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dimanche 25 octobre 2015

Madame Nicole commet quelques fautes de goût

De temps en temps,
et malgré sa prudence souriante,
madame Nicole commet quelques bévues,
bien légitimes et qu'elle se pardonne rapidement,
aidée en cela par la bienveillance de sa supérieure hiérarchique.
(Madame Scarlett, c'est pour vous dire que tout va bien icitte...)

Mais globalement,
on peut dire que Madame Nicole n'en a rien à carrer de certaines fautes de goût.

Carrer : du fameux verbe "I don't care".

Par exemple,
quand Madame Nicole propose d'aider une gamine 2 fois 30 minutes hebdo après l'école, parce que ça lui fait plaisir,
et aussi qu'elle a la faiblesse de penser que ça peut être utile,
elle est un peu surprise qu'une collègue lui dise "on se l'est interdit, si tu fais ça, les autres parents vont te tomber dessus".

Car en règle générale, madame Nicole a en rien a carrer de la fameuse crainte du terrible parent américain,
lequel parent est attaché à sa progéniture comme le parent français,
et qu'en général il suffit de l'informer sans se justifier pour qu'il "appreciate a lot".
Il faut aussi comprendre que le parent américain connaît l'enjeu des mauvaises notes pour ses enfants,
qui ferment bien des portes quelques années plus tard,
et qu'il fait donc son maximum pour que tu ne mettes pas un mauvais "grade" à son enfant.
Enfin, le parent américain est souvent très investi dans l'école,
et ça madame Nicole elle aime bien et elle estime que les courriels qu'elle reçoit parfois,
c'est le revers de la médaille.
Mais des courriels, elle n'en a pas reçu pour les heures sup volontaires.

Madame Nicole n'en a non plus rien à carrer quand elle essuie une remarque d'une collègue belge
(que par ailleurs madame Nicole apprécie bien
 après avoir affiché des noms d'animaux en français de France et en français de Louisiane.
"- Où tu as pris ce mot ?
- C'est Amanda Lafleur qui me l'a dit (et Amanada Lafleur c'est THE specialiste).
- Ah mais parce que j'ai demandé aux gens d'ici et personne ne dit ça.
- Il est certain que beaucoup de choses ne se disent plus malheureusement, mais aussi ça vient peut-être du parler d'un bayou voisin."

Et madame Nicole, elle pense que ça a plus de sens de préserver les noms locaux des animaux, même avec un mot du bayou voisin,
que de leur apprendre septante au lieu de soixante-dix.
(Amis belges je vous aime, mais les cadjins disent pas septante).
En revanche, plus les enfants ont conscience qu'il existent plusieurs parler corrects du français, selon la place où on reste, et mieux la langue s'en portera.
D'après madame Nicole donc.








samedi 15 août 2015

La rentrée de madame Nicole

Ce fut une rentrée presque ordinaire :
une classe  (qui sert à plusieurs choses),
des enfants (4 fois 20 prénoms à mémoriser, et pis des Thibodeaux, des Breaux, des Boudraud,  des Thériot, et bien sûr un paquet de ... Rousseau. C'est comme si j'étais une lointaine cousine d'Europe)
comme tous les enfants, des mignons, des pénibles, des en détresse qui aiment qu'on s'occupe d'eux, mais qui marchent en ligne dans l'ordre alphabétique,
et enfin des collègues -en l'occurrence aidantes
ce qui n'est pas du luxe.


Une rentrée presque ordinaire,
mais il fait chaud, très très très chaud
je surveille la garderie du matin
j'ai un planning time et 25 minutes pour déjeuner
les enfants portent un uniforme
avec des baskets et des chaussettes flashy
les filles de super noeuds dans les cheveux


Une rentrée presque ordinaire mais le matin
main sur le coeur
serment d'allégeance
hymne national et petite prière.


Je souffre un peu parfois pour ingurgiter la masse d'informations.
Mais pas trop.
Je suis bousculée juste ce qu'il faut pour me faire apprécier cette chance qui m'a été donné de pouvoir tout bouleverser.
Et il m'a écrit, je vous l'avais pas dit ?

Bonjour madame Nicole

Call me madame Nicole.
C'est mon nom désormais, pis je l'aime bien.
Coline a  changé son fusil d'épaule donc, et elle a considéré les choses
sous un autre angle : le plus simple.
Les enseignants les plus anciens choisissent ce qu'ils veulent, et la nouvelle eh bien la principale -une femme aussi carrée que bienveillante - à souhaité ne pas trop lui charger la barque.
C'est ainsi qu'avec bonheur, madame Nicole est devenue prof d'éducation physique trois fois par semaine pour les grades 1 à 4 ( CP à CM1), d'art et de musique les deux autres jours pour les mêmes niveaux, et de sciences pour les 4th grade puis les 3rd.



Une journée de madame Nicole
- 7h50 à 8h20 duty  ( service) au morning care K comprenez je surveille la garderie du matin des maternelles avec une collègue . Sur ce temps, les lève tôt ont un breakfast, tout n'est pas à jeter aux États Unis....
- 8h30 à 9h30 planning time: temps de  prép
- 9h30 à 10h00 j'aide une collègue en math
- 10h00 à 10h45 sciences 4th
- recess  /récréation  des 4th (je surveille pas, duty de quelqu'un d'autre)
-11h00 - 12h00 specials 3rd grade (PE/art/music)
-12h00-12h25 lunch
-12h25 -13h25 specials 1st
-13h25 -14h25 specials 2nd
- 14h30 -15h30 specials 4th
Ça fait des bonnes petites journées....
On ne mange pas tous à la même heure, pareil pour la récréation,  chaque enseignant est responsable  d'une classe mais s'occupe de plusieurs.




mercredi 17 juin 2015

Au nom de Zeus

J'adore ce dessin 
d'un élève anglophone
d'après une description écrite.


C'est quelqu'un qu'il a fallu vraiment tirer-pousser pour qu'il entre dans le français.
Et c'est toujours pas gagné, car il rencontre déjà des difficultés dans sa langue.
Je le fais travailler en binôme avec un autre boy qui lui se jette partout,
et ne supporte pas l'inquiétude de l'apprentissage.

Je m'étais dit, pourquoi ne pas utiliser la démarche de Boimare avec les allophones aussi ?
Qu'y a-t-il de plus universel que les angoisses archaïques et la mythologie réparatrice ou les contes ?

Ce dessin, d'après une description écrite dans un langage quand même assez soutenu,
c'est le point d'orgue,
ce temps de suspension, ce silence après lequel on reprend le tempo.
Sans les silences, pas de musique...

Les plus anciens lecteurs se souviendront peut-être de cet ancien billet sur les élèves empêchés de penser.
Je suis en train, entre deux cartons, de lire un opus plus récent
où je retrouve l'essentiel du discours de Boimare,
(qu'on a eu le bonheur d'écouter en conférence à Guéret cette année)
mais avec cet angle de vue singulier
sur l'impact, en terme de gestion de classe et de pédagogie,
de la gestion mal comprise de ces enfants qui ont peur d'apprendre.

Ça me servira toujours...

Il contient des pistes de travail encore plus précises que dans les ouvrages précédents,
et notamment un test à faire en début d'année
dont le déroulement et l'interprétation sont bien explicités.
Très facile et très rapide à mettre en oeuvre.
Limpide.
Adapté à la réalité quotidienne de l'enseignement.
Du Boimare quoi.


jeudi 28 mai 2015

100 % luxe

Avant-hier
je me suis payée un petit luxe :
j'ai croisé la Dasen
et, avec mon plus grand sourire,
je l'ai bien, bien remerciée pour la manière dont elle avait rempli mon dossier.
J'ai ajouté "surtout dans la perspective de la suppression de mon poste",
toujours avec mes lèvres retroussées sur mes dents.
Petit moment de flottement.
Hin hin hin...
Sourire intact (mais finalement sincère).
Alors elle a dit : "vous nous enverrez des cartes postales ?".
Pas de souci.
C'était prévu...

Hier
on a reçu un mail :
100 % de réussite des candidats présentés par la Creuse au Diplôme élémentaire de langue française (DELF) (92% en Haute-Vienne, 95% en Corrèze).
On n'était pas peu fières,
et tous les jours,
je les admire davantage.
Pis c'est un petit peu la preuve quand même
que le système qu'on avait mis en place dans notre département fonctionnait plutôt pas mal.

Aujourd'hui,
en partant,
il m'a dit :
"- au revoir madame, et bonne continuation pour les achats !
- heu ???? oui ???
- bah oui, les achats petit à petit pour les Etats-Unis : les lunettes, tout ça. Avant, vous aviez un téléphone de pauvre (si si) et maintenant vous avez un téléphone de riche."

Un peu plus tôt, dans l'après-midi,
on avait parlé des différences culturelles.
Il m'expliquait le kabaddi,
jeu archi populaire en Asie du sud.
"- Tu joues au kabaddi toi aussi ? Mais tu es tout mince ?
- Obligé, mon père jouait, mon grand-père aussi, mon frère, alors... un garçon, c'est obligé.
- Vous respectez beaucoup vos parents.
- Oui, on fait comme ils disent.
Par exemple, moi je vais pas avec les filles.
Seulement ma femme après le mariage !
- Bah oui, mais faut bien faire un peu connaissance avant quand même, non ?
- Non, non, mes parents vont me choisir une femme, et je ne la verrai que le jour du mariage.
C'est comme ça chez nous.
- Mais, comment on fait si on tombe amoureux de quelqu'un ?
- Oh là là, catastrophe madame ! Les parents te disent va-t-en, et faut aller habiter très très loin. T'existes plus pour ta famille, et si c'est des riches, ils tuent le garçon et la fille. On tue facilement dans mon pays.
- Dis donc, c'est violent. Et toi, tu en penses quoi ?
- Moi je pense que tuer, bon, non. Mais c'est pas bien de se marier comme ça, alors il faut partir loin."

A ce moment,
j'ai repensé au gamin prostré dans sa chambre du foyer,
qui avait refusé de venir passer des tests et même d'aller à l'école.
Je m'étais déplacée un mercredi après-midi,
et j'avais sorti de mon sac un vieux test Onisep en ourdou.
Et finalement,
il était venu au cours.
Et maintenant, on a ce genre de conversation.
100% de réussite.
100 % luxe.


Pakistan vs India Kabaddi World Cup 2014 Final... par Pakstatuz

jeudi 23 avril 2015

Passe à ton voisin

Aujourd'hui,
on a eu une intéressante conversation sur les chiens français.

" - Les chiens français comprennent tout : assis, couché, fais le beau !
Les chiens maliens ne comprennent rien.
- Bah, c'est parce que personne  n'éduque les chiens maliens !
- Franchement madame, un chien c'est un chien... 
- Eh bien je dirais que peut-être, quand tu vis au Mali, ta priorité ce n'est pas de nourrir et encore moins d'éduquer le chien, c'est de te nourrir toi. Mais ici, parfois, on est si seul, qu'on est bien heureux d'avoir un chien. Un chien est un très bon compagnon.
- Alors ici, si on a de l'argent, on peut le laisser à son chien après notre mort ?"

Choc des cultures.

Ceux qui me connaissent savent que j'enseigne le français à ceux qui sont arrivés jusque là.

Aux Européens qui ont choisi la France,
ont traversé la frontière librement,
parce qu'ils aiment notre mode de vie,
nos paysages, notre culture.

A ceux qui viennent pour marcher en sécurité dans la rue,
pour un peu de nourriture dans l'assiette,
pour nourrir leur famille,
pour ne plus avoir peur,
ni faim.

Pour l'école.
Je t'ai déjà dit ce que c'est l'école française vu de l'Afrique ?

Aux enfants de demandeurs d'asile,
ceux qui fuient leur pays juste pour pouvoir marcher en sécurité dans la rue.

Aux bébés tigres du sud de l'Asie, aux Bangladais, aux Pakistanais, aux Penjabis,
que leurs parents ont mis dans l'avion,
et qui avaient assez d'argent  pour ne pas servir d'esclaves à leurs compatriotes,
Ceux là sont allés à l'école chez eux, et oui,
clairement, leur famille les envoie profiter du système...
Et fonde tous ses espoirs sur un tout jeune fils aîné.
14 ans quoi...
Tout seul ici, une langue, une culture, des codes que tu ne comprends pas.
Tu dois enlever ton turban, couper tes cheveux.
C'est un peu comme enlever ta culotte en public,
mais c'est ce que ton père te demande,
alors tu le fais...

A ceux qui ont traversé l'Afrique en camion,
embarqué dans une coquille de noix bondée,
ne se sont pas noyés au large de l'Italie,
ont passé la montagne en petites chaussures de toile.
Échoués dans un squat de compatriotes,
ils sont cornaqués jusqu'aux services sociaux.
Se déclarent mineurs isolés.

Depuis une circulaire Taubira,
une péréquation entre les départements les fait arriver jusque dans la Creuse.
Faut apprendre à gérer.

Je vous ai déjà raconté,
je crois,
comme ils sont heureux d'avoir un cahier et des stylos.
Mais est-ce que je vous ai déjà dit à quel point je les admire ?
Pour leur gnaque, leur respect, leur soif d'apprendre,
et cette capacité incroyable à intégrer à la vitesse de l'éclair
le principe de réalité.
Non, tu ne peux pas faire les études que tu souhaiterais.
Oui, la priorité c'est que tu sois en formation qualifiante avant tes 18 ans*,

Mais tu sais, un an ou deux ans, dans la vie c'est rien.
Tu pourras changer de métier plus tard, quand tu auras des papiers et un salaire.
Je l'ai bien fait moi !

Ils s'adaptent.

Quand ils ne sont pas allés à l'école avant,
je reste un peu plus le soir,
pour leur apprendre à écrire.
C'est mon temps, c'est mon choix.
Une toute petite chose gratuite, qui compte beaucoup pour moi, pour eux.
J'ai pas besoin de le leur rappeler :
les autres quittent la salle,
ils s'installent au fond, près du matériel.

On roule la pâte à modeler pour représenter la lettre en volume,
et il y en a un qui me dit : " Ah, en France, vous avez des moyens, c'est incroyable !"
De la pâte à modeler ! (je lui ai pas encore sorti la tablette).
Et dans ce colombin bleu, toute la pédagogie française vue de l'Afrique...

Alors à tous ceux qui disent
que la France ne peut pas absorber toute la misère du monde,
je voudrais dire
taisez votre indécence d'occidental bien nourri.
Posez un couvercle sur vos poubelles scandaleusement pleines,
et une brique dans vos toilettes alimentées en eau potable.

Je voudrais exprimer ma colère devant cette misère que nous alimentons,
et mon indignation à tous ces discours décomplexés que justifierait la crise.
La crise de quoi ?

Je voudrais faire remarquer que,
l'immigration clandestine en Europe,
c'est même pas 300 000 personnes par an,
qui, en outre, ne viennent pas toutes en France.

Autant dire rien,

En tout cas beaucoup moins que 700 qui meurent noyés.

-----------------------------------
* Âge auquel le couperet tombe : c'est nul, on a payé pour eux, et ensuite on les abandonne. Du vrai gaspillage...


mercredi 15 avril 2015

Fais-moi un signe #13 Interlude

C'est l'attente.
L'attente c'est pas ben facile,
c'est comme quand on regardait la mire à la télé quand on était petit.
Je la regardais chez les autres,
on n'avait qu'une chaîne en noir et blanc.
Chez les autres, il y en avait deux,
en couleurs.

La mire donc était en couleur,
et c'est un peu comme ça que je me sens.
Immobile et gaie.

C'est pourtant pas la joie.
La carte scolaire est tombée,
ça fait mal.

Nos quatre postes allophones et enfants du voyage sont dans la charrette.
Trois postes polyvalents sont créés à la place.
Plus aucun maître G.
Ça va être la foire d'empoigne pour le mouvement,
Autant dire que je suis galvanisée pour mon projet d'expatriation.
Dans ma tête,
je fais déjà ma valise...

Et aujourd'hui,
journée réseau Casnav,
on ne peut pas dire que j'étais tirée vers le haut par la motivation.
Plombée.
Mais on a préparé à quatre une séquence sur les haikus en cycle 3,
avec différenciation pour les alllophones,
qui peut utilement être mise à profit pour d'autres élèves en difficulté.
Déjà,
les mains dans le cambouis,
ça détend le slip je trouve,
surtout avec mes super collègues.




Mais en plus,
j'ai croisé une conseillère péda qui s'en va en Chine au mois d'août.
Une qui a des ailes dans le dos,
comme moi,
et qui en plus, a été codofilienne,
il y a longtemps déjà,
ce qui n'en était pas moins intéressant.
Là, elle repart en laissant ici une fille étudiante à peine plus âgée que le kid.

D'un coup,
autour du café,
la journée s'est éclairée.



mardi 7 avril 2015

Le choix et moi

Aujourd'hui,
j'ai choisi.

Choisi de ne pas être affectée par la présence d'une collègue venue m' "expertiser",
pendant une séance avec deux élèves en gros déficit d'attention.
Une collègue qui a des avis sur tout, mais surtout des avis.
Choisi de ne pas me laisser atteindre par son regard entendu devant mes activités.
Je ne savais pas ce qu'elle pensait, j'ai choisi de ne pas extrapoler.

Choisi, de ne pas rétorquer, quand elle a dit, après une heure, et sans rien connaître du dossier : "Celui là, il est EIP (= intellectuellement précoce), sinon je vois pas". Si elle voit pas, c'est probablement parce qu'elle n'est pas habilitée à faire ce genre de diagnostic. J'ai choisi de garder cette remarque pour moi.

Choisi cependant de lui dire de cesser d'intervenir pendant mon cours, et choisi de ne pas prêter attention à son énervement. Elle m'avait déjà fait le coup dans d'autres circonstances, là, j'ai choisi de ne pas laisser passer.

Choisi de couper court à la discussion juridique sur une circulaire : dix ans d'études de droit,
c'est rien face à quelqu'un qui sait tout.
Choisi de voir en elle la petite fille pour ne pas lui mettre un coup de boule.
Comme c'est terrible d'avoir besoin d'être important.
Hier, j'ai été importante pour des inconnus qui m'ont laissé des petits mots gentils sur un forum,
et aujourd'hui j'ai été importante pour une autre collègue qui m'a montré ce qu'elle avait écrit sur mon action dans l'école.
Je me suis sentie touchée
et j'ai moi-même eu moins besoin d'être importante,
alors j'ai pu choisir de "laisser faire",
comme disent les Creusois.


Avant d'avaler quelques longueurs de bassin,
je l'avoue,
je ruminais un peu.
Mais la nage alternée porte conseil,
et je me suis souvenue d'un covoitureur qui m'avait dit :
"Tu peux choisir que ta journée soit pourrie -et elle le sera- ou d'avoir de la chance -et tu en auras."
 Du coup, j'ai choisi de regarder les mésanges et les rouge-gorges dans le jardin,
qui se gavent dans la pelouse tondue d'hier,
la première tonte de la saison.

(Ste Rita et St Fulbert, j'en profite pour vous dire que j'ai bien, bien choisi de vendre mon Berlingo,
donc allez-y, trouvez moi un acquéreur).

Bon, quand même, j'ai choisi de me défouler ici,
un petit quart d'heure venin
(EXPERTISE MON CUL !)
avant de retourner boucler mon dossier pour les écoles européennes.
Une autre collègue a relu ma lettre de motivation
- vi vi, j'ai choisi de me faire aider -
et maintenant, c'est une lettre tout moi en mieux !

Demain, je porte le dossier à l'inspection.
Et j'espère qu'ils vont choisir de me mettre un avis tellement favorable,
que je pourrai moi aussi jouer dans la cour des "Experts à l'école européenne."






mercredi 18 février 2015

Et kicékibal'beur ?

"- Maîtresse, je comprends pas pourquoi il frappe le beurre !"
Craie blanche poussiéreuse, dessin rapide de baratte, mime ...
10.30
20 CE1
Lecture
La vie au château fort.
Au tableau, je tâche de bien soigner mon écriture, je ne suis plus habituée aux petits.

Appelée à 8h50,
sur le chemin du collège,
toutes affaires cessantes, comme si j'étais en train de rien foutre,
pour aller faire un remplacement....
celui de la modulatrice (partie elle, sur une classe unique, en laissant sa classe et ses prép)
la directrice étant elle-même dans son bureau en train de rédiger un bilan d'équipe éducative.

Je m'étais quand même un peu fâchée au téléphone :
"- Bla, bla, bla, avec la dernière carte scolaire, bla - bla - bla vous savez que vous êtes obligée...
- Ok, pour aujourd'hui je vais dépanner, mais j'ai une tonne de boulot qui doit être fini avant les vacances. Donc c'est pas la peine de me redemander, je dirai non... Et je m'en fous d'être sanctionnée.
- Oui, vous serez sanctionnée, vous resterez chez vous sans traitement.
- Bah, ça fera une moyenne avec les frais de déplacement que vous me devez depuis septembre..."

Ce type là, il est sympa d'habitude, mais franchement, il a eu la phrase de trop,
au moment où je constate que, d'après l'Insee, femme seule avec deux gosses de plus de 14 ans, je suis au seuil de pauvreté...
Je veux bien serrer les dents, mais je peux les montrer aussi, et en ce moment, faudrait voir à pas trop tirer sur la corde...

Pourquoi tout ce bricolage ? Tout simplement  parce qu'ils ont supprimé trop de postes de remplaçants... donc, en période de grippe, on appelle tout le monde et n'importe qui pour s'y coller, lorsqu'il n'y a pas d'autres classes où répartir les élèves.

Mais aussi parce que les gens qui prennent ces décisions n'ont aucune idée du travail que l'on fait vraiment, que l'on soit ou pas devant des élèves, du temps que ça prend par exemple d'organiser une journée départementale de préparation à un examen (qui permettra en haut lieu de se féliciter devant le recteur du nombre d'inscrits et de reçus dans un si petit département) ou du fait que j'effectue l'essentiel de mon temps dans l'amplitude horaire des collèges. C'est un peu comme si on appelait un enseignant de Segpa ou d'Ulis pour aller faire des remplacements pendant ses heures de synthèse...

Alors, le bilan :

- Finalement, j'ai été contente d'avoir rendu service, faut toujours voir les choses positivement ; les gamins étaient sympas, et éminemment adaptables....
- Ma collègue a rédigé son bilan sur son temps de service. Et moi j'ai fait double journée : à 15.15, je suis remontée au collège, jusqu'à 17.30, pour dépoter les urgences qui n'avaient pas été traitées pendant que j'étais à l'école.
- J'arrive encore à gérer une classe de CE1, en dépit de quelques erreurs de consignes, si on excepte le fait qu'à part leur prénom sur une étiquette, et des opérations dans un fichier, ils n'ont rien écrit de la journée...
- Je peux encore monter vite fait une activité de lecture compréhension....


- Je ne sais plus me servir du cahier d'appel (la barre de l'aprèm c'est horizontal ou vertical ?)

- En collège je ne surveille jamais les récrés... j'ai donc royalement zappé le service de 10 minutes avant la reprise de la cantine. J'étais là, mais je corrigeais les fichiers, et je ne m'en suis souvenue , ben qu'à 14.00... Les collègues n'ont rien dit, elles sont surveillé les gamins (je crois...).

On croit avoir touché le fond ?
Bah non, il y a encore 8 postes à supprimer sur notre département cette année.
Tout cela dans l'intérêt des élèves, bien évidemment.

lundi 29 décembre 2014

Bull'help yourself # 2

Après deux semaines d'utilisation,
je suis de plus en plus fan de mon bullet journal.

Plus aucun petit bout de papier ne traîne sur mon bureau, au fond de mon sac.
Je me sens apaisée.
Parfois, la sérénité, ça tient à peu de choses : un index...

Comme dit son concepteur Caroll Ryder,
ça m'aide à faire la différence entre être busy et productive...

J'en suis toujours à l'expérimentation, avant de me lancer dans un support plus swag.
Et j'ai déjà rencontré un écueil : l'anticipation des mois à venir, sachant que je n'utilise pas d'agenda électronique (pour l'instant), que je ne veux qu'un seul outil, qu'il soit simple mais polyvalent, c'est-à-dire rassemblant notamment mes idées pro et perso (peut-être qu'à terme j'utiliserai deux couleurs différentes), mes petits bouts d'écriture, une fonction d'agenda
bref, tout ce que mon cerveau doit gérer en même temps.

J'ai donc construit et imprimé sur du papier un peu épais épais, un planning de l'année.
Imprimé recto-verso, tête-bêche, il se glisse dans le bullet, et me suivra dans le prochain carnet quand celui en cours sera terminé.





J'ai visionné quelques vidéos qui adaptent l'idée : j'ai vite arrêté (je crois que je vais inventer une appli pour éviter de perdre son temps sur internet...), ce sont toutes des usines à gaz,
le modèle le plus ergonomique reste l'original,
son site étant rapide à parcourir puisqu'il va à l'essentiel.
Et l'essentiel, ça me va.

Je me suis quand même accordé quelques fantaisies : le marque-page que m'avait offert Min-Young, la pèlerine coréenne,
et un medicine bag où j'ai enfin trouvé à caser les quelques fleurs séchées rapportées des Etats-Unis :



un pliage origami, mais en papier calque



et du masking tape pour renforcer les anses, puisqu'elles seront fixées dans le journal.



Et enfin une grosse entorse au principe de l'unicité :

J'ai un petit bullet spécial pour mon projet Louisiane,
dans un carnet que m'avait offert Barbara (merci Barbara)
parce que je n'ai pas besoin de l'avoir tout le temps avec moi,
mais que le concept s'applique bien à la gestion d'un projet qui comporte plusieurs composantes.



Surtout, si ça ne marche pas, je ne l'aurai pas sous les yeux tout le temps (bien que dans mon planning annuel, j'aie déjà indiqué les jours fériés américains au second semestre...)

Pis je suis désolée pour la qualité actuelle des photos, prises à la tablette. J'ai prêté mon appareil à Franzouski qui est parti se peler les dents à Nijni...



samedi 27 décembre 2014

Bull'help yourself #1

Essayé, adopté, le top des geeks qui aiment le papier,
la révélation qui me permet de gérer mes carnets chéris,
mes to do lists, mes idées de nouvelles, de chansons, de séances pour la classe.
J'ai nommé le "bullet journal".
C'est comme un agenda, mais en mieux, espace modulable pour un jour, une idée, un projet...


Le concept est bien expliqué par Michel (une mine, ce collègue qui travaille à la Réunion)  là :

http://www.tilekol.org/le-bullet-journal-un-systeme-dorganisation-moderne-a-lancienne


et là :
C'est ce qui m'a décidé à me lancer.
C'est joli, propre, créatif,
pour l'instant, je savoure juste le plaisir de retrouver facilement tout ce que je note.
La clé, c'est l'index en fait,
et le foliotage des pages.

Ici, un petit complément
je n'ai rien l'intention d'acheter.
D'abord je ne sais pas ce que j'en ferai : je n'ai pas de smartphone (si, si)
Et puis j'ai plutôt envie d'exploiter le stock de ce qui m'a été offert ou que j'ai ramené d'un peu partout.
Donc je me suis lancée avec le cahier américain que je traîne depuis septembre, et ça m'a changé la vie.


Avant :  le chaos


Après : ordre et clarté



Zéro angoisse
Zéro post it


mercredi 26 novembre 2014

Fais-moi un signe #2

En ce moment,
j'aime bien le mardi.
Parce que je passe la journée dans une école avec vue.
Parce que la route qui y mène,
si elle est longue,
me remplit aussi le cœur  d'allégresse et de gratitude.
Hier, je n'ai pas eu le temps de m'arrêter faire une photo,
mais je voyais ces forêts rousses,
sous un ciel un peu bas,
traversées de douces bandes de brumes,
avec au premier plan, un damier de champs bruns striés de sillons et et de prairies verts acides encore en herbe.
A la radio, un baryton chantait un extrait du voyage d'hiver de Schubert.
Et ce contraste entre la vie dehors et la mort dedans,
c'était vraiment fort.

J'aime bien le mardi donc, parce que c'est un petit voyage.

Le mardi soir,
je vais à la piscine,
mais c'est différent du vendredi ou du dimanche,
parce que le lundi j'ai danse,
et que le mardi mon corps s'en souvient.

Je ne nage jamais aussi bien que le mardi.

J'ai bien aimé ce mardi-là précisément,
parce que le matin, j'ai reçu un sms non signé qui me proposait un rencart.
A mes heures perdues...
Autant dire que c'était mal barré : des heures perdues, c'est un concept que je ne connais pas.
Le temps de réaliser que je travaille le mercredi toute la journée,
l'anonyme entre temps identifié n'avait toujours pas réussi en fin de soirée
à caler un rendez-vous.

J'aime bien le mardi parce que ça commence comme malentendu.

Et puis hier, mardi donc, j'ai envoyé mes deux demandes de détachement.
Celle pour le secondaire,
et celle pour la Louisiane.
Parce que le mardi, tout est permis.



vendredi 14 novembre 2014

Fais-moi un signe #1

Hier, je me suis fait pourrir par une collègue de collège,
qui m'a infligé la longue litanie de toutes les tares du premier degré.
J'ai essayé de discuter avec elle,
mais elle savait mieux que moi comment on gère nos classes,
et à chaque argument que je tentais d'avancer (j'arrivais pas à en placer une, c'est dire si je suis en petite forme...),
elle me rétorquait en colère : "c'est faux !"
J'ai finalement mis un terme à cette explosion en lui disant qu'elle ne me convaincrait pas,
 ni moi non plus, vu qu'elle n'arrêtait pas de crier.
Mais hier soir, galvanisée,
j'ai quasiment bouclé mon dossier Codofil.
J'en peux plus de ces débats stériles quand on devrait tous apprendre les uns des autres
au lieu de s'accuser mutuellement.
J'en peux plus non plus de la langue de bois de l'Education nationale,
qui me fait serrer les dents -et parfois les poings- à chaque journée du réseau Casnav.
Faut que je change d'air.
Je peaufine ma lettre de motivation...

Aujourd'hui,
le garage qui va débosseler Berlingo chéri tout grêlé,
m'a prêté un petit suppositoire à autobus,
une boîte à sardines électrique
dite "véhicule de courtoisie".
Je prends place,
et là,
bonheur,
c'est une automatique.
Une journée sans pied gauche, projetée aux States...
trop cool.
Et c'est décidé, je me sépare aussi de Berlingo.
Pas pour un char américain, non
mais pour mettre fin à mon crédit.
Une petite voiture payée comptant avec ce qui me restera de la vente, c'est ce qu'il me faut
pour que la fin du mois ne commence plus le 10....



Aujourd'hui aussi, j'ai découvert le petit truc qu'il me fallait
pour rebooster la longue attente devant moi : le lapbook,
brusquement objet de désir
qui permet de faire tenir dans un espace limité, une foule d'informations "à tiroir".
Parfait pour présenter notre "village" en cours de création
via la simulation globale
(concept du français langue étrangère, que je conseille à tous ceux qui veulent encourager la production d'écrit dans leur classe).



Une foule de vidéos sur internet





Et une ligne en plus dans la rubrique "Principaux travaux ou projets réalisés dans le cadre de vos activités professionnelles (dont projets en langue vivante)" de mon dossier....


vendredi 7 novembre 2014

Avec détachement, il faut laisser le bon temps rouler...

Tous les cinq ans, faut que je change.
Que je change de job
Sinon j'étouffe.
Enseigner, c'est ce que j'aurais fait le plus longtemps finalement.
Treize ans, déjà.
Mais avec un parcours assez varié.
Tant que j'aime encore ce que je fais,
qu'il me reste enthousiasme et motivation, je veux prendre un nouveau chemin.
Ne pas attendre d'être usée.

Alors voilà,
c'est décidé
je demande mon détachement.

Soit enseigner le français ou le droit en filière pro.
Soit enseigner le français en Louisiane.

Ça sera long.
Les dossiers ne sont pas évidents à monter.
Et puis le programme CODOFIL ,
cela veut dire partir seule
laisser mes fils se débrouiller comme des grands ici.
Mais le kid, si je pars, ne veut pas venir avec moi.

Je me sens un monstre d'égoïsme, à vouloir vivre ma vie
alors que les boys ne sont pas tirés d'affaire.
Il y a cette part de moi en train de mourir à petit feu,
à attendre
à vieillir.
Alors, au moins, je monte le dossier.
Et on verra.

mardi 5 février 2013

Changement d'état

Je commence à en avoir sérieusement marre de toute cette eau.
Je me réveille pluie.
Je pars pluie.
Je bosse pluie.
Je roule pluie.
Je me ravitaille pluie.
Je mange pluie.
Je reviens pluie.
Je me couche pluie.
Je nique dors pluie.

Chaque transfert d'une école à l'autre se révèle aussi épique que le passage à gué du fleuve Amazone.
Il faut soigneusement fermer les écoutilles pour que mon matériel n'arrive pas trempé
et ma voiture sent le chien mouillé.
Sauf que le chien,
c'est moi.

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J'ai beau profiter de la moindre pause pour faire shamata
et me dire qu'on n'y peut rien
et tout ça,
j'ai quand même l'impression que les vannes d'une grosse dépression ne vont pas tarder à lâcher
et que si l'océan au-dessus de nos têtes continue à se déverser
moi aussi je vais me mettre à pleuvoir.

Et quand je me mets à pleuvoir,
j'ai du mal à m'arrêter.
Surtout que
ça fait une paire de semaines que je n'ai pas plu
et ça
c'est louche.

Eh bien,
le ciel
ou quelque chose d'approchant,
détournant momentanément les yeux des débats parlementaires sur le mariage pour tous,
vient d'exaucer ma prière.

Maintenant il neige.
Et il gèle.
Alors ? Elle est pas belle la vie ?


vendredi 1 février 2013

Ciel, mon tumblr ! # 1

Quand on remet leurs diplômes aux détenus de la maison d'arrêt
en présence du procureur, de la directrice de cabinet du préfet, du député-maire,  de l'inspectrice
qu'il y a des discours et la presse
et que c'est émouvant de voir comme ils sont fiers
ceux qui les reçoivent ...

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Quand on attend depuis des années la revalorisation de notre point d'indice
et que notre traitement baisse
en valeur relative ET en valeur absolue..

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Quand j'entends parler d'une fabuleuse prime de 400 euros ...

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Quand j'entends à la radio
qu'un collègue aurait racketté une famille qui voulait éviter l'exclusion de son fils

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Quand c'est vendredi
et que j'ai plus de produit

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Quand il n'y a toujours pas de troisième démarque chez Sarenza

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Quand je m'aperçois que moi aussi je peux être une geek
en publiant des images animées
sur blogspot qui ne les aime pas
sans ouvrir un tumblr (parce que je m'en fous de réseauter)

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Gifs reblogués depuis Assistant parlementaire

jeudi 31 janvier 2013

Road trip

Missions accomplies : 
- le dossier de propositions pour l'inspectrice (en commun avec ma collègue) ;
- la nouvelle pour le concours de Brive (toute seule et un peu avec vous, merci à tous ceux qui m'ont demandé la suite, j'ai bien aimé l'exercice ) ;

Hebergeur d'image
 

- le dossier de certification (posté aujourd'hui, avant minuit, cachet de la poste faisant foi et un IMMENSE MERCI À COPIE PLAN qui a accueilli ma clé USB pour les dernières corrections : c'est en effet le moment qu'avait choisi mon portable - Acer, je reprécise la marque de la daube- pour me laisser de nouveau en rade)

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Je pourrais presque me sentir désœuvrée,
si je n'avais pas une énorme pile de livres à lire,
et plein d'histoires dans la tête à écrire.

Il est donc temps de reprendre une activité normale
c'est-à-dire
de penser aux prochaines vacances
dans deux semaines

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Chauffe Berlingo, chauffe...



Les gifs sont tous reblogués depuis les Joies du code