jeudi 27 avril 2017

Le moment culturel #1

L'économie aux États-Unis, c'est quelque chose.
Ça fait partie du programme d'éducation civique, et j'enseigne donc les notions de producteur/consommateur, offre et demande, biens et services, comment faire des choix pour épargner à mes élèves de 8 ans.
Justement,  à propos d'offre et demande, j'ai remarqué les cratons "for free" au supermarché.
Après les avoir bradés, les melons sont toujours là en train de ramollir ?
On te les donne.
Les bouquets de fleurs ne sont plus vendables ? Sers-toi !
Avec trois bouquets fanés, dimanche, j'ai fait celui-ci.
J'aime bien.

mardi 25 avril 2017

Plantation

Proche de mon arrivée il y a bientôt deux ans (déjà....)
j'avais visité Laura Plantation,
et j'avais bien aimé.
Des plantations, il y en avait tout le long du Mississippi.
Coton au nord et indigo au sud, ce dernier ayant ensuite été supplanté par la canne à sucre.

Un jour de soleil j'ai un peu levé le pied, et je suis allée faire un tour à Oak alley, que je n'ai pas visité.
J'ai seulement immortalisé la fameuse allée de chênes, sachant qu'il y en avait une à l'entrée de chaque plantation, mais pas toutes aussi spectaculaires.



La maison en elle-même ne vaut pas le détour paraît-il, et tout est organisé pour que tu ne puisses pas venir jusqu'à l'allée pour la photo.
Mais je suis montée sur la levée (la digue) du Mississippi, une promenade que j'apprécie toujours beaucoup.
Ensuite je suis allée à Houmas House plantation, et là j'ai apprécié et la visite de la maison, et celle du jardin.








Le moment culturel

Un type d'environ mon âge,
avec qui j'ai l'habitude de danser,
m'a raconté que quand il était jeune,
l'école se faisait sur un bateau.
Il y avait plus de voies d'eau que de routes et surtout de ponts.
Finalement j'ai trouvé cette photo...


Asteure il y a des schoolbus partout bien sûr.
Pour les courtes sorties scolaires, on les utilise aussi car c'est bien moins cher.
Et j'aime bien.
Par contre l'absence de ceinture ne dérange personne, pas plus que les enfants s'assoient par 3 au lieu de 2...



Et puis cette boîte à la bibliothèque de Lafayette,
parce que jusqu'à un arrêt de la Cour suprême appliquant le 1er amendement relatif à la liberté d'expression,
brûler ou piétiner le drapeau en public était un crime fédéral,
parce que tous les matins, en classe, on jure fidélité au drapeau des États-Unis,
parce que ça porte malheur quand un drapeau touche terre,
les vieux drapeaux qui ont beaucoup servis sont collectés respectueusement, avant d'être officiellement mis en retraite.








Cruising

Ça aurait pu être les vacances de la lose number two,
après l'épisode sans retour de Mardi Gras,
puisque bien sûr au dernier moment et sans m'en parler,
il a changé les plans.
Mais on a quand même campé au bord de la Rivière Rouge.






Après ça a été embrouille et compagnie,
on n'est bien évidemment pas partis tout seuls mais avec sa fille,
et on a taillé la route vers l'est,
en suivant en partie la côte.

Je ne m'étalerai pas sur les moments pénibles où il a fallu faire quelques réglages,
tout le monde aura compris que ça me gonfle.
Il y a des trucs que j'ai jamais accepté de mes gamins,
ça va pas changer avec ceux des autres.

Je vais plutôt garder les jolis moments et les beaux paysages.
Gulf shore (Alabama)



Autour de Fort Morgan



Perdido key (Floride)



Les plages de Pensacola (Floride)






 Les bestioles












La vue sur les puits d'huile....




Profession de foi pour des lendemains qui déchantent

Donc aux Amériques, on votait samedi.
À Nouvelle-Orléans...

Comme j'étais à Lafayette, il a fallu faire deux heures et demi de route.
Aller...
Heureusement, très fatiguée et un peu découragée avant de partir,
j'ai eu l'idée de dernière minute : lui demander de m'accompagner.
Autrement dit de perdre 5 heures pour que je sois pas toute seule.

Ben là franchement, je ne peux qu'apprécier la réactivité et la gentillesse qui lui ont fait dire oui.


Du coup on est restés en ville, on a dîné en bonne compagnie, et on n'est rentré que le lendemain, après, pour une fois, une nuit rien que pour nous.

C'était pas prévu, mais j'en ai profité pour vider mon sac, ce qui est toujours un peu pénible pour l'autre.
Ça change pas le fond de l'affaire,
mais par contre ça fait du bien.

En revanche,
le soir en rentrant chez moi,
j'ai appris le nom des deux candidates en lice,
et je vous le dit tout net,
on me refera pas le coup de 2002.


C'est-à-dire que je ne suis pas hyper motivée pour me retaper la route,
pendant le festival de l'écrevisse qui plus est,
et la visite de Mike par la même occasion,
tout ça pour aller choisir entre la peste noire et le choléra bi-fluoré (je me comprends...)

Entre les xénophobes antieuropéens, et le bras armé des marchés financiers.

Non, je ne veux donner ma voix ni à l'un, ni à l'autre.

Je précise que je ne prends pas pour des cons mes compatriotes qui ont voté pour eux.
C'est leur droit.
Et il y a de la misère, de la peur et du désarroi en France.
Toutes affres soigneusement entretenues par les médias, notamment dans des campagnes profondes où on ne voit les étrangers qu'à la télé.

Simplement je crois que là on n'a pas encore tout à fait touché le fond,
et que peut-être il faut ça pour que chacun se ressaisisse.

Et qu'on se saisisse enfin des vraies questions : la protection de l'environnement et les emplois qu'elle peut créer (c'est vraiment le mouton noir de la campagne électorale...), la délirante spirale de la dette publique qui justifie tout et n'importe quoi, notamment de nous faire croire qu'il n'y a pas d'argent en France, l'éducation à la coopération et à la solidarité, seuls manières de survivre dans ce  monde de brutes.

Bref, j'attends les lendemains qui déchantent,
puisqu'il paraît que notre coq gaulois ne donne sa pleine mesure que les deux pieds dans la miarde.





Dans l'ombre du doute



Une de mes scènes préférées,
d'un de mes films préférés.

Pour fermer une parenthèse de plus d'un mois de silence,
une période de doute, de blues, de rires en pointillés, mais parfois au bord des larmes, de beaux paysages.

L'élément déclenchant ça a été l'épée de Damoclès au dessus du programme d'immersion de mon école, qui m'a fait craindre de voir encore alourdir, l'an prochain, ma barque déjà bien chargée,
après une année à mordre sur ma chique pour venir à bout de la tâche.
Le temps de rien, à peine de respirer, de nager un peu, de dormir pas assez...

Depuis que je suis ici,
j'ai fait beaucoup.
Mais j'ai aussi beaucoup renoncé.
À des choses essentielles.
Chanter par exemple.

S'est rajouté cet inconfort du coeur.
C'est la faute de personne.
Juste un malentendu.
Il y a un an, je m'étais sentie attirée.
Pis un jour, je me suis rendue compte que, quand je mettais ma main dans la sienne, tout était simple.
J'avais foi dans la vie qui m'avait fait croiser sa route. Peu importait que je ne sache pas ce qui allait se passer plus tard. Toute cette incertitude sur l'avenir, le travail, la Louisiane, la France, c'était pas très important.
Ce qui comptait, c'était ce qu'on vivait là, maintenant, ensemble.
Et puis, avec ses choix, avec ses phrases, il a rayé ce mot : ensemble.
J'ai compris que vivre le moment présent ça ne voulait pas dire la même chose pour lui et moi.
Et que ça fait pas une grande différence d'être seule
ou de sortir avec quelqu'un qui décide de ce à quoi tu as droit, qui tient un genre de compte de ses propres efforts,
et qui t'impose des concessions à sens unique.
C'est devenu compliqué, pesant, de moins en moins léger.
Et je sais bien que c'est pas une chose qui va changer.
D'une certaine manière, il essaie de recréer le cadre de son ancienne vie.
Et moi je ne saurais y avoir qu'une place de remplaçante.

J'ai décidé que ça s'arrêterait là.
Après l'été.
J'ai aussi écrit au ministère pour savoir si je peux encore faire machine arrière et rentrer,
vu que c'est encore le 1er mouvement dans mon département.
Je me déciderai cette semaine, surtout en fonction de la situation à l'école.

Il a rien dit.
Peut-être qu'il est content que ça s'arrête sans avoir à en prendre l'initiative ?
Peut-être que ça lui fait du chagrin ?
Je cherche pas à savoir.
Je pose pas la question.
Maintenant que j'ai pris cette décision, j'ai le coeur plus léger.
Un sentiment de liberté.

Je vas pas m'infliger une double peine.
J'ai fait mon idée, mais je vas profiter encore un peu de marcher avec lui.
Jusqu'à la prochaine croisée du chemin.

jeudi 16 mars 2017

À nos actes manqués

À cause de la bande annonce de ce film que voudrait voir le Kid, j'ai rêvé d'une personnalité à plusieurs facettes.
La mienne.
Car je crois bien que cette petite fille aux cheveux courts, c'était moi.
Il y avait une autre personne.
Un homme je crois.
Je ne sais pas.
Dans l'obscurité, avec un regard brillant, presque pervers, elle m'a chuchoté quelque chose à l'oreille, je ne me souviens plus quoi.
Mais c'était un peu douloureux à entendre.
Je suis retournée sur la route, vers l'autre moi, avec sa longue chemise blanche. Elle portait une lourde épée à la main.
J'ai dit : "tu vois, tu peux être forte !"
Et puis j'ai remarqué la blessure, une entaille à son orteil, un dérapage de la lourde lame, qu'elle tient péniblement à deux mains.
Je l'ai mise en garde cette fois : "Fais attention, tu deviens trop forte. Tu ne sens plus la douleur, tu va te faire mal."
Ça devenait intéressant, et bien sûr c'est le moment que ce fuckin' réveil a choisi pour sonner.
Trop tôt.
À la même heure que d'habitude, mais on était à l'heure d'été depuis samedi, et il faisait encore nuit noire.

Heureusement, Jacques a dit : "C'est un joli lundi si tu en décides ainsi."
Et c'est ce que j'ai fait.
Ça tient à pas grand chose tu vois.
Du pâté aux patates comme par chez moi, dimanche chez une copine de Nouvelle Orléans.
Sa mère était en visite, et elle est Bourbonnaise...


Le parfum des orangers en fleurs, 
alors qu'on peut encore cueillir des fruits dessus.


Les signes d'amitié que vous m'envoyez depuis l'autre bord...



Et pouvoir parler franchement avec lui,
libérer mon coeur de ces non dits qui empoisonnent insidieusement tout ce qui ne devrait pas être lus lourd que le frisson des doigts sur la peau.
Un souffle d'air pour tourner la page et regarder devant.
Pas trop loin.
Parce que dans toute cette incertitude qu'est ma vie, une seule chose compte vraiment,
respirer librement maintenant.

À part ça le Kid regagne la France lundi.
Il a définitivement perdu sa carte de travail, et ni lui ni moi n'avons envie de le voir moisir sur le loveseat de mon shotgun...
Au final il m'aura tenue compagnie un peu, coûté très peu d'argent, beaucoup amélioré son anglais, et trié dans ses priorités pour l'an prochain.
Faudra juste qu'il arrête de se tirer des balles dans le pied...