre, ou de leur passé industriel, et surtout de leur histoire.

Oui j'ai saisi beaucoup de ces cités États et de leurs princes rivaux, des conflits qui ont précédé, pendant près de mille ans, la fondation de la Russie moscovite, de la ferveur qui unit les Russes, de leur sentiment d'appartenance à un grand tout et de l'impact de la religion sur la vie politique, même après l'oppressante parenthèse soviétique.

Cela ne fait pas de moi une admiratrice. J'éprouve la même curiosité que quand je vivais aux États-Unis.

Je remarque cependant que les Français ont une image très datée de la Russie, caricaturale le plus souvent, soit exagérément romantique, soit haineuse. Elle ne correspond pas du tout à l'idée que s'en font la plupart des gens. Je me garderais bien d'avoir moi-même un avis tranché, dont mes compatriotes sont friands, spécialement ceux qui n'ont jamais mis les pieds dans ce pays.

Pour ce que j'en ai vu -le pays est grand et je n'en connais qu'une infime partie- , j'observe seulement qu'il y a ici une vraie classe moyenne qui vit, consomme, voyage, subit l'inflation, comme chez nous. Mais dont les gens de ma génération n'ont oublié ni les années portes closes, ni le chaos après l'effondrement de l'URSS. L'Europe aurait dû tendre la main, elle a tourné les yeux de l'autre côté, laissant la porte grande ouverte au libéralisme américain, venu soutenir le pays comme la corde soutient le pendu.

C'est une erreur lourde, et totalement datée, d'imaginer que Poutine soit encore au pouvoir parce que la population ne sait rien de ce qui se passe hors de ses frontières. C'est bien plus complexe que cela.

D'abord, dans cette partie de la Russie au moins, les gens, les jeunes comme les autres, sont éduqués, instruits, et occupés à travailler. Ils sont à la fois respectueux, discrets et curieux, ouverts, dès lors qu'on s'intéresse un peu. Ils aiment leur pays et ne passent pas leur temps à le dénigrer. L'Etat n'est pas dans l'assistanat, mais il permet aux plus modestes de se soigner, de faire des études. Des primes importantes sont versées à la naissance des enfants. 

Avec les VPN que tout le monde a sur son téléphone, il est facile de s'informer en regardant par exemple les chaînes estoniennes en langue russe, ou en accédant aux réseaux sociaux. Finalement, quels sont les citoyens européens qui s'informent vraiment de ce qui se passe ailleurs et ne s'en tiennent pas à la voix officielle de la boîte à malheurs ? La-bas c'est pareil : les citoyens ont le nez dans le guidon, et ils pédalent pour avancer.

Sauf en zone frontière, on circule librement. J'ai publié tous les jours sur FB, il ne s'est rien passé, à part quelques publications avalées par le néant, sans que je sache si c'était du fait des autorités locales ou de Meta.  Les magasins sont bien approvisionnés. C'est un pays en guerre et pourtant, assez incroyablement, on s'y sent plus en sécurité que dans pas mal de nos villes...

A Moscou, j'ai croisé quelques couples homosexuels, qui marchaient tranquillement dans la rue, mais on est à des lieux du quasi prosélytisme de la minorité "queer" occidentale. Cette retape incessante est interdite en Russie, ou elle est du reste très mal vue. La vie intime reste privée.

Alors entendons nous bien : ce que j'écris là ne fait pas du gouvernement russe un modèle de démocratie loin de là, ni des citoyens des nostalgiques de l'URSS.  Mais nous, quel usage faisons-nous de cette démocratie ? Elle s'use parce qu'on ne s'en sert pas, tandis que nos institutions s'étiolent. Personnellement, la répression violente des Gilets jaunes, ou des opposants aux méga-bassines me laisse un souvenir très amer.

Mais c'est une grave erreur d'appréciation que d'avoir pu penser un instant mettre cette nation à genoux... Les Russes sont habitués à jouer avec les cartes qu'ils ont. Et ils n'ont pas le plus mauvais jeu.

Россия2024 #16 AndreÏ Roublev

Il faut que je vous raconte l'histoire de cette icône du moine Andreï Roublev (1360-1428 ?), dit St André l'iconographe. C'est un de mes chouchous, je n'y peux rien.
Il aimait jouer avec l'espace, les formes, les couleurs, exprimer une certaine liberté spirituelle.


Il faut savoir que, quand on entre dans un lieu de culte orthodoxe, l'icône en bas à droite de la porte de l'iconostase est celle qui donne son nom à l'église.
Celle-ci date du XVème siècle, 1m de large sur 1,5m de haut. A l'issue d'une longue errance, elle est revenue dans la cathédrale de la laure de Serguiev Posad, dernière étape de ma visite des villes historiques de la Russie moscovite.

Après l'incendie de la cathédrale par les Mongols, puis sa reconstruction (les Russes sont d'infatigables rebâtisseurs), Roublev en a peint les fresques (disparues aujourd'hui) et cette icône.
La Trinité, le père, le fils à sa gauche, et le Saint esprit à sa droit, est représentée par les trois anges venus annoncer à Abraham la venue d'un fils.
À part une vague tristesse du fils, ils ont le même visage, et on ne voit ni Sarah, ni Abraham autour de la table.
La perspective est inversée : elle n'est pas au fond du tableau mais vers le spectateur.

Décision ultra politique en pleine guerre contre l'Ukraine, ce chef d'œuvre a été rendu l'an dernier à l'église orthodoxe russe par Poutine, pour continuer à s'assurer de son soutien.
Il a quitté la galerie Tetriakov où il était conservé depuis 1929 (et une évacuation à Novossibirsk pendant la deuxième guerre mondiale) pour être exposé un an à la cathédrale du Christ Sauveur de Moscou.
Finalement, l'icône est revenue en son giron initial, la cathédrale de la Trinité de Serguiev Posad, où j'ai pu l'admirer derrière sa vitrine climatisée (elle est très fragile), un peu éclipsée par la file d'attente pour embrasser le tombeau d'argent de Serge de Radonège.
C'est drôle, c'est un peu comme si, au fil de mes voyages, je l'avais suivie.

Les photos étaient strictement interdites, celles-ci ne sont pas de moi.
La deuxième : Maxim Shemetov pour Reuters parue dans la Croix.
La première : Wikipédia.


Comme Alexandre Nevski, Andreï Roublev est un peu partout.
Par exemple ici au musée d'histoire de l'Était de Moscou, deux évangiles enluminés par son art.



Donc Andréï Roublev, le voilà représenté presque sur ses terres, à Vladimir, première étape de mon tour des villes de l'Anneau d'or.


En 1408, avec un autre moine, Daniil dit le Noir, il y a peint les
fresques de la cathédrale de la Dormition.



Les fragments de ce jour du jugement dernier sont remarquables. Aucune épouvante face au châtiment. Plutôt une représentation du triomphe et du pardon.

Ici, l'immanquable film d'Andrei Tarkovsky sur Roublev.


mardi 29 octobre 2024

Россия2024 #15 Serguiev Posad

Serguiev Posad

La dernière étape de mon rail/bus/taxi trip des villes de l'Anneau d'or.

Atterrir dans une nouvelle ville l'après-midi, et faire sa connaissance à la nuit tombée.

Il y a toujours du monde. Les Russes aiment se promener, peu importe la météo.

Serguiev Posad, le Vatican orthodoxe on peut dire, avec son monastère fondé en 1340 par Serge de Radonège, le saint patron de la Russie.






Lieu de pèlerinage, son corps est dans l'église de la Trinité (XVème),




son premier cercueil de bois dans celle de la Dormition (XVI ème)

Serge de Radonège, de son vrai nom Barthélémy, parlait aux animaux et travaillait dur.




Il a institué la plupart des règles de la vie monastique orthodoxe.

Issu d'une famille de boyards, il a surtout eu une grande importance politique dans la construction de la Russie moscovite, en soutenant le prince Dimitri Donskoï.

Tout cela est souligné par les peintures sur les premières voûtes que l'on voit en franchissant la porte sainte.


Ça c'est la queue pour pouvoir embrasser les reliques de Serge de Radonège.

Les églises à coupoles bleues semées d'étoiles dorées sont consacrées à la Dormition de Marie. C'est-à-dire sa mort, mais comme elle était la mère de Jésus, elle ne pouvait pas vraiment mourir. Juste tomber en sommeil (dormition).

Chez les catholiques, l'accent est plutôt mis sur son Assomption.

Devant la cathédrale de la Dormition, une fontaine dérivation de la source miraculeuse qui se trouve dans la chapelle.

Les Russes viennent y remplir leurs bidons ou y boivent directement.


Elle doit vraiment faire des miracles vu que l'eau du robinet n'est pas potable en Russie...



Au pied de la cathédrale de la Dormition, la tombe de Boris Godounov.

Les parents de Serge de Radonège.


Pierre et Fevronia de Morom, protecteurs de la famille.

C'est une histoire du XIII ème siècle. Il était prince, elle n'était rien. Mais elle avait la science des plantes et l'a guéri de la peste.

Il avait promis de l'épouser, il a changé d'avis. Ой, re-malade. Hop, re-guéri. Cette fois il tient parole.

Mais il doit renoncer à sa couronne, les boyards ne veulent pas d'une reine roturière.

Le royaume s'effondre, les boyards les font revenir.

Ils font vœu de mourir en même temps et d'être enterrés ensemble.


Ah ben mince, ils finissent chacun leurs jours dans un monastère.

Mais ils meurent le même jour, et hop, le lendemain, leurs reliques sont réunies.

Que viennent faire les lapins là dedans ??

lundi 28 octobre 2024

Россия2024 #14 Pereslavl Zalesski


Je suis à Pereslavl-Zalesski, que je visite d'abord de nuit, à mon arrivée, comme j'en ai pris l'habitude depuis le début de ce voyage.
Cette cathédrale de la Transfiguration du Sauveur serait bâtie à l'endroit précis où naquit le héros des héros, Alexandre Nevski (celui dont on trouve des reliques à peu près partout...). Sa statue est devant.


C'est le premier bâtiment religieux en pierre construit en Russie du nord-est.
Entre les XIIIème et XIIème siècle, elle a été pillée et brûlée plusieurs fois.



 À Pereslavl Zalessky
Il y a paraît-il un grand lac, mais pas de bus pour y aller.
Ah bah j'y vais à pied.
Il faut déjà sortir de la ville, en empruntant l'une de ces voies désertes à peine carrossables, mais où, heureusement, plusieurs maisons portent une plaque avec leur adresse. 
Il y a plein de petits jardins.




Et même des magasins presque incognitos (la maison rose...)


Hors des grandes villes, le réseau routier est très inégal.



De belles quatre voies, mais dans ces petites villes, très rapidement, les rues ne sont plus bitumées. J'imagine que c'est dû aux longs hivers qui détériorent inlassablement les chaussées.

Et puis on arrive à la campagne.



Cinq kilomètres plus loin, je vois enfin le lac Plescheïevo, célèbre pour ses harengs qui avaient les honneurs de la table de Pierre le Grand.


Ce lac glaciaire de forme ovale est l'un des plus grands de Russie centrale.
Mais je ne suis pas encore arrivée.





Finalement, j'aurai parcouru 6 km à pied pour aller voir le lac, et LA montagne Alexandrova (oui, comme Alexandre Nevski bien sûr).
Ça c'est la montagne...?, on est loin du Caucase !




Et puis j'ai encore marché pour arriver jusqu'à la Pierre bleue  investie de pouvoirs magiques par les premières tribus installées ici.
Ça c'est la Pierre bleue,



Il a fallu payer 350 ₽ pour les 50 derniers mètres.
Plus cher que le Yandex du retour.
Il n'y avait pas grand chose à voir de plus.
Je me suis consolée déjà parce qu'il y avait des toilettes.
Et aussi parce que c'est là qu'ont été tournées certaines scènes du film épique soviétique de 1938 ...Alexandre Nevski bien sûr ! (avec la musique originale magique de Prokofiev)
 


À Pereslavl-Zalesski
Il y a une rivière



 et une levée pour s'en protéger.




Et encore plein de monastères.













À Pereslavl-Zalesski
Il y a bien sûr une statue de Lénine


et une équipe tournait un film sur la place 


À Pereslavl-Zalesski
la guerre se rappelle parfois aussi...