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lundi 23 décembre 2013

Des nouvelles de ma nouvelle #13

112 œuvres en finale,
dont
Vendanges tardives
et
Cette femme là, mon vieux, elle est terrible,
et 29 sélectionnées pour être publiées dans la revue de Short Edition en janvier.

Vendanges tardives est au palmarès,
et c'est grâce à vous.
Elle n'a pas gagné le prix de la communauté
je n'avais pas assez de voix,
mais elle figure parmi le choix de l'éditeur.
J'ai découvert des textes que je n'avais pas lus,
que j'ai trouvés excellents, mais qui n'avaient que très peu de votes.
Je trouve ça chouette qu'ils figurent au palmarès, et que ce ne soit donc pas qu'une affaire de réseau.
Je vous invite à aller vous faire votre propre idée.
Il y a aussi une catégorie bulles qui est très attrayante.

mercredi 18 décembre 2013

Des nouvelles de ma nouvelle #12

Sans titre pour l'instant...

- Voilà ! C'est pour toi !
Campée devant lui, les poings sur les hanches, elle le regarda avec cet air faussement narquois et vaguement grave qu'elle arborait souvent.
Il n'en crut pas ses yeux.
- Où t'as trouvé ça ?
- Là-bas, au fond du terrain vague. tu sais, ils en ont laissé plein.
- Oui, mais j'en ai jamais trouvé en aussi bon état.
- Et c'est pas tout, regarde !
Elle actionna la poignée, l'engin se cambra comme une bête, dans une joyeuse et indécise pétarade; puis, le moteur se mit à ronronner doucement.
Il ouvrit des yeux grands comme des soucoupes, surpris et un peu affolé aussi :
- Arrête ça tout de suite ! T'es pas folle ? Si on nous entendait ?
- Bah, ils sont tous partis chercher à bouffer, t'inquiète...
- La benzine, où tu l'as trouvée ?
- Il y en a plein aussi je te dis, une dizaine de bidons au moins.
- Mais c'est pas possible. J'ai exploré chaque recoin de ce terrain, et je n'ai jamais rien vu, que des carcasses rouillées, mêmes pas bonnes pour la récup de pièces. Montre-moi !
- OK, as you want. Très déçue je suis. Moi, ce que je voulais, c'était faire une balade, assise derrière toi, collée contre ton dos. Tu sais, comme dans ce vieux film indien qu'on a vu l'autre fois. Mais t'en as pas envie apparemment.
- Stupid girl ! Bien sûr que si, mais plus tard.
Elle avait l'air déçu, et il détestait  la décevoir. Il lui attrapa un poignet, l'attira contre lui, déplia délicatement son poing serré, et embrassa tendrement la paume de sa main.
- Je te promets qu'on la fera cette balade rien que tous les deux. Quelque chose ne va pas, viens !
Elle avait coupé les gaz. Il planqua la mobylette sous l'escalier, tira la porte et claqua le verrou, avant de l'entraîner sur le parvis.
La main de Żywia toujours emprisonnée dans la sienne, il commença à gravir l'éboulis de l'ancienne tour. Il la lâcha de l'autre côté de la butte, pour dévaler les blocs de pierre, et elle le suivit en sautillant, sans jamais perdre l'équilibre  malgré l'instabilité du chaos de gravats.
Ils traversèrent ce qui avait dû être une école autrefois. Quelques lambeaux de dessins d'enfants délavés s'accrochaient encore à des débris de vitres, et un tricycle rouillé, tombé sur le flanc, comme endormi, semblait attendre, pour s'animer, qu'une petite fille vienne l'embrasser.
Mais des enfants, on n'en voyait plus guère, et même les jeunes comme eux commençaient à faire figure de rareté.
Ils contournèrent la piscine asséchée, à demi effondrée, colonisée par un fatras de ronces et de lianes enchevêtrées.
Caleb, parfois, croyait se souvenir du plaisir de la fraîcheur de l'eau, et de la voix de sa mère qui l'encourageait au moment de plonger. Ce n'était pas un vrai souvenir, pas comme celui de la première fois où il s'était allongé à côté de Żywia par exemple. Plutôt une image fugace qui le faisait balancer entre la résurgence d'un passé réel et familier, et un fantasme nourri du désir d'insouciance qui aurait dû encore l'animer à son âge.
- Amène-toi, c'est par là.
Elle avait de nouveau confié sa main à la sienne, et elle l'entraîna joyeusement, avant de s'engouffrer sous une arche de béton. Elle réapparut de l'autre côté, en dévoilant son trésor, jusque là dissimulé par une vieille bâche.
- Tu vois ! Qu'est-ce que je te disais ?...
Caleb n'était pas tranquille.
- Chut, fais moins de bruit. Je suis absolument certain que ce n'était pas là la dernière fois que je suis venu.
- D'accord, je te crois. Mais écoute, on va juste en prendre un bidon, et on file.
- Non, si on prend un bidon, ça va se voir, et en plus, on ne peut pas le déplacer à deux, c'est trop lourd. C'est mieux que je revienne tout seul en siphonner un peu. Allez, on se casse maintenant.
Ils repartirent dans l'autre sens, en essayant de se faire plus discrets.
- Tu sais quoi ? La mobylette, on va aller la planquer près de la vieille route, celle où personne ne va jamais. Comme ça, quand on voudra aller se promener, on n'aura pas à l'exhiber devant tout le monde. Qu'est-ce que tu en penses ?
- Tu sais bien que je suis toujours d'accord avec toi pour ces trucs là. Mais faut qu'on se dépêche, les autres vont bientôt revenir.
Depuis quelques temps, la nourriture se faisait plus rare, ils étaient obligés d'aller de plus en plus loin, pour fouiller les ruines et rapporter des trucs pas terribles mais nourrissants.
- J'ai pensé à un truc un peu fou, lança Żywia. Avec la mobylette, puisqu'on peut sortir de la ville, on pourrait se trouver un petit bout de terre à cultiver.
- Cultiver ? Tu sais faire ça toi, cultiver ?
- Non, mais je me souviens que mon grand-père le faisait. Et puis on pourrait trouver des livres là-dessus non ?
- Tu sais bien que les livres sont interdits. Ils sont mauvais.
- C'est pas vrai, ils disent ça parce qu'ils ne savent pas lire. Mais moi je sais, ma mère m'a appris, et je peux t'apprendre aussi si tu veux.
- Il faudra des outils aussi...
- On en trouvera, il faut juste chercher aux bons endroits. Caleb, cultiver, c'est être sûr d'avoir à manger. Un jour, c'est sûr il n'y aura plus rien de comestible dans les ruines. Et puis, je ne veux plus dépendre du groupe, leurs règles ne me plaisent pas.Tu me suivras ?
- J'irai où tu iras, tu le sais bien.







Anticyclone d'hiver # 1

Une bouffée d'angoisse lui coupa momentanément le souffle.
C'est le moment que choisit le disque solaire pour apparaître franchement, transpercer l'azur et venir s'y imprimer dans le flamboiement délicat d'un halo brumeux. En se répandant, la douce lumière rasante faisait verdoyer l'herbe et miroiter les eaux. Elle l'aveuglait un peu, mais il aima cette chaleur. Des nuées de corbeaux commençaient à s'égailler. Une constellation de grues traversa son champ de vision.
Il aurait voulu les suivre, et, à cette idée, il fit une légère embardée qui le ramena brusquement à l'instant présent.
La route avançait toujours, lui aussi. Il se dit que, d'ici quelques heures, la glace aurait disparu, et qu'il ne pouvait plus se permettre d'être triste. Il se sentit apaisé.

Il ferma les yeux, soulagé.
Rien qu'un instant.
A peine le temps d'un clignement de paupières.
Trente-six chandelles, le cœur qui explose, la vie qui défile, les pneus qui hurlent sur le bitume.
Fondu au noir.

(to be continued...)


vendredi 13 décembre 2013

Anticyclone d'hiver

C'était une route d'hiver, une saignée au noir entre les prés ourlés de givre, où les naseaux fumants de quelques vaches dessinaient de rassurantes volutes, un peu de vie sous les frondaisons figées des bosquets surpris par le gel en plein automne.
Il eut la soudaine vision de son propre corps pelotonné contre le flanc doré d'une limousine au pré.
S'allonger pour de bon, et dormir, enfin, dans la chaleur animale d'un être sans histoire, ni jugement.
La route s'engageait indéfiniment vers l'horizon, entre deux haies bocagères dentelées de blanc.
Depuis l'aube, les traînées de coton rose orangé duvetaient l'azur glacé du ciel, comme des embâcles charriées là par la voie lactée.
Submergé par une émotion inattendue à cette heure du jour, il fut saisi d'une brutale et impérieuse envie d'encore plus d'espace, d'air et de souffle...

dimanche 1 décembre 2013

Des nouvelles de ma nouvelle # 11

Bon alors
voilà les gens
deux de mes nouvelles ont été sélectionnées pour la finale d'hiver.

Qui dit finale dit voter encore donc.

Alors si vous les aimez toujours,
cliquez encore en très très court
pour Vendanges tardives
et en nouvelles
pour Cette femme là, mon vieux, elle est terrible !

C'est bête
mais j'ai envie de gagner.
Vraiment très envie.
Alors
merci,  merci

lundi 18 novembre 2013

Des nouvelles de ma nouvelle #10

Encore une nouvelle sélectionnée et publiée sur Short éditions
et aucune chance de l'emporter vue la  deadline (toujours le 30 novembre)
et pas le temps de m'en occuper comme il faudrait,
mais quand même,
si elle vous plaît, votez
mollissez pas les gens, il ne me manque que 17 voix pour aller en finale...
C'est  "Cette femme là, mon vieux, elle est terrible"
et c'est là

Et toujours "Trou de mémoire"
ici
elle a moins de voix, mais je l'aime moins aussi...
(et merci pour vos votes sur Vendanges tardives, qui caracole en tête du Très, très court).

mardi 29 octobre 2013

Des nouvelles de ma nouvelle # 9

C'est une nouvelle que vous avez déjà lue
mais qui n'avait pas été retenue par le jury du concours pour lequel elle avait été écrite.

Elle vient d'être publiée par Short Editions
actuellement en-tête dans la catégorie du très très court, 
(essentiellement grâce au coup de pouce de Jack).

Alors si vous l'aimez toujours,
votez pour elle,
sachant que la date limite est le 30 novembre.

samedi 28 septembre 2013

Des nouvelles de ma nouvelles # 8

Je vous préviens, c'est trash.
Âmes sensibles s'abstenir...




Petite mort

Très chère Élisabeth,

J'ai dévoré votre dernière lettre.
Je sais que vous pensez à moi souvent, et que je compte tendrement pour vous. J'en suis profondément touché, et croyez bien que je regrette de ne pouvoir vous offrir plus que ces quelques lignes.
Vous le savez, je ne suis pas libre.
Depuis tout ce temps que vous m'écrivez fidèlement d'où que vous soyez, vous m'abreuvez des nouvelles du monde et je m'autorise, à la nuit tombée, à imaginer le parcourir à vos côtés, votre main dans la mienne, délivré de toute entrave.
Sachez ma douce, que vous n'êtes pas la seule à vous interroger sur mes motivations. Mais c'est qu'elle me viennent d'un désir si intime et si profond, qu'il me serait étrange de les partager avec qui que ce soit.
Sauf avec vous. Vous m'êtes si proche.
Alors voilà, en y réfléchissant bien, je crois que c'est quand elle a dit :
« Viens ! Viens maintenant... »
Elle a soufflé ça les yeux mi-clos, et je sentais son corps tendu, son ventre plaqué au mien. C'était compliqué de résister.
Pourtant, je ne voulais pas. Pas encore, pas maintenant. J'avais peur, je ne sais pas, de l'abîmer, de m'abîmer, de m'étouffer, de me perdre.
Elle m'a saisi pour me guider en elle, et je me suis senti glisser dans un fourreau humide et chaud. Je suis allé jusqu'au fond, comme aspiré dans une vague dorée, un moment ébloui, puis je me suis ressaisi, et je suis ressorti.
Elle a gémi, dans un soupir : « Non, reste ! Viens encore plus loin, plus profond ! » J'étais juste là, au bord d'elle, prêt à basculer.
Il s'en est fallu de peu. Elle avançait, se refermait, m'engloutissait, mais quand je me sentais partir, je me retirais encore doucement.
Elle souriait...
Elle croyait que c'était un jeu, et elle voulait bien jouer.
C'était ce que j'aimais chez elle, cette fringale de jeu qu'elle avait tout le temps. Elle était toujours d'accord pour s'amuser. Une légèreté d'âme incroyable, parfois obscurcie de l'ombre d'anciennes blessures, qu'elle chassait d'un sourire, même après avoir beaucoup pleuré.
Elle n'ouvrait jamais les vannes devant moi, et j'étais à la fois effrayé et envieux de cette force, cette détermination farouche à effacer les orages d'un éclat de son rire.
Moi, je sais faire semblant, elle c'était différent. Elle passait vraiment d'un état à un autre, de la nausée d'un soir d'automne, à l'appétit de vivre au petit jour, acceptant le chagrin comme il venait, et le laissant la quitter par ses yeux, avant de regagner le rien d'où il était venu.
Elle était sincère en riant, elle était sincère en pleurant, elle était sincère en m'aimant.
Mais moi, non ! Non, je ne voulais pas aller aussi loin, et ne savais pas comment le lui dire.
Moi, ce que j'espérais, c'était absorber un peu de cette force. En goûtant la tendresse charnue de ses lèvres, j'attendais ce moment délicieux ou j'introduirai ma langue pour savourer la sienne. Son corps vacillerait entre mes bras, comme affaiblie de m'avoir nourri de sa vitalité.
Elle était belle à croquer. Chaque jour, j'étais fier de l'attendre à la sortie des cours, et de guetter les regards affamés des autres sur ses hanches qui n'ondulaient que vers moi.
Pour autant, je restais prudent, je ne la consommais qu'un peu à la fois. Très doucement, avec précautions, je la dégustais du bout des lèvres.
Elle aimait prendre mon sexe dans sa bouche, alors j'écartais ses cuisses et je m'y plongeais goulument. Plus ma langue l'explorait, plus je me sentais fort, grand, plein d'énergie. Tout le contraire de ce que je suis.
Mais tandis qu'elle se cambrait, emportée de soubresauts, je profitais de son inattention pour me retirer de ses lèvres. C'était une sorte d'accord tacite, je n'allais jamais jusqu'au bout et je ne la pénétrais jamais non plus. J'aurais eu l'impression de commettre l'irréparable.
Cet après-midi là, il avait fait très chaud, et elle était restée pantelante entre mes bras, dans la torpeur d'un crépuscule qui flamboyait encore derrière les carreaux. Je ne me sentais pas dans mon assiette, et je n'ai pas compris tout de suite ce qu'elle voulait quand elle est venue sur moi avec son air gourmand.
« À ton tour maintenant ! »
Ce fut comme une bataille. Sa bouche glissait sur ma peau avec avidité, ses doigts me palpaient, plus elle m'attirait en elle, et se resserrait sur moi, plus je la sentais se délecter de ma chair. Elle a glissé sur le côté, m'a attiré contre sa poitrine. J'entendais son cœur battre si fort que j'ai cru un instant qu'il pompait mon propre sang.
Je ne pouvais pas la laisser continuer à se repaître ainsi.
C'est à ce moment, je crois, que j'ai décidé de lui offrir le festin qu'elle attendait, et de ne pas en perdre une miette.
Le torse emprisonné entre ses jambes, j'ai réussi à glisser mes mains sous ses fesses, et je me suis enfoncé violemment.
Elle a crié.
Elle était bonne.
J'ai mangé son cœur et ses yeux en premier.
Si j'avais eu un congélateur, ils ne m'auraient jamais retrouvé.

Tendrement,
votre Aiichirō

jeudi 29 août 2013

Des nouvelles de ma nouvelle # 7

Cette fois, c'est du sérieux.
Pour moi en tout cas.

Ma nouvelle "Vendanges tardives",
vient d'être sélectionnée pour être publiée sur le site de Short Edition,
(Vous ne la trouverez donc pas sur ce blog). Elle est donc en lice pour le prix Hiver 2014.

Oui, je sais, c'est encore un truc où il faut voter,
soit en créant un compte, soit via Facebook.

Mais no pain, no gain.
Pas de réseau, aucune chance.
C'est autre chose que le vote pour mes pieds,
ça représente beaucoup plus.
Alors, si elle vous plaît, à vot'bon cœur m'sieurs dames... 

Pour la lire et voter, avant le 30 novembre
c'est là.
Pour voir mon profil sur Short Edition,
c'est là.

jeudi 7 mars 2013

Des nouvelles de ma nouvelle #6

12 000 caractères maximum
deadline le 11 mars
Thème "Être différente" : la nouvelle devra mettre en scène une femme handicapée.

Via vox


Elle marche.
Ses pieds dévorent la caillasse des voies de contre-feu, l'asphalte brûlant des entrées de ville, la poussière crayeuse des rangs de vigne, la boue collante des sentiers détrempés.
Désormais, elle ne saurait dire si le soleil a tapé, si le vent a soufflé, si l'averse s'est abattue. Les matins défilent : se lever, s'habiller, manger, enfiler les chaussures, endosser le sac. Un petit signe pour prendre congé de ses compagnons d'un soir, elle referme la porte sur le velours marine de la nuit déchirée par l'aurore.
Et puis elle marche.
Elle marche comme d'autres prient. Elle marche comme elle respire.
Hier soir, un homme lui a dit : « C'est drôle, j'ai l'impression que je vous connais. Votre visage m'est familier ». Petite moue impuissante de Lucie, air gêné de sa femme, il n'a pas insisté. La nuit, dans le dortoir, elle les a entendus chuchoter. Ce matin, l'homme était aux petits soins pour elle. Il avait préparé le petit déjeuner. Loin d'être touchée par son attention, elle s'est efforcée de maîtriser cette envie furieuse et familière, de prendre ses jambes à son cou et de s'enfuir. Elle lui en a férocement voulu de cette nausée qui lui est venue devant son air de commisération.
Mais maintenant elle marche, et son cœur s'apaise. Elle avalera quelques kilomètres de plus et, ce soir, elle ne dormira pas dans le même refuge, voilà tout.
Libera me.
***
Des églises, des basiliques et des cathédrales, Lucie en avait connues tout un chapelet, et, de son point de vue, elles se ressemblaient toutes. Elle n'y pénétrait que pour chanter, et ne s'y attardait jamais. Essai de voix, loge, concert, puis les applaudissements qui montaient de la nef pleine à craquer d'un public très chic et très compassé. Le prix des billets était suffisamment dissuasif pour que s'opère une sélection quasi naturelle.
Mais elle se souvenait qu'une fois, dans la cathédrale de Périgueux, elle avait été saisie d'une émotion violente devant le monumental retable de bois. Des larmes avaient perlé au bord de ses paupières, et, pendant un moment, elle s'était demandée si elle pourrait chanter avec cette petite boule au fond de la gorge, qui fait trembler la voix avant de l'asphyxier définitivement.
En regagnant sa loge, dans le bureau du sacristain, elle avait croisé le regard d'une statue de bois, notant vaguement la coquille accrochée à la cocherelle, la cape, le sac, et le bourdon.
En y repensant, ce soir-là, elle avait chanté comme jamais.
Une messe en sol mineur de Schubert.
Vacillante au début du Kyrie, la petite flamme au creux de son ventre s'était soudain élancée vers la clarté diffuse des vitraux. Et c'était comme si elle était double, flottant sous la voûte, contemplant son avatar cloué au sol du transept. Elle entendait sa propre voix, plus pure et plus céleste.
La voix d'une autre.
La voix d'un ange.
Une nuit sans sommeil, dévorée d'amertume, elle avait éprouvé le besoin impérieux de revoir ce lieu, où, pendant quelques instants, elle s'était sentie si différente.
Du temps, maintenant, elle en disposait à revendre. Le lendemain elle avait fermé sa porte et avait pris la route.
À pied.
Kyrie eleison.
***
Depuis trois jours qu'elle chemine à leurs côtés, Lucie sent son esprit s'élever pour courir en éclaireur vers les trouées de verdure aux détours des chemins. Elle a calé son pas sur celui de cet homme, que le sol semble aspirer chaque fois qu'il pose un pied devant l'autre. La terre l'attire, le retient, paraît le secouer pour assurer sa prise ; mais lui s'appuie résolument sur ses cannes, dégage ses hanches, sa cuisse, sa jambe, son pied, les projette en avant.
Il parle peu.
Il ne pose pas de questions.
Lucie aime la cellule monacale que ce silence habité construit autour d'eux.
Il sait.
Dans sa chair, il sait ce qu'elle ressent, et cette empathie est comme un baume pour son âme endolorie.
Elle a considérablement ralenti pour baigner encore un peu dans cette lumière.
Ses trois fils, qui portent les sacs, vont et viennent, avancent un peu plus vite en fin d'étape, pour préparer l'arrivée de leur père. Leur routine singulière est une telle évidence qu'aucun pèlerin ne songe à s'apitoyer sur le sort de ce compagnon de route, pour qui chaque pas se révèle une aventure autrement plus épique que la via Lemovicensis toute entière.
Sous la douche, ce soir, pour la première fois depuis des mois, elle sent ses larmes couler. C'est d'abord comme une illusion des sens, avant que les vannes ne s'ouvrent enfin. Elle pleure, pleure, et ce torrent salé, à l'eau mêlée, file dans le siphon, en emportant son immense chagrin.
Le lendemain matin, Lucie se prépare comme à chaque aube.
« Merci pour ce bout de chemin ».
Elle glisse le message dans la dragonne d'une des cannes, referme doucement la porte.
Après le pont sur la Dordogne, elle quitte le balisage pour tourner à droite, vers la gare.
Côté fenêtre.
Les paysages défilent et se succèdent à toute allure.
Le chemin à rebours et en accéléré.
Lux aeterna.
***
« Madame ! Madame ! Vous m'entendez ? »
Le fin rai de lumière l'éblouit. Elle voudrait cligner des paupières. Mais ses paupières, et tout son visage, sont engourdis.
« Serrez mes deux mains ! Serrez ! »
Elle voudrait serrer ; de toutes ses forces, elle voudrait. C'est le vide, le chaos, le néant.
Elle navigue dans un brouillard sonore de chuchotements, vers le phare de cette voix qui l'appelle. Elle a une vague pensée pour Ulysse retenu à son mât.
Elle voudrait crier. Détachez-moi ! Sa langue pèse une tonne. Les larmes coulent, et l'étouffent. Va-t-elle se noyer dans l'eau salée ?
Le gyrophare, la sirène hurlante, les défilé des néons, les scialitiques.
Elle n'entend plus la voix.
Requiem.
***
« Lucie ! Lucie ! Vous m'entendez ? Si vous m'entendez, serrez ma main. Bien, très bien. Bravo Lucie. Essayez l'autre main maintenant. Oui, c'est ça. Excellent !
Regardez ! Vous voyez mon doigt ? Suivez-le des yeux ! Oui, voilà. À droite. À Gauche. Parfait, c'est parfait.
Et là ? Vous sentez quelque chose ? Ah ! Ça vous fait rire, hein que je vous chatouille. L'autre pied.
Levez le bras droit ! Le bras gauche ? La jambe droite ? La gauche ?
Magnifique !
Vous vous en tirez bien Lucie, très bien même.
Vous avez eu un AVC. Un accident vasculaire cérébral. Vous savez ce que c'est ? »
Oui, bien sûr.
«  Lucie, vous avez compris ? Un AVC ? »
Oui, oui, c'est bon.
« Lucie, vous pouvez me répondre par oui ou par non ? Dire votre nom ? Votre âge ? »
Mais enfin oui, évidemment que je peux. Lucie. 33 ans, l'âge du Christ.
La bouche ouverte.
Sèche.
Muette.
Réincarnée en poisson rouge.
Quelqu'un éclate en sanglots.
«  Ne pleurez pas madame. Si vous voulez l'aider, il faut être forte. Nous allons la garder quelques jours, le temps d'effectuer un bilan complet de ses fonctions motrices. Ensuite, elle séjournera le temps nécessaire dans un centre de rééducation fonctionnelle.
« - Mais docteur, sa voix ! Vous vous rendez compte ? Sa voix …
- Elle est vivante madame. Et elle a échappé à l'hémiplégie. C'est tout ce qui importe. Aucune paralysie apparente. Franchement, ça tient déjà du miracle. Pour l'aphasie, il faut attendre encore. »
Salva me.
***
Mais pourquoi je me lève aussi tôt ? Qu'est-ce que je vais pouvoir faire de ma journée maintenant ?
Couchée tôt, levée aux aurores, vu le rythme imposé par la rééducation ces derniers mois, Lucie n'a aucun mal à rechausser ses bonnes habitudes et son hygiène de vie impeccable.
« Quand tu ne seras pas en représentation, tu devras te tenir à des horaires très réguliers. Le matin, tu dois donner à ta voix le temps de se réveiller. Fais attention à ce que tu manges aussi. Rien de gras, de lourd, très peu de liquide le soir, pour éviter l'acidité. » Les conseils de Natalia résonnent encore à son oreille.
La perplexité du neurologue aussi : « C'est un cas atypique. Vous avez tout récupéré : la motricité, l'écriture. C'est remarquable même. Il ne subsiste que l'aphasie de Broca. Vous avez la mémoire des mots, puisque vous pouvez vous exprimer par écrit, mais le mutisme est total. Cela semble être la seule lésion. Et je ne peux pas vous dire si vous retrouverez la parole. Il faut attendre, et continuer les séances d'orthophonie. »
Mais Lucie n'avait pas donné suite. Elle ne voyait pas comment les quelques grognements qu'elle pouvait encore émettre, allaient un jour lui redonner la parole.
Depuis, c'est comme si la terre avait cessé de tourner.
C'est qu'elle avait toujours su qu'elle serait chanteuse. Douée et opiniâtre, elle avait la gnaque. À peine tournée la page de ses 20 ans, elle était déjà l'une des sopranes coloratures les plus demandées de sa génération. Alors, les adages de Natalia, elles les avaient faites siennes. Pas de mari, pas d'enfant, que des amants, et jamais dans le même diocèse : elle ne supportait pas l'ego démesuré des chanteurs, qui lui faisait de l'ombre. Non, décidément, il ne pouvait y avoir deux clowns blancs sur la même piste.
« Lucie, née pour la lumière », lui répétait inlassablement sa mère avant chaque concours, après chaque concert.
Elle entend la clé dans la porte.
« Lucie, tu es là ? »
Putain, mais c'est pas possible maman, je ne veux plus que tu entres comme ça chez moi.
« Bonjour ma chérie ! Ça va ce matin ? »
La craie, l'ardoise : « Rends-moi les clés ».
« Mais enfin ma chérie, si je te les rends, qui s'occupera de toi ? »
Lucie se sent misérable.
Merde maman, j'ai plus deux ans. Je suis muette, pas grabataire. Je gère.
Les sourcils froncés, le regard noir, elle brandit l'ardoise de plus belle, et tend l'autre main avec insistance.
Rends-moi les clés je te dis.
Sa mère détourne le regard.
« Tous ces efforts ! Tous ces sacrifices ! Quel malheur, mon Dieu, quel malheur ! Regarde ce que tu es devenue ! Pas de mari, pas d'amis, et ta carrière fichue. »
Lucie sent sourdre une profonde colère. Violente. Il faut que ça sorte. L'ardoise explose sur la table, et dans le même mouvement, elle balaie rageusement les oranges, le couteau et le verre, qui vient voler en éclat contre la crédence.
« Mais qu'est-ce que tu fais ! C'est de la démence ! »
Lucie pense à cette vieille chanson sur la cruauté maternelle.
Sa colère retombe aussi soudainement qu'elle était venue. Elle saisit le bras de sa mère, attrape le trousseau de clés encore dans sa main, et la raccompagne fermement vers la porte d'entrée.
Au revoir maman.
Dies irae, dies illa.
***
« On m'a souvent demandé si chanter ne me manquait pas. En vérité, ce qui me manquait le plus, c'étaient les feux de la rampe ; ce tourbillon de scènes, de lumières, de tentures rouges et de volutes dorées. J'adorais chanter oui, mais plus encore je me soumettais à ces regards tournés vers moi, aux saluts sous les tonnerres d'applaudissements. »
Les doigts de Lucie volent au-dessus du pupitre.
« Je croyais que chanter était toute ma vie. Je croyais que chanter serait toute ma vie. Mais j'avais tort. Ma vie était bien vide en réalité. Vide de sens, vide d'amour, vide d'humanité. Le destin s'est contenté de couper le fil de ma marionnette. »
De temps en temps, quelques mains se lèvent dans la salle, comme pour acquiescer dans un écho silencieux.
« Quand j'y songe, la plus grande frustration, ça a été la parole. Ne plus pouvoir communiquer que par écrit, quand la pensée file comme le vent ; ne plus pouvoir exprimer ses émotions comme elles arrivent ; être tributaire du regard des autres pour me faire comprendre, ça a été le plus terrible.
La vérité, c'est qu'en m'obligeant à trouver quelque chose de plus grand que moi, perdre la voix m'a sauvé la vie.
Transmettre la langue des signes, dans des pays où le simple fait de boire et de manger est un combat quotidien, ça peut paraître le comble du dérisoire. Mais j'ai appris beaucoup de ces gens qui n'ont rien et qui pourtant partagent tout. Permettre à des familles de communiquer avec un des leurs, c'est ma façon à moi de dire merci, de me sentir vivante et à ma place dans ce monde. »
La lumière se rallume sur la salle et sa forêt de mains levées dans un long applaudissement silencieux.
Lucie ferme les yeux quelques secondes, bercée par la vibration des pieds qui martèlent le sol.
Ave Maria.


jeudi 21 février 2013

Des nouvelles de ma nouvelle #5

Un autre concours.
Deadline demain minuit.
Ne vous privez pas de commentaires. J'aime bien quand vous collaborez avec moi.
Écrite dans l'après-midi, mais mûrement réfléchie avant.
La consigne c'est : une nouvelle policière de 4 pages maximum, thème "quitte ou double".
Les fidèles lecteurs reconnaîtront peut-être des personnages de mon voisinage, voire même un certain coq.
Ce qui serait absolument fortuit et totalement involontaire.


Cette femme là mon vieux, elle est terrible !

- Bonjour monsieur, vous vous souvenez de moi ?
Oh que oui qu'il s'en souvient Jésus, de la voisine excédée par le coq. La dernière fois qu'elle s'était pointée, Maria-Teresa lui avait débité tout un chapelet de très vilains mots, mi-français, mi-portugais, mais suffisamment explicites pour que n'importe qui de normalement constitué lui saute à la gorge. L'autre ne s'était pas laissée démonter, ce qui avait suscité chez lui une forme d'admiration. Il était bien placé pour savoir ce qu'il pouvait en coûter de tenir tête à sa femme. Elle avait gardé son calme et quand Maria-Teresa avait enfin fermé son clapet, avait profité de l'occasion d'en placer une pour conclure froidement :
- Si le problème n'est pas réglé au printemps, j'écris à la mairie pour demander l'application du règlement sanitaire départemental. Un point c'est tout. Ils viendront compter vos oies et vos lapins. Vous perdrez bien plus que le coq, et vous ne pourrez pas dire que vous n'aurez pas été prévenue.
- Ché chouis chez moi, ché fai ché que ché feux !
- Non, madame, justement pas.
Et elle avait tourné les talons.
Jusqu'au printemps.
En avril, ne te découvre pas d'un fil. Jésus hésite à répondre, troublé qu'il est par le décolleté plongeant à l'aplomb du portillon.
- Je suis désolée monsieur, mais votre coq là, il me réveille toujours à 4 heures et en plus votre haie de ronces entrave le passage sur le trottoir. Alors on fait quoi ? Vous sacrifiez le coq et la haie, ou j'écris à la mairie pour les deux ?
Encore une belle emmerdeuse celle-là. Et Jésus n'a plus trop envie de se laisser faire désormais.

- Faites ce que vous voulez, je m'en fous.
- Ben dites-donc, je vois que votre femme a déteint sur vous finalement. Tiens, justement, elle n'est pas là la furieuse ? J'ai comme dans l'idée que ça dépend d'elle … je me trompe ?
- Je ne peux pas tailler les ronces, depuis le temps, elles sont toutes emberlificotées dans les thuyas.
- C'est votre problème, fallait pas les laisser pousser.

Et marchande d'esprit avec ça. Elle ne peut pas se contenter d'avoir des gros seins ? Elle ne va pas s'y mettre aussi.

Faut dire que le Jésus ça faisait 25 ans qu'il supportait la voix de crécelle encanardée de Maria-Teresa et qu'il se demandait comment. Donald Duck fait femme, l'humour en moins, la méchanceté en plus.  Une manière terrible de s'adresser à lui, en criant tout le temps. Dans le jardin, dès les premiers beaux jours, elle vociférait du matin au soir et tout le voisinage ne pouvait perdre une miette de ces humiliations quotidiennes. « Bon à rien ! » « Fainéant ! » « Cabrão  ! » « Vai p’ra puta que te pariu » « Besta, t'es qu'une merde » « Vai te foder ! »1 La honte était devenue si lourde à porter que Jésus ne sortait presque plus. La jeune fille, tremblante aux yeux baissés, qu'il avait demandée en mariage un soir d'automne, quelques mois avant de quitter le Portugal, s'était muée, dès la frontière passée, en une harpie furieuse, que rien n'arrêtait quand elle était lancée. Le patriarche en chemise blanche et gilet de velours noir, qui lui avait accordé sa main, était-il pour quelque chose dans cette mutation ? Jésus n'aurait su le dire.
Leur union était restée sèche, ce qui pour lui attestait une présence supérieure gouvernant sa vie. Rien n'aurait été plus triste que d'élever un enfant dans cette tempête de hurlements méprisants et rageux. Parfois il se disait qu'un gamin aurait pu réincarner un peu de son humanité. Mais au plus profond de lui, il savait qu'au mieux, elle aurait été une marâtre dans un simulacre de maternité. Aucune douceur, aucune tendresse chez cette femme. Il ne la touchait plus depuis longtemps, sauf quand elle l'exigeait. De cela aussi, c'était elle qui décidait. Elle le chevauchait alors avec une vigueur effrayante, et rien n'était plus loin de l'amour que cet accouplement bestial qui le laissait vide et honteux. Violé.
Maria-Teresa, du haut de son mètre cinquante sec et noueux, semblait jouir surtout de la domination violente qu'elle exerçait sur son grand corps musculeux durci à la pierre, au soleil et au vent de quarante années de chantiers. Un tout petit gabarit, intérieurement bouffi de hargne.
Pourquoi était-il resté ? Il n'aurait su le dire. Progressivement isolé de tous, de sa famille, puis de ses collègues de travail, il n'avait personne à qui se confier et avait fini par se convaincre qu'il était trop minable pour espérer mieux, voire même qu'il n'aurait pas survécu longtemps s'il avait vécu seul. Comme tous les maltraités, Jésus était absurdement persuadé que, le problème, c'était lui.
- Bon alors, vous ne croyez pas que ce serait mieux de s'entendre ?
- Je ne sais pas, je vais réfléchir.
- D'accord. Je vous laisse une semaine, bien que je ne voie pas pourquoi, vu que vous avez déjà eu tout l'hiver. Au revoir monsieur et mon meilleur souvenir à votre femme.

Elle dit ça avec un regard narquois, posé tout droit sur un large sourire de dents blanches. Elle se moque de lui ? Jésus réalise que, si elle ne supporte pas le coq insomniaque, c'est qu'elle doit être aussi aux premières loges des tirades jardinières... Il fuit son regard et regagne la pénombre de la maison.
Il prépare seul le repas – il se débrouille finalement - en regardant la télé.
La télé française.
Dans le silence.
Et Dieu, que ce silence est bon.
Depuis dix ans, c'est-à-dire depuis l'installation de l'antenne parabolique, Maria-Teresa ne regardait plus que les informations portugaises et les novelas brésiliennes. Jésus, lui, avait toujours été très fier de son français quasiment dénué d'accent. Il aimait les livres, le cinéma, les documentaires qui font voyager. Toujours en douce. Quand il avait de la chance, et qu'elle s'endormait tôt, il pouvait grappiller un bout de Thalassa le vendredi soir. Dans son pays, les hommes de sa génération n'allaient guère longtemps à l'école. Mais son patron l'avait inscrit aux cours du soir, qui présentaient le fabuleux avantage de le délivrer de la présence de Maria-Teresa deux fois par semaine. Elle s'y était opposée bien sûr, sauf que là-dessus il avait trouvé l'énergie de tenir bon.
Vingt ans plus tard, il ne pouvait que se féliciter d'être instruit. D'abord parce qu'il avait fini patron à son tour. Mais aussi parce que, quand il s'était réveillé trois jours plus tôt, et qu'elle n'était plus là, ses idées étaient particulièrement claires et en rien parasitées par l'ombre d'une hésitation. Il avait attendu 48 heures, vidé l'armoire de ses vêtements, tout déposé dans le conteneur du Relais. Puis il avait profité d'une éclaircie pour passer sa tête par-dessus la haie, et avouer au voisin : « Je crois bien que ma femme est partie ! » L'autre avait pris un air faussement navré, à deux doigts du ravissement soulagé. La vérité, c'est que personne dans le quartier ne supportait Maria-Teresa.
À part lui.
Commissariat, disparition inquiétante, main courante.
« - Elle est majeure monsieur, des dizaines de personnes disparaissent volontairement.
- Oui, je sais, j'ai vu un reportage là-dessus. Elle disait qu'elle voulait retourner au Portugal, qu'elle ne supportait plus la France. Mais ça fait des années qu'on n'a plus de contact avec sa famille, alors je ne sais pas.
- Voilà, signez-là. Bon courage monsieur. »
Il remonte la rue tranquillement, sans se presser. Ce soir, personne ne lèvera la main sur lui. Et surtout, personne ne criera. Les coups, il s'y était habitué. Mais sa voix... Il voulait juste qu'elle se taise.
Elle est là. Devant la porte. Elle le regarde arriver.
- Bon alors, ce trouble anormal de voisinage, vous y mettez un terme ou j'envoie ma lettre ? J'ai appelé les services techniques de la mairie. La haie, le coq, vous n'allez pas avoir le choix. Votre femme, elle est toujours aussi butée ?
Butée ? Jésus sursaute.
- C'est-à-dire... Ben, en fait, autant que vous le sachiez … Elle est partie. Je reviens du commissariat là.
- Ah mince ! Je suis désolée.
- Ne faites pas semblant, c'est pas la peine.
- Bon OK, donc la bonne nouvelle, c'est que c'est vous qui décidez. Alors, vous faites quoi ?
Jésus conjecture à toute vitesse.
Quitte ou double ?
Quitte il s'incline et on n'en parle plus. Mais la haie, non, là pour l'instant, impossible d'attirer l'attention de tous les passants sur la terre fraîchement remuée.
Double, un deuxième trou sous les thuyas ?
Sauf qu'elle, ce n'est pas Maria-Teresa. Elle a une vie sociale, un travail, des enfants qui s’inquiéteront.
Elle ne crie pas.
Et elle a des gros seins.
« - Vous aimez le coq au vin ?
Il a envie d'avancer la main.
- Pardon ?
C'est sûrement doux et chaud.
- Je vous demande ça, parce si vous aimez le coq au vin, je vous invite à dîner la semaine prochaine. Et puis la haie, ça fait des années qu'elle est comme ça. Alors je la taillerais l'hiver prochain, si ça vous va. Pas la peine d'écrire à la mairie, hein ?
- C'est portugais ça, le coq au vin ?
- Je le ferai à l'Alentejo... Lundi soir 20 heures, ça va ?
- Si vous me gardez la tête... »
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1Connard – Va voir ta putain de mère – Stupide – Va te faire foutre.





vendredi 25 janvier 2013

Des nouvelles de ma nouvelle #4

Ami lecteur
je te livre ici
un ultime épisode de la nouvelle 
que je viens d'envoyer pour un concours (plus la peine de corriger donc),
et qui doit donc rester ... inédite, pour être recevable.
 Évidemment, elle ne s'arrête pas là.
Si tu ne veux pas rester sur ta fin,
n'hésite pas à me la demander (un clic dans la colonne de droite) ...
Merci pour vos coms,
vos encouragements
et vos sourires.
Je m'en retourne finir mon dossier de certification.

Texte supprimé
parce que publié  chez Short edition

 

jeudi 24 janvier 2013

Des nouvelles de ma nouvelle # 3

Texte supprimé
parce que publié chez Short edition



Bethsabée au bain tenant  la lettre de David - Rembrandt

mercredi 23 janvier 2013

Des nouvelles de ma nouvelle # 2

Merci pour vos commentaires,
j'ai inséré les corrections suggérées
vous avez bien mérité la suite :-)

Texte supprimé
parce que publié sur Short Ediions

mardi 22 janvier 2013

Des nouvelles de ma nouvelle # 1

J'avais dit qu'il y aurait du sexe et du sang.
Il y en a.
E.L. James n'a qu'à bien se tenir.

Texte supprimé,
parce aue publié sur Short Editions,