lundi 22 mai 2017

L'effet misère de Facebook

Samedi, comme un collègue avait envie de venir faire du kayak par ici,
 j'avais organisé, comme j'aimerais le faire plus souvent, un potluck chez moi.
Ça veut dire, comme son nom l'indique "à la fortune du pot".
Chacun apporte un truc, je gère pas grand chose, je fais comme les américains, qui abordent ça très simplement.
Le truc c'est de pas prévoir trop grand et de se partager les restes.
Et je viens de réaliser une différence de point de vue assez étonnante,
largement liée à mon avis, à ce que j'appelle l'effet misère de Facebook.

Un effet misère c'est quand tu vois tous ces gens qui ont l'air de s'éclater quand toi tu rames,
qui passent toutes leurs vacances dans les Caraïbes, ou qui semblent boire des coups sans arrêt,
sans toi, bien sûr, vu que t'es bien loin et que la plupart de ces gens n'ont même pas idée que tu existes.
C'est très important de pas faire défiler le journal sans arrêt et surtout de ne rien prendre personnellement, dans la mesure où même si tu vivais plus près, et même si on t'invitait plus souvent, t'irais pas écluser quotidiennement bière et margharitas....

Deuxième effet misère que je viens de découvrir : pour gérer plus facilement, je crée un événement Facebook, j'invite une vingtaine de personnes pour que viennent 5 ou 6.
Je serais la première emmerdée si les 20 se pointaient et qu'il faille mettre un tonneau en perce...
Pourquoi je fais ça ? D'une part pour inviter systématiquement les gens sympas qui m'hébergent ou me rendent service, même s'ils n'attendent pas forcément un retour,
et d'autre part pour faire plaisir à tous ceux qui me disent "Oh, je suis jamais allé à Pierre Part -une des plus belle places de Louisiane, je précise- j'aimerais bien...".
Mais en fait non, car c'est à une heure trente de route, alors qu'en ville ils ont tout à portée de vélo.
Et je comprends.
C'est juste pour que ceux qui veulent et peuvent aient l'occasion.
J'ajoute hors du net, les gens que je croise tous les jours.
Au final, on est toujours un petit groupe à géométrie variable, et on passe un moment cool et lent.
J'aime bien.


Je peux cuire dehors parce qu'il fait très chaud.




Sauf qu'en voyant les "oh sorry je peux pas venir", "désolé", etc,
je me suis dit, mais qu'est-ce qu'ils ont tous à s'excuser comme ça ?
Limite s'ils me tendaient pas un mouchoir virtuel.
C'est pas un dîner formel (que j'aurais pas invité sur FB du reste)...
C'est là que j'ai réalisé que, sur FB, on voit que sur 20 personnes invitées, deux seront présentes (dont moi ah ah !) et que donc les gens se disent, la pauvre elle va se retrouver toute seule.
Surtout vu la météo qui annonçait des orages..
tu vois un peu le déjeuner de la lose....

Bon enfin c'était chouette, et quand tout le monde est parti, avec Denis, on a mis les kayaks à l'eau juste devant la maison, et on a pagayé à droite.
Heu on est partis un peu vite peut-être, il a oublié de mettre sa carte dans son appareil photo...




On s'est levés super tôt ce matin, et on est repartis, avec la carte cette fois ci, et lui son téléobjectif,
moi... mon téléphone...




En repartant à Lafayette, il m'a dit "tu as vraiment de la chance d'habiter là, moi faut que je fasse au moins 20 ou 30 minutes de voiture pour arriver sur un site comme ça ".
J'ai dit "merci Denis, je repenserai à cette phrase quand mon coeur jouera le blues de la solitude".

Et j'ai repensé à ce post d'il y a tout juste deux ans,
quand javais conclu qu'à mon avis, Pierre Part, faut le voir sur soi et que toute cette eau, ça allait me plaire.
C'est le cas...
Peut-être qu'il y a un prix à payer pour voir ce qui reste inaccessible au plus grande nombre.
Non, c'est pas tellement ce que je voulais, que j'avais imaginé.
C'est juste différent.



Les deux dernières photos sont de Denis Marmier, son téléobjectif et son tout piti kayak...

Le moment culturel #4

On est donc proches de la fin de l'année.
Demain matin lundi, c'est la remise des awards, les certificats de meilleure progression, comportement, etc...une grande céréoie au gym.
L'aprèm on est supposé jouer au baseball contre les 4ème grades, qui nous quittent pour aller dans l'autre bâtiment, en middle school
(ici le CM2 fait partie du collège, et ce qu'on appelle college par contre, c'est l'université).
Avec toute l'eau qui est en train de se déverser, m'étonnerait bien que le terrain soit pratiquable,
bien qu'en Louisiane on ne puisse pas vraiment faire de pronostic de ce genre.
En attendant, les tests sont finis, les livrets aussi.


Alors ça, c'est un bonheur par contre : tu rentres tes notes, le truc s'édite,
et les seuls commentaires résultent d'un bouton que tu as cliqué pour signifier que le minot bénéficie d'aménagements particuliers : tests oralisés, temps supplémentaire, etc...
Les gamins qui n'ont pas rapporté leur livre de bibliothèque ou $5 ne reçoivent pas leur livret.

Mais tous quitteront l'école mardi midi.
On portera ce T-shirt et on ira leur dire au revoir quand ils partiront dans les bus jaunes qui feront hurler leur klaxon !

Nous on reste en principe jusqu'à vendredi.
Mais j'ai pris deux jours pour aller rodailler.
Et je rentrerai au dernier moment, juste avant la rentrée du 3 août, pour une troisième année qui s'annonce de nouveau tendue, après la défection de l'enseignante française qui était supposée être recrutée.
J'ai décidé de lâcher prise là dessus.
On verra bien.

Sinon, on a nous aussi une une note en fonction des résultats de nos élèves aux tests.
Et cette année je m'en tire avec les honneurs.
La note maximale (4) dans cette matière qui nous a tant fait souffrir, j'ai nommé social studies,
au moins j'aurais pas enseigné pour rien, et 3 pour les sciences.






Chaque jour se succèdent diverses activités, sorties récréatives pour ceux qui n'ont jamais de minor infraction écrites dans leur planner, glaces pour les plus méritants, etc.
Les autres, ben ils méditent sur leur façon de faire, mais c'est pas très efficace d'après moi.
Et vendredi, tout le monde était dehors pour deux heures de jeux gonflables.



On a eu droit a un snow ball gratuit.
Une invention incroyable,
usuellement vendue $5, pour de la glace pilée arrosée d'un trait de sirop.


Bon, moi j'ai pris mangue / fraise,
Mais il y avait aussi bubble gum, gâteau de mariage et ..... un truc jaune fluo intitulé "ice cream"...
Que du bonheur !

Allez pour finir,
dans la série les fabricants se font des boules en or,
je te montre le gadget inutile et qui ne sert à rien,
qui fait fureur dans les cours de récréation française,
mais est interdit ici, vu que ça remplit pas tellement son soit-disant rôle d'aide à la concentration,
j'ai nommé le fidget spinner.


J'ai demandé à une élève comment on en sert.
Réponse : tu le roules, tu le fais tourner, et tu feel good.
Aaaaaaaaaaah ! Bon ben moi quand j'étais jeune on n'appelait pas ça comme ça, pis je crois pas que ce soit bien bon de fumer du plastique rose....

jeudi 18 mai 2017

Pour un peu de tendresse en plus...

Ça devrait être toujours comme ça.
Comme au début.
En milieu de semaine, il chargerait la pirogue dans son truck, et il ferait la route.
Qui est un peu longue, c'est vrai, mais pas plus que pour moi dans l'autre sens finalement.
Je rentrerais vite de l'école avec mon vélo,
le temps d'un bec, de me changer,
et on mettrait la pirogue à l'eau, sur le bayou devant la maison.
En passant devant l'Île de la vierge,
qu'on est prié de pas tirer sur les canards s'il vous plaît...



... on s'apercevrait que cette église miniature,
en fait, c'est une de ces boîtes à canards qu'on trouve partout dans le marais.




Un peu plus loin on entendrait grommeler les alligators qui commencent à frayer fin mai.
Mais je n'aurais pas peur avec cette pirogue au ras de l'eau, parce qu'on serait ensemble.
Et on longerait le bord pour s'engager dans des bras d'eau basse et peu fréquentée.



avec un tas de vie sauvage 
comme ces canards d'arbres revenus du Mexique 



On rentrerait fatigués dans la lumière du soir.
On irait boire un coup et souper dans un bar au bord de l'eau, 
et cette fois on serait deux pour réserver la chambre de la première étape de nos prochaines vacances.
Dans la pénombre de la chambre, on se raconterait des souvenirs d'enfants, 
qui ont fait de nous ce que nous sommes,
forts et fragiles,
avant de nous endormir en nous connaissant un peu mieux. 
Le petit matin aurait le temps d'être tendre et lent, 
parce que j'aurais pas de photocopies à faire, et la fin de semaine bien plus courte. 
Peut être juste parce qu'on s'embrasserait, comme ceux qui se retrouvent chaque soir.
À cause de cette soirée de milieu de semaine, sans classe à préparer.
Oui ça devrait être toujours comme ça.



lundi 15 mai 2017

C'est juste pour dire...

... que j'ai passé un bon week end et que j'espère que vous aussi.
Qu'il y a eu des rires, de la tendresse, des chuchotements, avec lui, avec elle.
De l'eau pour nager, de la musique à danser ou à jouer.
Que j'ai fait la queue avec mes collègues, pour signer nos contrats dans une petite école, aux Opelousas.
J'aime bien ce coin, on va parfois avec Bobby danser dans un honky tonk absolument inconnu des touristes.
Une bonne partie de mes collègues  justement trouve ça glauque,  le trou du cul de la Louisiane.
Surtout ceux qui vivent à Nouvelle Orléans.
C'est une ville exceptionnelle, à nulle autre pareille, où il y a toujours quelque chose à faire.
Une ambiance spéciale.
Ça fait que ceux qui y vivent s'amusent bien et on les comprend.
Sauf que tu vois rien de la Louisiane et des Louisiannais....
T'as pas besoin d'aller ailleurs le week end.
Tu crois que tu sais.
Mais tu sais rien de la langue de ceux qui parlent encore français.
De leur mode de vie, leur sens de la famille, leur rapport à l'histoire.
Tu sais rien des pêcheurs de crevette, de la vie off shore pour ceux qui ont de l'ouvrage sur les plateformes pétrolières, de la vie les pieds dans l'eau qui coule doucement entre
 les arbres.
De tous ces grands parents qui sont là quand les parents travaillent.
Des hommes qui vont au camp (prononcer le p).
Tu sauras jamais faire le roux du gombo.
Même si tu danses divinement,  ça sera jamais comme eux, parce qu'ils ont ça dans le sang, le tressaut du frottoir, qu'ils ont appris dans la cuisine en montant sur les pieds de leur mère. .
Toujours tu resteras un étranger qu'on reconnaît parce qu'il frappe à la porte en avant...
C'est dommage.
Mais c'est comme ça.

Un peu comme un américain qui ne connaîtrait de la France que Paris ... c'est beau, mais c'est si peu représentatif.



Pour finir ce dimanche on a joué au Tigermen Den, un spot branché dans By Water, mon quartier préféré de Nouvelle Orléans,  loin des touristes, le long du Mississippi,  avec des lieux un peu alternatifs comme celui-ci, où à la fin les danseurs ont tout juste la place de se mouvoir.

vendredi 12 mai 2017

Le moment culturel #3 Teacher week appreciation

C'est pas la semaine où tu dois commencer un régime (si t'en as l'intention).
Parce que tous les jours tu reçois des douceurs en tout genre, avec des petits mots qui pourraient te laisser croire que tu es the best teacher ever.
Quand tu es consciente que les fouines reçoivent les mêmes, ton ego relativise.
Cependant, j'avoue, ça fait toujours plaisir.
Moi j'apprécie particulièrement les fournitures scolaires - surtout les velledas (ah non, malheureusement c'est pas des velledas, mais ça écrit et ça s'efface) et les surligneurs que je peux réutiliser pour ma classe, ainsi que les gourmandises faites maison.
Les bonbons je vais les garder pour leur distribuer.
Le reste je partage avec les employées non enseignantes qui n'ont rien.

Ça c'est une partie de la récolte de ce matin...


Mais tout est sympa en fait, regarde les fleurs et la pomme en céramique.


Et cherry on the cupcake, on a duty free lunch trois jours de rang : mercredi offert par l'association de parents d'élèves, aujourd'hui par la direction et demain repas mexicain commun, et tout ça sans surveiller les élèves à la cafétéria, grâce aux bénévoles qui viennent nous relayer.

Édit : je te mets un que j'ai reçu hier, vraiment personnalisé....


Un avant goût de vacances








J'ai reçu ça.
Des pass valables dans tous les parcs nationaux du Canada,
puisqu'en 2017, c'est tout gratuit.
Pour moi ce sera l'Alberta les deux premières semaines de juin.
























Et en rentrant,
il y avait ça aussi sur ma galerie en arrière.
Un prêt en attendant que je rachète celui d'un collègue qui s'en va.


Baseball hier,
pagayage aujourd'hui,
la fin de l'année scolaire est toute proche...




Ce qui est bien en kayak ou en pirogue
c'est que tu peux aller dans des recoins où un bateau à moteur ne passerait pas.
Il n'y a que toi, l'eau, le ciel, et la vie sauvage...

jeudi 11 mai 2017

Time to step up to the plate...

Une fois tournée la page des tests du LEAP,
on fait... encore des tests, pour avoir assez de notes.
Il nous en faut 6 par période, savamment dosées : une de participation, des tests, des projets en classe, à la maison...
Non, moi j'en donne pas à la maison, ça me gave de noter les parents...
Et puis les tests obligatoires de la paroisse (nom louisiannais des comtés).

Bref, comme les enfants quittent l'école le 23, je ne prépare plus de cours...
Ça fait le soir je suis toujours aussi crevée, mais par contre j'ai le temps de flâner un peu,
et par exemple d'aller voir mes élèves jouer au base ball.



On vient en famille, avec les poussettes, les chaises, le pique-nique ou les burgers vendus trois fois rien sur place.
Il ne fait pas encore trop chaud, c'est une ambiance vraiment agréable.



Tu vois les tout petits qui apprennent. On leur met la balle sur un socle et ils frappent dedans.
Ils commencent à apprendre la stratégie pour courir de base en base,
et un faisceau de règles assez complexe, mais que tu peux apprendre de manière spiralaire, en grandissant.
Car il faut être capable de gérer pas mal d'informations en même temps,
et le repérage dans l'espace,
plus toutes les règles de civilités et d'encouragement qui vont avec.

Il me manque une photo, mais l'étape d'après, c'est la machine qui lance les balles, quand ils sont encore trop jeunes pour le mouvement droit, mais qu'ils savent déjà swinguer avec la batte.

 Après ils passent sur un vrai terrain, avec toutes les règles et tous les postes.



Si tu essaies de swinguer la balle et que tu la rates, c'est un strike.
Trois strikes et tu es out.
Donc parfois mieux vaut ne pas frapper et l'éviter...



Mais si tu as renvoyé la balle, et que personne ne la rattrappe du premier coup, tu lâches ta batte et tu cours..



Personnellement, c'est un jeu que j'ai appris à aimer, alors que j'accroche pas tellement au football américain (au nôtre non plus d'ailleurs...)

J'aime cette ambiance, leurs uniformes.
J'apprécie moins l'enjeu que certains y mettent, et l'heure à laquelle ils se couchent alors qu'il y a école le lendemain.
Sinon, là vous lisez le post de quelqu'un qui a réussi à frapper la balle trois fois en deux jours,
autant dire un exploit, le premier en deux ans...
J'ai donc lâché la batte et j'ai couru...ça fait une petite décharge d'adrénaline, c'est pas désagréable.
Le jour de la sortie, les profs jouent contre les 4ème grades (ceux là mêmes qui m'ont appris à jouer...). Peut-être que cette année j'irai jusqu`à la première base...