112 œuvres en finale,
dont
Vendanges tardives
et
Cette femme là, mon vieux, elle est terrible,
et 29 sélectionnées pour être publiées dans la revue de Short Edition en janvier.
Vendanges tardives est au palmarès,
et c'est grâce à vous.
Elle n'a pas gagné le prix de la communauté
je n'avais pas assez de voix,
mais elle figure parmi le choix de l'éditeur.
J'ai découvert des textes que je n'avais pas lus,
que j'ai trouvés excellents, mais qui n'avaient que très peu de votes.
Je trouve ça chouette qu'ils figurent au palmarès, et que ce ne soit donc pas qu'une affaire de réseau.
Je vous invite à aller vous faire votre propre idée.
Il y a aussi une catégorie bulles qui est très attrayante.
Madame Nicole est revenue s'ancrer au bord de la dernière rivière sauvage d'Europe. Retour en Allier libre, au pays des hérons, des sternes, et des cigognes.
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lundi 23 décembre 2013
mercredi 18 décembre 2013
Des nouvelles de ma nouvelle #12
Sans titre pour l'instant...
- Voilà ! C'est pour toi !
Campée devant lui, les poings sur les hanches, elle le regarda avec cet air faussement narquois et vaguement grave qu'elle arborait souvent.
Il n'en crut pas ses yeux.
- Où t'as trouvé ça ?
- Là-bas, au fond du terrain vague. tu sais, ils en ont laissé plein.
- Oui, mais j'en ai jamais trouvé en aussi bon état.
- Et c'est pas tout, regarde !
Elle actionna la poignée, l'engin se cambra comme une bête, dans une joyeuse et indécise pétarade; puis, le moteur se mit à ronronner doucement.
Il ouvrit des yeux grands comme des soucoupes, surpris et un peu affolé aussi :
- Arrête ça tout de suite ! T'es pas folle ? Si on nous entendait ?
- Bah, ils sont tous partis chercher à bouffer, t'inquiète...
- La benzine, où tu l'as trouvée ?
- Il y en a plein aussi je te dis, une dizaine de bidons au moins.
- Mais c'est pas possible. J'ai exploré chaque recoin de ce terrain, et je n'ai jamais rien vu, que des carcasses rouillées, mêmes pas bonnes pour la récup de pièces. Montre-moi !
- OK, as you want. Très déçue je suis. Moi, ce que je voulais, c'était faire une balade, assise derrière toi, collée contre ton dos. Tu sais, comme dans ce vieux film indien qu'on a vu l'autre fois. Mais t'en as pas envie apparemment.
- Stupid girl ! Bien sûr que si, mais plus tard.
Elle avait l'air déçu, et il détestait la décevoir. Il lui attrapa un poignet, l'attira contre lui, déplia délicatement son poing serré, et embrassa tendrement la paume de sa main.
- Je te promets qu'on la fera cette balade rien que tous les deux. Quelque chose ne va pas, viens !
Elle avait coupé les gaz. Il planqua la mobylette sous l'escalier, tira la porte et claqua le verrou, avant de l'entraîner sur le parvis.
La main de Żywia toujours emprisonnée dans la sienne, il commença à gravir l'éboulis de l'ancienne tour. Il la lâcha de l'autre côté de la butte, pour dévaler les blocs de pierre, et elle le suivit en sautillant, sans jamais perdre l'équilibre malgré l'instabilité du chaos de gravats.
Ils traversèrent ce qui avait dû être une école autrefois. Quelques lambeaux de dessins d'enfants délavés s'accrochaient encore à des débris de vitres, et un tricycle rouillé, tombé sur le flanc, comme endormi, semblait attendre, pour s'animer, qu'une petite fille vienne l'embrasser.
Mais des enfants, on n'en voyait plus guère, et même les jeunes comme eux commençaient à faire figure de rareté.
Ils contournèrent la piscine asséchée, à demi effondrée, colonisée par un fatras de ronces et de lianes enchevêtrées.
Caleb, parfois, croyait se souvenir du plaisir de la fraîcheur de l'eau, et de la voix de sa mère qui l'encourageait au moment de plonger. Ce n'était pas un vrai souvenir, pas comme celui de la première fois où il s'était allongé à côté de Żywia par exemple. Plutôt une image fugace qui le faisait balancer entre la résurgence d'un passé réel et familier, et un fantasme nourri du désir d'insouciance qui aurait dû encore l'animer à son âge.
- Amène-toi, c'est par là.
Elle avait de nouveau confié sa main à la sienne, et elle l'entraîna joyeusement, avant de s'engouffrer sous une arche de béton. Elle réapparut de l'autre côté, en dévoilant son trésor, jusque là dissimulé par une vieille bâche.
- Tu vois ! Qu'est-ce que je te disais ?...
Caleb n'était pas tranquille.
- Chut, fais moins de bruit. Je suis absolument certain que ce n'était pas là la dernière fois que je suis venu.
- D'accord, je te crois. Mais écoute, on va juste en prendre un bidon, et on file.
- Non, si on prend un bidon, ça va se voir, et en plus, on ne peut pas le déplacer à deux, c'est trop lourd. C'est mieux que je revienne tout seul en siphonner un peu. Allez, on se casse maintenant.
Ils repartirent dans l'autre sens, en essayant de se faire plus discrets.
- Tu sais quoi ? La mobylette, on va aller la planquer près de la vieille route, celle où personne ne va jamais. Comme ça, quand on voudra aller se promener, on n'aura pas à l'exhiber devant tout le monde. Qu'est-ce que tu en penses ?
- Tu sais bien que je suis toujours d'accord avec toi pour ces trucs là. Mais faut qu'on se dépêche, les autres vont bientôt revenir.
Depuis quelques temps, la nourriture se faisait plus rare, ils étaient obligés d'aller de plus en plus loin, pour fouiller les ruines et rapporter des trucs pas terribles mais nourrissants.
- J'ai pensé à un truc un peu fou, lança Żywia. Avec la mobylette, puisqu'on peut sortir de la ville, on pourrait se trouver un petit bout de terre à cultiver.
- Cultiver ? Tu sais faire ça toi, cultiver ?
- Non, mais je me souviens que mon grand-père le faisait. Et puis on pourrait trouver des livres là-dessus non ?
- Tu sais bien que les livres sont interdits. Ils sont mauvais.
- C'est pas vrai, ils disent ça parce qu'ils ne savent pas lire. Mais moi je sais, ma mère m'a appris, et je peux t'apprendre aussi si tu veux.
- Il faudra des outils aussi...
- On en trouvera, il faut juste chercher aux bons endroits. Caleb, cultiver, c'est être sûr d'avoir à manger. Un jour, c'est sûr il n'y aura plus rien de comestible dans les ruines. Et puis, je ne veux plus dépendre du groupe, leurs règles ne me plaisent pas.Tu me suivras ?
- J'irai où tu iras, tu le sais bien.
- Voilà ! C'est pour toi !
Campée devant lui, les poings sur les hanches, elle le regarda avec cet air faussement narquois et vaguement grave qu'elle arborait souvent.
Il n'en crut pas ses yeux.
- Où t'as trouvé ça ?
- Là-bas, au fond du terrain vague. tu sais, ils en ont laissé plein.
- Oui, mais j'en ai jamais trouvé en aussi bon état.
- Et c'est pas tout, regarde !
Elle actionna la poignée, l'engin se cambra comme une bête, dans une joyeuse et indécise pétarade; puis, le moteur se mit à ronronner doucement.
Il ouvrit des yeux grands comme des soucoupes, surpris et un peu affolé aussi :
- Arrête ça tout de suite ! T'es pas folle ? Si on nous entendait ?
- Bah, ils sont tous partis chercher à bouffer, t'inquiète...
- La benzine, où tu l'as trouvée ?
- Il y en a plein aussi je te dis, une dizaine de bidons au moins.
- Mais c'est pas possible. J'ai exploré chaque recoin de ce terrain, et je n'ai jamais rien vu, que des carcasses rouillées, mêmes pas bonnes pour la récup de pièces. Montre-moi !
- OK, as you want. Très déçue je suis. Moi, ce que je voulais, c'était faire une balade, assise derrière toi, collée contre ton dos. Tu sais, comme dans ce vieux film indien qu'on a vu l'autre fois. Mais t'en as pas envie apparemment.
- Stupid girl ! Bien sûr que si, mais plus tard.
Elle avait l'air déçu, et il détestait la décevoir. Il lui attrapa un poignet, l'attira contre lui, déplia délicatement son poing serré, et embrassa tendrement la paume de sa main.
- Je te promets qu'on la fera cette balade rien que tous les deux. Quelque chose ne va pas, viens !
Elle avait coupé les gaz. Il planqua la mobylette sous l'escalier, tira la porte et claqua le verrou, avant de l'entraîner sur le parvis.
La main de Żywia toujours emprisonnée dans la sienne, il commença à gravir l'éboulis de l'ancienne tour. Il la lâcha de l'autre côté de la butte, pour dévaler les blocs de pierre, et elle le suivit en sautillant, sans jamais perdre l'équilibre malgré l'instabilité du chaos de gravats.
Ils traversèrent ce qui avait dû être une école autrefois. Quelques lambeaux de dessins d'enfants délavés s'accrochaient encore à des débris de vitres, et un tricycle rouillé, tombé sur le flanc, comme endormi, semblait attendre, pour s'animer, qu'une petite fille vienne l'embrasser.
Mais des enfants, on n'en voyait plus guère, et même les jeunes comme eux commençaient à faire figure de rareté.
Ils contournèrent la piscine asséchée, à demi effondrée, colonisée par un fatras de ronces et de lianes enchevêtrées.
Caleb, parfois, croyait se souvenir du plaisir de la fraîcheur de l'eau, et de la voix de sa mère qui l'encourageait au moment de plonger. Ce n'était pas un vrai souvenir, pas comme celui de la première fois où il s'était allongé à côté de Żywia par exemple. Plutôt une image fugace qui le faisait balancer entre la résurgence d'un passé réel et familier, et un fantasme nourri du désir d'insouciance qui aurait dû encore l'animer à son âge.
- Amène-toi, c'est par là.
Elle avait de nouveau confié sa main à la sienne, et elle l'entraîna joyeusement, avant de s'engouffrer sous une arche de béton. Elle réapparut de l'autre côté, en dévoilant son trésor, jusque là dissimulé par une vieille bâche.
- Tu vois ! Qu'est-ce que je te disais ?...
Caleb n'était pas tranquille.
- Chut, fais moins de bruit. Je suis absolument certain que ce n'était pas là la dernière fois que je suis venu.
- D'accord, je te crois. Mais écoute, on va juste en prendre un bidon, et on file.
- Non, si on prend un bidon, ça va se voir, et en plus, on ne peut pas le déplacer à deux, c'est trop lourd. C'est mieux que je revienne tout seul en siphonner un peu. Allez, on se casse maintenant.
Ils repartirent dans l'autre sens, en essayant de se faire plus discrets.
- Tu sais quoi ? La mobylette, on va aller la planquer près de la vieille route, celle où personne ne va jamais. Comme ça, quand on voudra aller se promener, on n'aura pas à l'exhiber devant tout le monde. Qu'est-ce que tu en penses ?
- Tu sais bien que je suis toujours d'accord avec toi pour ces trucs là. Mais faut qu'on se dépêche, les autres vont bientôt revenir.
Depuis quelques temps, la nourriture se faisait plus rare, ils étaient obligés d'aller de plus en plus loin, pour fouiller les ruines et rapporter des trucs pas terribles mais nourrissants.
- J'ai pensé à un truc un peu fou, lança Żywia. Avec la mobylette, puisqu'on peut sortir de la ville, on pourrait se trouver un petit bout de terre à cultiver.
- Cultiver ? Tu sais faire ça toi, cultiver ?
- Non, mais je me souviens que mon grand-père le faisait. Et puis on pourrait trouver des livres là-dessus non ?
- Tu sais bien que les livres sont interdits. Ils sont mauvais.
- C'est pas vrai, ils disent ça parce qu'ils ne savent pas lire. Mais moi je sais, ma mère m'a appris, et je peux t'apprendre aussi si tu veux.
- Il faudra des outils aussi...
- On en trouvera, il faut juste chercher aux bons endroits. Caleb, cultiver, c'est être sûr d'avoir à manger. Un jour, c'est sûr il n'y aura plus rien de comestible dans les ruines. Et puis, je ne veux plus dépendre du groupe, leurs règles ne me plaisent pas.Tu me suivras ?
- J'irai où tu iras, tu le sais bien.
Anticyclone d'hiver # 1
Une bouffée d'angoisse lui coupa momentanément le souffle.
C'est le moment que choisit le disque solaire pour apparaître franchement, transpercer l'azur et venir s'y imprimer dans le flamboiement délicat d'un halo brumeux. En se répandant, la douce lumière rasante faisait verdoyer l'herbe et miroiter les eaux. Elle l'aveuglait un peu, mais il aima cette chaleur. Des nuées de corbeaux commençaient à s'égailler. Une constellation de grues traversa son champ de vision.
Il aurait voulu les suivre, et, à cette idée, il fit une légère embardée qui le ramena brusquement à l'instant présent.
La route avançait toujours, lui aussi. Il se dit que, d'ici quelques heures, la glace aurait disparu, et qu'il ne pouvait plus se permettre d'être triste. Il se sentit apaisé.
Il ferma les yeux, soulagé.
Rien qu'un instant.
A peine le temps d'un clignement de paupières.
Trente-six chandelles, le cœur qui explose, la vie qui défile, les pneus qui hurlent sur le bitume.
Fondu au noir.
C'est le moment que choisit le disque solaire pour apparaître franchement, transpercer l'azur et venir s'y imprimer dans le flamboiement délicat d'un halo brumeux. En se répandant, la douce lumière rasante faisait verdoyer l'herbe et miroiter les eaux. Elle l'aveuglait un peu, mais il aima cette chaleur. Des nuées de corbeaux commençaient à s'égailler. Une constellation de grues traversa son champ de vision.
Il aurait voulu les suivre, et, à cette idée, il fit une légère embardée qui le ramena brusquement à l'instant présent.
La route avançait toujours, lui aussi. Il se dit que, d'ici quelques heures, la glace aurait disparu, et qu'il ne pouvait plus se permettre d'être triste. Il se sentit apaisé.
Il ferma les yeux, soulagé.
Rien qu'un instant.
A peine le temps d'un clignement de paupières.
Trente-six chandelles, le cœur qui explose, la vie qui défile, les pneus qui hurlent sur le bitume.
Fondu au noir.
(to be continued...)
vendredi 13 décembre 2013
Anticyclone d'hiver
C'était une route d'hiver, une saignée au noir entre les prés ourlés de givre, où les naseaux fumants de quelques vaches dessinaient de rassurantes volutes, un peu de vie sous les frondaisons figées des bosquets surpris par le gel en plein automne.
Il eut la soudaine vision de son propre corps pelotonné contre le flanc doré d'une limousine au pré.
S'allonger pour de bon, et dormir, enfin, dans la chaleur animale d'un être sans histoire, ni jugement.
La route s'engageait indéfiniment vers l'horizon, entre deux haies bocagères dentelées de blanc.
Depuis l'aube, les traînées de coton rose orangé duvetaient l'azur glacé du ciel, comme des embâcles charriées là par la voie lactée.
Submergé par une émotion inattendue à cette heure du jour, il fut saisi d'une brutale et impérieuse envie d'encore plus d'espace, d'air et de souffle...
Il eut la soudaine vision de son propre corps pelotonné contre le flanc doré d'une limousine au pré.
S'allonger pour de bon, et dormir, enfin, dans la chaleur animale d'un être sans histoire, ni jugement.
La route s'engageait indéfiniment vers l'horizon, entre deux haies bocagères dentelées de blanc.
Depuis l'aube, les traînées de coton rose orangé duvetaient l'azur glacé du ciel, comme des embâcles charriées là par la voie lactée.
Submergé par une émotion inattendue à cette heure du jour, il fut saisi d'une brutale et impérieuse envie d'encore plus d'espace, d'air et de souffle...
dimanche 1 décembre 2013
Des nouvelles de ma nouvelle # 11
Bon alors
voilà les gens
deux de mes nouvelles ont été sélectionnées pour la finale d'hiver.
Qui dit finale dit voter encore donc.
Alors si vous les aimez toujours,
cliquez encore en très très court
pour Vendanges tardives
et en nouvelles
pour Cette femme là, mon vieux, elle est terrible !
C'est bête
mais j'ai envie de gagner.
Vraiment très envie.
Alors
merci, merci
voilà les gens
deux de mes nouvelles ont été sélectionnées pour la finale d'hiver.
Qui dit finale dit voter encore donc.
Alors si vous les aimez toujours,
cliquez encore en très très court
pour Vendanges tardives
et en nouvelles
pour Cette femme là, mon vieux, elle est terrible !
C'est bête
mais j'ai envie de gagner.
Vraiment très envie.
Alors
merci, merci
lundi 18 novembre 2013
Des nouvelles de ma nouvelle #10
Encore une nouvelle sélectionnée et publiée sur Short éditions
et aucune chance de l'emporter vue la deadline (toujours le 30 novembre)
et pas le temps de m'en occuper comme il faudrait,
mais quand même,
si elle vous plaît, votez
mollissez pas les gens, il ne me manque que 17 voix pour aller en finale...
C'est "Cette femme là, mon vieux, elle est terrible"
et c'est là
Et toujours "Trou de mémoire"
ici
elle a moins de voix, mais je l'aime moins aussi...
(et merci pour vos votes sur Vendanges tardives, qui caracole en tête du Très, très court).
et aucune chance de l'emporter vue la deadline (toujours le 30 novembre)
et pas le temps de m'en occuper comme il faudrait,
mais quand même,
si elle vous plaît, votez
mollissez pas les gens, il ne me manque que 17 voix pour aller en finale...
C'est "Cette femme là, mon vieux, elle est terrible"
et c'est là
Et toujours "Trou de mémoire"
ici
elle a moins de voix, mais je l'aime moins aussi...
(et merci pour vos votes sur Vendanges tardives, qui caracole en tête du Très, très court).
mardi 29 octobre 2013
Des nouvelles de ma nouvelle # 9
C'est une nouvelle que vous avez déjà lue
mais qui n'avait pas été retenue par le jury du concours pour lequel elle avait été écrite.
mais qui n'avait pas été retenue par le jury du concours pour lequel elle avait été écrite.
Elle vient d'être publiée par Short Editions
comme Vendanges tardives
actuellement en-tête dans la catégorie du très très court,
(essentiellement grâce au coup de pouce de Jack).
Alors si vous l'aimez toujours,
votez pour elle,
sachant que la date limite est le 30 novembre.
samedi 28 septembre 2013
Des nouvelles de ma nouvelles # 8
Je vous préviens, c'est trash.
Âmes sensibles s'abstenir...
Âmes sensibles s'abstenir...
Petite
mort
Très chère
Élisabeth,
J'ai
dévoré votre dernière lettre.
Je
sais que vous pensez à moi souvent, et que je compte tendrement pour
vous. J'en suis profondément touché, et croyez bien que je regrette
de ne pouvoir vous offrir plus que ces quelques lignes.
Vous
le savez, je ne suis pas libre.
Depuis
tout ce temps que vous m'écrivez fidèlement d'où que vous soyez,
vous m'abreuvez des nouvelles du monde et je m'autorise, à la nuit
tombée, à imaginer le parcourir à vos côtés, votre main dans la
mienne, délivré de toute entrave.
Sachez
ma douce, que vous n'êtes pas la seule à vous interroger sur mes
motivations. Mais c'est qu'elle me viennent d'un désir si intime et
si profond, qu'il me serait étrange de les partager avec qui que ce
soit.
Sauf
avec vous. Vous m'êtes si proche.
Alors
voilà, en y réfléchissant bien, je crois que c'est quand elle a
dit :
« Viens !
Viens maintenant... »
Elle a
soufflé ça les yeux mi-clos, et je sentais son corps tendu, son
ventre plaqué au mien. C'était compliqué de résister.
Pourtant,
je ne voulais pas. Pas encore, pas maintenant. J'avais peur, je ne
sais pas, de l'abîmer, de m'abîmer, de m'étouffer, de me perdre.
Elle
m'a saisi pour me guider en elle, et je me suis senti glisser dans un
fourreau humide et chaud. Je suis allé jusqu'au fond, comme aspiré
dans une vague dorée, un moment ébloui, puis je me suis ressaisi,
et je suis ressorti.
Elle a
gémi, dans un soupir : « Non, reste ! Viens
encore plus loin, plus profond ! » J'étais juste là, au
bord d'elle, prêt à basculer.
Il
s'en est fallu de peu. Elle avançait, se refermait, m'engloutissait,
mais quand je me sentais partir, je me retirais encore doucement.
Elle
souriait...
Elle
croyait que c'était un jeu, et elle voulait bien jouer.
C'était
ce que j'aimais chez elle, cette fringale de jeu qu'elle avait tout
le temps. Elle était toujours d'accord pour s'amuser. Une
légèreté d'âme incroyable, parfois obscurcie de l'ombre
d'anciennes blessures, qu'elle chassait d'un sourire, même après
avoir beaucoup pleuré.
Elle
n'ouvrait jamais les vannes devant moi, et j'étais à la fois
effrayé et envieux de cette force, cette détermination farouche à
effacer les orages d'un éclat de son rire.
Moi,
je sais faire semblant, elle c'était différent. Elle passait
vraiment d'un état à un autre, de la nausée d'un soir d'automne, à
l'appétit de vivre au petit jour, acceptant le chagrin comme il
venait, et le laissant la quitter par ses yeux, avant de regagner le
rien d'où il était venu.
Elle
était sincère en riant, elle était sincère en pleurant, elle
était sincère en m'aimant.
Mais
moi, non ! Non, je ne voulais pas aller aussi loin, et ne savais
pas comment le lui dire.
Moi,
ce que j'espérais, c'était absorber un peu de cette force. En
goûtant la tendresse charnue de ses lèvres, j'attendais ce moment
délicieux ou j'introduirai ma langue pour savourer la sienne. Son
corps vacillerait entre mes bras, comme affaiblie de m'avoir nourri
de sa vitalité.
Elle
était belle à croquer. Chaque jour, j'étais fier de
l'attendre à la sortie des cours, et de guetter les regards affamés
des autres sur ses hanches qui n'ondulaient que vers moi.
Pour
autant, je restais prudent, je ne la consommais qu'un peu à la fois.
Très doucement, avec précautions, je la dégustais du bout des
lèvres.
Elle
aimait prendre mon sexe dans sa bouche, alors j'écartais ses cuisses
et je m'y plongeais goulument. Plus ma langue l'explorait, plus je me
sentais fort, grand, plein d'énergie. Tout le contraire de ce que je
suis.
Mais
tandis qu'elle se cambrait, emportée de soubresauts, je profitais de
son inattention pour me retirer de ses lèvres. C'était une sorte
d'accord tacite, je n'allais jamais jusqu'au bout et je ne la
pénétrais jamais non plus. J'aurais eu l'impression de commettre
l'irréparable.
Cet
après-midi là, il avait fait très chaud, et elle était restée
pantelante entre mes bras, dans la torpeur d'un crépuscule qui
flamboyait encore derrière les carreaux. Je ne me sentais pas dans
mon assiette, et je n'ai pas compris tout de suite ce qu'elle voulait
quand elle est venue sur moi avec son air gourmand.
« À
ton tour maintenant ! »
Ce
fut comme une bataille. Sa bouche glissait sur ma peau avec avidité,
ses doigts me palpaient, plus elle m'attirait en elle, et se resserrait sur moi, plus je la sentais se délecter de ma chair. Elle
a glissé sur le côté, m'a attiré contre sa poitrine. J'entendais
son cœur battre si fort que j'ai cru un instant qu'il pompait mon
propre sang.
Je
ne pouvais pas la laisser continuer à se repaître ainsi.
C'est
à ce moment, je crois, que j'ai décidé de lui offrir le festin
qu'elle attendait, et de ne pas en perdre une miette.
Le
torse emprisonné entre ses jambes, j'ai réussi à glisser mes mains
sous ses fesses, et je me suis enfoncé violemment.
Elle
a crié.
Elle
était bonne.
J'ai
mangé son cœur et ses yeux en premier.
Si
j'avais eu un congélateur, ils ne m'auraient jamais retrouvé.
Tendrement,
votre
Aiichirō
jeudi 29 août 2013
Des nouvelles de ma nouvelle # 7
Cette fois, c'est du sérieux.
Pour moi en tout cas.
Ma nouvelle "Vendanges tardives",
vient d'être sélectionnée pour être publiée sur le site de Short Edition,
(Vous ne la trouverez donc pas sur ce blog). Elle est donc en lice pour le prix Hiver 2014.
Oui, je sais, c'est encore un truc où il faut voter,
soit en créant un compte, soit via Facebook.
Mais no pain, no gain.
Pas de réseau, aucune chance.
C'est autre chose que le vote pour mes pieds,
ça représente beaucoup plus.
Alors, si elle vous plaît, à vot'bon cœur m'sieurs dames...
Pour la lire et voter, avant le 30 novembre
c'est là.
Pour voir mon profil sur Short Edition,
c'est là.
Pour moi en tout cas.
Ma nouvelle "Vendanges tardives",
vient d'être sélectionnée pour être publiée sur le site de Short Edition,
(Vous ne la trouverez donc pas sur ce blog). Elle est donc en lice pour le prix Hiver 2014.
Oui, je sais, c'est encore un truc où il faut voter,
soit en créant un compte, soit via Facebook.
Mais no pain, no gain.
Pas de réseau, aucune chance.
C'est autre chose que le vote pour mes pieds,
ça représente beaucoup plus.
Alors, si elle vous plaît, à vot'bon cœur m'sieurs dames...
Pour la lire et voter, avant le 30 novembre
c'est là.
Pour voir mon profil sur Short Edition,
c'est là.
jeudi 7 mars 2013
Des nouvelles de ma nouvelle #6
12 000 caractères maximum
deadline le 11 mars
Thème "Être différente" : la nouvelle devra mettre en scène une femme handicapée.
Via vox
Elle marche.
Ses pieds dévorent
la caillasse des voies de contre-feu, l'asphalte brûlant des entrées
de ville, la poussière crayeuse des rangs de vigne, la boue collante
des sentiers détrempés.
Désormais, elle ne
saurait dire si le soleil a tapé, si le vent a soufflé, si l'averse
s'est abattue. Les matins défilent : se lever, s'habiller,
manger, enfiler les chaussures, endosser le sac. Un petit signe pour
prendre congé de ses compagnons d'un soir, elle referme la porte sur
le velours marine de la nuit déchirée par l'aurore.
Et puis elle marche.
Elle marche comme
d'autres prient. Elle marche comme elle respire.
Hier soir, un homme
lui a dit : « C'est drôle, j'ai l'impression que je vous
connais. Votre visage m'est familier ». Petite moue impuissante
de Lucie, air gêné de sa femme, il n'a pas insisté. La nuit, dans
le dortoir, elle les a entendus chuchoter. Ce matin, l'homme était
aux petits soins pour elle. Il avait préparé le petit déjeuner.
Loin d'être touchée par son attention, elle s'est efforcée de
maîtriser cette envie furieuse et familière, de prendre ses jambes
à son cou et de s'enfuir. Elle lui en a férocement voulu de
cette nausée qui lui est venue devant son air de commisération.
Mais maintenant elle
marche, et son cœur s'apaise. Elle avalera quelques kilomètres de
plus et, ce soir, elle ne dormira pas dans le même refuge, voilà
tout.
Libera me.
***
Des
églises, des basiliques et des cathédrales, Lucie en avait connues
tout un chapelet, et, de son point de vue, elles se ressemblaient
toutes. Elle n'y pénétrait que pour chanter, et ne s'y
attardait jamais. Essai de voix, loge, concert, puis les
applaudissements qui montaient de la nef pleine à craquer d'un
public très chic et très compassé. Le prix des billets était
suffisamment dissuasif pour que s'opère une sélection quasi
naturelle.
Mais
elle se souvenait qu'une fois, dans la cathédrale de Périgueux,
elle avait été saisie d'une émotion violente devant le monumental
retable de bois. Des larmes avaient perlé au bord de ses paupières,
et, pendant un moment, elle s'était demandée si elle pourrait
chanter avec cette petite boule au fond de la gorge, qui fait trembler
la voix avant de l'asphyxier définitivement.
En
regagnant sa loge, dans le bureau du sacristain, elle avait croisé
le regard d'une statue de bois, notant vaguement la coquille
accrochée à la cocherelle, la cape, le sac, et le bourdon.
En y
repensant, ce soir-là, elle avait chanté comme jamais.
Une
messe en sol mineur de Schubert.
Vacillante
au début du Kyrie, la petite flamme au creux de son ventre s'était
soudain élancée vers la clarté diffuse des vitraux. Et c'était
comme si elle était double, flottant sous la voûte, contemplant son
avatar cloué au sol du transept. Elle entendait sa propre voix, plus
pure et plus céleste.
La
voix d'une autre.
La
voix d'un ange.
Une
nuit sans sommeil, dévorée d'amertume, elle avait éprouvé le
besoin impérieux de revoir ce lieu, où, pendant quelques instants,
elle s'était sentie si différente.
Du
temps, maintenant, elle en disposait à revendre. Le lendemain elle
avait fermé sa porte et avait pris la route.
À
pied.
Kyrie
eleison.
***
Depuis trois jours
qu'elle chemine à leurs côtés, Lucie sent son esprit s'élever
pour courir en éclaireur vers les trouées de verdure aux détours
des chemins. Elle a calé son pas sur celui de cet homme, que le sol
semble aspirer chaque fois qu'il pose un pied devant l'autre. La
terre l'attire, le retient, paraît le secouer pour assurer sa
prise ; mais lui s'appuie résolument sur ses cannes, dégage
ses hanches, sa cuisse, sa jambe, son pied, les projette en avant.
Il parle peu.
Il ne pose pas de
questions.
Lucie aime la
cellule monacale que ce silence habité construit autour d'eux.
Il sait.
Dans sa chair, il
sait ce qu'elle ressent, et cette empathie est comme un baume pour
son âme endolorie.
Elle a
considérablement ralenti pour baigner encore un peu dans cette
lumière.
Ses trois fils, qui
portent les sacs, vont et viennent, avancent un peu plus vite en fin
d'étape, pour préparer l'arrivée de leur père. Leur routine
singulière est une telle évidence qu'aucun pèlerin ne songe à
s'apitoyer sur le sort de ce compagnon de route, pour qui chaque pas
se révèle une aventure autrement plus épique que la via
Lemovicensis toute entière.
Sous la douche, ce
soir, pour la première fois depuis des mois, elle sent ses larmes
couler. C'est d'abord comme une illusion des sens, avant que les
vannes ne s'ouvrent enfin. Elle pleure, pleure, et ce torrent salé, à
l'eau mêlée, file dans le siphon, en emportant son immense chagrin.
Le lendemain matin,
Lucie se prépare comme à chaque aube.
« Merci pour
ce bout de chemin ».
Elle glisse le message dans la dragonne d'une des cannes, referme doucement la porte.
Après le pont sur
la Dordogne, elle quitte le balisage pour tourner à droite, vers la
gare.
Côté fenêtre.
Les paysages
défilent et se succèdent à toute allure.
Le chemin à rebours
et en accéléré.
Lux aeterna.
***
« Madame !
Madame ! Vous m'entendez ? »
Le fin rai de
lumière l'éblouit. Elle voudrait cligner des paupières. Mais ses
paupières, et tout son visage, sont engourdis.
« Serrez mes
deux mains ! Serrez ! »
Elle voudrait
serrer ; de toutes ses forces, elle voudrait. C'est le vide, le
chaos, le néant.
Elle navigue dans un
brouillard sonore de chuchotements, vers le phare de cette voix qui
l'appelle. Elle a une vague pensée pour Ulysse retenu à son mât.
Elle voudrait crier.
Détachez-moi ! Sa langue pèse une tonne. Les larmes coulent,
et l'étouffent. Va-t-elle se noyer dans l'eau salée ?
Le gyrophare, la
sirène hurlante, les défilé des néons, les scialitiques.
Elle n'entend plus
la voix.
Requiem.
***
« Lucie !
Lucie ! Vous m'entendez ? Si vous m'entendez, serrez ma
main. Bien, très bien. Bravo Lucie. Essayez l'autre main maintenant.
Oui, c'est ça. Excellent !
Regardez ! Vous
voyez mon doigt ? Suivez-le des yeux ! Oui, voilà. À
droite. À Gauche. Parfait, c'est parfait.
Et là ? Vous
sentez quelque chose ? Ah ! Ça vous fait rire, hein que je
vous chatouille. L'autre pied.
Levez le bras
droit ! Le bras gauche ? La jambe droite ? La gauche ?
Magnifique !
Vous vous en tirez
bien Lucie, très bien même.
Vous avez eu un AVC.
Un accident vasculaire cérébral. Vous savez ce que c'est ? »
Oui, bien sûr.
« Lucie, vous
avez compris ? Un AVC ? »
Oui, oui, c'est bon.
« Lucie, vous
pouvez me répondre par oui ou par non ? Dire votre nom ?
Votre âge ? »
Mais enfin oui,
évidemment que je peux. Lucie. 33 ans, l'âge du Christ.
La bouche ouverte.
Sèche.
Muette.
Réincarnée en
poisson rouge.
Quelqu'un éclate en
sanglots.
« Ne pleurez
pas madame. Si vous voulez l'aider, il faut être forte. Nous allons
la garder quelques jours, le temps d'effectuer un bilan complet de
ses fonctions motrices. Ensuite, elle séjournera le temps nécessaire
dans un centre de rééducation fonctionnelle.
« - Mais
docteur, sa voix ! Vous vous rendez compte ? Sa voix …
- Elle est vivante
madame. Et elle a échappé à l'hémiplégie. C'est tout ce qui
importe. Aucune paralysie apparente. Franchement, ça tient déjà du
miracle. Pour l'aphasie, il faut attendre encore. »
Salva me.
***
Mais pourquoi je me
lève aussi tôt ? Qu'est-ce que je vais pouvoir faire de ma
journée maintenant ?
Couchée tôt, levée
aux aurores, vu le rythme imposé par la rééducation ces derniers
mois, Lucie n'a aucun mal à rechausser ses bonnes habitudes et son
hygiène de vie impeccable.
« Quand tu ne
seras pas en représentation, tu devras te tenir à des horaires très
réguliers. Le matin, tu dois donner à ta voix le temps de se
réveiller. Fais attention à ce que tu manges aussi. Rien de gras,
de lourd, très peu de liquide le soir, pour éviter l'acidité. »
Les conseils de Natalia résonnent encore à son oreille.
La perplexité du
neurologue aussi : « C'est un cas atypique. Vous avez
tout récupéré : la motricité, l'écriture. C'est remarquable
même. Il ne subsiste que l'aphasie de Broca. Vous avez la mémoire
des mots, puisque vous pouvez vous exprimer par écrit, mais le
mutisme est total. Cela semble être la seule lésion. Et je ne peux
pas vous dire si vous retrouverez la parole. Il faut attendre, et
continuer les séances d'orthophonie. »
Mais Lucie n'avait
pas donné suite. Elle ne voyait pas comment les quelques grognements
qu'elle pouvait encore émettre, allaient un jour lui redonner la
parole.
Depuis, c'est comme
si la terre avait cessé de tourner.
C'est qu'elle avait
toujours su qu'elle serait chanteuse. Douée et opiniâtre, elle
avait la gnaque. À peine tournée la page de ses 20 ans, elle était
déjà l'une des sopranes coloratures les plus demandées de sa
génération. Alors, les adages de Natalia, elles les avaient faites
siennes. Pas de mari, pas d'enfant, que des amants, et jamais dans le
même diocèse : elle ne supportait pas l'ego démesuré des
chanteurs, qui lui faisait de l'ombre. Non, décidément, il ne
pouvait y avoir deux clowns blancs sur la même piste.
« Lucie, née
pour la lumière », lui répétait inlassablement sa mère
avant chaque concours, après chaque concert.
Elle entend la clé
dans la porte.
« Lucie, tu es
là ? »
Putain, mais c'est
pas possible maman, je ne veux plus que tu entres comme ça chez moi.
« Bonjour ma
chérie ! Ça va ce matin ? »
La craie,
l'ardoise : « Rends-moi les clés ».
« Mais enfin
ma chérie, si je te les rends, qui s'occupera de toi ? »
Lucie se sent
misérable.
Merde maman, j'ai
plus deux ans. Je suis muette, pas grabataire. Je gère.
Les sourcils
froncés, le regard noir, elle brandit l'ardoise de plus belle, et
tend l'autre main avec insistance.
Rends-moi les clés
je te dis.
Sa mère détourne le regard.
« Tous ces
efforts ! Tous ces sacrifices ! Quel malheur, mon Dieu,
quel malheur ! Regarde ce que tu es devenue ! Pas de mari,
pas d'amis, et ta carrière fichue. »
Lucie sent sourdre
une profonde colère. Violente. Il faut que ça sorte. L'ardoise
explose sur la table, et dans le même mouvement, elle balaie
rageusement les oranges, le couteau et le verre, qui vient voler en
éclat contre la crédence.
« Mais qu'est-ce que tu fais ! C'est de la démence ! »
Lucie pense à cette
vieille chanson sur la cruauté maternelle.
Sa colère retombe aussi soudainement qu'elle était venue. Elle saisit le bras de sa mère, attrape le trousseau de clés encore dans sa main, et la raccompagne fermement vers la porte d'entrée.
Sa colère retombe aussi soudainement qu'elle était venue. Elle saisit le bras de sa mère, attrape le trousseau de clés encore dans sa main, et la raccompagne fermement vers la porte d'entrée.
Au revoir maman.
Dies irae, dies
illa.
***
« On m'a
souvent demandé si chanter ne me manquait pas. En vérité, ce qui
me manquait le plus, c'étaient les feux de la rampe ; ce
tourbillon de scènes, de lumières, de tentures rouges et de volutes
dorées. J'adorais chanter oui, mais plus encore je me soumettais à
ces regards tournés vers moi, aux saluts sous les tonnerres
d'applaudissements. »
Les doigts de Lucie
volent au-dessus du pupitre.
« Je croyais
que chanter était toute ma vie. Je croyais que chanter serait toute
ma vie. Mais j'avais tort. Ma vie était bien vide en réalité. Vide
de sens, vide d'amour, vide d'humanité. Le destin s'est contenté de
couper le fil de ma marionnette. »
De temps en temps,
quelques mains se lèvent dans la salle, comme pour acquiescer dans
un écho silencieux.
« Quand j'y
songe, la plus grande frustration, ça a été la parole. Ne plus
pouvoir communiquer que par écrit, quand la pensée file comme le
vent ; ne plus pouvoir exprimer ses émotions comme elles
arrivent ; être tributaire du regard des autres pour me faire
comprendre, ça a été le plus terrible.
La vérité, c'est
qu'en m'obligeant à trouver quelque chose de plus grand que moi,
perdre la voix m'a sauvé la vie.
Transmettre la
langue des signes, dans des pays où le simple fait de boire et de
manger est un combat quotidien, ça peut paraître le comble du
dérisoire. Mais j'ai appris beaucoup de ces gens qui n'ont rien et
qui pourtant partagent tout. Permettre à des familles de communiquer
avec un des leurs, c'est ma façon à moi de dire merci, de me sentir
vivante et à ma place dans ce monde. »
La lumière se
rallume sur la salle et sa forêt de mains levées dans un long
applaudissement silencieux.
Lucie ferme les yeux
quelques secondes, bercée par la vibration des pieds qui martèlent
le sol.
Ave Maria.
jeudi 21 février 2013
Des nouvelles de ma nouvelle #5
Un autre concours.
Deadline demain minuit.
Ne vous privez pas de commentaires. J'aime bien quand vous collaborez avec moi.
Écrite dans l'après-midi, mais mûrement réfléchie avant.
La consigne c'est : une nouvelle policière de 4 pages maximum, thème "quitte ou double".
Les fidèles lecteurs reconnaîtront peut-être des personnages de mon voisinage, voire même un certain coq.
Ce qui serait absolument fortuit et totalement involontaire.
Deadline demain minuit.
Ne vous privez pas de commentaires. J'aime bien quand vous collaborez avec moi.
Écrite dans l'après-midi, mais mûrement réfléchie avant.
La consigne c'est : une nouvelle policière de 4 pages maximum, thème "quitte ou double".
Les fidèles lecteurs reconnaîtront peut-être des personnages de mon voisinage, voire même un certain coq.
Ce qui serait absolument fortuit et totalement involontaire.
Cette
femme là mon vieux, elle est terrible !
-
Bonjour monsieur, vous vous souvenez de moi ?
Oh que
oui qu'il s'en souvient Jésus, de la voisine excédée par le coq.
La dernière fois qu'elle s'était pointée, Maria-Teresa lui avait débité
tout un chapelet de très vilains mots, mi-français, mi-portugais,
mais suffisamment explicites pour que n'importe qui de normalement
constitué lui saute à la gorge. L'autre ne s'était pas laissée
démonter, ce qui avait suscité chez lui une forme d'admiration. Il
était bien placé pour savoir ce qu'il pouvait en coûter de tenir
tête à sa femme. Elle avait gardé son calme et quand Maria-Teresa avait
enfin fermé son clapet, avait profité de l'occasion d'en placer une
pour conclure froidement :
- Si
le problème n'est pas réglé au printemps, j'écris à la mairie
pour demander l'application du règlement sanitaire départemental.
Un point c'est tout. Ils viendront compter vos oies et vos lapins.
Vous perdrez bien plus que le coq, et vous ne pourrez pas dire que
vous n'aurez pas été prévenue.
- Ché
chouis chez moi, ché fai ché que ché feux !
- Non,
madame, justement pas.
Et
elle avait tourné les talons.
Jusqu'au
printemps.
En
avril, ne te découvre pas d'un fil. Jésus hésite à répondre,
troublé qu'il est par le décolleté plongeant à l'aplomb du
portillon.
- Je
suis désolée monsieur, mais votre coq là, il me réveille toujours
à 4 heures et en plus votre haie de ronces entrave le passage sur le
trottoir. Alors on fait quoi ? Vous sacrifiez le coq et la haie,
ou j'écris à la mairie pour les deux ?
Encore
une belle emmerdeuse celle-là. Et Jésus n'a plus trop envie de se
laisser faire désormais.
- Faites
ce que vous voulez, je m'en fous.
- Ben
dites-donc, je vois que votre femme a déteint sur vous finalement.
Tiens, justement, elle n'est pas là la furieuse ? J'ai comme
dans l'idée que ça dépend d'elle … je me trompe ?
- Je
ne peux pas tailler les ronces, depuis le temps, elles sont toutes
emberlificotées dans les thuyas.
- C'est
votre problème, fallait pas les laisser pousser.
Et
marchande d'esprit avec ça. Elle ne peut pas se contenter d'avoir des
gros seins ? Elle ne va pas s'y mettre aussi.
Faut
dire que le Jésus ça faisait 25 ans qu'il supportait la voix de
crécelle encanardée de Maria-Teresa et qu'il se demandait comment. Donald Duck fait femme, l'humour
en moins, la méchanceté en plus.
Une manière terrible de s'adresser à lui, en criant tout le temps.
Dans le jardin, dès les premiers beaux jours, elle vociférait du
matin au soir et tout le voisinage ne pouvait perdre une miette de
ces humiliations quotidiennes. « Bon à rien ! »
« Fainéant ! » « Cabrão
! » « Vai
p’ra puta que te pariu »
« Besta, t'es qu'une merde » « Vai te foder ! »1
La honte était devenue si lourde à porter que Jésus ne sortait
presque plus. La jeune fille, tremblante aux yeux baissés, qu'il
avait demandée en mariage un soir d'automne, quelques mois avant de
quitter le Portugal, s'était muée, dès la frontière passée, en
une harpie furieuse, que rien n'arrêtait quand elle était lancée.
Le patriarche en chemise blanche et gilet de velours noir, qui lui
avait accordé sa main, était-il pour quelque chose dans cette
mutation ? Jésus n'aurait su le dire.
Leur
union était restée sèche, ce qui pour lui attestait une présence
supérieure gouvernant sa vie. Rien n'aurait été plus triste que
d'élever un enfant dans cette tempête de hurlements méprisants et rageux. Parfois
il se disait qu'un gamin aurait pu réincarner un peu de son humanité. Mais au
plus profond de lui, il savait qu'au mieux, elle aurait été une
marâtre dans un simulacre de maternité. Aucune douceur, aucune
tendresse chez cette femme. Il ne la touchait plus depuis longtemps,
sauf quand elle l'exigeait. De cela aussi, c'était elle qui décidait.
Elle le chevauchait alors avec une vigueur effrayante, et rien
n'était plus loin de l'amour que cet accouplement bestial qui le
laissait vide et honteux. Violé.
Maria-Teresa,
du haut de son mètre cinquante sec et noueux, semblait
jouir surtout de la domination violente qu'elle exerçait sur son
grand corps musculeux durci à la pierre, au soleil et au vent de
quarante années de chantiers. Un tout petit gabarit, intérieurement
bouffi de hargne.
Pourquoi
était-il resté ? Il n'aurait su le dire. Progressivement isolé
de tous, de sa famille, puis de ses collègues de travail, il n'avait
personne à qui se confier et avait fini par se convaincre qu'il
était trop minable pour espérer mieux, voire même qu'il n'aurait
pas survécu longtemps s'il avait vécu seul. Comme tous les
maltraités, Jésus était absurdement persuadé que, le problème,
c'était lui.
- Bon
alors, vous ne croyez pas que ce serait mieux de s'entendre ?
- Je
ne sais pas, je vais réfléchir.
- D'accord.
Je vous laisse une semaine, bien que je ne voie pas pourquoi, vu que
vous avez déjà eu tout l'hiver. Au revoir monsieur et mon
meilleur souvenir à votre femme.
Elle
dit ça avec un regard narquois, posé tout droit sur un large
sourire de dents blanches. Elle se moque de lui ? Jésus réalise
que, si elle ne supporte pas le coq insomniaque, c'est qu'elle doit
être aussi aux premières loges des tirades jardinières... Il fuit
son regard et regagne la pénombre de la maison.
Il
prépare seul le repas – il se débrouille finalement - en
regardant la télé.
La
télé française.
Dans
le silence.
Et Dieu, que ce silence est bon.
Depuis
dix ans, c'est-à-dire depuis l'installation de l'antenne parabolique, Maria-Teresa ne regardait plus que
les informations portugaises et les novelas brésiliennes. Jésus,
lui, avait toujours été très fier de son français quasiment dénué
d'accent. Il aimait les livres, le cinéma, les documentaires qui
font voyager. Toujours en douce. Quand il avait de la chance, et
qu'elle s'endormait tôt, il pouvait grappiller un bout de Thalassa
le vendredi soir. Dans son pays, les hommes de sa génération
n'allaient guère longtemps à l'école. Mais son patron l'avait
inscrit aux cours du soir, qui présentaient le fabuleux avantage de
le délivrer de la présence de Maria-Teresa deux fois par semaine. Elle s'y
était opposée bien sûr, sauf que là-dessus il avait trouvé
l'énergie de tenir bon.
Vingt
ans plus tard, il ne pouvait que se féliciter d'être instruit.
D'abord parce qu'il avait fini patron à son tour. Mais aussi parce
que, quand il s'était réveillé trois jours plus tôt, et qu'elle
n'était plus là, ses idées étaient particulièrement claires et
en rien parasitées par l'ombre d'une hésitation. Il avait attendu
48 heures, vidé l'armoire de ses vêtements, tout déposé dans le
conteneur du Relais. Puis il avait profité d'une éclaircie pour passer sa tête par-dessus la haie, et avouer au voisin : « Je crois bien que ma femme est partie ! »
L'autre avait pris un air faussement navré, à deux doigts du
ravissement soulagé. La vérité, c'est que personne dans le quartier ne supportait Maria-Teresa.
À
part lui.
Commissariat,
disparition inquiétante, main courante.
« -
Elle est majeure monsieur, des dizaines de personnes disparaissent
volontairement.
- Oui,
je sais, j'ai vu un reportage là-dessus. Elle disait qu'elle voulait
retourner au Portugal, qu'elle ne supportait plus la France. Mais ça
fait des années qu'on n'a plus de contact avec sa famille, alors je
ne sais pas.
-
Voilà, signez-là. Bon courage monsieur. »
Il
remonte la rue tranquillement, sans se presser. Ce soir, personne ne
lèvera la main sur lui. Et surtout, personne ne criera. Les coups,
il s'y était habitué. Mais sa voix... Il voulait juste qu'elle se
taise.
Elle
est là. Devant la porte. Elle le regarde arriver.
- Bon
alors, ce trouble anormal de voisinage, vous y mettez un terme ou
j'envoie ma lettre ? J'ai appelé les services techniques de la
mairie. La haie, le coq, vous n'allez pas avoir le choix. Votre
femme, elle est toujours aussi butée ?
Butée ?
Jésus sursaute.
-
C'est-à-dire... Ben, en fait, autant que vous le sachiez … Elle
est partie. Je reviens du commissariat là.
- Ah
mince ! Je suis désolée.
- Ne
faites pas semblant, c'est pas la peine.
- Bon
OK, donc la bonne nouvelle, c'est que c'est vous qui décidez. Alors,
vous faites quoi ?
Jésus
conjecture à toute vitesse.
Quitte
ou double ?
Quitte
il s'incline et on n'en parle plus. Mais la haie, non, là pour
l'instant, impossible d'attirer l'attention de tous les passants sur
la terre fraîchement remuée.
Double,
un deuxième trou sous les thuyas ?
Sauf
qu'elle, ce n'est pas Maria-Teresa. Elle a une vie sociale, un travail, des
enfants qui s’inquiéteront.
Elle
ne crie pas.
Et
elle a des gros seins.
« -
Vous aimez le coq au vin ?
Il a
envie d'avancer la main.
-
Pardon ?
C'est
sûrement doux et chaud.
- Je
vous demande ça, parce si vous aimez le coq au vin, je vous invite à
dîner la semaine prochaine. Et puis la haie, ça fait des années
qu'elle est comme ça. Alors je la taillerais l'hiver prochain, si ça
vous va. Pas la peine d'écrire à la mairie, hein ?
-
C'est portugais ça, le coq au vin ?
- Je
le ferai à l'Alentejo... Lundi soir 20 heures, ça va ?
- Si
vous me gardez la tête... »
-------------------
vendredi 25 janvier 2013
Des nouvelles de ma nouvelle #4
Ami lecteur
je te livre ici
un ultime épisode de la nouvelle
que je viens d'envoyer pour un concours (plus la peine de corriger donc),
et qui doit donc rester ... inédite, pour être recevable.
Évidemment, elle ne s'arrête pas là.
Si tu ne veux pas rester sur ta fin,
n'hésite pas à me la demander (un clic dans la colonne de droite) ...
Merci pour vos coms,
vos encouragements
et vos sourires.
Je m'en retourne finir mon dossier de certification.
Texte supprimé
parce que publié chez Short edition
jeudi 24 janvier 2013
Des nouvelles de ma nouvelle # 3
Texte supprimé
parce que publié chez Short edition
Bethsabée au bain tenant la lettre de David - Rembrandt
mercredi 23 janvier 2013
Des nouvelles de ma nouvelle # 2
Merci pour vos commentaires,
j'ai inséré les corrections suggérées
vous avez bien mérité la suite :-)
j'ai inséré les corrections suggérées
vous avez bien mérité la suite :-)
mardi 22 janvier 2013
Des nouvelles de ma nouvelle # 1
J'avais dit qu'il y aurait du sexe et du sang.
Il y en a.
E.L. James n'a qu'à bien se tenir.
Il y en a.
E.L. James n'a qu'à bien se tenir.
Texte supprimé,
parce aue publié sur Short Editions,
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