jeudi 28 mai 2026

#10 La grossitude ça n'existe pas - Tout n'est que vanité

C'était il y a tout pile un an.
Nous étions à Embraud, pour la fête de la rivière.
J'avais claqué ma petite boîtes à économies pour organiser la surprise d'un gâteau à partager pour le jour de son anniversaire.
Les Chavans complices ont donné l'aubade, en jouant ... tout n'est que vanité.
Oui, tout n'est que vanité, mensonges  et fragilité.
Il a eu l'air surpris et content et il a dit : "on n'a jamais fait ça pour moi".
L'était-il content ? Je ne sais pas. Je sais juste qu'à ce moment là, il me trahissait déjà, en échangeant des messages et des rendez-vous avec une autre personne, vierge de tout passif, sensiblement perméable à ses plaintes bien emballées.



Est-ce que je regrette ma petite liasse de billets de 5 € ? Pas du tout. Quand on aime quelqu'un on fait de son mieux pour lui faire plaisir, faire de chaque jour une fête, même quand, je ne le réalise que maintenant, on est déjà cruellement déçue de tous les atermoiements, des multiples arrangements avec la vérité afin de la rendre plus présentable.

C'était après le retour de ma fuite en Russie. Il avait déjà entré son numéro dans son téléphone, sans son nom. Un mois plus tard, sur le bateau des Glénans, il la regardait minauder avec des yeux de merlan frit. Trois mois plus tard, elle rodait au fest-noz de Guéméné ; assise derrière nous, elle le fixait, il se retournait discrètement, il prenait sa main d'une drôle de façon pour un hanter-dro. Quatre mois plus tard, au pardon de Notre-Dame de Vrai Secours, elle se collait contre lui pour chuchoter à son oreille, et, devant le rideau de pluie, s'exclamait :  "Oh c'est pas grave, Daniel dansera autour de moi avec son parapluie".

Et lui, il faisait semblant. Partout. Tout le temps. Ce n'était qu'une amie. J'étais jalouse pour rien. On appelle ça du gaslighting. 

Je gardais confiance. Cet homme me semblait toujours être un cadeau de la vie. Et c'est vrai, il était bien emballé. 
Mais en défaisant le ruban, pendant plus de quatre ans, j'ai sorti, l'un après l'autre, des emballages vides. 
Vides de choix, vides d'amour, vides de sincérité. 

Deux mois après cette vidéo, je suis partie à dix kilomètres pour nous enlever, à tous les deux, la pression de sa maison, pour qu'il reste libre de ses choix. Maintenant cela sert de légitimation à toutes les bassesses, tous les aller-retour, tous les mensonges.

Est-ce que je suis toujours en colère ? Non, je n'ai eu que quelques accès en réalité, excédée par les retours incessants, quand la clarté d'une rupture franche aurait cautérisé la plaie bien plus rapidement. Qu'est-ce qu'on y peut quand quelqu'un est attiré par une autre personne ? Mais non, à l'Ascension, il y a encore deux semaines, il s'apprêtait de nouveau à descendre avec moi à la fête de la rivière, tranquillou bilou. Bientôt 70 ans, et toujours rien appris. Le même comportement qu'à 25... quand il faudrait utiliser judicieusement le temps qu'il nous reste. Oui, au regard de notre finitude, tout n'est que vanité...

Aujourd'hui donc, j'ai revisionné cette vidéo avant de la virer de mon téléphone, et je me suis revue. 

J'ai vu mon corps lourd, qui percevait, qui savait, et que je n'ai pas écouté. J'ai déjà écrit là-dessus, parce que c'est certainement ma plus grande leçon. C'est pourtant pas faute d'avoir travaillé professionnellement des années sur cette question du système nerveux qui se met en alerte. Cela va bien au-delà de l'intuition. Mais tant qu'on obtient plus de bénéfice, croit-on, à garder de la peau d'andouille sur les yeux qu'à recevoir les signaux, on n'est pas disponible pour notre propre clairvoyance.

Bref, on va conclure aisément qu'il n'est pas le seul fautif : ma grande, ma très grande responsabilité, c'est d'avoir, encore une fois, voulu sauver quelqu'un qui trouvera toujours plus confortable de se faire plaindre et prendre en charge que de grandir, avant de systématiquement blâmer les autres pour éviter d'assumer les conséquences de ses actes.

Car, oui je savais, depuis notre première rencontre, quelque chose en moi savait. Depuis le premier "j'ai beaucoup souffert" larmoyant, les premières confidences déplacées, les premières comparaisons inappropriées, les premiers souvenirs enjolivés. Aurait-il attiré mon attention s'il ne s'était pas posé en victime de son père, de son instituteur, de son épouse, de son ex ? J'étais ferrée, tandis que mon corps, lui, me signalait frénétiquement qu'à 65 ans, si tu te plains encore, c'est que tu n'es pas prêt de faire quoi que ce soit pour guérir. Aujourd'hui que quelqu'un le valide et lui remonte le coucou (merci à toi lectrice qui m'a transmis cette expression...) il a repris de l'assurance.

Patience, la roche tarpéienne est proche du Capitole...

Quant à moi, maintenant que je rentre dans mes robes de Louisiane, je ne suis pas prête d'oublier cette leçon.


Aucun commentaire: