lundi 6 juillet 2026

Au bord du parquet, choisir

Je viens de rentrer des trois jours des fêtes de St Chartier (36), qui commémoraient la création des rencontres des maîtres sonneurs en 1976, elles-mêmes lancées pour le centième anniversaire de la mort de Georges Sand, et qui se prolongent avec le Son Continu, au château d'Ars, chaque année autour du 14 juillet.

Sous les bons auspices d'une météo plutôt clémente, surtout le soir, trois jours de joie, d'émotion, de souvenirs, de danse.

Les joyeux bals

Trio 432

Pierre-Yves Dié, avec les poèmes de Jean-Louis Boncoeur.

Mic Baudimant, des Thiaulins de Lignière

Les deux dernière photos sont de moi, les autres viennent de la page FB des fêtes.

Les parquets, c'est comme la vie, il y a toutes sortes de nouvelles rencontres, de retrouvailles plaisantes, de silhouettes qu'on évite. 
J'ai repensé au commentaire de Cyann, qui m'avait envoyé un lien vers cette page , et j'ai eu envie d'écrire sur cette question. Choisir et être choisie.


Être choisie...
Quand on me demande, est-ce que j'accepte tous les danseur / danseuses ?
Oui (sauf la viande saoule).
Oui parce qu'aguerri ou débutant, on peut partager le plaisir du mouvement fluide, tout comme l'accompagnement des premiers pas. Il faut bien apprendre, comme moi j'ai appris. C'est normal.
J'ai, cette nuit, dansé une mazurka avec une jeune femme un peu timide, qui avait osé me demander, et nous étions contentes toutes les deux. Elle de m'avoir choisie, moi de m'être laissé choisir.
Les femmes débutantes, et les jeunes hommes, qui se laissent guider avec confiance et sans ego chargé à la testostérone, même encore maladroit(e)s, sont très agréables. Elles ou ils s'impliquent, ne te mettent pas en danger, demandent des explications parfois. Devant leur soif d'apprendre, tu recommences avec plaisir (mention spéciale pour Gaëtanne...)

Est-ce que pour les autres j'accepte forcément une deuxième danse ?
Non.
Non parce que, désormais, je fais attention à comment je me sens dans les bras de l'autre. Si ces bras sont supposés guider, comment le font-ils ? M'évitent-ils les obstacles, les coudes intempestifs de danseurs agités, le tourbillon de ceux qui tournent à contre sens ?
Comment est la main dans mon dos ? Si elle est molle, mal positionnée, elle ne te soutient pas et te déséquilibre. Tout comme sur ce dessin, ton corps te fait savoir que tu n'es pas en sécurité avec quelqu'un qui te tire en arrière, n'anticipe pas la tourne du bal. Quelqu'un qui se laisse lourdement porter, ça en dit long sur son attitude dans la vie. Ton corps se raidit, tu t'alourdis, ou tu commences à sentir un tension dans tes dorsales.

Choisir
Samedi soir, j'ai vu un danseur extravagant faire tomber à la renverse sa partenaire, la tête hors de la piste, rouler bouler par dessus, la relever d'une main et la relancer dans le flot. Elle n'a pas eu le temps de dire non. Au secours !
Par chez moi, il y a un tas de danses de couples, beaucoup plus qu'en Bretagne. Aurai-je proposé à cet homme de danser une valse, une bourrée, une mazurka ?
Non.
Non, parce que j'observe les danseur/seuses. 
Je ne choisis pas en priorité celui qui présente bien. C'est très trompeur. Les chaussettes dans les souliers sous un bermuda ? C'est pas le physique et sa garde robe qui font le bon danseur.
Si je tends la main c'est vers le plaisir et ... la sécurité.
Avec Eric, Michel, Vincent, Jean-Marc, François, Benoît, Pierre-Yves, je peux fermer les yeux, m'abandonner, tout en étant à l'écoute de leurs propositions muettes, les variantes de pas, les valses à l'envers. Il n'y a pas de mots. Juste une connexion.

Est-ce que j'ai toujours fonctionné comme cela ?
Non.
Non, parce que c'est venu avec l'expérience.
L'ancien moi voulait à tout prix danser, et s'imaginait que, pour cela, il faut un cavalier régulier.
Alors qu'aujourd'hui je préfère ne pas tout danser, profiter de la musique au bord du parquet et être un peu sélective dans mes choix ou mes consentements, pour goûter l'harmonie avec un(e) partenaire plaisant(e).
Évidemment je ne demande jamais à un homme en couple, à moins de les connaître très bien...

Allez, j'avoue, parfois je me trompe encore : il y en a qui donnent le change (in memoriam de la valse à cinq temps la plus longue de toute ma vie...), mais j'ai bien mémorisé qui !

mardi 30 juin 2026

Guérir # 5 Réenchanter les souvenirs - Le lieu sacré

 Jacques a dit : " Ne te prive pas des endroits que tu aimes. Tu vas réenchanter tes souvenirs."

Et voilà que, ce matin, l'oracle du corbeau a évoqué un lieu sacré.




Je connais quelques sanctuaires qui me nourrissent et me réconfortent, mais il y en a un très particulier où j'aime me recentrer et recharger mon esprit. S'y plonger nue, c'est reprendre une vie.
Hélas, cela fait partie des endroits que j'ai partagés avec une personne qui n'en est pas digne, et à propos de laquelle je n'ai pas fait confiance à mon intuition. Heureusement, le lit d'une rivière sauvage et libre est si changeant, sa ripisylve si luxuriante, son flot si courant, qu'en trois ans elle a charrié sans retour les traces fugaces des pas qui l'ont improprement foulée.
Evidemment, c'est un lieu qui se mérite : il faut pédaler, marcher et même bartasser un peu dans le sous-bois qui se referme sur les traces passagères.



Puis la coulée s'ouvre sur un méandre si bien dessiné qu'il fait battre le cœur. 


Grandiose et vierge.
Paisible et scintillant.
J'ai retrouvé mon lieu sacré.

Ecrire au présent

J'écris sur tout, et sur n'importe quoi. 

J'écris l'histoire de R. un de mes danseurs favoris, avec lequel je n'avais jamais profondément échangé. Quarante ans de mariage avec une femme qui "courait", qui me raconte sa version à lui de la peau d'andouille qui lui est tombé des yeux, quand une épouse trompée jalouse était venue saccager son outil de travail. "Grâce à ça j'ai appris à danser. Mais j'ai perdu une partenaire, harcelée de messages par mon ex". R. n'est plus triste. Il se sent libre et vivant.


Couverture d'un cahier qui m'a été offert lors d'un stage d'écriture

J'écris sur ceux qui avancent, et sur ce qui m'anime. La terre sous les pieds nus, le corps en mouvement, les chevreuils qui traversent devant mon vélo, les hirondelles des sables qui s'abreuvent en bandes le soir, la morsure des ronces aux chevilles, la tiédeur du sable.

Un exutoire, une trace de mémoire, des bribes pour plus tard, les paroles d'une chanson dont j'ai reçu la mélodie il y a trop longtemps. J'écris un dialogue entre un narcissique et son confident. J'écris à la mémoire de Shekiba, une petite fille afghane qui aurait dû devenir une femme. Dans son cœur, il y a la sagesse que les hommes n'ont pas. Je me demande ce qu'elle en fera. D'elle il reste une mélodie, Gertjan attendait que j'y brode des paroles. Elle est presque terminée, nous la chanterons à la fête d'été. Le moment de ranimer  mon compte youtube, au bois dormant depuis mon moment d'égarement.

J'écris sur un cahier, des petits bouts de papier, mon téléphone, mon bujo, mon clavier, les gens, les choses. C'est le réveil du geyser tari depuis quatre ans, étouffé au service d'une autre vie que la mienne.

J'écris, surtout. 




lundi 29 juin 2026

Playlist

 Alors voilà ,

Vendredi et samedi, j'étais à Lurcy Lévis (03), un petit bourg Bourbonnais de 1800 habitants.
Et il y avait un super festival
Ô mille et une notes
Belle équipe, grosse ambiance, petit prix
Chansons françaises à texte et rock'n roll
Public familial, tatouages, longues barbes, bas résilles, cheveux multicolores, brassières au crochet, femmes en short décomplexées, je voyais défiler, chanter et danser tout un petit peuple de joyeux drilles.
Des gens que je connaissais, et que je retrouvais avec plaisir, et puis des inconnus sympas, rigolos et souriants.

Les bancs étaient rembourrés aux noyaux de pêche, alors j'étais allongée sur une grande serviette de bains
Une fraîcheur relative remontait de l'étang
J'entendais la foule s'amuser
De temps en temps je me levais pour danser aussi
Je voyais le lever d'une lune presque pleine, sur un ciel velouté piqué d'étoiles, et j'écoutais
des gars du coin


des gars de loin




du rock celtique... corrézien






Une voix est venue doucement fendre la foule,
c'était Simon

et l'heure d'écouter l'un de mes groupes favoris
Debout sur le zinc
Un petit pas de travers, et toute une vie est à l'envers...


Dimanche, j'avais encore le cœur en joie de ces deux soirées, quand je suis partie à l'église de Franchesse, écouter le chœur des Lanciers, dirigé par Véronique Sure.


Le répertoire, les voix, la cheffe, le projet, tout m'a plu. A un moment où j'ai besoin de nouveaux défis à relever, je me suis retrouvée recrutée pour la prochaine rentrée. 

Un week-end de musique pour me souvenir que j'ai aussi besoin de textes riches, de grande musique un peu ardue à chanter, de me nourrir et de m'élever.

Il y a ici une vie culturelle riche, abordable et diversifiée, différente de la Bretagne, où je retournerai avec plaisir réenchanter d'autres souvenirs, mais qui ne me manque pas pour l'instant.

dimanche 28 juin 2026

Le temps de l'éveil

Une goutte d'obsidienne noire, surmontée d'une pleine lune à pentacle et de deux croissants, m'a choisie sans se laisser perturber par la légère vibration d'un lapis-lazuli.
 C'était celle-ci, et aucune autre, une puissante protection contre les énergies indésirables et les pensées parasites.
 Une voie d'ancrage.

Pour certains, le pouvoir des pierres, c'est du pipeau.

Pour d'autres il y a une explication scientifique à la résonnance des petites et grandes énergies, à l'influence néfaste ou heureuse d'une personne ou d'un objet, au taux vibratoire d'un prénom, à la radiesthésie : toute matière est constituée d'atomes reliés par des liaisons chimiques. Un atome c'est 0,1 % de noyau et 99,99 % d'électrons en gravitation.
En gros, la liaison chimique ce sont les forces d'attraction entre ces combinaisons d'électrons.
Et, bien sûr, notre corps est plus ou moins réceptif aux énergies des autres, comme à la sienne propre. 

Quant aux oracles et aux tarots, ce sont juste des cartes qui reprennent les grandes composantes de ce qui fait notre humanité, à commencer par la conscience de notre finitude. Un tirage peut avoir plusieurs interprétations, qui dépendent à la fois de notre perception de ces questions existentielles, de notre état énergétique au moment de la lecture, et de notre capacité à nous laisser guider par notre intuition. Ce n'est donc pas de la voyance, mais de la connexion avec notre clairvoyance et notre lucidité. Il faut juste lire et s'écouter.

En plusieurs occasions, déjà très jeune, j'ai eu de ces fulgurances inexplicables qui m'ont conduite à des décisions parfois tranchées, souvent incomprises, mais qui se sont toujours révélées justes à long terme.

Or, depuis quatre ans, je les avais mises dans ma poche avec mon mouchoir par dessus.  Des intuitions j'en ai eu. Plein. Je les ai ignorées. Enfin, pas tout à fait. Je me suis éloignée, physiquement, plusieurs fois. Au moins, cette petite voix là, je l'ai écoutée, même si ce fut sans vraiment réaliser pourquoi. Elle a été un révélateur d'enfumage. Elle a tout déclenché.

Quelque chose dans les gestes ? Le regard ? Le visage apathique et tombant devant les conversations qu'il ne pouvait pas suivre ?  Le chantage affectif permanent ? L'incohérence entre les paroles et les actes ? Entre les "j'apprécie d'être seul" et les "tu m'abandonnes", les "je ne veux pas rester ici, je mets la maison en vente" et les injustes "tu m'obliges à vendre" ?  Entre les "je ne cherche pas une bonniche", et l'intendance à assurer, les "qu'est ce qu'on mange ? " à midi moins le quart, le vert gluant sur les innombrables velux, les empreintes de ses doigts imprimées à l'encre du journal sur la porte des toilettes, jamais nettoyée ? La superficialité mécanique des mains dans l'intimité, les exigences sexuelles à sens unique, la culture de la pénétration, du coûteux devoir de séduction de la femme pour se rapprocher d'une actrice de porno ? Les rodomontades et la servilité ? Les "je suis prêt à prendre des cours de danse" et, pendant quatre années, danser avec une main molle de poisson crevée dans le dos, 75 kilos de viande statique à trimballer, déséquilibrée, sans cadre et sans soutien ? L'appui c'est toi. Toujours toi.

A moins que ce ne soit le souvenir de l'armoire pleine de pain rassis et de vieux paquets de céréales entamés, du jus de poubelles sur les murs derrière la porte du sous-sol, des chambres poussiéreuses et malodorantes avec leurs couettes jaunasses sans housse, où nichaient des araignées, des draps en guenille remplacés par mes soins, de trente ans de graisse de friture décapée sur les portes de la cuisine avant de la repeindre en flinguant mon mois de juillet ? Des ampoules qui pendaient au plafond depuis quarante ans ? Sa salle de bains sale dont je n'ai plus voulu m'occuper ? La charge mentale totalement déportée sur moi, même en pleine tromperie ? Les cadeaux de Noël de ses petits-enfants ?  Les phrases qui, de plus en plus souvent, n'étaient pas les siennes, les "belle journée et belle soirée" arrivés subitement dans son bagage lexical, avec un tas de tournures extraites de romans feel good? Le salon de thé où il était, paraît-il, allé tout seul ?

Les irrépressibles compulsions alimentaires ? Le léger recul devant ses poils de nez et ses dents, sa brosse à dents éculée et maculée ? Les douleurs qui s'installaient, mes jambes qui se dérobaient ?

Ou juste le fait que je n'écrivais plus rien ?

Je ne sais pas. Je sais seulement que c'était plus fort que moi. Je devais m'éloigner, et il ne voulait pas m'accompagner. Mon cerveau n'avait pas réalisé pourquoi, mon corps lui, prenait la fuite.

C'est que les intuitions, qui articulent en réalité les informations collectées par l'inconscient, peuvent être biaisées par notre état psychique, des émotions fortes, la simple perte de repères quand on s'éloigne de notre environnement familier. Et j'étais vraiment loin de chez moi et des miens.


Ce tirage me dit de profiter de la pleine lune de demain pour acter le deuil de l'illusion et commencer un nouveau cycle. 

Tu as compris la leçon ? Un monde s'ouvre à toi, un changement portera ta vie dans une nouvelle direction. Tu dois juste maintenir une barrière entre les émotions des autres, qui ne te concernent pas, et les tiennes. Laisse les glisser sur ton plumage, tu as besoin de ta force intérieure.

vendredi 26 juin 2026

To be continued...

Par cette chaleur, les jours s'étirent lentement, on bouge au ralenti, on s'anime le soir quand il est l'heure d'aller marcher ou danser. Comme je me sens libre et guérie, je voulais titrer un « Happy end », porteur d'utiles leçons et de rêves à réaliser. Mais Hilly m'a fait remarquer que c'est plutôt un nouveau commencement. Alors j'ai écrit : « À suivre... »


Les rêves dont je me souviens au matin, je sais qu'ils sont importants. Je les note avant qu'ils ne se dissolvent dans la cascade du quotidien, pour me livrer, en léger différé, à l'exercice de leur interprétation.

Depuis quelques semaines déjà, ce sont des songes de guérison. Ils me disent que je suis sur la bonne voie, que le plus ardu du chemin est enfin derrière moi.

Entre mon déménagement et le retour du vélo, je me suis ainsi retrouvée une nuit dans des toilettes dont la porte ne fermait pas. Elle était cassée, la poignée ne s'encastrait pas dans le chambranle. C'est toujours le symbole d'une forme d'insécurité. Quand notre vie privée a été violée par un cambrioleur, une tierce personne, un partenaire indélicat, il est normal de se sentir inconfortable et impuissant, à l'évocation de cette situation. L'effondrement passager de nos défenses psychologiques, sous l'effet d'une violente et incontenable émotion, nous exposent plus que de raison.

L'effraction de mon intimité fut cependant fugace. Un bref morphing, et voici que la porte s'est autoréparée, m'indiquant que ma psyché possède la capacité innée de se reconstruire à la sortie du chaos. Finalement, après avoir traversé une période de vulnérabilité, les mécanismes de défense se sont renforcés sans effort conscient de ma part. C'est ce qu'on appelle la résilience interne. À l'issue de sa fluide métamorphose, j'enclenchais le verrou sans anicroche. Je remarquais cependant que si la porte n'était toujours pas pleine, ses clairevoies me permettaient de rester à l'abri, tout en observant le danger potentiel à l'extérieur. Protégée par ce rétablissement de mes limites personnelles, et surtout le contrôle de ce qui entre et sort de mon espace psychique, je me suis sentie libérée d'un poids, même si je conservais une certaine vigilance vis-à-vis de mon environnement.

Il faut accepter que la perfection n'existe pas :  la porte reste ce qu'elle est, une protection stable et fiable, mais avec des stigmates apparents, derrière laquelle on peut évacuer tranquillement les fardeaux inutiles de tout ce qui nous a nuit : le stress, le doute, les douloureuses comparaisons induites par les comportements toxiques, la perte de confiance...

Les messages du subconscient empruntent des voies détournées. Les rêves directement prémonitoires sont rares. Cependant les tableaux se construisent parfois à partir des événements de la journée.

C'est ainsi que la nuit de mon retour à Plouay, j'ai marché, au soleil, dans la rue avec le Breton des bois Ouin-Ouin, qui avait pris ma main, en arborant un sourire niais, pour me parler d'une voix doucereuse. En face de nous est soudainement apparue la figure pincée et hargneuse de sa nouvelle compagne, qui le surveillait. Au lieu de la rejoindre, il a disparu comme le génie de la lampe.

Il faut dire que, dans la vraie vie, au prétexte de voir son terrain (celui que je lui ai trouvé donc...), il était passé sur la parcelle contiguë, tenir la jambe du mari de mon amie, se plaindre que je lui manque beaucoup, qu'il avait vraiment déconné, etc. Bien sûr, en fin d'après-midi, alors que je chargeais mon vélo, je l'avais vu passer au ralenti dans ma propre rue, où il n'avait toujours rien à faire, comme après le pardon de Lochrist. Il a vu que je l'avais vu, et j'imagine qu'il avait dû passer le reste de la soirée à échafauder un scénario plausible, en cas que cela se sache.

Eh bien ne croyez pas que confronté à ces minables manigances, la nuit venue mon cerveau se soit dit : « Tiens, et si on renouait ! » Un petit message peut-être ?

Que nenni ! C'est même tout le contraire : mon subconscient veut digérer le traumatisme, en acceptant ce qui a été vécu, et l'irrévocabilité de la réalité de la nouvelle situation de mon ex. Il ne peut plus marcher avec moi dans ma vie actuelle, il appartient au monde du mensonge. Sa volatilisation incarne la rupture brutale entre le passé et la réalité présente, à la vue de celle qui personnifie le par en-dessous.

La thérapie onirique est puissante, une véritable purge émotionnelle. Aujourd'hui je réalise qu'il y a dix jours déjà, j'étais en train de tourner définitivement la page, de reconquérir mon intégrité, en coupant court à toute illusion. C'est un signe positif de détachement et de reconstruction de soi. 

La trahison reste un traumatisme violent. Quand on réalise qu'en outre elle durait depuis très longtemps, depuis toujours en réalité, reprendre le pouvoir sur son espace émotionnel est une priorité vitale.

Ensuite vient l'acceptation de ce qui est. C'est la dernière étape du deuil psychique.

J'éprouve une délicieuse sensation de libération, pas de perte. Leur monde et le mien sont désormais étanches. Il est temps de m'engager sur mon propre chemin. Vers la douceur, la connexion et la profondeur.

Cinq mois. Pas mal. Je suis prête à attaquer le second semestre par la face estivale, celle des petites robes et des festivals. Mazurka, je suis à toi !

jeudi 18 juin 2026

Guérir # 4 Réenchanter les souvenirs - l'anse du Stole

 Jacques a dit : " Ne te prive pas des endroits que tu aimes. Tu vas réenchanter tes souvenirs."

Alors j'ai profité d'avoir à récupérer quelques affaires pour voir des amis. Repartir avec de la douceur, des images, des chansons et des crêpes. 

Constater que la petite boule, là, a disparu.






Et puis le matin du dernier jour, je suis retournée nager à l'anse du Stole, une de mes plages préférées.


J'ai enlevé mon maillot. En étoile de mer sur le dos, je me suis sentie si reconnaissante.

Puis j'ai repris ma route.

Le soir, je chevauchais enfin mon vélo chéri.

J'ai essuyé le sable pour rechausser mes chaussures de danse.


À la nuit, quand je suis rentrée en pédalant, le premier croissant de 🌒 🌙 était surmonté d'une Vénus pleine et brillante.

Devant une telle splendeur -à laquelle la photo ne rend pas justice -, j'ai ressenti un nouvel élan de gratitude.


Pour peu que l'on ait une vie riche de centres d'intérêt, passer du bon temps, cultiver l'amitié, partager des valeurs communes, des chansons, des parcours singuliers, tout cela m'appartient, à moi seule.
Sur ces terres de la Bretagne des bois, mon réseau s'est construit autour de la langue et de la culture.
Et il me reste, fidèle.

Je dirais même que, en l'absence du rempart mutique d'une inconsistante présence, il s'établit un tout autre rapport, plus riche, plus profond, débarrassé des faux semblants.  Sans pouvoir les identifier ou les nommer, le cercle intime, finalement, pressent l'intérêt feint comme la déloyauté.

C'est la septième puissante leçon de guérison : la nécessité de la profondeur.

dimanche 14 juin 2026

Mon Moulins ne va pas trop vite

Est-ce l'impétueuse plénitude de la rivière, le gracieux ancrage des arches, la vue sur les flèches et les toits ?

Est-ce parce que je m'y sens légèrement caressée par le soleil et le vent ?

Je ne sais pas pourquoi, j'aime traverser le pont Régemortes. J'ai toujours l'impression qu'il connaît ma route.




Toujours est-il que mon Moulins ne va pas trop vite, et que c'est pour ça que je l'aime bien.

On y croise des copains/copines pour rigoler et boire sagement, manger des glaces, échanger des tuyaux, et explorer mon futur quartier.



On traîne au Monop' pour s'offrir une robe sexy, et des mignonneries pour Vania et Macha.
On baguenaude au marché,
avant d'aller enchaîner 60 longueurs dans une grande piscine calme à 70 € les trente entrées (du jamais vu depuis trois ans...).
On termine avec le brunch du Centre National du Costume de Scène,


la sieste dans l'ombre fraîche des tilleuls, 


 et la visite guidée de l'exposition des 20 ans du musée (comprise dans le prix du brunch), qui permet de découvrir l'incroyable métier, fait de patiente et minutieuse inventivité, des conservateurs de costumes




Demain je reprends gaiement la route pour la Bretagne, mes amies, mon vélo et mes pots de fleurs.

samedi 13 juin 2026

Le corbeau, un oiseau de bon augure

Le jour de mon déménagement, on commémorait aussi le cinquième anniversaire du décès d'Andrée, notre maman chavouisse. Bien qu'hors de ma lignée, elle est de ma cohorte de l'au-delà, qui veille sur moi, comme sur tous les Chavans.

Justement, entre le monde des vivants et celui des morts, règne un animal emblématique, que j'ai redécouvert grâce au commentaire anonyme d'une lectrice certes récente, mais néanmoins très assidue, de ce journal pas intime. Qu'elle en soit remerciée, ce puissant génie de la nature pourrait bien devenir mon animal totémique. Après réflexion, je savais déjà que la vie a un meilleur plan pour moi. À ce point où s'en ouvre un nouveau chapitre, qu'il faut accueillir avec force, ouverture et confiance, très flattée je suis de cette comparaison.



Corneilles, pies, choucas... les corvidés sont une espèces bien supérieure à tous les autres oiseaux, qui peuvent résoudre des problèmes, reconnaître des visages, notamment ceux qui les menacent, et même utiliser des outils différents selon les situations. Parmi eux, le corbeau, avec son cerveau hyper développé et ses milliers d'inter-neurones, est le plus performant. Capable de comprendre les intentions des autres individus, il communique efficacement avec ses congénères, par voix, par posture, et par signe -en désignant une cible – ainsi qu'en transmettant des informations utiles sur une personne, afin d'inciter les autres à s'en méfier.

Le grand corbeau a ainsi des fonctions cognitives très avancées. Il peut apprendre par imitation, et il est doté d'une impressionnante mémoire, qui lui fait conserver le souvenir de toutes les interactions positives ou négatives avec tel ou tel humain.

Face à un miroir, il présente même une conscience de soi. Contrairement à certains hommes, il est capable d'établir un lien de cause à effet, déduire que ce qu'on fait emporte des conséquences sur soi, mais aussi pour les autres. Il comprend même les intentions d'autrui.

J'aime bien l'idée qu'il soit aussi débrouillard que résilient.

Quant à la symbolique de cet oiseau, messager surnaturel des périodes de transition, seuls les esprits étroits,  insensibles à la poésie, l'affublent de mauvaises et vicieuses intentions. Parce qu'il est un être d'audace et de courage, qui n'hésite pas à défier ses adversaires, il est présent dans presque toutes les mythologies, souvent associé au changement, à l'intelligence, et bien sûr, la mort, c'est-à-dire à la transformation de l'âme et son renouveau, vers la sagesse intérieure. Il nous invite à regarder au-delà des apparences et à percevoir tant nos synchronicités que tous les signes que nous adressent les mondes subtils, à écouter notre instinct et à faire confiance à notre intuition.

Chez les Vikings et les peuples nordiques, parce qu'ils voient le monde d'en haut, « Pensée » et « Mémoire »sont les yeux et les oreilles d'Odin.

Chez les Celtes irlandais, Morrigan, la déesse guerrière prend son apparence pour prédire l'issue des batailles et le sort des combattants.

Chez les Amérindiens et les Sibériens, le corbeau est un dieu créateur, parfois malicieux, pourvoyeur de lumière.

Et, figurez-vous, que chez les Grecs et les Romains, il lui arrive de dénoncer les infidélités.😄

Voir un corbeau présagerait donc les inévitables changements qui nous obligent à tirer des leçons de vie pour faire évoluer la nôtre.


Illustration internet

Magie, prophétie, connaissance, transformation, je me demande cependant s'il est bien prudent d'invoquer, à tort et en vain, la puissante image du grand corbeau. Imaginez un peu que cet animal qui n'oublie rien, symbole d'intelligence, de loyauté, et de bravoure, le prenne mal ? 😱

------------------------------------

Pig pe vran a gan, proverbe breton : la pie ou le corbeau chante / tout finit par se savoir

Старая ворона не квакает фальшиво, proverbe russe : vieux corbeau ne croasse pas faux / on n'apprend rien à plus malin que soi

mardi 9 juin 2026

Guérir # 3 Faire de la place pour ce qui vient

Il est temps de faire de la place pour ce qui vient : la connexion, la profondeur, la paix.

Nous sommes en juin, le mois de la maturité, de l'épanouissement, des premières récoltes de ce que l'on a semé. Les bonnes graines, comme les mauvaises.
Bientôt l'équinoxe de printemps, le solstice d'été, la grande bascule vers les jours qui raccourciront déjà, pendant que nous jouerons les cigales au soleil de l'été.

Comme je savais que tout passe, et que ça ne serait pas toujours aussi dur, je m'étais donnée rendez-vous dans un mois, dans trois mois, puis dans un an. J'en suis au deuxième, je n'ai plus mal, l'illusion s'est évanouie, j'écris déjà un nouvel opus de ma saga personnelle. Savoir clore un chapitre, pour s'éloigner de ceux et ce qui nous blessent, c'est puissant.

Nous sommes en juin, et c'est comme si les âmes des morts venaient me parler.
Oui, les souvenirs affluent, tels les pièces d'un puzzle qu'on emboîte.

Michaël, paix à son âme, je l'avais rencontré aux fêtes de Mardi Gras à Eunice, Louisiana. Il vivait entre le Tennessee et la Virginie. C'était un danseur de génie, et il avait, en outre, de l'or dans les mains. Avec n'importe quel morceau de bois flotté, il concevait une merveille. J'adorais la maison qu'il construisait dans les bois, au bord de la Kentucky river. J'avais eu un gros crush, finalement dissipé, car il n'a jamais profité de moi, même quand on finissait la soirée effondrés sur un coin de divan après avoir écumé tous les bars dansant de Memphis. On se réveillait l'un contre l'autre, sans aucune ambiguïté. Je n'étais pas son type de femme, et il a toujours été clair avec ça : avec ses poils d'ours, il n'aimait que les dames un peu huppées, qui ne le considéraient pas longtemps, hélas pour lui. J'ai cru avoir une déception sentimentale, puis, finalement, on a été très amis. Il a fait travailler le Kid, et moi je l'ai cornaqué en France, de festival en festival, tout l'été 2017.
Il m'avait appris à me faire confiance, à m'abandonner dans la danse. La vie avec lui était légère.
Un soir, on revenait d'un bal au fin fond de n'importe où, il me parlait de la rupture avec sa femme.
Et il a dit : "I feel relieved". Je viens de revoir cette scène. Moi aussi je me sens soulagée.

David, qu'il repose aussi en paix, c'est autre chose. On a vécu ensemble presque dix ans. Je peux dire qu'il m'a aidée à finir d'élever mes garçons, même si leur père restait présent. Puis on s'est éloignés, séparés, pas fâchés. Il avait lui aussi évoqué une relation douloureuse. Une femme, avec de jeunes enfants. Elle lui demandait de se cacher dans sa voiture la nuit, pour ne pas être vus des voisins, puisqu'elle n'avait pas rompu avec son "vilain" compagnon. Il ne savait pas trop dire pourquoi il avait accepté ça, comment il avait pu penser la sauver ainsi.  Toujours est-il qu'il l'avait ensuite entretenue, logée, nourrie, avec, notamment, des factures de produits de beauté salées. Jusqu'à ce qu'un vendredi soir, en rentrant d'un déplacement sur chantier, il trouve son appartement vide. Elle avait décampé avec les meubles. Tout ça pour ça...

Je ne sais pas pourquoi cela me revient à ce moment précis. Donner du champ, de la perspective. réaliser que le compte à rebours était engagé déjà du jour où j'ai posé des limites, quand j'ai refusé de continuer à considérer ses besoins comme plus importants que les miens.

Il y a presque un an, je me demandais si Ste Anne guérit de tout ?
Je n'ai toujours pas la réponse, mais j'ai la certitude qu'à ce moment, elle avait entendu ma prière.
Une autre femme, un autre logement. Un pas, puis deux, vers la liberté. Juste un long tunnel de  chagrin à traverser.

Un mois plus tard, le doute déjà formulé, du déjà vu : "Parfois le cerveau sait, mais notre cœur reste aveugle".

Au dernier Noël, une partie de moi cheminait vers la paix intérieure, et l'autre se préparait au chaos.  La trahison autorisait la tromperie, et moi, toujours naïve, je franchissais, sans le savoir, une étape de plus vers la guérison.

Alors, en quittant la Bretagne pour rentrer en Bourbonnais, je me suis détournée un moment vers la basilique de Ste Anne d'Auray.


Pour dire merci.


Merci d'avoir persisté, même quand je ne voulais pas voir, à me le montrer tel qu'il est vraiment: couard, mytho, misérable.

 Merci de m'avoir donné le courage de lui claquer la porte au nez et d'ignorer ses jérémiades quand je me suis sentie prête.

Merci de m'avoir fait connaître ma chère Bretagne des bois,



Il y a même une Ste Anne des Bois à Pont Callec...

Et si je ne l'avais pas suivi en croyant ses fausses promesses et ses mensonges, je n'aurais pas appris à chanter en breton, je n'aurais pas participé au Kan ar Bobl, je n'aurais pas réjoui les parquets à Lautenbach, je ne serais peut-être même pas allée en Russie. Je n'aurais pas rencontré une nouvelle amie fidèle.

Et si je n'avais pas déménagé, j'aurais continué à m'abîmer, m'alourdir, m'endolorir. Puis, au lieu de mes cartons, j'aurais fait les siens. Je n'aurais pas goûté, comme je l'apprécie désormais, le quasi-étonnement d'avoir du temps pour moi, de le passer avec des amis ou seule quand me prend l'envie de lire, d'écrire, de dessiner, ou de bricoler.

Et si une prédatrice ne s'était pas présentée à la porte qu'il tenait grande ouverte, je me serais emmerdée quelques années de plus avec quelqu'un qui n'a pas d'autre conversation que la météo. 
Ou lui même.
Ou des mensonges.

Et si j'étais partie plus tôt, au premier "j'ai beaucoup souffert", au premier "mon ex avait de gros problèmes psychologiques", au premier "j'aurais fini par quitter ma femme", aux premières comparaisons inappropriées, au premier "je t'aime" trop précoce,  au premier "qu'est-ce qu'on mange" à midi moins le quart, à la première promesse non tenue, à la première nuit de sexe à sens unique, à la première fois où je n'ai pas été protégée,  au premier téléphone planqué, au premier mensonge, je me serais certes évité de la peine, mais je n'aurais toujours pas appris mes plus importantes leçons : 

1. Le corps ne ment jamais, écoute-le.

2. Un gentil garçon n'est pas forcément un type bien.

3. Pas de confidences, pas d'intimité, tant qu'on n'a pas, vraiment, fait connaissance. Le narcissique n'hésitera pas à s'en servir quand son vernis sera fissuré.

4. Demi-tour au premier red flag. L'intensité immédiate, les grandes déclarations enthousiastes précoces, les promesses faciles, la victimisation, l'attachement excessif, les comparaisons entre deux femmes, l'ex perverse et manipulatrice, la clandestinité et toutes les cachotteries SONT des red flags.

5. Ne tenir compte que des actes. Le reste, les "je ne cherche pas une bonniche", "je suis capable de vivre seul", les "quand j'aurai fait ceci et cela" et toutes les conjugaisons au futur proche, c'est du bla bla.

6. Si la charge mentale pèse sur toi, tu es en train de te faire utiliser.

 
De la boutique de la basilique, j'ai rapporté Ste Anne et Marie, bien sûr, mais aussi Aniel, Yabamial et Veualiah,
mes trois anges gardiens. 

lundi 8 juin 2026

Keep'n moving - Bienvenue à l'auberge du bon refuge

C'est pas grand chose une vie.
Si elle est simple, il suffit de quelques cartons pour l'emballer.
Et pourtant, on peut en faire tant de choses. Il y a tellement à voir, à explorer, à apprendre.
Au prix de quelques turbulences, avec un peu d'intelligence et de curiosité, on ne s'y ennuie jamais.
Il suffit d'accueillir ce qui est, de se dire qu'on va traverser, et de rester ancré dans le moment présent.
Le passé est passé, le futur, on ne sait pas. Seul compte ici et maintenant.


Alors on a vaillamment chargé le fourgon de Musa, qui n'était finalement pas Kazakh mais Ingouche, pendant que Marylène terminait le ménage, pour me gagner du temps.
Je suis partie avec sa salade sauce amitié, celle qui ne vous reste pas sur l'estomac...
En réalisant que tous les bras qui étaient venus m'aider,
je les avais connus grâce à la langue et au chant bretons.


Le soir je dormais chez mes amis de l'auberge du bon refuge ...
Le lendemain, Musa était pile à l'heure, et mes Chavans aussi.
En une heure et quart, c'était plié.
Fred est arrivé un peu après, il nous a aidés à caler l'installation, la vaisselle et mon tapis de gym et méditation. Puis il a pris cette photo.
On a déjeuné, rigolé. On s'est dit qu'on ira faire du cheval avec Claire.
C'était simple. C'était clair. C'était droit.
Ça m'a changée de ces derniers mois...


Comme on avait bien travaillé, on a eu le temps d'aller danser au joyeux Grenier animé.


Martine avait déjà affiché le programme du prochain semestre.

jeudi 28 mai 2026

Eloge des dernières fois

Quand on perd quelqu'un, je parle d'un vrai deuil, il faut traverser d'abord l'année des premières fois. La première nuit, le premier Noël, le premier anniversaire, les premières vacances sans. Sans lui, sans elle, sans cette personne qu'on chérissait, ou qui prenait soin de nous. Un parent, un conjoint, un ami...

Je pense à mon père, je pense à ma mère, au père de mes enfants. Nous étions divorcés, mais nous passions tous nos Noëls en famille. Je pense aussi spécialement à toi, Barbara, qui vit vaillamment toutes ces premières fois sans Robert.

Moi j'arrive, plus légèrement, dans ma semaine des dernières fois en ma chère Bretagne des bois, la plus authentique, la plus culturellement riche, la plus attachante comme je l'ai déjà écrit ici. 

Les derniers cours de gym, de yoga, les dernières longueurs de piscine, les derniers pique-nique, les dernières baignades du soir.

Bien sûr je reviendrai. J'ai assez de pieds à terre pour venir à bout de mon programme, jamais réalisé, de visite de toutes les îles bretonnes. 

En attendant, c'est le temps des cartons

et des petits souvenirs


Dans une bonne semaine, un Kazakh qui parle russe viendra fourgonner mes affaires. J'ai trouvé que c'était bon signe. 

C'est aussi le temps des pardons.

Mon dernier ce sera dimanche, à Lochrist-Ploerdüt, le rost ar forn, la danse, et le plaisir de chanter, une dernière fois, avec l'atelier de Plouay, où j'ai éprouvé tant de plaisir à apprendre et échanger. Un petit cercle d'amis, fidèles comme la Bretagne, avec laquelle, bien évidemment, je ne suis pas fâchée.







#20 La grossitude ça n'existe pas - Tout n'est que vanité # 3

C'était il y a tout pile un an.
Nous étions à Embraud, pour la fête de la rivière.
J'avais claqué ma petite boîtes à économies pour organiser la surprise d'un gâteau à partager pour le jour de son anniversaire.
Les Chavans complices ont donné l'aubade, en jouant ... tout n'est que vanité.
Oui, tout n'est que vanité, mensonges  et fragilité.
Il a eu l'air surpris et content et il a dit : "on n'a jamais fait ça pour moi".
L'était-il content ? Je ne sais pas. Je sais juste qu'à ce moment là, il me trahissait déjà, en échangeant des messages et des rendez-vous avec une autre personne, vierge de tout passif, sensiblement perméable à ses plaintes bien emballées.


Est-ce que je regrette ma petite liasse de billets de 5 € ? Pas du tout. Quand on aime quelqu'un on fait de son mieux pour lui faire plaisir, faire de chaque jour une fête, même quand, je ne le réalise que maintenant, on est déjà cruellement déçue de tous les atermoiements, des multiples arrangements avec la vérité afin de la rendre plus présentable.

C'était après le retour de ma fuite en Russie. Il avait déjà entré son numéro dans son téléphone, sans son nom. Un mois plus tard, sur le bateau des Glénans, il la regardait minauder avec des yeux de merlan frit. Trois mois plus tard, elle rodait au fest-noz de Guéméné ; assise derrière nous, elle le fixait, il se retournait discrètement, il prenait sa main d'une drôle de façon pour un hanter-dro. Quatre mois plus tard, au pardon de Notre-Dame de Vrai Secours, elle tentait de s'asseoir en face de lui à ma place, se collait contre lui pour chuchoter à son oreille, et, devant le rideau de pluie, s'exclamait :  "Oh c'est pas grave, Daniel dansera autour de moi avec son parapluie".

Elle se sentait légitime. Elle le sauvait de mes griffes. Nous n'étions plus un couple. Et en effet, il prenait un air faussement étonné, sans jamais lui mettre le moindre stop.

Oui, lui, il faisait semblant. Partout. Tout le temps. Ce n'était qu'une amie. J'étais jalouse pour rien. On appelle ça du gaslighting. 

Je gardais confiance. Cet homme me semblait toujours être un cadeau de la vie. Et c'est vrai, il était bien emballé. 
Mais en défaisant le ruban, pendant plus de quatre ans, j'ai sorti, l'un après l'autre, des emballages vides. 
Vides de choix, vides d'amour, vides de sincérité. 

Deux mois après cette vidéo, je suis partie à dix kilomètres pour nous enlever, à tous les deux, la pression de sa maison, pour qu'il reste libre de ses choix. Maintenant cela sert de légitimation à toutes les bassesses, tous les aller-retour, tous les mensonges.

Est-ce que je suis toujours en colère ? Non, je n'ai eu que quelques accès en réalité, excédée par les retours incessants, quand la clarté d'une rupture franche aurait cautérisé la plaie bien plus rapidement. Qu'est-ce qu'on y peut quand quelqu'un est attiré par une autre personne ? Mais non, à l'Ascension, il y a encore deux semaines, il s'apprêtait de nouveau à descendre avec moi à la fête de la rivière, tranquillou bilou. Bientôt 70 ans, et toujours rien appris. Le même comportement qu'à 25... quand il faudrait utiliser judicieusement le temps qu'il nous reste. Oui, au regard de notre finitude, tout n'est que vanité...

Aujourd'hui donc, j'ai revisionné cette vidéo avant de la virer de mon téléphone, et je me suis revue. 

J'ai vu mon corps lourd, qui percevait, qui savait, et que je n'ai pas écouté. J'ai déjà écrit là-dessus, parce que c'est certainement ma plus grande leçon. C'est pourtant pas faute d'avoir travaillé professionnellement des années sur cette question du système nerveux qui se met en alerte. Cela va bien au-delà de l'intuition. Mais tant qu'on obtient plus de bénéfice, croit-on, à garder de la peau d'andouille sur les yeux qu'à recevoir les signaux, on n'est pas disponible pour notre propre clairvoyance.

Bref, on va conclure aisément qu'il n'est pas le seul fautif : ma grande, ma très grande responsabilité, c'est d'avoir, encore une fois, voulu sauver quelqu'un qui trouvera toujours plus confortable de se faire plaindre et prendre en charge que de grandir, avant de systématiquement blâmer les autres pour éviter d'assumer les conséquences de ses actes.

Car, oui je savais, depuis notre première rencontre, quelque chose en moi savait. Depuis le premier "j'ai beaucoup souffert" larmoyant, les premières confidences déplacées, les premières comparaisons inappropriées, les premiers souvenirs enjolivés. Aurait-il attiré mon attention s'il ne s'était pas posé en victime de son père, de son instituteur, de son épouse, de son ex ? J'étais ferrée, tandis que mon corps, lui, me signalait frénétiquement qu'à 65 ans, si tu te plains encore, c'est que tu n'es pas prêt de faire quoi que ce soit pour guérir. Aujourd'hui que quelqu'un le valide et lui remonte le coucou (merci à toi lectrice qui m'a transmis cette expression...) il a repris de l'assurance.

Patience, la roche tarpéienne est proche du Capitole...

Quant à moi, maintenant que je rentre dans mes robes de Louisiane, je ne suis pas prête d'oublier cette leçon.


lundi 25 mai 2026

La valse c'est la vie...

"- Elle vient d'où cette chanson ?
- Je l'ai écrite
- Les autres aussi ?
- Pas toutes. La mazurka et la valse oui.
- On peut les trouver où ?
- Sur ma chaîne Youtube. Il y a de vieux enregistrements créés pendant la crise sanitaire.


- Vous allez en écrire d'autres ?
- Maintenant que j'ai ranimé ma petite flamme ? Oui, certainement. Il paraît qu'écrire c'est la seule chose qui apaise l'âme (merci Jacky).
- Pas que, tout de même...
- Non c'est vrai. Chanter et danser aussi."

C'est à ce moment là que j'ai réalisé : je n'avais rien écrit de mon monde intérieur depuis ... sa rencontre.
Rien. Le vide. Le néant.
Quelques phrases, quelques posts. C'est tout. Et le début d'un recueil de ses souvenirs, que je trouvais poétiques.
J'ai tout jeté. Qu'y avait-il de vrai là-dedans ?


À Lautenbach j'ai retrouvé quelques visages amis, découvert un tas de personnalités curieuses et attachantes et ...valsé, valsé, valsé. J'ai tellement dansé, qu'à la fin  mes pieds semblaient ne plus toucher terre.



J'étais venue pour animer les interplateaux de la salle de l'ancienne gare et du grand chapiteau, portée par l'énergie du généreux et enthousiaste public alsacien, allemand et suisse (qui apprécie beaucoup le breton, j'ai pas bossé pour rien...)


Alors oui, l'écriture est un exutoire, une mise à distance, un pas vers toute guérison.

Mais le chant lui, transmet l'émotion sans médiation, tandis que la danse, calée dans la fluidité des pas, le flux et le reflux des mouvements collectifs, le coeur battant des rondes, le cadre ferme des bras d'un partenaire habile et joyeux...
La proposition de l'un, l'attention au corps de l'autre, la fugace connexion sensuelle d'une mazurka chaloupée, d'une valse infinie, d'une scottish enlevée : chaque partenaire est une nouvelle aventure, un nouveau territoire à explorer.


Il est temps de rentrer.