samedi 9 mars 2019

Lâcher la ligne de vie


Tu peux défaire un à un, les maillons de tes chaînes.
Tu peux lâcher cette rambarde et cheminer en sécurité.
Décroche les mousquetons de la ligne de vie.
C'est vrai, sans elle, tu ne serais pas devenue ce que tu es.
Aurais-tu seulement survécu aux désirs, aux frayeurs, aux deuils, aux affections des autres,
aux turbulences, aux chocs et aux fracas de ton existence ?
Quel autre choix, pour préserver ton intégrité,
que de contrôler tout ce qui peut l'être ?



C'est sûr, le pont de singe va tanguer un peu encore.

Mais il est temps de franchir le parapet, et même de l'écrouler si tu veux.
Derrière ce n'est pas le vide,
derrière c'est le reste de ta vie.

Ce dont tu as besoin maintenant, c'est de te désenchaîner de tes contraintes propres,
bien plus pesantes que le travail.
Des "il ne faut pas", "il faut", "j'ai peur", "et si"...

Maintenant c'est le temps de la confiance et de la sécurité.
Maintenant il te faut écouter chaque cellule de ce corps qui a fait tout ce qu'il a pu pour te porter quand même.

Comme on change de maison quand les enfants s'en vont,
tu n'as plus besoin d'occuper tout cet espace.
A toi sont le monde, la Terre, le ciel et l'eau.





lundi 25 février 2019

Chanter comme je respire

Ce qui me porte le plus,
à part l'écriture,
ce qui m'apaise,
me répare,
et me pousse,
c'est le chant.
Depuis toujours je chante comme je respire.
Il y a eu quelques pauses, comme la Louisiane, mais depuis mon retour j'ai retrouvé ce souffle qui m'élève et m'emporte.
La semaine dernière, en visite chez Franzouski pour faire connaissance avec mon petit-fils,
je me suis parfois sentie un peu en trop.
L'autre grand-mère est là aussi, et bien sûr elle a une relation privilégiée avec sa fille,
qu'en plus elle ne voit guère souvent puisqu'elle est en Russie.
Mais ce qui m'est venu du cœur, comme étant ma place,
c'est chanter pour lui.
Et il aime beaucoup, beaucoup ça.
C'est une voix différente, et qui sort pas d'un téléphone..
ça le fait sourire et gazouiller,
ça le calme aussi.
Une pure sensation de bonheur pour moi.
Du coup, faut que je révise un peu,
et j'ai ressorti ce livre que j'avais pour mes enfants, et je vais le tester aujourd'hui !


Deuxième grand bonheur hier,
du genre qui fait du bien à l'ego sans doute,
mais aussi à la confiance en soi,
j'ai un peu tapé l'incruste pour chanter pendant un de ces bals locaux que j'affectionne et qui me mettent le cœur en fête à peu de frais.
Des bals ici, il y en a un tas, avec aussi de très bons danseurs,
le tout dans une ambiance bienveillante et joyeuse.
ça gâche pas.
Bref, un peu cavalièrement (car tout est déjà calé avant...et j'étais sur l'autre bord de la rivière,
pas sur mes terres)
j'ai demandé si je pouvais me placer à un interplateau.
Ils ont dit oui, un peu du bout des lèvres,
parce que "des fois, il y a des gens qui croient savoir faire et qui plombent le bal en deux minutes".
Mais l'animatrice de l'atelier danse du lundi s'est chaleureusement portée caution (merci à elle).
Et donc je suis montée sur scène pour un unique morceau.
Punaise, la réaction des danseurs...
Je me suis sentie,
je sais même pas expliquer, comme soulevée...
Il y a eu un instant de silence, une sorte de blanc,
et puis, quand ils ont commencé à danser,
un aller retour d'énergie énorme.
Et dans les deux heures qui ont suivi, chaque personne que j'ai croisée est venue me dire un petit mot.
Pas juste me complimenter, mais partager une émotion.
Et ça, c'est une chose vraiment, vraiment magique quand tu doutes et que ça tangue un peu.
ça remet bien le facteur sur le vélo je trouve.
J'ai envie d'imaginer que c'est de ça que parlait mon horoscope...




dimanche 24 février 2019

La grossitude ça n'existe pas ET bull'help yourself #13

Le treizième post sur la grossitude, et le treizième sur mon Bujo,
ça vaut bien une petite fusion.

Inspirée par mon horoscope (celui de l'inégalé Rob Breszny),

Je me suis dit que ce combat, j'aimerais qu'il devienne cheminement.
Que l'éternelle lutte contre moi-même.
se termine au profit d'un partenariat entre l'adulte que je suis,
la petite fille que j'ai été, et ce corps qui supporte tout en ne bronchant guère plus que par des kilos en trop.
Sur ce chemin, mes meilleurs alliés restent la mise en mouvement du corps,
et l'écriture.
Celle d'un petit carnet que je viens de commencer.
J'ai hésité un moment, ça me rappelle trop les diététiciens qui te demandent de noter TOUT ce que tu manges.
Au début tu fais soigneusement.
Quelques écarts, tu les notes.
Puis quand t'en as assez des remontrances à chaque visite, tu commences par mentir un peu,
puis t'oublies des trucs, pis t'y vas plus...
En vrai je peux pas parler pour les autres, mais moi j'ai fait ça.

Bon mais là, je me suis dit que j'allais surtout y noter mes émotions, mes réflexes, mes victoires, mes doutes, qu'est-ce qui se passe quand je mange, que ce soit pour des raisons sociales, émotionnelles, ou physiologiques.
Bref, que j'allais m'observer, puisque j'avais eu ce joli carnet avec un de mes magazines favoris.



Le constat c'est que c'est vrai : après des années de régime,
même quand on ne suit pas une diète,
on se met en mode restrictif au lieu de s'écouter...
On ne se fait plus confiance.
Et de la restriction à la compulsion, il n'y a pas loin.
La moindre modification des habitudes,
les situations où on ne contrôle ni le contenu, ni l'heure du repas..
Danger.
Au lieu de me mettre dans la situation et de m'ajuster,
je me mets silencieusement en tracas,
et, un peu plus tard, ça se paiera.
Tout ça est très pervers.

J'ai aussi remarqué que ce qui déclenche actuellement, le plus d'envies,
c'est clairement... le temps, le manque de temps.
L'idée d'avoir tant de choses à faire à la chaîne,
la crainte d'être en retard...
Donc j'en suis là de mon auto-observation.
Et dans mon bullet journal, j'ai ajouté des trucs à colorier,
en principe pas pour me contrôler, 
mais en mode "you made it", 
pour me féliciter, 
et aussi être sûre que je prends le temps de faire attention à moi.
Je ne suis pas certaine que ce ne soit pas encore un mécanisme de contrôle.
A voir...

ça c'est pour tâcher voir de me libérer un peu du sucre compulsif...

ça c'est pour m'assurer que je bois suffisamment.
En effet, j'ai remarqué que bien souvent,
en voiture notamment,
je crois avoir envie de manger,
et en fait... j'ai très soif !
Je me félicite quand j'arrive à écouter ça..

Et ça c'est pour voir ce qui va se passer.

jeudi 21 février 2019

La grossitude ça n'existe pas #12 Jouer avec ses cartes...


Parfois l'univers t'envoie de petits messages, juste au bon moment.
Vos commentaires déjà.
C'est troublant comme les lecteurs de ce blog souvent silencieux, sortent de l'ombre pour me soutenir quand ça fait du bien.

Et puis le cours anodin des choses.
Aujourd'hui à la piscine, j'ai discuté un moment avec une nageuse qui avait partagé ma ligne de nage.
Une très belle femme, cheveux blancs distingués, silhouette tonique.
Et excellente au crawl.
On discute de pratiques d'entretien diverses, et notamment de son utilisation quotidienne de la piscine municipale.
2000 mètres chaque jour depuis pffff, très longtemps.
Le rêve pour moi qui n'ai jamais le temps de faire plus de 1600 mètres, et qui ne peut pratiquer que deux ou trois fois par semaine (mon amour de l'eau est immodéré).
Emportée dans mon élan, je lui dis :

"- En tout cas ça paye, car vous avez un corps magnifique.
- Ah ça non, vous vous trompez, mon corps n'est pas du tout magnifique.
- Euh ben si, quand même un peu, un peu, beaucoup en fait.
- Mon corps n'est pas magnifique. Mes jambes sont en charpie. J'ai été opérée deux fois du dos, c'est pour ça que je ne fais pas de brasse et que je crawle presque sans les jambes. Cette séance quotidienne, c'est ce qui m'évite de prendre trop d'antidouleurs. Je sais que je ne dois surtout pas m'arrêter, sinon c'est la fin. 
Je peux encore marcher, avec des bâtons et une ceinture lombaire, mais c'est pas évident."

Pour elle, un beau corps, c'est un corps qui te porte.
Et qui te porte sans douleur, sans opération, sans médicaments...
Comme quoi chacun joue avec ses cartes...

mercredi 20 février 2019

La grossitude ça n'existe pas #11 Toute une vie

J'ai éclaté en sanglots.
"Mais c'est pas possible ! J'en finirai jamais. C'est l'histoire de toute ma vie."
Elle a fait ce qu'aucun médecin ne fait jamais : elle m'a pris dans ses bras pour me consoler.
Pendant que je séchais mes larmes elle a dit :
"Je ne vous connais pas. Mais c'est évident que vous avez vécu des choses très dures.
Pourtant vous avez survécu et vous vous en êtes sortie.
Il n'y a aucune raison que vous ne vous en sortiez pas une fois encore".

Ça faisait quelques temps que je ne me sentais pas trop bien.
Maux de tête, essoufflement...
Et vêtements un peu trop ajustés.
Je suis allée chez le médecin et j'ai dit : "j'ai grossi certainement, mais je sais pas de combien. J'ai pas de balance".
Alors elle m'a invitée sur la sienne.
Impitoyable : plus 7 kilos.
En 7 mois.
1 kilo par mois donc.
C'est pas juste l'hiver....
Ça fait trois ans que je n'y pensais presque plus.
Mais si je suis honnête,
ça a sûrement déjà commencé en Louisiane.
Pourquoi ? Mystère.
Ce que je sais c'est que quand le corps a souffert, subi une agression, été atteint dans son intégrité, quelque chose d'animal en nous craint que ça puisse se produire encore.
Calmer la peur avec la nourriture, se faire une armure de graisse en rempart contre les assauts du désir, c'est se protéger.
Or, suivre un régime c'est se dissocier de son corps.
De ses sensations.
De ses émotions.
Contrôler une sorte de machine.
À mon corps je veux dire désolée de t'avoir fait subir les compulsions, les gavages, les gloutonnages.
Pardon de t'avoir poussé aux limites de la douleur, du poids à porter, de t'avoir fait souffrir.
Je t'aime et je te remercie de m'avoir conduit jusqu'ici en restant en bonne santé.
De m'avoir donné le plaisir des sensations : voir ce qui est beau, entendre la musique, marcher, danser, goûter ce qui est bon, l'eau et le soleil sur la peau.
Mais comment me réincarner en toi ?


dimanche 17 février 2019

Week-end plus size #12 Le bal de Carnaval

Mes jambes et moi on rentre d'un stage de bourrée 3 temps,
la danse qu'il faut comprendre pour profiter des bals auvergnats,
chez les Brayauds, près de Clermont,
où je n'étais pas allée sur ce format depuis... pfff, longtemps !

J'étais si occupée à profiter que j'ai pas pris un tas de photos.
Mais pendant le bal,



j'ai de nouveau réalisé qu'un tas de choses que j'aimais (et que j'aime toujours) en Louisiane,
je les avais ici.
Comme Mardi Gras...
Grâce à ces trois dernières années, il me semble vivre un peu plus intensément.

Light my fire








Ce qui est bon quand le soleil revient jouer sur ta peau,
juste au moment où tu commences à sentir un peu de tristesse,
et que tu vis dans un pays de forêts,
c'est que tu peux aller respirer la lumière à pleins poumons.
Après des jours de pluie glaçante, de la grisaille humide des petits matins blêmes, les jours s'étirent un peu du levant au couchant, en gagnant quelques minutes de vie en plus.
Ce soir, en rentrant d'une promenade à la nuit tombée, je pouvais sentir une sorte de chaleur montant de la terre qui se réveille.
La lune, pas encore pleine, n'était plus gelée.
Je n'avais pas besoin de ma veste.
Et c'était tellement doux....


jeudi 14 février 2019

Lanceurs d'écriture

Pour se "délier la plume", Claire nous a proposé deux activités préalables.

1. Penser à 6 ou 8 femmes de notre entourage, proche ou lointain, réelles ou imaginaires. Et écrire une phrase pour chacune d'elle, qui commence par "Celle qui...".

Celle qui vient du plat pays avance lentement, prend le temps d'écouter et de me rassurer.

Celle qui a traversé l'Oural m'a donné un petit-fils qui me sourit déjà.

Celle qui donne tout son temps aux autres ne garde que celui de pleurer.

Celle qui m'a mise au monde a brisé mon miroir.

Celle qui arpente le monde met de la magie dans son conte de fées.

Celle qui m'apprend la jeunesse me réconforte en riant.

Celle qui court en pleurant devrait parler plus souvent.


Désigner une personne qui choisira l'une de nos phrases (sans la révéler).

2. Ecrire un petit texte à partir de la phrase qu'on a choisie.

Celle qui est trop bavarde voudrait pouvoir retenir ses mots de temps en temps.
Parfois ils nous volent dans les plumes, parfois ils nous envolent l'âme.
Elle voit la blessure béante et regrette déjà son ardeur.
Le mâle effet.
Elle a le pouvoir des mots,
comme un couteau tranchant des deux bords.
Guérir.
Blesser.
Au commencement était le verbe.


Nu couché


C'était l'après-midi, dans la pénombre du soleil déclinant.
La fraîcheur des draps s'était étouffée dans la chaleur humide depuis longtemps déjà.
Mais elle avait retourné l'oreiller, un bras dessous, une main dessus, posée comme une odalisque.
Avec une infinie tendresse, elle l'observait qui dormait, comme on décortique la vérité toute nue.

Abandonnée par son sommeil.

Seule sur son bord, et lui très loin dans ses rêves d'homme libre.
Elle espérait qu'il se réveille, qu'il se retourne, étende son bras de géant et l'attire dans le creux de lui, dans son giron rassurant.

Elle aimait sentir sa main dans son dos, et caresser le sien. 

Ses doigts feraient provision de souvenirs en effleurant ses traits, du front au menton, comme dans cette comptine enfantine. Et lui, avec ce petit sourire presque gêné, il refermerait les yeux pour un petit moment encore. Le temps de l'écouter respirer, d'enfouir son visage dans sa nuque, de s'imprégner de son odeur, de décalquer le grain de sa peau dans sa paume ouverte.

Elle tend la main.
Le drap, le vide...

Il n'est pas encore revenu
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Texte produit pendant un atelier d'écriture à la galerie Arko de Nevers
conduit par Claire Garand
sur le thème de l'exposition actuelle 
les œuvres de Pechane,
avec la technique du sumi-e, qui joue sur le vide et le plein, le blanc étant comblé par l'imagination de celui qui regarde.





vendredi 8 février 2019

Première nouvelle !

Depuis hier, je me sens toute contente.
Bon j'étais contente avant ça, déjà.
Mais enfin, hier j'ai terminé un des ces mini projets qui me tiennent à cœur,
à défaut de pouvoir me lancer dans des grands.
Hier j'ai fini une nouvelle, écrite pour un concours des personnels de l'Education nationale de l'académie de Clermont-Ferrand.





Le thème imposé ?
Fructidor...

ça faisait longtemps que je n'avais pas VRAIMENT écrit.
Et parce que je me sens légère et heureuse d'avoir fait voler, puis déplacé, puis retaillé, puis réagencé les mots dans une sorte de mikado magique, je réalise comme c'est important pour moi et comme je m'en suis privée.

Ma journée idéale, ce serait celle-ci :
Me lever sans réveil, naturellement assez tôt vu, que je ne serai pas cuite comme asteure...
D'abord écrire deux bonnes heures avec une bonne tasse de thé.
Puis une pause petit déjeuner, et une grande marche, ou un tour de vélo, de kayak, ou ride un petit cheval américain.
Faire de la musique,






...avec ma petite guitare achetée chez Emmaüs.
Je suis nulle, mes doigts arrivent pas à s'en tenir à une seule corde, ça couine...
Je me décourage pas.

Mais le chant, c'est plus sûr...



























écrire encore, faire la sieste, préparer un bon repas, aller nager ou danser ou écouter une chouette conférence...


Là c'était 50 ans d'éducation populaire, l'histoire de la Chavannée en fait.
Sur cette première image tu vois le conférencier, Frédéric Paris, et sur la diapo, son père Jacques en 1962.
Retour de la guerre d'Algérie, pédagogie Freynet, ancrée dans le milieu environnant.
Enquêtes de terrain, collectages, batellerie, cuisine, costumes...
Ensemble
Une belle aventure dont j'ai la chance de profiter, aujourd'hui encore.
(Et qui t'explique que je suis contente même quand j'écris pas...)



Et puis j'oubliais :aller voir mes enfants (et mon petit-fils) quand j'ai envie.

Le tracas c'est que cette journée idéale est difficilement compatible avec une vie professionnelle.

On peut dire que la neige m'a bien aidée à l'écrire cette nouvelle.
Et même à décider d'aller passer les vacances de printemps en Algérie.
Il faut bien tourner les pages pour en écrire les chapitres du présent.
Tout ça, c'est venu dans le repos de l'esprit, de quelques heures en cadeau.
Malgré tout, des journées comme celle-ci, sur un temps plus resserré, j'arrive à m'en offrir quelques unes, et c'est mieux que rien.

Elles me permettent de remplir le bocal à bonheurs de mon bullet journal.



Et de tenir bon à l'idée d'avoir à travailler encore un an...
La semaine prochaine, si tout va bien, je m'offre un atelier d'écriture, à Nevers.
C'est pour la Saint Valentin.
Parce que finalement, je suis la personne avec laquelle je passe le plus de temps,
j'ai envie de me montrer que je m'aime...

dimanche 27 janvier 2019

Du prix du sang et de la magnanimité de l'univers

Je vais livrer ici une expérience intime et très personnelle.
Je crois que ça pourra être utile à d'autres.



Je viens d'obtenir, sur mon livret de famille, l'inscription d'un enfant né sans vie en 1999.
A l'époque j'avais été arrêté dans le cadre d'un congé de maternité.
Et même si nous ne l'avons pas élevé, cela ouvre des droits supplémentaires pour la retraite (pour la durée d'assurance).
Quand j'ai découvert cela l'été dernier, et même si c'était douloureux de remuer ce passé,
vu ma situation, j'ai immédiatement appelé l'hôpital de Guéret afin qu'ils m'adressent un justificatif.

Or, le médecin m'avait fait envoyer un courrier long comme le bras, bourré de détails médicaux, le traitement qui m'avait été administré... autant d'éléments que tu ne peux pas communiquer à une caisse de retraite.
Et bien sûr il avait mentionné le nombre de semaines d’aménorrhée,
en précisant que l'examen montrait une mort fœtale très antérieure.
Or, pour être recevable, l'attestation doit mentionner le mot "accouchement", car sont écartées les fausses-couches précoces.

J'avais rappelé le secrétariat et précisé à mon interlocutrice que ce document était inacceptable,
et qu'en outre vu le comportement qu'avait eu ce médecin à l'époque,
il valait mieux pour lui que je n'ai pas à me déplacer personnellement pour venir chercher ce papier,
car tout le service, et notamment la salle d'attente, s'en souviendrait longtemps.

Quelques jours après, j'avais reçu la même "attestation",
 édulcorée des traitements, mais toujours sans le mot accouchement,
et avec la même petite phrase qui savonne bien la planche.

J'ai laissé passer le temps de la colère et de l'émotion.
ça a fait tout remonter.
L'arrivée à l'hôpital pour de légères traces de sang.
La sage-femme quittant précipitamment la pièce.
Son retour avec ce médecin inconnu, qui n'avait eu aucun regard, aucune parole pour moi.
Même pas bonjour.
Il avait regardé l'écran et dit :"Evidemment qu'il est mort, il est mort depuis au moins un mois."
Et il était ressorti.
On s'était regardé elle et moi, et j'avais éclaté en sanglots.
Quelques heures plus tard, bourrée d’ocytocine, j'étais allongée dans une pièce,
à attendre une délivrance qui ne venait pas.
Une autre sage-femme était venue, et m'avait dit : "il faut le laisser partir maintenant."
Et c'est ce que j'ai fait, en pleurant doucement.
Elle a demandé si je voulais le voir.
J'ai dit oui.
C'était un petit garçon.

Et voilà que dix ans plus tard,
ce médecin sans âme,
et qui n'était même pas là,
croisé chaque jour à la salle de gym pendant quelques années,
mettait comme un point d'honneur à sous entendre
qu'il ne s'agissait pas vraiment d'un accouchement ?

Le remède est pour moi dans l'action,
mes réflexes de juriste ont repris le dessus.
Et j'ai procédé à quelques recherches.
Depuis une série d'arrêts de la Cour de cassation, du 6 février 2008, il n'est plus possible d'opposer le seuil de 22 semaines d’aménorrhée à la reconnaissance d'un enfant né sans vie.
Cependant, l'officier d'état-civil a besoin d'un certificat d'accouchement.
Quant aux caisses de retraite, elles sont supposées accepter la preuve par tout moyen.
Sauf que tu t'imagines dans quoi tu vas t'engager pour y arriver...
Le plus simple, c'est quand même la mention sur le livret de famille.


J'ai décidé d'appeler la mairie de Guéret et de poser la question.
Je pense que j'ai alors bénéficié de deux éléments : le premier, c'est qu'on est dans une petite ville de la Creuse, ce n'est pas l'anonymat des grandes cités..
Les gens t'écoutent, ils sont généralement bienveillants et prêts à t'aider, ce n'est pas la première fois que je le remarque.
Le deuxième, c'est que j'ai eu affaire à des femmes, d'un bout à l'autre du circuit.

A l'état-civil, une femme, justement, m'a écoutée patiemment.
Elle a noté la jurisprudence.
Et elle a dit : "Je regarde ça , et je vous rappelle."

Le temps m'a paru long.
Mais j'ai décidé de garder confiance et de ne pas retéléphoner encore.
Elle a tenu parole.
Elle a rappelé une semaine plus tard, elle avait tout arrangé.
Elle avait écrit à l'hôpital.
Qui m'a donné raison et a délivré le fameux certificat d'accouchement,
apparemment établi par une sage-femme présente à l'époque.
Je n'ai rien vu de tout ça.
C'est mon ex-mari qui a, gentiment et patiemment, tout géré ensuite.

Mais en revanche,
j'ai reçu sur mon portable un message dudit médecin,
me disant qu'il n'avait jamais refusé de m'établir ce certificat,
que c'est moi qui n'avait pas formulé correctement ma demande (WTF ???)
mais que ça allait être fait.
Vu qu'il a fallu aller chercher le document à la direction,
à mon avis il y avait eu un petit réglage en haut lieu.
Et c'est très bien comme ça.

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Alors tu vois,
cette idée jetée en violence dans mon esprit,
d'avoir un cadavre dans mon ventre depuis des semaines,
sans aucune compassion,
elle m'a hantée longtemps.
Ce n'était que deux semaines en fait, puisqu'à ce moment là j'avais eu une amniosynthèse,
et que tout était normal.
Mais quand même, les mots de cet homme m'avaient profondément blessée.

Et puis un jour, j'ai rêvé de ce garçon devenu grand,
On fêtait l'anniversaire de ses dix ans justement.
et il m'a dit que tout allait bien,
que je ne devais plus être triste.
C'est à ce moment là que je suis retournée dans mon entreprise pour me faire licencier,
que j'ai passé les tests d'entrée à l'IUFM de Guéret.
Sans lui je ne serais peut-être jamais devenue enseignante,
je n'aurais pas découvert la musique traditionnelle,
je ne serais pas partie en Louisiane.
Aujourd'hui il contribue aussi, comme la mort de ma mère, à m'offrir une liberté anticipée.

C'est étrange comme un malheur qui ne fait aucun sens,
prend une autre couleur quand tu regardes dix ans en arrière.

No hay mal que por bien no venga.




mercredi 23 janvier 2019

Spring break

Je sais plus bien comment ça m'est venu.
Pour les vacances de printemps, j'avais prévu (sans rien prévoir en réalité), la Croatie.
Avec le Kid, mais à ma manière, c'est à dire en auberges de jeunesse et sac à dos.

Sauf que le Kid est en apprentissage et qu'il peut prendre des vacances oui, mais pas à mes dates...
J'ai toujours envie d'aller en Croatie, mais je connais pas pourquoi,
je me suis réveillée ce matin avec une toute autre idée :
l'Algérie.

C'est pas loin, c'est pas cher.
C'est surtout là que je suis née.

Je sais que je serai en solo, que je suis une femme et tout ça.
Je sais que ça ne ressemblera en rien au temps où mes parents s'y sont connus.
Que c'est pas la destination de rêve.
Mais tant pis.

J'ai commencé à regarder, à collecter quelques informations.
Et je me dis que c'est maintenant.
Je vais me concentrer sur la région de l'Oranie je pense, Sidi Bel Abbès, Mascara, et plus si affinités.

En cas que, amis lecteurs, vous ayez des idées, des pistes, des conseils (si vous y êtes allés en réalité),
je prends.


dimanche 20 janvier 2019

Week-end plus size #11 Le p'tit bal du dimanche

C'est pas grand chose.
C'est l'atelier chant, et la répétition d'un morceau du chœur,
c'est l'apéro pour fêter deux naissances, mon Ivan et leur Augustin,
c'est un repas pris tous ensemble, des discussions et des rigolades sur un coin de table,
c'est renoncer à un bal trop loin sans covoitureur,
et rentrer finir un livre très spécial.

C'est l'histoire du tour du monde sans avion, d'une jeune collègue de Nouvelle-Orléans,
qui a ouvert une parenthèse dans sa vie.
Une parenthèse qui ne se referme pas.
Un chemin de vie désormais.
Acheter son livre, c'était l'aider à prolonger ce chemin.
J'avais déjà lu son premier opus.
Son histoire vraie de jeune femme battue.


Dans ce deuxième volet de sa vie, présenté très différemment, elle parle des choix, de la peur, de la confiance,
en la vie,
en l'amour.
De la capacité à dire non.
De tout ce qu'il n'est jamais trop tard pour construire.
De l'univers qui nous ouvre les portes, puisqu'il n'a rien à nous refuser.
Vraiment on ne peut que lui souhaiter encore plus de magie.
Et malgré moi, des images de road trip commencent à défiler dans mon imagination.

Et puis aujourd'hui,
après la piscine,
un petit bal du dimanche, de l'autre côté de la rivière, sur les terres nivernaises.


J'ai eu une pensée pour la Louisiane, et le bal du dimanche de Vermillion village.
J'ai jonglé que c'est quand même plus confortable ici pour moi.
Des covoitureurs, un trajet plus court, et tous ces bons danseurs qui t'ouvrent les bras ,
Pas de blues en rentrant à la maison, ma semaine est prête...
Alors bien sûr il faudra mettre le réveil demain.
Mais il faut admettre que je m'endors souvent avec des étoiles plein la tête.

mercredi 9 janvier 2019

Encore une année nouvelle...

... qui s'envolera comme une hirondelle !

J'ai repris doucement, une semaine lente, sans interventions - des bilans à terminer - et donc sans réveil.
ça ne m'empêche pas d'arriver à l'heure, mais ça m'enlève une grosse pression.

Evidemment, je ne pourrais pas prendre ce risque si j'avais une classe à conduire...
Cependant, clairement, depuis que j'ai décidé que c'est mon avant dernière année,
les choses sont plus simples et le temps s'étire différemment.

Je ne travaille plus du tout pendant les vacances, je flâne...

C'est bête à dire, mais je m'économise.
Je crois que c'est ce qui me permet d'avoir encore des idées, de l'énergie.
Je ne serai plus jamais ce que j'ai été, dure à la tâche, jusqu'à point d'heure,
encore pendant ces trois dernières années en Louisiane.

Je ne saurais même plus.

J'ai commencé l'année nouvelle au bord de la mer, en Vendée, à sentir l'air, glisser dans l'eau tiède de la piscine d'eau de mer, regarder trotter et s'envoler les oiseaux.







Je me suis repassée les bons moments, les petites et grandes joies,
les réussites, le puzzle de l'Univers qui s'emboîte autour de moi,
les fils du destin qui s'entrecroisent,
les  turbulences, les roulis, les tangages,
et vous êtes souvent dedans,
avec vos encouragements, vos mots positifs,
c'est aussi une raison d'être reconnaissante,
sur ce chemin de liberté qui m'appelle.



Alors, c'est ce que je nous souhaite,
à vous,
à moi,
de tout mon cœur,
de l'air, de l'eau et des oiseaux...



Des grues cendrées, une photo un peu floues, mais l'émerveillement très net qui me reste...
à mon retour dimanche matin...