dimanche 19 mai 2019

En mode pas trop de déchets

Effet de mode probablement, mais aussi vrai et profond désir de faire ma part de colibri, et de vivre simplement, je m'engage progressivement dans un petit défi : produire moins de déchets.
Il me semble que juste recycler, donner, ça ne suffit pas.
Il faut aussi acheter moins et avec réflexion.

Je vous reparlerai de mes produits ménagers, la fabrication de ma lessive, mon produit vaisselle... grâce auxquels je fais en plus de sérieuses économies.


Au quotidien j'ai changé, progressivement, un tas de petites habitudes.
Par exemple, un jour j'ai trouvé un lot de mouchoirs en tissus, pour 5 euros, chez Emmaüs.
J'ai repensé à mon père, qui en préparait toujours un le soir pour le lendemain, soigneusement plié, avec un trait d'eau de Cologne à la lavande dessus.
Et j'ai acheté le paquet.
J'ai trié les plus usés pour mon projet "lingettes WC" (je vous en reparlerai aussi...).
Et j'ai ce petit plaisir quotidien du mouchoir propre qui me fait penser à mon père.






Une autre fois, j'ai contribué à une vente de trucs dans un catalogue pour la coop de l'école, en investissant dans des sacs en tissus pour les courses, le pain... 3 euros les 5.
Et bien sûr je réutilise les bocaux vides comme contenant pour le vrac.
Asteure que je vis seule, sans les boys, et en rase campagne, je m'approvisionne au marché, dans des magasins bio locaux, et un peu à la moyenne surface sur ma route.
De plus en plus de vrac (ils tarent les bocaux à ta demande), et les légumes déposés le vendredi par un maraîcher qui vit à 7 km de chez moi.

Un autre petit réflexe assez simple : celui de la réparation.
Sur ce point je mesure ma chance de vivre près d'une petite ville de province, où il y a tout, mais sans stress... par exemple le cordonnier qui a réparé mes bottes chéries, en les refermant et les renforçant avec une petite pièce de la même couleur. 
Il a aussi recousu la housse vendue avec une guitare récupérée .... encore chez Emmaüs, qui était déguenillée sur toute la longueur.
J'ai payé 20 euros pour le tout, c'est-à-dire pour mes bottes qui ont fini leur deuxième hiver (et en feront un troisième, voire plus si affinité), ainsi qu'une housse qu'il ne me sera pas nécessaire de remplacer.




Une dernière petite chose pour aujourd'hui : 
les tawashis. 
On trouve sur le net tous les tutos possibles pour fabriquer ces "éponges" d'origine japonaises,
avec de vieux collants, chaussettes, T-shirt.
J'aimais bien l'idée, je trouvais ça joli, je me suis lancée sur un "métier" fabriqué par le fils d'une copine.
En une soirée, j'en ai produit assez pour ...pfff... longtemps.
En revanche, à l'usage, je suis un peu dubitative.
Ça nettoie pas mal oui, mais c'est épais et lourd dès que c'est mouillé (ce qui est le plan...).
Cela dépend certainement des matériaux utilisés.
Mais je m'en sers, et pour l'instant je n'ai pas racheté d'éponge (je n'ai pas non plus jeté les miennes, que je passe au lave-linge de toute façon).




Il n'y a pas que l'intérêt collectif derrière cette démarche, même si je suis convaincue que ce sont les gestes de chacun et de chaque jour qui changent vraiment le monde.
Mais c'est aussi que ça me libère du temps déjà :  acheter, entasser, puis ranger, puis acheter encore des meubles pour ranger, entretenir... en passant devant une zone commerciale hier, je me suis dit que ça fait des lustres que je n'ai pas mis les pieds sur un de ces parkings. Moins de corvée de poubelle aussi...
Il y a quelques semaines j'ai dû faire des courses dans un hyper marché. Ça m'a pris des plombes, il y avait trop de choses et pas rangées dans ma logique à moi...

Surtout ça me libère de l'argent : forcément, je dépense moins. Ce qui contribue aussi à la construction de mon projet personnel, à savoir, travailler moins, voire plus du tout...

mercredi 1 mai 2019

Colette, ma sœur


Tu es Colette, mais tu n'as pas été baptisée.
Tu es née sans vie le 14 octobre 1959.
Mais tu existais déjà pour eux.
Maman pensait que ta mort était la punition de son péché.
Mais tu étais l'innocence.
Elle a eu tant de chagrin.
Et j'ai été conçue pour te remplacer.
Repose dans la paix des anges ma sœur.
Il est tant de nous séparer toi et moi.
Et il est tant que vous soyez de nouveau ensemble.



C'est toute une histoire.
Très emmêlée. Elle, Colette, enterrée quelque part.
Et moi Nicole, née pour consoler, née pour remplacer,
qui pressens que je doive retrouver sa tombe, pour lui rendre sa juste place.

Je m'apprête à arpenter les allées du cimetière chrétien d'Oran, en me fiant aux informations de ma tante.
Et puis le soir, dans ma chambre, j'examine le livret de démobilisation de mon père.
Et je vois qu'au 22 octobre 1959, ils vivaient rue de l'Esplanade à Mostaganem.
Pas à Oran.
Alors je regarde de plus près le livret de famille.
Et je vois que l'acte de décès anonyme du 14 octobre porte le sceau de la mairie de Mostaganem.
C'est à une heure d'Oran.
Tramway, taxi collectif. Le paysage défile.
A la mairie de Mosta, je demande où se trouve la rue de l'esplanade.
Personne ne sait vraiment, un monsieur suppose que c'est celle qui arrivait à la mairie.
Et le cimetière chrétien ?
Il va chercher Tayeb.
Tayeb connaît tous les cimetières chrétiens de la wilaya, il travaille avec des associations de rapatriés.
Mais il y en a un seule dans Mostaganem même.

Il me montre le chemin de Beymouth, c'est tout près.
C'est forcément celui-ci, puisque ma mère y allait tous les jours.

"- Tu veux que je t'accompagne ?
- Non, ça va.
- Attends, j'appelle le gardien... Ah, il n'est pas là, mais sa sœur dit qu'elle t'attend."

Je marche jusque là.
J'ouvre le portail.


Hasnia m'accueille avec ses deux autres sœurs.
Elles logent, avec leur frère, dans la maison du gardien.
Et elles entretiennent les lieux gratuitement.
Juste parce qu'elles voient venir ici quelques personnes comme moi, et qu'elles veulent aider, pour le respect et le souvenir.

"Mon frère n'est pas là, il travaille sur des chantiers pour gagner un peu.
Viens, je vais te montrer les carrés des bébés, c'est par là."


On fouille toutes les deux, mais je me dis que c'est peine perdue. Une tombe probablement sans nom.
Et puis un homme surgit, un classeur d'école à la main.
C'est le frère d'Hasnia, elle l'a appelé, il est revenu exprès de son chantier.
Il tourne les feuilles seyès, soigneusement recopiées à la main, je ne sais pas par qui.

1959
Je lis les noms de mes parents, l'allée, la rangée...
Il sait avec certitude que c'est celle-ci.


Un petit rectangle en friche, sans dalle, sans nom.
Elle y venait tous les jours oui, et papa la retrouvait en train de gratter la terre avec ses ongles.
Alors il a dit : "il faut en faire un autre".
Et je suis venue.

A ce moment j'ai su ce qu'il fallait faire.
Lui donner son nom, reconnaître sa brève existence, et l'empreinte laissée dans le cœur de mes parents.
Cesser de l'appeler "un bébé né sans vie un an avant moi", en la reconnaissant comme ma sœur Colette.

J'aurais voulu répandre ici les cendres de notre mère,
mais mon frère ne me les avait pas envoyées.
J'ai trouvé, un peu enterrée, une pierre plate triangulaire.
J'ai écrit ces quelques lignes, ajouté la photo de mes parents,
et posé ce caillou apporté de France, que j'avais investi de mes pensées et de mon amour,
depuis quelques semaines déjà.
J'ai pleuré longtemps.
Tout ce chagrin qui ne m'appartient pas.
Ce deuil porté malgré moi, vécu à travers moi.

Et puis je suis partie chercher cette rue de l'esplanade, qui n'est finalement pas celle de la mairie.
Ce sont les frères maristes de Mostaganem qui m'ont aidée à trouver.
Ils ont un tas d'archives incroyables.
C'est asteure la rue Belahouel Belahouel, en haut des marches, près du marché couvert.



Et j'ai encore eu de la chance, parce qu'il y avait l'ancienne plaque, et mème les numéros.
Je ne me suis pas sentie émue comme quand j'avais retrouvé ma rue à moi.
Juste une forme de légèreté.
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Maintenant PimJ, je connais pourquoi j'arrivais JAMAIS à retenir le nom de ta rue...
C'est certain qu'il fallait que mon voyage commence chez toi...