mardi 22 octobre 2013

El albergue de la chica muerta / Desde Catrojeriz hasta Fromista

Ici, 
il y a des cigognes sur les clochers



 et parfois même des coqs gaulois...

Pasta party italienne hier soir, faite main par Vincenso et tutti quanti dans un mini rice cooker.
Je retire ce que j'avais écrit sur l'équipement cuisinier des gîtes municipaux, c'est de pire en pire à chaque étape...
Ce soir, à Fromista, il n'y a même pas de bouilloire pour un thé, et il faut faire sécher le linge dehors.
Sous la pluie donc.
 C'est le troisième jour, celui du découragement,
mais le long du canal de Castille, je ne m'y laisse pas prendre.



 J'avance à travers 20 km de vallons céréaliers, jusqu'à l'écluse qui annonce l'entrée de Fromista.



Un mystère à l'auberge : le lit réservé pour une pèlerine fantôme,
et auquel il est absolument interdit de toucher...
L'hospitalière ne l'est guère,
mon imagination galopante y voit une fille morte dont elle garde le lit...





lundi 21 octobre 2013

Noël en octobre / Desde Hornillos del Camino hasta Castrojeriz

Je me réveille, enfin reposée, après presque un tour de cadran.
Depuis hier soir, j'arrive à reconnecter plus de deux neurones à la fois. 
Soit c'est l'effet du grand air,
soit c'est d'avoir passé la soirée à parler, à ma gauche avec une allemande,
à ma droite avec une australienne, et en face avec un italien.
Et à traduire !

Je marche plus vite,
alors, je pars un peu plus tard,
mais toujours dans la nuit, et sans allumer la lampe frontale,
qui empêche de ressentir la caresse de l'obscurité, et la rend presque dangereuse.
J'aime sentir le jour se lever dans mon dos.
Ici, on est plus à l'ouest qu'en France, l'aube est paresseuse,
et les soirées plus longues.


Je me dis que c'est drôle, je peux me retourner,
et regarder les choses jolies du passé,
et si elles sont moches, je peux m'abstenir,
mais dans tous les cas, il n'y a pas de marche arrière,
seulement un rétroviseur.



 Je marche quasiment seule, terminée l'autoroute à pèlerins,
je peux désormais faire pipi quand j'ai envie,
ce qui contribue bien à mon bonheur.
Dans la dernière ligne droite,
très asphaltée,
en vue de Castrojeriz,
je pense à Geneviève et Aline,
qui sont passées par là avant moi,
en  pleine fournaise.


J'ai fait le bon choix
en décidant de traverser ce désert en octobre,
quand les champs d'éoliennes enguirlandent la meseta d'un sauvage Noël clandestin.



Demain,
ce sera le froid et la pluie.
Mais là, maintenant,
c'est juste mon pas qui reconnaît le chemin.




33 33 Code Ste Rita # 4

A l'étape tortilla d'hier,
Rabe de las Calzadas,
le patron du bar m'offre une petite médaille de nuestra señora del monasterio,
que j'accroche à la coquille de mon sac.
En sortant,
mon regard accroche le calendrier.
La señora a un faux air de Ste Rita.



Je pense très fort à Paty la Rouge,
dont le transfert en France s'est bien passé,
qui semble entendre,
qui ne souffre pas, mais qui ne se réveille pas.
Peut-être qu'elle hésite ? Qu'elle n'a pas encore choisi de quel côté basculer ?


 Aujourd'hui,
j'ai chanté tout le long du chemin en pensant à elle.
En passant devant les ruines du monastère de san Anton aujourd'hui,
je suis touchée par les intentions de prières,
déposés là dans toutes les langues.


Mais moi, je ne sais pas prier,
alors je choisis celle-ci.





dimanche 20 octobre 2013

Effet de foehn / Desde Burgos hasta Hornillos del Camino

L'aventure commence ici, 
au péage d'Ussel ouest.


J'embarque dans le car Eurolines,
avec ses sièges de skaï tellement lisses qu'on sous-marine en dormant,
et sa quête pour un chauffeur portugais assez mal aimable par ailleurs...
C'est la crise.
Arrivée à Burgos.


 Je tourne à gauche le long du río.
Je retrouve mon pas.
La mémoire du corps.
Après ces 4 semaines en accéléré, je goûte au bonheur de la lenteur.
Je ressuscite.
Le plan, c'est une petite étape de 12 km,
mais il fait doux, et il n'est même pas midi quand j'arrive.
Una tortilla de patatas plus tard, je me lance pour 8,6 km, qui me paraissent infiniment plus courts que l'été.
Tout est différent en fait.
L'odeur entêtante de l'automne, et le rouge des baies d'églantier, comme marquetés dans les murets de pierre laiteuse, et les caïrns jetés là par une main de géant.


Les champs n'ondoient plus du jaune des blés,
c'est le temps des chaumes et de la terre d'un blanc crayeux, qui se détache sur un ciel menaçant.


Les nuages n'explosent pas aujourd'hui.
Ils ne posent que pour la photo, dans le vent tiède et fort comme la peau d'un homme,
qui se cogne à la montagne.
Je crois me souvenir que ça s'appelle l'effet de foehn.
Et j'aime bien le son que font ces mots.


lundi 14 octobre 2013

Qui m'aime me suive !

Si je n'écris plus si souvent,
c'est que je m'appuie, jusqu'aux vacances, 2 heures quotidiennes de route qui m'épuisent.
Les deux heures qui me manquent pour écrire.

Hebergeur d'image


J'ai calculé qu'à la fin de la semaine, j'ai perdu la partie active d'une journée de ma vie
et 50 euros de carburant aussi,
vu que, jusqu'à maintenant, je n'ai pas pu saisir mes frais de déplacements parce que c'est tout embrouillé côté administratif.

A la rentrée, j'envisage une grève desdits déplacements et ce n'est pas avec le sourire.

Mais l'heure n'est pas à la morosité,
puisque,
ça y est
j'ai eu mon premier RAPPORT !

Hebergeur d'image

Tsss ! tss! bedides goguines et bedits goguins !
Je parle de mon premier rapport d'enquête publique.... 

Donc, ça c'est fait.
Pas comme les cartons qui m'attendent encore dans l'entrée.
Et qui vont y rester un petit moment je le crains.
Parce que oui, 
j'y retourne.
ça me tient,
impossible d'attendre jusqu'en juillet.

J'y pense souvent, cette envie que j'ai, de me lever et de marcher, de passer la journée dehors, le nez au vent et à la pluie parfois.

Ce sera sûrement très différent de cet été, sans grosse chaleur, et le flot de pèlerins plus clairsemé.
Les journées seront de plus en plus courtes, plus froides, il me faudra marcher plus longtemps de nuit, les pieds sur terre et la tête dans les étoiles.
Connectée.

Et tâcher d'arriver tôt quand même, que mon linge ait le temps de sécher.
Le sac un peu plus lourd, pas de robe à bretelle, mais un legging et un pull, et le sac de couchage, parce qu'en Espagne les couvertures sont rares.
J'hésite entre les sandales et les chaussures.
Mes sandales, je les aime d'amour
mais on sera presque en novembre.
 
Je pense à tout ça.
Qui ne mourra pas, qui se réveille un peu plus chaque jour,
qui va être précautionneusement rapatriée.

A tous ceux qui me disent que c'est mieux de faire le chemin d'une traite,
je réponds que c'est bien possible, mais que de ne pas pouvoir, je n'y vois que des avantages.
Ne pas avoir à se dire "j'attends la retraite" en croisant les doigts pour être encore en état de mettre un pied devant l'autre.
Cultiver l'attente.
Me mettre entre parenthèses, mais pas si longtemps finalement, pas assez pour être violemment reprise par la réalité.
Et vivre une expérience délicieusement différente à chaque fois.
Essuyer mes larmes après la mort de mon père.
Renaître au printemps venu et alléger mon fardeau quotidien.
Avoir le monde à mes pieds en traversant les Pyrénées avec des dizaines d'autres nations.
Et cette fois marcher en pensant à Paty, 
Surtout,
n'exister que par ce pas qui trace une fragile empreinte dans la terre, sans métier, sans pourquoi, sans histoire et sans famille.
Rien à fuir, rien à trouver.
Juste moi, et moi qui marche vers moi 
sur la terre
comme au ciel.

lundi 7 octobre 2013

Le temps qui reste

Trudi vient de nous écrire :"elle n'a pas supporté l'arrêt des anesthésiants,
et elle n'arrive pas à respirer seule."
Pourtant, hier, elle avait reconnu la voix de sa sœur, mais sans sortir du coma.
Quelques heures auparavant, on l'avait trouvée sans connaissance dans la chambre d'hôtel où elle passait ses vacances.
Un AVC.
Trudi a ajouté "c'est une question de jour, ou de jours."
Et moi, je revois son sourire brillant,
et les petits matins d'Embraud, quand on se lève les premières, pour nettoyer la salle en vitesse, et terminer la vaisselle, préparer du café, sortir les bols du petit déjeuner.
Elle a les joues fraîches d'avoir promené son chien.
Elle est à peine plus âgée que moi,
et je me souviens d'une conversation cet été :
- "Oh, moi tu sais, je suis déjà en retraite depuis un moment.
- Mais c'est pas possible, tu es si jeune encore.
- Oui, mais j'ai élevé un enfant handicapé. J'avais assez pour arrêter, j'ai arrêté."
Et elle a eu bien raison.
Elle a couru le monde, marché, voyagé.
Elle était là les soirs et les matins de fête.
Et maintenant qu'il lui reste si peu de temps, j'enrage de cette injustice qui nous enlève son sourire joyeux, sa bonne humeur solaire, sa gentillesse à toute épreuve.
J'ai de la peine,
mais je me dis qu'elle a bien vécu.
J'aurais voulu lui dire au revoir.
Je pense à elle, à sa sœur, à son fils...
Je pense à ma mère aussi.
Les gens partent en voyage, et voilà qu'ils ne reviennent pas,
ou pas pareils.
Non, sans elle ça ne sera pas pareil.
Il manquera toujours quelqu'un derrière nous dans le chœur.
Je ne veux pas qu'elle ait mal.





mercredi 2 octobre 2013

Les choses les plus simples

J'aime ces plantes qu'on appelle les simples.
J'aime que ma vie soit devenue plus simple (bien qu'assez bien remplie quand même.)
et qu'elle pousse au soleil et à la pluie sans que la nuit me torture.


Tous les soirs je m'endors sans tourment.
Tous les matins je me réveille un peu étonnée d'avoir dormi tranquille.
J'en profite, je ne suis pas certaine que ça va durer.
Mais je ne me sens ni dans une période de hauts, ni dans une période de bas, je me sens juste vivre.
Quand je nage, je ne compte plus les longueurs pour m'empêcher de penser, je me sens joyeuse de respirer, presque surprise de cette mécanique harmonieuse qui me propulse à ras d'eau.
Quand je marche, même dans la rue, je suis toujours un peu en quête de cette sensation éprouvée sur le chemin : les pieds qui se déroulent au sol, dans le prolongement des hanches et des genoux.
Je ne suis plus que cette courroie de transmission entre l'air et la terre.
C'est un peu étrange à décrire et assez délicieux à ressentir,
car il n'est plus question dans ces instants de poids, d'esthétique, des culpabilité, de frustration,
d'angoisses financières ou affectives,
il n'est plus question de rien d'autre que cette connexion de moi à moi réconciliés,
et d'être disponible pour sourire à ceux qui croisent ma route.

J'aime me dire que

maintenant
tout va bien.

Évidemment, il  y a quelques dommages collatéraux.

Plus de mec (pas pluS non, non, plus du tout...)
Plus de sèche-linge.
Plus de lave-vaisselle.

J'ai décidé de m'en passer pendant un an.

Et puis de voir si je me peux m'en passer pour toujours.

Un an ça nous mène à avril pour le sevrage de bagatelle,
et à septembre l'an prochain pour celui de l'électro-ménager.
Je ne sais pas ce qui sera le plus dur,
mon fils me tanant tous les soirs dès qu'il faut sortir la bassine de la vaisselle.
Mais c'est un challenge intéressant, le défi de la simplicité.