A peine le temps de tondre la pelouse,
et de nouveau le froid, le gris, la pluie.
Pourtant, j'ouvre la fenêtre et le parfum de l'herbe coupée,
mêlé à l'effluve entêtant des lilas,
envahit le bureau.
Des fenêtres de ma chambre,
le spectacle est plus coloré,
d'habitude,
plus terne cette année.
Mais j'aime toujours bien
ouvrir les volets
et me replonge cinq minutes sous la couette
le temps d'avoir l'impression
de me réveiller dans le jardin.
J'aime ce moment,
venu tardivement il est vrai,
où les arbres sont fleuris,
et étalent leurs couleurs crémeuses sur
le bleu le blanc glacé d'un ciel si bas.
On ne peut pas dire que je sois top motivée
par le jardin pour l'heure.
Rentrée de mes
douze jours de marche,
j'ai retrouvé une jungle,
que j'ai eu le plus grand mal à reprendre en main,
entre un emploi du temps serré,
et la météo pourrie.
Je n'ai taillé l'hortensia qu'hier soir,
et sévèrement,
parce qu'il a bien morflé cet hiver.
J'ai pensé au bleu magnifique qu'il déploiera dans quelques semaines
et ça m'a boostée.
En levant la tête,
j'ai remarqué que les deux cerisiers sont pleins de petites pampilles vertes,
la pluie et le froid ne les ont pas étouffés comme l'an dernier,
c'est déjà ça.
J'ai décidé aussi d'occuper ces trois jours de week-end
(enfin ce qui en restera : je passe aussi ma certification de Français langue seconde mardi matin)
à mettre en place le potager,
comme d'habitude.
D'abord parce que
pour l'instant, je vis ici,
et que j'ai envie que ça continue d'y être vivant justement ;
Je n'ai aucune idée du temps qu'il me faudra pour vendre,
pas question de m'imposer un panorama de bidonville,
dans le cas où le provisoire devrait durer.
Ensuite,
je me dis
que ça peut faire une différence au moment des visites,
un jardin qui donne envie de faire péter le barbecue,
par rapport aux no man's land des maisons inoccupées.
Hier,
j'ai reçu deux autres estimations, à 15 000 euros de plus environ.
Soit elles sont trop optimistes,
soit le premier a sous-estimé pour vendre plus vite.
De toute façon,
je la mettrai dans deux agences,
pas plus,
et je choisirai au feeling,
en fonction du contact avec mes interlocuteurs.
J'aime pas bien les brasseurs de vent
qui imposent un mandat d'exclusivité,
et forcent la main en actionnant le levier de la peur.
Je n'ai pas peur, de toute façon :
j'ai un toit au-dessus de ma tête, et un jardin qui m'apaise.
Je suis aussi passée devant une maison-témoin de Bâtidur,
un constructeur limousin de bonne réputation.
Jusque-là,
j'avais fait une croix sur l'idée d'un pavillon neuf,
je les trouve affreux.
Mais celui-là m'a plu, avec ses lignes contemporaines, ses fenêtres en alu, sa terrasse couverte.
Ce serait un gros investissement d'énergie,
surtout seule,
mais ensuite pas mal d'années de tranquillité.
Pour arbitrer entre fantasme et éventuel projet,
j'ai pris rendez-vous avec la responsable de l'agence locale.
Il se trouve que c'est elle qui m'a vendu ma maison actuelle,
quand elle était commerciale chez celui-là même qui l'estime au prix le plus bas.
Ces raccourcis, ça me plaît.