jeudi 30 avril 2026

La monnaie de leur pièce

C'est drôle comme certaines personnes peuvent trouver que « ça va trop loin », quand elles se prennent, entre les oreilles, le boomerang qu'elles ont elles-mêmes violemment projeté sans hésiter.

Les masques sont tombés.

C'est drôle comme il semble assumer sa responsabilité, tout en mettant le blâme sur moi pour se justifier ; et pour la défendre, encore et toujours. J'imagine qu'elle compte pour lui. Pas assez pour être clair avec moi. Mais trop pour quelqu'un qui jure n'avoir plus de relation avec elle.

C'est drôle comme il répète inlassablement qu'elle n'est pas « comme ça », que c'est une femme bien, qu'elle n'est pas du genre à mettre un homme dans son lit. WTF ? Qu'elle a eu un coup de foudre pour sa précieuse petite personne. Donc une raison valable de m'humilier pendant un an, en le draguant ouvertement devant moi. Comme s'il existait un monde où cela justifierait sa jalouse agressivité et où leurs agissements seraient sains... Je comprends que ce soit plus valorisant que d'admettre que c'est une perverse manipulatrice qui s'est tapé un menteur pathologique, égoïste forcené, et n'hésitera pas à s'en approprier d'autres, pour peu qu'ils ne tentent pas de s'installer chez elle.

C'est drôle comme Caliméro-cache-ta-joie, quand il explique à son entourage pourquoi je suis passée sous les radars, omet de préciser de quelle manière il se balade encore et toujours de l'une à l'autre, ou pourquoi j'étais « tout le temps partie ».

C'est drôle comme j'ai piétiné moi-même ma dignité, en me livrant à un acte très mesquin, qui m'a fait du bien : j'ai nommé la vengeance de bas étage !

Après qu'il m'ait lâché un « C'est une amie », pour justifier qu'il ne coupe pas les ponts avec elle, tout en m'appelant tous les jours, à préparer des week-ends avec moi, j'ai vu rouge et j'ai explosé. Finie l'empathie pour la pauvre petite victime maltraitée dans son enfance, je n'ai plus vu qu'un fieffé connard. J'ai temporairement créé une adresse courriel fantaisiste et sale, pour écrire à la pintade, afin de lui indiquer que la voie est libre, en précisant bien évidemment quelques détails intimes que je ne suis pas sensée connaître. Et je l'en ai informé lui. Ça a remué dans la basse-cour... Alors qu'il est supposé avoir coupé les ponts, ils sont montés sur leurs grands chevaux. Il a brutalement -mais très temporairement- cessé de m'écrire. Il n'aura pas à choisir entre la grosse et la fripée...(Oui, elle l'excite, mais il la trouve trop ridée comparé à moi, et elle parle beaucoup trop de son mari. On atteint des sommets d'élégance...)


La vérité sortant du puits - Jean-Léon Gérôme

C'est drôle comme ça me soulage de savoir qu'il n'y aura pas de retour en arrière. Je n'en pouvais plus de cet infini étirement de la déchirure. Il ne fallait pas s'en prendre à moi. Acculée dans un recoin, j'ai finalement montré les dents, dévoilé mon côté sombre, un peu effrayant, il ne reviendra plus jamais vers moi.

J'en ai désormais fini avec cette histoire minable, la colère et la vengeance. Tout est retombé.

C'est drôle comme l'univers organise des rencontres d'apprentissage. C'est drôle le temps que ça prend de s'en apercevoir. Il a placé ces deux là sur ma route, l'histoire est tellement caricaturale, elle ne peut être que la dernière leçon avant la paix et l'amour de soi.

C'est drôle comme deux êtres fourbes peuvent s'allier en s'achetant une improbable légitimité fondée sur la victimisation de l'un et l'auréole en carton de l'autre. Je ne serai plus là pour le bouquet final de ce feu d'artifice karmique, mais ce sera sûrement intéressant.

C'est drôle comme après avoir frôlé une vraie dépression, m'être sentie anéantie, dévastée, je suis passée à autre chose en m'arrachant à l'attachement d'un simple trait de crayon sur une page de cahier.

C'est drôle comme lui voudrait qu'on se quitte amis, pas fâchés, et se croit donc autorisé à me relancer alors que je l'ai prié de garder ses distances ; tandis qu'elle fait semblant de se tenir à l'écart.

En vrai, ils ont peur du retour en public de la culotte à l'envoyeuse, et ça m'assure un semblant de tranquillité. Je vais la garder encore un peu...

mercredi 29 avril 2026

Port d'attache

Tu te souviens de ce rêve qui m'était venu dans cette sordide nuit, deux mois avant que ma vie n'explose définitivement,  à l'orée d'une longue et douloureuse trahison ?

Ce n'étaient pas des toits d'ardoise mais de tuiles rouges.

Ce n'est donc pas en Bretagne, mais en Bourbonnais.

Ce sera Moulins.

En pleine réflexion, il m'est apparu comme une évidence que je doive reprendre le fil de ma vie là où j'avais commencé à m'oublier.

Tout d'abord, ma dernière venue en Braud fin avril, pour enregistrer des voix sur notre futur CD de Noëls, a été précédée d'une cérémonie, à quarante minutes de là, au cimetière de ma famille paternelle. Un hommage à mon grand-oncle Louis, parti en avril 1945, par la cheminée d'un camp de concentration nazi. Parce que sa plaque s'effaçait sur sa tombe vide, j'ai voulu la faire refaire. Un conseiller municipal ainsi que le président de l'association pour la mémoire des déportés du Cher ont souhaité donner un peu de solennité à la pose de la nouvelle plaque. À cette occasion, j'ai découvert que j'ai encore de la famille à Bourges, des relations à créer et entretenir.



Mon cœur a commencé à se ranimer : j'appartiens à une lignée, et j'ai besoin de sa proximité. Comme j'ai besoin de son prolongement, ma descendance, et de me replacer à mi-chemin du Kid et de Franzouski.

Ce même jour il l'a donc évoquée comme une « amie ». Ce fut le mot de trop, qui a fait rejaillir la colère, au moment où il s'apprêtait à descendre avec moi à la fête de la rivière, et même à venir marcher en ma compagnie sur les chemins. Je n'épiloguerai pas sur les aller-retour de l'une -à son corps défendant- à l'autre - d'accord-(mais comment peut-elle accepter ça ? Parce qu'elle tient à moi dit-il...). Juste, mon venimeux courriel a fait trembler, puis s'effriter, les fondements d'argile du malsain triangle dont j'étais devenu un sommet malgré moi.

Ce soir là, je suis allée danser à Nevers. Une fois de plus, il y avait tout mon petit monde de magnifiques partenaires. Plus je passais de bras en bras, plus s'éclairait la vérité du cœur. C'est un mauvais danseur qui ne me manque pas. Ma vie avec lui n'a jamais été juste, je n'y étais pas à ma place, mais à son service. À part m'enfuir régulièrement, plus rien ne m'animait. Quand il faut expliquer mille fois nos besoins, et qu'ils ne sont jamais entendus, c'est que l'autre n'en a rien à carrer. J'aurais dû tourner les talons dès la première fois où j'ai dû renoncer à ma gym matinale. J'aurais même dû tourner la tête à la première rencontre, à la première phrase, au premier « j'ai beaucoup souffert », au premier je t'aime trop précoce, à la première carte, au premier indice de love bombing...

Les yeux définitivement ouverts dans la salle du Café Charbon, je m'attendais à être, une fois de plus, dévastée. Je me suis en réalité sentie libérée d'un poids asphyxiant. Il y a des ruptures qui ne blessent pas, mais mettent, au contraire, fin à la douleur. Le lendemain, nous avons répété pour la fête de la rivière, et le dimanche j'ai enregistré au studio. Je suis repartie légère, alignée, sereine.

Il n'est plus temps de comprendre ou d'espérer. Il est temps d'agir pour passer à autre chose.

De laisser derrière moi mes pensées limitantes.

Et ce tocard.

dimanche 26 avril 2026

Chante et marche

C'était le deuxième dimanche après Pâques. Une messe dans une chapelle privée, sur un domaine à un quart d'heure de chez moi.

En latin.

Des catholiques traditionnels.

Les femmes couvertes de dentelle.

Moi en tenue de randonnée, parce qu'il était annoncé une marche de quatorze kilomètres, un pèlerinage à Notre Dame de Penety, 


en passant par la double chapelle de St Yves et de la Trinité.


Heureusement pas avec mon short jupette.

De l'homélie du frère franciscain, en français, j'ai retenu deux signes pour moi.

Chante et marche.

La vraie joie dans les épreuves. Celle de se sentir accompagnée, en sécurité, à suivre le bon pasteur vers les verts pâturages.

Amen.

Être d'accord avec les événements qui jalonnent notre vie. Les accepter. Les traverser.

Cédric, au pique-nique, m'a dit que lui aussi partait en grand chemin. A l'heure où j'écris, il marche depuis quelques jours déjà.Il avait décidé un peu sur un coup de tête, et m'a demandé des conseils de débutant. Comme il vient de Marseille, il avait un stock de médailles miraculeuses bénies, m'en a fait choisir une pour me protéger, et glissé quelques autres dans ma main, pour les distribuer si l'occasion se présente.

Je n'adhère pas à tous les concepts. Mais, précisément, juste à ce moment où je m'apprête à reprendre mon sac, trois mois après le début d'une tourmente terrible, c'était exactement le signe dont j'avais besoin pour tenter de clore ce chapitre.

Chante et marche. Il y a un plan pour toi, et la joie t'attend le long du chemin.





dimanche 19 avril 2026

Mon crédo

 Je crois que les Parques ont croisé nos fils pour nous obliger à travailler sur ce qui nous échappe encore. Mais qu'on ne pouvait pas se rencontrer vraiment là où chacun de nous en était.

Je crois que je dois m'aimer avec la même intensité que j'ai mis à sauver mes parents de leur deuil, puis celui-ci ou celui-là.

Je crois que je ne dois plus avoir peur de ne pas être aimée telle que je suis, qui me conduit à me laisser choisir par quelqu'un qui va m'utiliser.

Je crois que la gentillesse peut être toxique et manipulatoire.

Je crois qu'au lieu de me dévaloriser pour quelques kilos en trop, je dois faire confiance à mon corps, qui ne me trahit pas lui ; mon meilleur lanceur d'alerte, qui m'a souvent prévenue que je n'étais pas choisie pleinement, pour qui je suis, et non pour ce que j'apporte. Il le sait, il s'inquiète. Il devient fort et s'allège quand je suis en sécurité au bon endroit.

Je crois que je ne dois pas rester avec quelqu'un qui met mon système nerveux en alerte, avec ses mensonges incessants.

Je crois que je ne dois plus me rendre disponible pour les situations et les personnes qui me font me sentir comme de la merde.




jeudi 9 avril 2026

Gagn a verc'h, ba he revr...

A toi, la chaudasse de Kernascleden ...

Après avoir découvert le petit compte facebook, que tu croyais bien planqué, je sais désormais comment tu nous espionnais. Il se trouve que j'ai désactivé le mien, mais en le suivant, il est probable que tu sois déjà arrivée jusqu'ici.

Cela n'a plus guère d'importance, car, réjouis-toi, la voie est libre me concernant.
Je te laisse les miettes. Elles sont rassises.

Cependant, sache que la culotte défraîchie, que tu as "oubliée" dans mes draps, quand tu t'y faisais sauter avec l'alliance de ton mari mort autour du cou, ben c'est moi qui l'ai. Je me ferai un plaisir de te la rapporter un soir, au cours de danse. A moins que ce ne soit pendant un fest-noz ? Toutes les dames comprendront qu'elles feraient bien mieux de crocher solidement dans leur mari, au lieu de te plaindre.

Je pars danser dans la cour des puissantes. Quand tu me vois, recule d'un pas, ravale ton dentier et va écarter les cuisses ailleurs. En enfer par exemple...








Photos personnelles des magnifiques fresques de l'église de Kernascléden
La danse macabre, l'enfer, les anges musiciens, la vie de Marie

PS. Je ne te traduis pas le titre en breton, c'est sale. Mais c'est tout à fait ton profil...

Marcher - Pleurer - Ecrire - Chanter - Danser - Sourire - Recommencer -

C'est le plan.
Chaque jour faire au moins une chose que j'aime.
Et il y en a beaucoup.
Même si parfois, je me sens très triste. Comme hier, quand je suis allée récupérer le reste de mes affaires chez lui. Ce qui restait dans la chambre, mes draps, mon attrape-rêves, le tableau de plume et fleur séchée, souvenir de notre rencontre à Oléron, je les ai laissés. Irrémédiablement salis.
Mais j'ai aussi revu, au fond du jardin, le plaqueminier planté pour moi, comme il a bien pris racine. Intangible. Cela m'a fait du bien.


Grâce au tuyau d'une de mes amies, il a trouvé un terrain. Il va faire construire une jolie maison de bois. Je l'ai accompagné pour choisir son lot, puis chez le constructeur, pour le devis et les plans. Je ne l'avais jamais vu prendre une décision ferme si rapidement.

Même si nous nous revoyons, et nous entraidons, je me détache. Doucement.

Vous l'aurez peut-être compris, je m'apprête à entrer de nouveau en chemin, à fermer la porte et à m'éloigner. J'ai grand besoin de cette coupure que j'aurais voulu opérer immédiatement. Mais j'ai envie d'aller voir ma famille, il y avait une enquête publique à boucler, l'enregistrement du CD de Noëls à la Chavannée, et, ce dimanche 12 avril, ma participation à la finale du Kan ar Bobl (le chant du peuple), un grand concours de chant breton, pour lequel j'ai été sélectionnée deux fois, en pays gallo, et en pays bretonnant.

Malgré le chagrin, je me sens fière, motivée, portée. Peut-être que, finalement, ce ne sont pas des années perdues, mais des pas de plus vers moi-même, vers la femme que je suis vraiment, et que j'ai un peu de mal encore à qualifier. Je réfléchis à cette question. Beaucoup.

En attendant, je prépare mes étapes, mon matériel, je casse mes nouvelles chaussures, plus légères, je pèse mes culottes. Lundi, en rentrant d'Embraud, je suis allée marcher. Douze kilomètres sans douleur, que je n'ai pas vus passer. Depuis janvier, j'ai perdu deux fois le poids de mon sac. J'ai compris que, même avec les années en plus, je pourrai le refaire.





Le parfum, la vue, des champs ondulant de colza, me font penser à une série coréenne que j'ai adorée :  " La vie portera ses fruits"


Six kilomètres ? Déjà ? Exploration de ma première étape. D'ici il me restera cinq heures de marche.
Allez, demi-tour.
Une heure et demi plus tard je suis chez moi, légère et optimiste.