mercredi 27 mai 2020

Madame Nicole bricole

Je vous le dis mes sœurs, après le compte bancaire et le permis de conduire, la caisse à outils est un pilier de l'autonomie des femmes, et de la confiance en soi.
En l'absence de padna, ou si ton padna est un crucifié du tournevis (on a le droit d'être un homme sans master de bricole...), pas de panique : purger un radiateur, ou accrocher un meuble au mur, c'est à votre portée, n'importe quel moteur de recherche vous le dira !


Quand j'ai besoin d'un outil d'usage exceptionnel, je l'emprunte à quelqu'un.
Là par exemple, j'ai momentanément récupéré ma perceuse chez Franzouski.
Je ne la garderai pas une fois installée, je n'en aurai plus l'utilité (et mon fils lui, a une cave).
Mais dans mon fond, j'ai un set de tournevis, un marteau, l'indispensable pince universelle qui sert très souvent, une vrille et un jeu de clés allen avec une poignée.
Pour la petite visserie, j'achète ce qu'il me faut au fur et à mesure chez le quincaillier.
J'ai aussi une pince coupante, un petit couteau à enduire, et un jeu de pinceaux plats parce que j'aime bien customiser des bricoles.


Aujourd'hui, ma caisse et moi, on a décroché les panneaux d'ustensiles de cuisine, les blocs suédois de meubles à chaussures, les porte aspirateur et fer à repasser.
Galvanisée à l'idée de récupérer ma caution, j'ai bouché tous les trous avec un enduit en tube tout prêt bon marché (Pattex chez Action) et mon petit couteau à enduire.
Et j'ai refixé tout cela dans le placard extérieur de mon nouveau chez moi.


Une journée bien remplie donc, qui s'est terminée avec une baignade dans la rivière, 
désormais rapidement à portée de marche ou de vélo.


Étendue, les bras en croix, à même le sable, 
je sentais sur ma peau le soleil en descente,
j'écoutais le son de l'eau qui se rue dans l'une des plus belles courbes de l'Allier,
ponctué par les cris des sternes et des martinets.
Je n'étais pas revenue sur cette plage depuis le tout début du confinement.
Tout était si... normal !
Sans masque.
Quand je ne travaille pas, que je suis occupée à la maison ou autour de chez moi,
déconnectée des médias et des réseaux,
c'est comme la vie d'avant.


samedi 23 mai 2020

To Limoges and back


Ouh là là !
Presqu'une semaine que je suis rentrée de Limoges (sans contrôle des plus de 100 km) et je retrouve ces photos de plusieurs de mes promenades préférées.

Les jardins de l'évêché.






Le parc de l'Aurence avec ses entrées parfois un peu secrètes.








Avec une saveur particulière, parce que j'y étais en compagnie de Franzouski, Maiia et Vanioucha.
On peut dire que j'y ai repris une vie,
mon fils m'a serrée dans ses bras, j'ai bisouillé Vania plein de fois.
Se toucher ou s'embrasser est devenu une décision que l'on prend ensemble.
Eux n'ont pas peur, pas de risque spécial, jeunesse éclatante.
Moi non plus je ne suis pas effrayée, si ce n'est de contaminer une personne vulnérable,
ou que mes enfants se sentent responsables s'il m'arrivait quelque chose.

Je ne saurais vivre sans contact de toute façon.
Je crains plutôt le tour que prennent les choses, la population qui courbe l'échine d'un côté,
l'explosion des théories complotistes de l'autre,
quand il faudrait juste être vigilant sur une gouvernance erratique et les faramineux intérêts financiers des laboratoires pharmaceutiques.
Dans un pays où le président prend l'avis de Jean-Marie Bigard ,  la réouverture du Puy du Fou devient une priorité, et le mensonge d'État une stratégie sans complexe, je me sens très mal à l'aise.

Mais je n'y ai pas trop pensé,
occupée que j'étais à cuire des douceurs pour mon garçon qui avait une envie de gaufres et de cookies à la farine de châtaigne.
Un goûter partagé à quatre,
le babillage d'un enfant qui te réveille,
le tac tac de ses pieds sur le parquet,
quoi de meilleur ?



jeudi 14 mai 2020

Se souvenir des jolies choses

Cet enfermement, c'était dur.
Des jours plus légers que d'autres.
Et tous les réconforts bons à prendre.
Ce qui m'a le plus aidé à me cramponner dans les turbulences ? C'est de me construire une jolie mémoire.
Je me disais : "De quoi auras-tu envie de te rappeler?", et j'essayais de caser au moins un futur joli souvenir chaque jour.
C'est comme cela que j'ai commencé à enregistrer les vidéos quotidiennes.
A nourrir mon âme de lectures généreuses et profondes.



A pédaler, traîner, pousser mon vélo dans tous les chemins des alentours.
A manger des orties.
A tout faire lentement, à prendre le temps de réfléchir, de créer.
A retrouver l'écriture fluide d'une inspiration chaque jour renouvelée. Preuve que je dois y consacrer du temps.
Ce confinement, il nous faut accepter que ce ne soit que le début de plusieurs mois de vie dans une nouvelle dimension.
Qu'allons-nous en faire ?

Dans ce contexte, je déménage bientôt, à quelques tours de roue d'Embraud, 
dans un logement qui m'a choisie et attirée par sa cuisine avec vue,
sur le bocage, les arbres, et un bout de jardin.

Et là c'est rien, ça drachait massacre.
L'appartement, plus petit que l'actuel, vaguement biscornu, à la vue imprenable, était un peu miteux.
Mais, quelle chance !
La petite commune propriétaire, dont les moyens sont limités,
a fait de son mieux pour lui redonner meilleure allure,
en tenant compte de mes besoins.
Propre, clair, net.
Dans ma tête s'élabore déjà un petit coin atelier de dessin, couture, écriture, et plus si affinité...
To be continued...

lundi 11 mai 2020

Jardin d'amour

Tu te souviens de cette lettre du bout du cœur ?
2013
2017
2020, j'ai rempilé presque trois années.
Et toujours la même attente, insatisfaite.
C'est drôle, mais bien souvent, on s'enferre dans une situation, parce que ce serait trop dur d'admettre qu'on s'est trompé.
J'ai un peu honte d'avoir été naïve, de m'être laissée bercer par quelques jolis mots, rares et touchants,
qui ont pesé lourd dans ma compréhension et ma confiance accordées au bénéfice du doute.
Une fausse sensation de liberté.
J'ai déjà investi beaucoup de moi,
ce serait pour rien ?
A ce moment là, probablement pas pour rien non.
Se rendre utile et se laisser utiliser pour se sentir aimée.
C'est l'histoire d'une vie.
Mais aujourd'hui ?

Je relis cette lettre, et je me dis,
ces derniers jours, quand je commençais à accuser le coup,
de tout, du confinement, de la solitude, de l'école,
le jardin d'Embraud m'a sauvée.
Un jardin sur mon chemin, juste au moment où j'en avais tout spécialement besoin.
Un jardin pour avoir le nez dans l'herbe et la terre.
Pour respirer.
Sentir le soleil sur mon dos, ou l'odeur de la pluie qui s'annonce.











Pendant ce temps, Padna, ce merveilleux compagnon de voyage,
brille par son absence.
Asteure qu'il n'y a plus de voyages, il est juste... loin.

Dans ma mémoire à géométrie variable s'édifient de nouveaux souvenirs.
Des souvenirs ancrés ici.
D'une friche, j'ai fait un formidable terrain de jeu.
J'ai fauché, greliné, couvert, semé...
J'attends des plants pour compléter

"Adopte le rythme de la nature, son secret est la patience."
Ralph Waldo Emerson


Hier, Jean-Baptiste m'a parlé de la Louisiane,
puis il s'est senti gêné, pensant avoir commis un impair.
C'est là que j'ai compris que j'ai mes propres souvenirs heureux de ces trois années magnifiques.
Un peu avec lui, beaucoup sans lui.
Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais je trouve que c'est plutôt bon signe.

En dépit de cette attraction incroyable et inexplicable,
de tous ces signes du destin qui semblaient applaudir à ce spectacle de funambules,
comme une volonté extérieure à la mienne, contre laquelle je n'ai jamais réussi à lutter,
je crois bien bien que Padna ne peut pas être le destinataire de cette lettre, vieille de sept ans déjà...

Avec mon nouvel appartement, j'aurai aussi un petit jardin à moi.
Padna n'a pas de vrai jardin.
Il n'en aurait pas la patience.

dimanche 10 mai 2020

Le grand confinement de Madame Nicole # 56 Sur la rivière et au-delà...

C'est donc le cinquante-sixième et dernier jour de ce (premier ???) confinement.
Le dernier jour avant après.
Blues du dimanche soir, comme avant.
Le simple fait de préparer ma gamelle me retourne l'estomac.
Vraiment, il ne faut plus que je travaille.

Petite visite de mon future appartement.
Bavardage avec Mathilde, ma future voisine.
Dans la cuisine un peu surdimensionnée, qui offre une vue incroyable sur le bocage, 
j'ai décidé cette nuit d'installer un petit atelier consacré à ma nouvelle vie :
couture, bricolages, coloriage, écriture...
J'ai pris goût à prendre le temps de créer toutes ces petites graines de beauté.
Je vérifie que ce sera possible, et en effet, c'est idéal.

Je pédale le cœur léger vers une grande matinée de lumière et de jardin,
une dernière vidéo, cette fois-ci sur la berge,



Le chemin qui descend vers la rivière.






et retour par un petit chemin que j'affectionne.


La trouée fait comme un cœur...

 Le cépage Genouillet d'Angèle....


Ce sera le cadre de mon quotidien après mon déménagement.
Et je me réjouis de cette chance.
A portée de sandales d'Embraud et de l'eau, dans un village où plusieurs Chavans vivent déjà.
C'est toujours les cœur un peu serré, mais finalement assez confiante et résolue que je rentre coudre des masques pour la rentrée et les répétitions générales de demain...
Des portes se ferment, d'autres s'ouvrent,
le sentiment d'être acculée a disparu.
Un soulagement...



samedi 9 mai 2020

Le grand confinement de Madame Nicole # 55 La maison des bisous

Ce fut presque un samedi matin ordinaire à Embraud.
Tondre, faire le ménage, tout ça à bonne distance les uns des autres.
Réfléchir à un protocole pour la réouverture, pas plus de dix, pas de cuisine sur place.
Cinquante années d'habitudes à réviser, pour s'adapter et continuer d'exister.
Jean-Baptiste et David sont après finir la toiture du nouvel escalier du dortoir du haut.
Un petit coucou des filles, on se parle en cercle pour tenir l'espace.
Le léger babil sur la cuisine de Cyril Lyniac, le confinement des uns et des autres,
le retour à l'école... tout cela m'a fait un bien fou.
Mais après tout cela bien sûr, je n'avais plus le temps de chanter...


Un petit côté cadjin avec cette chanson que j'aime beaucoup,
d'une actualité criante...

vendredi 8 mai 2020

Le grand confinement de Madame Nicole # 54 Je me aime (et je vous aime)

Pour la commémoration du 8 mai, j'avais prévu une vidéo spécial de souvenir,
en mémoire de mon grand oncle, Louis Rousseau, cheminot.
Secrétaire adjoint du syndicat des cheminots Paris Orléans, secrétaire de la cellule communiste de Villeneuve triage, il a participé à de nombreuses actions de sabotage, et notamment le déraillement, le 1er mai 1942, d'un convoi allemand en partance de la gare d'Austerlitz.
Il se consacra aussi aux renseignements, et fut arrêté le 25 janvier 1944 au cours d'une mission de liaison. Incarcéré à Fresnes, il fut déporté le 7 avril 1944 et mourut à Gusen (annexe de Mauthausen en Autriche), le 22 avril 1945, quelques jours avant l'arrivée des Russes.

Son frère, mon grand-père, cheminot communiste lui aussi, fut arrêté, mais rattrapé de justesse par la SNCF (entreprise dont le rôle a pourtant été très collaborant pendant la guerre), puis envoyé en zone libre.



A côté de son portrait, sur sa tombe au cimetière de Vornay,
il est gravé : "Mort pour la France, assassiné par les nazis le 22 avril 1944".
Mais l'inscription est presque effacée et bientôt il ne restera plus grand chose pour se souvenir  du courage de ces hommes.

Au final, j'ai pas trop eu le cœur de chanter quoi que ce soit.
Ce sont des jours difficiles, et j'ai eu envie de faire des choses pour moi.
Le soir je suis tombée sur cette vidéo du clown Gustina,



Se aimer.
Tout est dit.