mardi 24 février 2026

Reprendre une vie en Braud

Tous, à leur manière, ont trouvé les mots qui font du bien.

Anne m'a demandée : « Depuis combien de temps n'êtes-vous pas partis ensemble ? »

R. a évoqué sa propre douleur : « Moi aussi tu sais, j'ai été assailli d'un flot de douloureuses images intrusives. C'est comme une spirale qui t'entraîne toujours plus bas. Comment j'ai fait pour pardonner ? J'ai regardé au-delà de ce chaos, et je me suis vu, je nous ai vus, plus tard, vieillir ensemble. C'est ce que je voulais, et je n'avais pas de temps à perdre dans d'éternels reproches. »

Une Cécile a affiché soutien et bon sens ; « Malgré ce qu'il a fait, il a l'air d''être quelqu'un de bien ». Une autre Cécile, en partageant son expérience ; « Ce sont des moments bien difficiles à analyser et accepter. Je ne sais pas si je suis forte ou folle. Je sens que ma place est ici je pense. Sois courageuse, mais ça, on sait que tu l'es ».

J'en ai un peu marre d'être courageuse.

Et j'en ai marre de pleurer.

Après une escale limougeaude en famille et en amitié, j'ai prolongé mon voyage en rejoignant mes terres bourbonnaises, pour la fête des Brandons.

J'avais hâte, mais, sur la route, j'ai appris l'annulation des réjouissances. Bien que la pluie ait momentanément cessé, les talus, les prairies, tout est détrempé. Impossible d'accueillir du public dans ces conditions.



Alors nous avons répété pour l'enregistrement de notre prochain disque de Noëls, nous avons mangé ensemble, et j'ai trouvé du réconfort dans les sourires et les chants.

Chaque jour, je suis retournée voir mon berger, qui récupère doucement, mais vaillamment, depuis un an, de son avc. J'apprécie toujours autant son intelligence d'homme de la terre. Comme mes amies de Limoges, il a su trouver les mots pour me manifester de la compréhension et de la compassion.

Quarante jours.

Quarante jours que ma vie a explosé.

Quarante jours qu'on avance de trois pas, pour reculer de deux.

Quarante jours que cette femme malsaine, jalouse et possessive, avec laquelle il a, paraît-il, coupé les ponts, continue de hanter ma vie.

Je me sens parfois comme ce pauvre petit futreau, submergé mais pas encore coulé, amarré par sa chaîne à un arbre vaillamment dressé, qui l'empêche de sombrer définitivement.



Heureusement, je peux conter ses peines à la rivière qui prend ses aises, en emportant mon chagrin.

En attendant, dans notre égrégore silencieux, 


en rentrant le bois pour entretenir le poêle, en bouillassant mes bottes près de la rivière, 


en cueillant des orties et des blettes pour la soupe et l'omelette, 



j'ai quand même eu la sensation de reprendre une vie.



de m'ancrer
un peu...


Un bon coup de rame entre les oreilles ?


Non, finalement le soleil se lève sur Embraud,


Un nouveau jour, une nouvelle chance.

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