mardi 1 décembre 2020

Les jours les plus courts

Je crois bien que c'est la première année, depuis longtemps, que j'apprécie l'entrée dans la grisaille et le froid, comme un passage obligé vers le printemps qui reviendra forcément.

J'ouvre les yeux, c'est encore l'obscurité.
Je traîne un peu, entre la nuit et le jour, je rêvasse, rien ne presse.
Tant que la lumière était douce, j'ai passé le plus de temps possible dehors.
J'ai poussé jusqu'aux premières brumes. 
Maintenant il faut les gants, et plusieurs couches de laine fine.


J'avais différé une liste de petites choses à faire pour les jours plus courts, pour les heures en dedans.

J'ai entamé cette liste avec plaisir.

Des petits sachets de graines récupérés sur les légumes de ma cagette hebdomadaire.



Dans une chute de tissus, un double boudin de porte pour étrenner mon coin atelier...


Bourré d'un côté avec de vieilles chaussettes, et de l'autre avec les plumes d'un vieil oreiller.
Très ...volatiles les plumes !
Le tuto ici clique

Dans d'autres chutes, un nouveau lot de masques -norme Afnor-
en prévision de ma formation parisienne,
puisqu'apparemment, ils sont obligatoires partout dans la rue.
Edit du 2 décembre : formation annulée... dépitée...


Ils sont doublés d'un morceau de lange de coton, très doux à la peau.
Dans un bord j'ai glissé une barrette de nez, soit récupérée sur un masque jetable, soit avec un lien pour les sacs plastique.
Le tuto de l'Atelier des gourdes est ici clique...


Parfois je m'installe à l'atelier.
Puis je reviens écrire, à la petite console de verre qui me sert de bureau devant la fenêtre du salon.
Lumière partout, rideaux nulle part.
Le marronnier est tout déplumé.
Ce soir, j'ai ressorti et allumé de vieux photophores.
Mon cœur a fait un bon joyeux.


Malgré la langueur de la solitude, la mienne, celle des messages que je reçois, 
j'entre dans l'Avent avec confiance.
Le temps passe. Et alors ?

mercredi 25 novembre 2020

DIY # 3 le coin atelier

 Pour profiter du paysage,

de la lumière et de l'espace disponible, 

j'ai aménagé un coin bricolage, dessin, aquarelle, couture, écriture et plus si affinités,

dans un grand coin vide de la cuisine.

Je voulais donner une identité propre aux deux murs d'angle, en dessinant des sortes de vagues, 

mais, j ai utilisé un vieux rouleau de scotch de protection, qui n'était adapté ni pour les lignes courbes, ni pour la toile de verre à chevrons en relief.

Alors j'ai fait au plus simple : des lignes droites.

Pour les couleurs, je voulais du gris, rehaussé d'une touche de couleur, plus propice à la créativité.
Le sort en a décidé pour moi : au magasin de bricolage dans mon rayon de pédalage, j'ai trouvé deux pots soldés à moins 40%.

Pour le meuble, un ilot de 150 x 150, qui me permet de travailler debout, j'ai assemblé deux étagères Kallax Ikéa et deux plans de travail.



sur une idée trouvée là :


Si c'était à refaire, au lieu de solidariser les deux plans de travail, je les articulerais avec deux charnières, afin de pouvoir rabattre le premier sur le deuxième.
J'ai aussi commis une erreur en laissant apparents deux trous de fixation des Kallax.
Bon, mais je suis tout de même très contente du résultat final, très ergonomique.

Il me reste à récupérer les portes d'un autre meuble, et à transbahuter tout mon matériel.
Et ensuite, place à l'inspiration !

samedi 14 novembre 2020

Une journée au jardin

 Avoir un jardin est une bénédiction, encore plus en ce moment.

Un petit jardin avec vue, c'est tester mes nouvelles sandales de marche sans attestation.


C'est profiter d'un déjeuner de soleil dans ce mois de novembre,
bien trop sec sans que l'on songe à s'en plaindre.

C'est pouvoir, en ces temps incertains, se projeter un tout petit peu.

Semer dans l'espoir de récolter.

Faire germer l'idée du bivouac.

Mûrir le plan d'un nouveau chemin...


lundi 9 novembre 2020

Saoule comme une grive

Je me saoule.
Consciencieusement, scrupuleusement, soigneusement et systématiquement.

Dans cette saison 2, épisode 1, du Grand confinement, le décor a changé, le sablier aussi.
Exit le duplex avec coin cuisine, le voisin fou et les contraintes du travail à distance.

Le matin, je laisse mon corps et mes neurones se mettre en route doucement.
Je me saoule de calme, de lumière et de paix, émerveillée du spectacle de la nature, des cris de bête, de l'aube jusqu'au coucher de soleil et au lever de lune à mes carreaux.
Je traîne un peu, je réfléchis.

C'est une projection étrange que ces semaines au futur incertain.
Je voudrais  ... j'ai toute une liste, repliée, oubliée.
A quoi bon s'inquiéter ? A quoi bon planifier ?
Je ramène mon attention à la journée en cours. Je me saoule de présent, une chose à la fois.
Je recolle une semelle, répare un accroc, restaure les attaches d'une couette. Tout était dans ce panier depuis si longtemps. 
Je me saoule de petites actions accomplies, d'objets sauvés, du bonheur éprouvé à vivre en accord avec soi-même.
Et je reprends quelques notes.

Il me faut quand même des projets, des plans sans échéances, sans conséquence s'il faut renoncer ou reporter.
Une semaine de formation parisienne en décembre. Ou pas.
Entrer de nouveau en chemin. Ou pas
(Mamina, ça se pourrait bien qu'on se revoit aux beaux jours...)

Les surprenants jours de grand beau, en short et en t-shirt, je me saoule au jardin, de vent, dans l'air encore tiède, les mains dans la terre humide, jusqu'à ce que l'astre plonge derrière l'horizon.
J'arrondis les angles du petit potager.
La fraîcheur pince, l'obscurité arrive sans crier gare, il est temps de remonter.


Les jours de grisaille et de pluie, de froid perçant et humide, je sors arpenter les environs.
Echappée belle.
Je me saoule de vie. Tout semblerait ordinaire, si ce n'était l'attestation pliée dans ma poche.
Je contemple un papillon qui flirte avec les orties, les V des grues qui descendent vers le sud, le frou-frou des ailes des pigeons dans les ors des acacias. 
Instant de grâce si la brume se lève.







Violence et crainte contre le reste du monde, celui qui ne change qu'au rythme des saisons, totalement
indifférent aux fils d'actualités.
A la nuit tombée, il est tôt encore.
Pelotonnée dans mon sofa, je me saoule de mots, de phrases, d'histoires, de livres, de BD, de nouvelles, de sagas... j'en ai emprunté des kilos. 

C'est drôle ces journées de rêve, brusquement plombées quand l'esprit divague vers la fin de semaine.
Elle sera sans famille, sans amis, sans amour.
Et ça c'est un peu dur, même en croyant que ça ne durera pas toujours.

Et pour vous, c'est comment ?
Mieux ? Pire ? Patient ou effrayant ?
Un grand merci à ceux qui commentent au passage. 
C'est un grand plaisir que votre intérêt fidèle.
Faites bien attention à vous.
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Edit du 10 novembre
De bonnes nouvelles de Pôle emploi : ma conseillère, madame Efficace, m'a appelée hier pour un entretien su mon projet. Et ce matin, elle m'a rappelée pour m'annoncer que ma formation de décembre, sur le métier d'écrivain public, sera financée par leurs soins. Un très bonne nouvelle et finalement une agence plutôt réactive.

mardi 27 octobre 2020

Le jour de Pôle emploi

Devenir écrivain (oui, j'ai encore une forme d'ambition...),
et à mi-chemin écrivain public (... mais ancrée dans la réalité)
ça commence en immersion dans les tracasseries administratives et les courriers contradictoires.

Introduction
L'inscription

1er octobre, une bonne heure à renseigner les formulaires en ligne.
Au moment de valider, blocage.
Trente minutes d'appel téléphonique, dont quinze d'attente :
" - Ouh là, là non, fallait rien faire, vous avez déjà une vieille inscription de ...1999 !
- Oui mais si je ne valide pas aujourd'hui, vous êtes certain que c'est la date du 1er octobre qui sera le point de départ du délai de carence ?
- Non.
- Je fais quoi alors ?
- Rien je vais vous donner un rendez-vous. Ah non, pas possible, aucun créneau dans l'immédiat.
- Ah... donc pour la date ? 
- Je ne sais pas, je ne suis pas conseiller indemnisation, seulement inscription.
- Passez-moi un conseiller indemnisation alors.
- Je ne peux pas, votre inscription n'est pas encore validée.... vous devez attendre le rendez-vous."
Dans le doute, et sans courriel reçu, je valide, une semaine plus tard, mon formulaire en ligne, bien daté du 1/10.
Deux convocations de validation d'inscription plus tard, sur deux jours différents, l'une à mon patronyme, l'autre à mon nom d'usage, je me présente au guichet.
Bienvenue chez Pôle emploi !
Heureusement, la conseillère d'accueil est précise et efficace. C'est vite plié.
" -Et pour mon projet ?
- je ne peux pas vous dire, je ne fais que les inscriptions..."
Au moins, ils emploient du monde.

Premier chapitre
L'indemnisation et les réclamations

Pour l'indemnisation en revanche, c'est embrouille et carabistouille.
Je m'y attendais, ma situation est inédite, je suis la première fonctionnaire du département à bénéficier d'une rupture conventionnelle.
Toujours une longueur d'avance Madame Nicole, ça se paie parfois...
Courrier n° 1 : indemnisation à compter d'avril 2021.
Réclamation. 
Oui j'ai touché une indemnité, mais elle est légale.
Courrier n° 2 : au temps pour nous, finalement ce sera à partir du 14 novembre.
Réclamation encore.
Non, je n'ai pas touché plus que le plancher légal.
On voit bien que vous ne connaissez pas l'Education nationale.
Courrier n° 3 : vous réclamez toujours pour le même motif. Votre dossier est clos.
Réclamation insistante.
Je ne crois pas non. Je pense qu'il y a un malentendu et que vous appliquez le calcul des ruptures conventionnelles du privé. Voici une lettre de la directrice des services départementaux qui précise les textes applicables.
Remarquez mon assertivité... aucun énervement décelable. 
Ma carrière d'écrivain public est bien engagée.
Et là je dis merci au responsable des RH de mon département qui a été très efficace et réactif.
L'honnêteté me conduit à préciser que le chapitre "indemnisation/réclamations" s'arrête ici, 
car une conseillère a pris la peine de m'appeler, et tout est entré dans l'ordre.
Entre temps j'ai touché l'indemnité de rupture, je ne suis donc pas sans ressource.
Bien que tout cela se soit réglé finalement assez vite, je me demande cependant comment font les très petits revenus, qui n'ont certainement pas de noisettes chez l'écureuil pour voir venir.
Sans compter que c'est une petite ville de province, avec des interlocuteurs accessibles et disponibles.
Dans les grosses agences, je m'interroge...

Deuxième chapitre
Le projet

Quelques jours plus tard, je profite de l'accès libre aux ordinateurs, à l'imprimante et au photocopieur, pour venir monter mon dossier de formation de l'Association des écrivains publics de France.
Ce sera en décembre, éligible au financement Pôle emploi, mais sans décision de prise en charge à ce jour.
En attendant, je monte le dossier d'agrément.
Surprise n° 1 : tu ne peux rien imprimer à partir de ta clé USB.
Heureusement, il y a Jules.
Jules est un jeune qui aide à être autonome sur les postes informatiques.
Il a l'idée de mettre mes documents sur Google drive, très étonné qu'à mon âge j'ai un compte...
Mais passons, sa solution est efficace.
J'imprime tout.
Surprise  n° 2 : le papier est recyclé donc gris, c'est recto-verso, et d'une qualité affreuse. Je déconseille formellement d'envoyer ce genre de dossier à un employeur.
Mais pour l'usage que j'en fais, ça ira, je préviens juste l'association en m'excusant de ne pas avoir encore d'imprimante.
Surprise n° 3 : la copie de ma pièce d'identité est barrée d'un gros PÔLE EMPLOI en filigrane.
La classe.
La prochaine fois, j'irai à la médiathèque, qui offre un crédit de 50 copies noir et blanc ou 25 couleurs.


Je clos cette journée productive par un de ces petits luxes que j'ai la chance de pouvoir m'offrir : un repas à la brasserie d'en face, qui me sert aussi pour les toilettes, puisque celles de l'agence sont condamnées.




Retour par la forêt d'automne, et collecte de bois flotté.
Je ne le sais pas encore, mais le lendemain ce sera l'annonce du reconfinement.




Edit du 4/11 : Un très bon point quand même pour Pôle emploi : je viens de recevoir mon ARE d'octobre. C'est très méritoire d'être dans les temps après tous ces aller-retour de courriels. J'apprécie.


vendredi 23 octobre 2020

Second souffle

Tarte confectionnée par Franzouski, qui célébrait aussi son anniversaire, la veille du mien...

Soixante ans.
Je suis arrivée jusque là.
Ce ne fut pas toujours simple.


Plus jeune, j'ai souvent pensé mourir. La vie était lourde, dure, injuste.
Mais il y avait toujours la petite flamme.
L'instinct de conservation. 



Le coup de pied au fond de la piscine. Une grande goulée d'air frais. Et nager encore.
La soif d'apprendre, l'esthétique et l'évasion d'un livre, et plus tard les pierres, l'eau, les oiseaux, les arbres, les sourires, les mains tendues, les enfants, l'émotion d'un tableau, la résonnance d'un chant...



Tout ce qui raccroche à la vie, qui la rend précieuse et lui donne un sens.
Tout ce qui nous prouve notre propre valeur, nous accorde le crédit de mériter de vivre une succession de belles expériences.


Et voilà que tous nos repères sont bouleversés. Qu'il faut s'adapter encore. 
Je suis soulagée d'oublier parfois mon masque.
Cela veut dire que je ne m'habitue pas, que c'est réversible, que l'on ne vivra pas toujours comme cela.


Mais pour l'heure, dans cette anxiété environnante, ce déluge d'informations culpabilisantes et infantilisantes, je ne vois pas d'autre voie que l'acceptation.
Espérer.
Je sais bien que tout est majoré par l'incurie de nos dirigeants, par la destruction systématique de nos infrastructures hospitalières.
Mais lutter serait trop coûteux en énergie.
Il faut vivre, c'est la priorité.
Traverser sans s'abîmer, sans perdre notre humanité.


La semaine dernière, il m'a fallu renoncer à une belle fête d'anniversaire en joyeuse compagnie, à laquelle, de toute manière, Franzouski ne pouvait pas venir.

Il n'y avait rien de véritablement contrariant. Juste un changement de perspective. 
A peine rentrée de Savoie, où j'avais véritablement tourné la page de l'école,
j'ai refait mon sac.

En route pour la Corrèze du Quercy.
Des chapelets de villages médiévaux, tous semblables, et tous différents. D'ardoises en tuiles, la couleur et la taille des pierres qui leur donnent une belle identité, flamboyante dans la douceur d'un automne déserté par les flots de touristes.



Me voilà remontée à Limoges où le couvre-feu commence ce soir à minuit.
Largement assez de temps pour célébrer cet anniversaire en famille.
Je vous souhaite le plus de douceur possible par les temps qui courent.



 

mardi 13 octobre 2020

La brigade du rire

 En dehors du contact physique, ce qui m’a le plus manqué pendant le confinement ce sont les fous rires. Les rires aux éclats, les rires de connivence, les rires francs, les rires aux larmes, les grands n’importe quoi qui réveillent notre âme d’enfant.

Le propre de l’Homme, l’antidépresseur de la femme.

J’ai eu la chance de vite les retrouver à Embraud, ainsi qu’avec mes fils, avec qui on rigole souvent d’un tas de bêtises. Je suis heureuse de leur avoir transmis cette capacité à apprécier le loufoque. Je crois que je me suis rarement sentie aussi fière que le jour où le Kid, dans ma voiture américaine, sur un parking de Walmart, m’avait dit : « Vraiment maman, il n’y a personne d’autre avec qui je ris comme avec toi ». J’avais répondu lui souhaiter d’être suffisamment ouvert pour apprécier d’autres compagnons de bonnes barres.

Le rire est un tonique pour le corps,  dans la piscine thermale de Salins, probablement la plus grande de France. L’eau arrive naturellement chauffée à 31 degrés, on peut donc en profiter même en cette saison plus froide. Sa couleur rouille, peu engageante, vient de sa richesse en sels de fer, qui la rendent apaisante pour les douleurs. J’y descends parfois à pieds, 5 km, mais seulement quand le terrain n’est pas trop gras, parfois en bus. C’est déjà un délice. Le corps qui se glisse dans l’eau accueillante… Et les séances d’aquagym, ponctuées de fous rires, en réaction à la frite sauvage qui bondit hors de l’eau, ou aux blagues pince sans rire du maître-nageur.



Et puis le soir au souper, dans la salle à manger de l’hôtel, le rire prépare au sommeil. De souvenirs en jeux de mots, les curistes féminines, toutes d’âge mûr, voire avancé à cette saison,  s’organisent en brigade du rire. C’est à qui racontera le plus drôlement sa journée entre karcher et bubulles, masques et peignoirs, ou nourrira de souvenirs affectueux, la mémoire des convives présents, chacun à sa table, distance barrière oblige.

Dans ce contexte masqué, hautement anxiogène d’après moi, les relations sont biaisées. Au point qu’une dame, à la piscine, m’ait avoué qu’elle parlait à quelqu’un pour la première fois, alors qu’elle était là depuis plus d’une semaine.

Sans rire, sans mot, comment avoir confiance en soi et les autres ?