vendredi 6 février 2026

Les petites victoires

Ce matin, pour la première fois depuis des semaines, je me suis réveillée apaisée.
Je l'ai retrouvé à la gym, où nous transpirons et rigolons toujours beaucoup.
Il m'a demandé si j'avais bien dormi. J'ai dit oui, nous avons pris la bonne décision.
Couper le contact quelques jours, quelques semaines, quelques mois, le temps de récupérer nos esprits, sa clarté, notre énergie. Nous nous croiserons comme des grandes personnes, et puis on verra bien.

Parce que c'était devenu impossible de continuer à supporter ce terrible balancier émotionnel.
Nous avions eu le choix entre trois voies : partir dans la colère pour emprunter deux routes séparées ; continuer comme si de rien n'était vers une explosion certaine en différé ; redémarrer quelque chose ensemble, patiemment. Et on avait vraiment envie de cette troisième voie.
Alors nous avons passé beaucoup de temps à échanger, comprendre, s'apaiser.

Puis, la semaine dernière, il lui a donné rendez-vous dans un café, pour mettre un terme à tout ça. Je l'ai vécu comme une petite victoire inattendue. On la croisait dans les festou noz, au cours de danse. Je dansais avec lui, elle l'approchait tant qu'elle pouvait encore, il gardait ses distances. J'ai pensé "à ton tour de souffrir" tout en éprouvant une forme de compassion pour une femme qui, certes l'avait bien cherché, mais avec qui il a couché au lieu de dire non, avant de l'écarter.
Sauf qu'il n'a été ni ferme, ni clair. Quand, de mon côté je refusais tout usage de la messagerie pour évoquer des émotions et des sentiments, elle lui écrivait encore.
Il ne la bloquait pas. Il lui répondait. Il pensait à elle, je ne sais pas trop comment, ça ne me regarde pas. 

Depuis bien avant le jour du grand aveu, il n'avait plus aucun geste spontané à mon égard. Il disait être accablé par la honte, incapable de se pardonner lui-même.
Je m'étais écrit :
"Laisser les choses se faire. Attendre qu'il soit de nouveau capable de me prendre dans ses bras et de m'embrasser.
Nous permettre de rester debout dans la tempête.
Et si ça ne vient jamais ? Je partirais.
En attendant, profiter de la vie qui est toujours là."


Et puis, mardi, à midi, dans le jacuzzi après la piscine, j'ai demandé : "je peux mettre ma tête sur ton épaule".
Il a répondu "oui, si tu veux". Et il n'a pas passé son bras autour de mes épaules. C'est comme si le silence chuchotait "ça ne me dérange pas". J'ai ravalé les larmes qui montaient. Il n'a rien vu.
Nous somme allés déjeuner à la cafétéria, comme d'habitude. Il parlait de l'excellence de mes résultats au concours de chant de dimanche. J'étais inscrite hors concours, le jury m'avait donné la Truite de bronze et m'avait sélectionnée, à l'insu de mon plein gré, pour le Kan ar Bobl.
Encore une petite victoire.



Je me sentais triste, même ma moitié d'endive au jambon ne passait pas.
C'est sorti tout seul.

"- Renée et toi vous avez détruit ma vie. J'en suis réduite à mendier un geste d'affectation.
- Je n'y arrive pas, je n'arrive pas à me pardonner. Tu me manques quand tu n'es pas là, mais je pense tout le temps à ce que j'ai fait."
- Elle t'écrit encore, et tu lui réponds ?
- Oui, un peu.
- Après la rupture tu aurais dû la bloquer. Tu ne l'as pas fait, c'est que ça te convient. Cela a marché une fois, donc elle continuera. Je ne peux pas vivre comme cela moi. Attends-tu que ce soit moi qui prenne l'initiative d'une vraie rupture ?
- Non, ce n'est pas ça. Je voudrais juste que tout cela s'arrête, même si je ne peux pas m'imaginer ne plus te revoir. Je suis complètement perdu.
- C'est à toi de mettre un terme à tes tourments. Mais je vais te faciliter les choses. Je lui laisse la place, profitez bien. Allez, salut !
"

J'ai pris mon sac, mon blouson.

Il ne m'a pas suivie.

Je n'ai pas pleuré.

Je me suis sentie triste, fatiguée.

J'avais encore des affaires à récupérer chez lui. Le lendemain, le jeudi, il y avait danse, et ce week-end aussi. J'ai pensé que je les croiserai, avec cette petite satisfaction malsaine de savoir que jamais elle ne pourra lui faire confiance, être sûre qu'il ne soit pas avec moi, ou une autre. J'ai pensé encore que je le verrai à la gym, qu'à la piscine j'irai seule, et qu'à la cafétéria je ne commanderai qu'un plat. J'ai pensé que le chagrin ne faisait que commencer.

Mais le soir, il m'a téléphoné alors que j'étais en ligne. Mue par un pressentiment, je l'ai rappelé et j'ai entendu quelque chose d'éprouvant, presque hagard, dans sa voix. Il était dans sa voiture sans pouvoir me dire où il se trouvait. Je lui ai dit de venir. Il a passé la porte en tremblant violemment, dans un état second, et j'ai compris qu'il avait failli faire une très grosse bêtise. Le courage des lâches...

On s'est assis.

"On ne peut pas continuer comme ça. Tu es déchiré entre toi et toi. Tu es en train de laisser ton père et ton instituteur gagner. Moi je t'aimais pour ton courage et ta droiture. Depuis des semaines tu te comportes comme un étranger à toi-même, lâche et méprisable. 
Tu dois accepter ce que tu as fait, te pardonner et te retrouver.
Et puis, cette femme, tant que tu ne fermes pas clairement la porte, alors que tu ne veux pas de vraie relation avec elle, tu lui laisses nourrir un espoir stérile et tu l'empêches de passer à autre chose.
Il te faut aussi prendre un rendez-vous urgent avec la psy, parce que moi, je ne le suis pas.
Me concernant je ne veux plus que tu viennes me voir, que tu m'appelles, tant que tu n'auras pas réglé cette question
."

Il est reparti chez lui un peu recentré et épuisé.

Deux jours plus tard, il m'a rappelée ;
"- Je suis prêt à sortir de tout cela, mais j'ai besoin de quelques jours seul avec moi-même.
- Oui, bien sûr, c'est la solution la plus raisonnable depuis le début. Mais tu ne devras pas me dire après que je t'ai abandonné.
- Non pas du tout, j'ai juste besoin de temps seul.
- Et tu mettras un terme clair et net à ces histoires de messages ?
- Oui, je suis prêt.
- Est-ce que tu as peur d'un nouveau grand vide, que je parte définitivement ? C'est pour ça que tu la gardes sous le bras.
- On ne peut pas dire ça comme ça tout de même."

Ce qui veut dire oui....

Alors bien sûr, je le connais, je sais qu'il lui faut bien plus de temps qu'à moi pour quitter un chemin et en emprunter un autre.

Je sais aussi que, soit il ment encore et va retourner faire un tour de manège, soit il préfèrera rester seul à la fin de sa réflexion. Dans les deux cas, ce sera définitivement sans regret me concernant.

Soit il est redevenu sincère avec lui-même, et reviendra vers moi quand il aura remis de l'ordre dans sa vie et ses actes. 

En attendant une issue sur laquelle je n'ai, et je ne veux, aucun contrôle, je l'ai remercié pour ces derniers jours passés ensemble, avant de retourner à ma vie ordinaire, les nuits de sommeil en plus.

Et ça,  je suis sûre que c'est aussi une petite victoire...


Edit du lundi 9 février

La magie des algorithmes m'a mis sous le nez cette vidéo, un dialogue (doublé et sous-titré en français), entre Fabrice Midal et Bessel Van Der Kolk.

En gros, ça dit que, comme le corps n'oublie rien des traumatismes, l'apport de la psychanalyse dans la résolution de leurs conséquences à long terme est très limité. C'est plutôt dans le mouvement (mais pas que) que se mettent en œuvre les processus de réparation.

Cette vidéo éclaire à propos ce télescopage de nos traumas, que j'évoquais dans le post précédent.

Je pense qu'elle peut aider beaucoup de gens à comprendre pourquoi, après des années de thérapie, alors que l'on connaît les causes de nos somatisations, addictions, compulsions, dépressions, on n'arrive toujours pas à s'en débarrasser.  Ce qui nous conduit à répéter de mauvais choix.

Il existe d'autres voies.



vendredi 30 janvier 2026

La grossitude ça n'existe pas #8 L'ogre et la petite fille

 Je me souviens désormais de ma première compulsion alimentaire.

Je revois le gros gâteau crémeux au chocolat, avec ses huit bougies.

Ma mère avait posé le reste dans la cuisine. Je m'y étais glissée en douce plusieurs fois, pour me gaver jusqu'au vomissement.

C'est cette même année que j'ai, du jour au lendemain, cessé de boire du lait. Brusquement, il me donnait des haut le cœur, que je connais encore aujourd'hui s'il n'est pas transformé. Pas besoin d'un master de psycho pour faire le rapprochement...

Quand tonton Claude m'a violée, cette année là, il a volé mon âme. Quelqu'un avait-il dérobé la sienne ?

Il a aussi emporté ma mémoire, ma future vie de femme, encore aujourd'hui je paie les conséquences, tandis qu'il vit tranquillement sa retraite, bien à l'abri de tous les délais de prescriptions écoulés.

Dans la pénombre de l'obscurité du salon, en l'absence de mes parents partis au cinéma, il a d'abord posé tendrement ma main d'enfant sur le renflement un peu rugueux de son pantalon de toile brune, et il a chuchoté des paroles perfides et rassurantes : « c'est normal quand on s'aime. »

Et moi, avec ce petit frère qui dormait dans la chambre d'à côté, le seul garçon dans la vie secrète de mon père, objet désormais de tout l'intérêt et de toute l'attention, j'avais follement envie d'être aimée, de redevenir importante. Car importante, vitale même, je l'avais été, en remplaçant ma sœur née non vivante, pile un an après sa mise au tombeau.

C'est fou comme quelqu'un qui veut posséder une personne objet de son désir, sait s'engouffrer dans sa vulnérabilité, instrumentaliser ses manques, pour lui laisser croire qu'elle est sujet d'un amour, qui lui laisserait le libre arbitre de dire non.

J'ai la certitude que, toute ma vie, je suis restée prisonnière de ce piège terrible, dans les mâchoires duquel luit doucement le suave appât de l'intérêt qu'on me porte. Clac, prisonnière, le temps de m'en défaire les années passent, la blessure s'ouvre, la cicatrice s'épaissit.

C'est extrêmement difficile de se détacher et, je l'avoue, deux semaines après le naufrage, je suis complètement paumée dans mon petit canot de sauvetage, secouée par les flots sur l'océan de la vie. Mais sous les étoiles et la lune qui revient vers sa plénitude.

C'est-à-dire que je me raccroche à toutes les petites lumières que je vois : l'amitié, le soutien, le rythme régulier de mes activités, mon chouette appartement refuge, et le temps passé avec lui.

Car oui, nous nous sommes revus, pour du partage de longs moments de qualité, ce que nous aimions faire ensemble avant, et des discussions sans reproches qui nous aident à comprendre, en remontant le fil d'une chronique de catastrophe annoncée.

C'est parfois très apaisant, j'ai progressivement retrouvé le sommeil, mais je ne consomme toujours que des demi-rations. J'ai faim, je mange de bons petits plats, mais la moitié de mon assiette, ensuite ça ne passe plus. Comme c'est la première fois de ma vie que je vis cette curieuse expérience « ni colère, ni désordre alimentaire », je suis déroutée.

Je ne sais pas trop comment expliquer ce qui se passe. C'est comme si nos deux plaies d'enfance s'étaient télescopées.

Lui qui a échappé à l'alcoolisme de son père maltraitant puis de son frère aîné ; dont le premier souvenir est sa mère qui le tient par la main en menaçant de partir avec lui seul, sans jamais passer à l'acte ; méprisé par un maître d'école qui le pensait bête et lui tapait sur la tête pour que ça rentre mieux ; qui a mené sa vie toute droite et honnête, jusqu'à ce que mon départ de sa maison, à 10 km de chez lui ouvre sous ses pieds le gouffre abyssal du vide et de l'abandon, qu'il a comblés de mensonges, tandis qu'un sac d'os blond décoloré avec le QI d'une laitue. lui tendait la pelle pour creuser encore.


Et moi, la petite fille à l'âme dévorée par l'ogre qui attend, pour guérir, une justice qui ne viendra pas.

Toute cette étrangeté m'interroge.

jeudi 22 janvier 2026

Ah mon petit coeur fragile, mais tiens-toi donc tranquille

 Le ciel, une fois de plus, m'est tombé sur la tête.

Comme si ça n'avait pas suffit, la vie vient me rappeler qu'il faut parfois creuser une blessure pour l'assainir complètement.

Il couche donc avec elle. 

Depuis un peu plus d'un mois. WTF ?

C'est-à-dire après m'avoir demandé de lui pardonner une attirance qu'on ne contrôle pas, après être revenu me chercher quand j'avais fermé ma porte, pendant que je partais pour les concerts de Noël, qu'il m'écrivait tous les matins, qu'il venait à la messe avec moi, que nous nous promenions ou que nous déjeunions ensemble, il a franchi le pas. Pourquoi, précisément à ce moment là ? Il n'est pas capable de le dire. Il ne mentionne que l'attirance sexuelle et dit que, malgré tout, il avait besoin de me voir.

Comment je l'ai su ? A cause de son comportement à elle. A la danse, chaque jeudi, je suis avec lui, nous nous tenons la main, nous sommes un couple ordinaire. Bise pour lui, poignée de main pour moi. Elle cherche à s'asseoir à côté de lui, lui chuchote à l'oreille, se frotte... Surtout, elle me parle mal, très mal, et son attitude est de plus en plus hostile à mon égard. Nous sommes en public, je me contiens, ceux qui me connaissent ici devineront aisément que ce fut à grand peine. Un défi pour moi... Or, depuis le grand bouleversement de novembre, elle gardait ses distances, et, bêtement, j'ai cru que ça venait de lui. Hélas j'avais presque raison...

Voilà que jeudi, de nouveau, invisible aux yeux des autres, elle me reparle très méchamment, le visage tordu d'une sorte de haine. La moutarde me monte au nez, entre mes dents je lui siffle que moi aussi j'ai des trucs à lui dire, mais en privé, sinon elle devra sortir en pleurant. Elle baisse d'un ton et part très rapidement après le cours.

Mais mon cerveau lui, a un déclic. Le lendemain, j'en parle au Breton des bois : "Elle a une attitude de femme jalouse, c'est clair. As-tu fait ou dit quelque chose qui lui ait donné l'espoir de t'avoir ?"

Il ment bien mal, tente d'esquiver. Nous allons ensemble à une assemblée associative. Au retour je ne lâche pas le morceau dans la voiture. Il craque, baisse le nez : 

- "J'ai eu - ou j'ai, je n'entends pas bien- une relation avec elle.

- C'est pour cela que tu me disais, je ne me reconnais pas, je ne suis plus moi-même ?

- Oui.

- C'était quand ?"

Je m'attendais à quelque chose d'un peu ancien, quand j'ai quitté sa maison, ou quand j'étais en Russie. Je voulais crever l'abcès, c'est tout.

- "Il y a environ un mois".

Mon monde s'effondre une seconde fois. Je suis sous le choc.

- "Notre relation s'arrête là alors ?"

Il panique un peu.

- "De toute façon tu ne pourras pas me pardonner..."

Est-ce une question, un balisage de terrain ? Je ne sais pas, j'ai une violente nausée, je rentre chez moi. Ce haut le cœur ne me quitte pas. 

Je me sens pleine de colère. De cette colère qui ronge le foie en médecine chinoise, et qui me ronge moi depuis le viol de l'enfance. Cette colère contre les hommes que je laisse se servir de moi, cette colère contre l'injustice que l'acte premier n'ait jamais été puni, cette colère contre moi-même, de culpabilité, de me laisser bercer-berner par des paroles, de laisser se reproduire cette situation.

Avec mon feutre qui glissait, j'ai jeté toute cette colère dans des mots, des phrases, les pages s'allongeaient.

Et puis, c'est bizarre, en quelques heures, elle est retombée, d'un coup.

Depuis je ne dors plus, je ne mange plus. Et cela aussi c'est bizarre.

Dimanche, il y avait le repas du club de danse. J'ai appelé le président pour excuser mon absence. Je ne me suis pas privée de dire pourquoi, ce n'est pas à moi d'avoir honte, la sainte Nitouche aura son costume pour l'hiver. Et j'ai bien fait : quinze minutes après il m'appelait :

- "Viens, elle m'a envoyé un sms, elle a annulé, elle a un imprévu."

Je voyais assez bien lequel... Elle a dû craindre que je lui pète les dents. Mais lui il était là, et je l'ai complétement ignoré. Il m'a dit le lendemain qu'il pensait que j'allais venir lui dire bonjour. Parfois je me demande s'il n'est pas juste con. Autant dire que le combo couscous galette n'a pas été bien loin dans mon estomac. Trois cuillerées, j'étais repue.

Trahison, humiliation, injustice, c'est typiquement le tableau dans lequel ma colère occupe mon temps, mon monde intérieur, mes pensées. Je me raccroche au contraire à des routines, les cours de gym, le yoga, la marche.

C'est typiquement le genre de situation que j'apaise avec des compulsions alimentaires. Et me voici à me préparer de bonnes choses, dont je n'arrive à ingurgiter que quelques bouchées. Il s'opère un basculement à l'intérieur de moi, je ne saurais dire de quel ordre, mais, c'est drôle, parce que le titre de mon dernier article était "guérir". Je ne savais pas que ce serait au prix d'une amputation.

Le besoin de comprendre a été tellement fort, que je n'ai pas claqué ma porte. Au contraire, nous nous sommes revus, et nous passons beaucoup de temps ensemble.

La météo m'a été favorable. La marche du mercredi (où elle va) a été annulée, la danse a été déplacée. J'ai aimé ce temps passé avec lui, et j'aimerais continuer jusqu'à demain soir. Une sorte de cycle, je ne sais pas trop comment dire, quelque chose à terminer (et emmerder la blonde aussi, chacune son tour). Samedi il va dîner avec ses fils et restera là-bas la nuit (je suis sûre que vous lisez dans mes arrière-pensées...) Moi j'irai au bal, je danserai. Et dimanche je retaperai le salon de jardin un peu rouillé que j'ai acheté sur le bon coin. Je veux être forte pour me retirer du jeu quelques temps. Ou définitivement.

Il y a bien sûr une forme de fourberie derrière cela : quand il est avec moi, il n'est pas avec elle, et j'espère bien qu'elle en souffre à en crever.

C'est une femme maigre et blonde bien sûr, veuve depuis quatre ans, qui n'a pas eu de relation depuis le décès de son mari. Elle aurait eu un coup de foudre, c'est-à-dire, de mon point de vue, qu'elle le prend pour son défunt époux et me considère comme l'intruse, la rivale. De l'art d'inverser les rôles.

Il la considérait comme une amie. Sur nos malentendus et nos difficultés, il s'est confié à elle, au lieu de moi, lui donnant ainsi les armes pour nourrir les doutes, le ressentiment contre celle qui a quitté sa maison pour aller l'attendre à 10 km. Je me souviens que nous avions tous deux fait bonne figure, et qu'aucun d'entre nous n'a dit à l'autre combien il lui manquait, combien nous manquait l'intimité partagée. Nous ne dormions plus que rarement ensemble. 

Mais je me souviens aussi de certaines réflexions dont je ne reconnaissais pas les mots. Quelqu'un soufflait de venimeuses paroles dans l'oreillette (elle n'a pas le droit de te juger, elle est tout le temps partie et te laisse seul...). Je voulais supprimer la pression, lui laisser du temps. Il l'a occupé avec elle, dont le seul intérêt était que tout explose. Et quand c'est venu, finalement, elle n'a eu qu'à ouvrir les jambes et il s'est engouffré dedans.

Les femmes se rassurent avec des mots, le hommes avec du sexe.

C'est extrêmement douloureux. Une perte et un chagrin immenses. Comme le manque de sommeil et l'absence d'appétit, c'est assez rare me concernant, mais j'ai des crises d'angoisse terribles, je me repasse des images : il allait chez elle après avoir déjeuné avec moi, il m'envoie des messages et discute avec elle en même temps, ils se voient encore...

Il a été clair sur sa responsabilité et son comportement méprisable. Et il a ajouté : "je n'avais pas compris que tu m'aimais à ce point et que tu tenais tant à moi."

Je reste très désemparée. C'est cruellement la fin de quelque chose, c'est certain. Cela veut dire un nouveau commencement. Seule ? Avec lui? Je ne suis pas en capacité de le prédire et je suis très fatiguée. 

Pour la première fois de ma vie, j'avais la sensation d'un couple solide, capable de traverser les épreuves en se tirant mutuellement vers le meilleur de nous-mêmes. S'il préfère continuer une relation qui l'a conduit à faire l'expérience -très inédite le concernant- de la malhonnêteté et des saloperies, c'est qu'il ne me mérite pas de toute façon. Impossible de contrôler les sentiments ou inclinations de l'autre.  Il a un choix à faire ; l'une, l'autre, rester seul... et cela lui appartient. Je ne peux que me retirer pour me préserver

Dans toutes les discussions de ces derniers jours, je pense qu'il n'y a plus eu de mensonges. Il a répondu à mes questions même quand la réponse était gênante. Tout a été dit je crois, je n'ai plus envie d'avoir des interrogations, ça m'épuise.

Tout ce temps pendant lequel il me trompait, il reculait et voulait retirer sa maison des annonces. Découragé, il voulait réfléchir encore (la blonde dans l'oreillette : mais elle ne va pas te faire vendre ta maison quand même...). Mais l'agence a insisté pour une dernière visite, un jeune couple avec enfants qui avait eu un coup de cœur sur les photos. Une offre de prix aussi juste qu'inespérée. Ils ont signé le compromis lundi après-midi. Je suis venu l'attendre au café en face. Je savais que c'était à la fois dur et important pour lui. Il était content que je sois là.

Pourquoi je fais cela ? Je ne sais pas. Entre deux crises d'angoisse, je me sens nulle. Mais juste aussi.

Peut-on recoller les morceaux en créant de la beauté sur les cassures ? L'art japonais du kintsugi....

Ecrire est un secours. Ce long post me fait du bien, cela apaise mon âme et m'aide à prendre de la distance. Je suis forte c'est vrai, mais à l'intérieur je reste une toute petite fille blessée. Peut-être aurez-vous des points de vue différents, d'autres éclairages.