Madame Nicole est revenue s'ancrer au bord de la dernière rivière sauvage d'Europe. Retour en Allier libre, au pays des hérons, des sternes, et des cigognes.
Vous me direz : "Il y a pire !" Et vous aurez bien raison.
Bien que guérie, mon PCR de vendredi était hélas encore positif. Impossible de prendre le bus..
Le samedi fut pénible. Froid, pluvieux, j'ai traîné ma valise sur les pavés vers un nouvel hôtel. Ils avaient bien ma réservation, mais... pas la chambre. Je n'avais pas envie de dormir dans un dortoir exiguë. Je me suis rabattue sur une autre, horrible : pas propre, bruyant, pas de chauffage... Bref, quand ça veut pas.
Le problème c'est que Tallinn, c'est aussi petit que joli. J'en ai déjà fait plusieurs fois le tour.
Alors hier, je suis allée prendre l'air. Le bus (5,60 € l'aller-retour) m'a emportée à une heure de là.
Et me voilà partie à marcher entre mer et forêt, jusqu'à Keila Joa, à 3km.
Le temps de pique-niquer, il faisait si beau, je n'avais pas envie de reprendre le bus.
Alors je suis repartie pour 7 km de plus, vers Vääna-Jõesuu,
en longeant la mer, pour voir les petites falaises d'en bas.
J'ai suivi une dame, que je voyais avancer de loin.
Grosse erreur.
Car il y a tout de même une petite marée.
Coincée entre rochers et falaise, je rejoins la dame qui me dit qu'elle n'a aucune idée si on peut passer....et se barre !
Retour en arrière impossible.
Je peux vous dire que j'ai bien transpiré.
Mais finalement la falaise a disparu, et le sentier côtier est revenu.
Je n'ai mouillé mes chaussures qu'une fois, et je sentais une drôle d'odeur après m'être enfoncée dans une boue d'algues un peu élastique.
Je suis rentrée bien cuite, mais apaisée pat la magnificence de cette belle journée.
À l'heure qu'il est, je suis retournée à l'hôtel qui avait buggé.
La chambre est propre, la lessive gratuite, c'est calme.
Dans 1h30 je refais un test, en espérant prendre le bus demain matin.
Cela faisait longtemps que je n'avais pas préparé un voyage un peu compliqué.
Alors oui, j'aurais pu renoncer.
Ou attendre encore.
Mais attendre quoi ?
La fin de la crise sanitaire, la fin de la guerre, la fin du monde, ma propre fin ?
J'ai bien réfléchi.
j'avais ce plan, depuis longtemps, de passer un mois à sillonner la Russie en train.
J'avais pris un an de cours. Je balbutiais un peu.
J'avais même, finalement, un partenaire.
Nous devions partir en juin.
Le jour où nous regardions les billets d'avion, l'Ukraine était envahie par les troupes russes.
Nous étions, au printemps, partis en Italie.
Pas de nuits banches à St Petersbourg !
Mais moi, je vois le temps filer.
J'ai renoncé à beaucoup de choses déjà, avec toutes ces peurs qu'on nous agite sans cesse sous le nez. Je ne veux pas renoncer à chanter avec mon petit-fils.
Alors j'ai réfléchi.
Plus tard, c'est souvent trop tard.
Et lui, il a dit : "Tu as envie de faire cela depuis longtemps, vas-y !".
Il ne parle pas la langue, n'a pas les mêmes motivations, mais me soutient toujours.
Il en profite pour préparer mon emménagement. Avec nos aller-retour, il n'a pas eu beaucoup de temps.
Donc, voilà, je pars quand même.
Moins longtemps, moins à l'aventure.
Trois jours en Estonie, le bus, une semaine de cours de langue à St Petersbourg, trois jours à Moscou, et retour.
J'ai eu mon visa sans souci. Evidemment...
Le principal tracas, c'est l'argent. On ne peut pas utiliser les cartes bancaires, censurées par les sanctions européennes. Impossible de partir avec du cash pour un mois, c'est carrément dangereux.
Donc il faut payer beaucoup d'avance, car oui, on peut opérer des transactions pour payer l'école, l'hébergement, et même les hôtels...
Au passage, je remarque que la Société générale, le groupe Accor, bref, tous ceux qui ne se sont pas fait gauler, ont encore tous leurs intérêts là-bas...
La preuve que toutes ces simagrées sont aussi ridicules qu'inutiles. Elles ne dérangent, finalement, que les petits, les obscurs, les familles qui ne peuvent pas se revoir.
Moi, je ne crois pas au concours de qui aura la plus grosse...b... bombe !
Mois je crois aux battements d'ailes des papillons.
A l'amour qu'on porte en soi.
J'emporte une lettre de ma belle-fille, avec le dessin des petites mains de Vania, quelques fleurs. Je la posterai de là-bas.
Je pars aussi en reconnaissance finalement.
Maintenant, comme j'ai été un peu malade cette semaine, il me reste à invoquer Ste Rita que vendredi mon PCR soit négatif, c'est la dernière condition pour entrer en Russie.
Voilà une semaine que je suis rentrée de Bretagne.
Chaque matin, j'ouvre ma fenêtre en grand, sur la forêt et ce bocage que nous avons traversé à pied pour rejoindre l'Auvergne voilà un mois.
C'est l'automne, qui étale ses couleurs à bas bruit, hésitant entre brume et soleil.
Le linge sèche encore dehors en quelques heures.
Et voilà que mon cœur bascule vraiment.
Rien de triste.
Pas de nostalgie.
Non, juste ce sentiment très clair qu'une page s'est tournée, et que le compte à rebours à commencé.
Le chemin, cette grande traversée, a fait son travail.
Ce sont mes dernières semaines en Bourbonnais.
Je déménage en Bretagne début janvier, après une dernière tournée de concerts de Noël avec la Chavannée.
Là-bas m'attendent deux ans de cours de breton financés par le solde de mon CPF (sur lequel j'ai cliqué un mois avant mon départ en retraite, merci PimJ), le chant, la danse, les talus, les châtaignes, les noix, les chemins, la côte quand on a besoin d'air, l'ombre des grands arbres du jardin, et surtout, surtout, celui qui me regarde avec amour et admiration.
Marcher à deux, au long cours, c'est très différent.
Bien sûr, il y a des inconvénients : les différences de rythmes, les fragilités de chacun (moi et mes pieds à ampoules), les tensions qui apparaissent avec la fatigue.
Et puis il y les moments de grâce.
S'endormir à deux dans la tente (qu'il a portée...) montée en quatrième vitesse avant la pluie, se sentir à l'abri.
Préparer le repas pour l'autre, dans la mini popotte qui n'aime pas les gros doigts.
Partager la nature, le paysage, l'air libre, les belles rencontres.
La rupture brutale d'une blessure, dans une ornière, la douleur me porte au cœur, j'éclate en sanglots. Il fait demi tour, déploie vite fait le tapis de sol pour que je m'assoie malgré la boue. Il est toujours là pour moi.
Alors oui, je l'ai déjà fait tout cela, déjà vécu sur d'autres chemins.
Sauf que là, nous étions ensemble.
A Clermont nous avons allumé deux cierges, parce que, ce jour là, c'était exactement le premier anniversaire de notre rencontre.