mardi 28 juillet 2026

Au bon endroit, au bon moment

Catherine, au bord du parquet de danse, m'a dit :
"- Il est temps de rendre à Jules ce qui appartient à César.
- C'est-à-dire ?
- Ses choix. Ceux qui ne t'appartiennent pas et dont tu n'as plus à t'affliger. Tu n'as pas à les porter. Les mensonges, la manipulation, la réécriture de l'histoire, les promesses non tenues, les faux semblants, la comédie, les plaintes, les saloperies, la lâcheté, la tromperie, tout cela n'a rien à voir avec toi. C'est juste un mode de vie, et cette vie, ce n'est pas la tienne, tu vois ?
Donc tu en fais un paquet, une belle ficelle autour, et hop, tu les renvoies à leurs auteurs.
Confies-le aux êtres supérieurs qui veillent sur toi. Ils se chargeront du retour à l'envoyeur."

Et, comme c'est la pleine lune, j'ai fait exactement ce qu'elle m'a dit. J'ai arraché toutes les pages que je ne relirai plus.


C'était entre deux danses. Plus la fête d'été avançait, et plus je me sentais déliée. 
Sylvie m'avait fait la surprise, entre deux services, je la rejoignais sur un parquet.


On avait explosé le nombre d'entrées, je pédalais la nuit pour dormir un peu, je connais chaque montée, chaque virage, je sens l'odeur de l'eau sur le pont, j'écoute les cris des oiseaux de nuit, le faufilement d'une bête assoiffée dans la sente d'une bouchure. De la poésie pure, en live.
J'avais appris à danser les rigaudons, terminé les paroles sur la belle valse envoyée par Marion et Gertjan, on prépare tout un répertoire à à interpréter ensemble.
Blowzabella jouait du Joe Freya, du Andy Cutting, du regretté Dave Sepherd, c'était plein de bons danseurs, venus de loin.



Vidéo Benoît Guerbigny

Je pensais au défi très spécial d'écriture auquel Marjorie vient de me convier. Un déplacement parisien par mois, pendant un an ; et puis à mes articles sur la Russie, toujours en gestation. 

Puis j'ai chanté.
J'avais prévu un programme pour l'interplateaux, le parquet était plein. Les paroles de Catherine clignotaient entre mon hippocampe et mon amygdale. Non mon cerveau n'a plus d'espace pour ce qui ne m'appartient pas, je dois faire de la place dans mes tiroirs. 
Déclic de dernier moment, j'ai changé. Du breton. En breton. Les danseurs étaient au taquet, c'était puissant et doux à la fois, très joyeux.
Muriel, berrichonne de Quimperlé, m'a dit merci pour la suite de Loudéac. Marie a ajouté : "je ne pensais pas que tu pourrais, mais tu l'as fait ; ça c'est sûr, tu le gardes avec toi. Tu en feras quelque chose."


Alors, comme c'est la pleine lune, meurt une ancienne version de moi, et s'anime une nouvelle.
Celle qui peut dire non, celle qui se choisit, celle qui ne nourrira plus ce qui ne la concerne pas.
Pour ce qui est du retour de flamme, je le laisse à l'appréciation de l'univers.

Comme c'est la pleine lune, j'ai écrit une nouvelle et longue bucket list, pleine d'envies, de rêves, de voyages, d'enfants, d'amour et de défis. Le temps gâché ne reviendra pas. Mais il m'en reste assez je crois pour une vie suave.

Comme c'est la pleine lune, j'ai trouvé exactement le logement que je voulais. C'est drôle, j'en avais un autre dans la manche, mais la décision de son attribution s'est trouvée reportée à une prochaine commission en août. J'ai fait confiance à ma bonne étoile, et j'ai eu, aujourd'hui, celui qui cochait les bonnes cases. Le bon endroit, au bon moment.

Je peux enfin me projeter. J'emménagerai en octobre. En octobre nous retrouverons Blowzabella à Dranouter, et ça tombe bien parce que j'ai envie de visiter Bruxelles, Bruges et Gand. En octobre ce sera aussi mon anniversaire.
En octobre je serai à un mois de célébrer le début de la fin !
Je crois que je l'ai déjà écrit quelque part, mais là, je le vis : quand tout finit, c'est là que tout commence.

dimanche 19 juillet 2026

Être

Je m'étais habituée à la canicule, mais j'apprécie que nous soyons enfin entrés dans l'été que nous connaissions.
Journées chaudes et nuits fraîches.
Ce délicieux moment de l'année, quand la soirée est douce. Tu vas danser, t'amuser au bal québécois.


Tu rentres à vélo, la nuit, sous les étoiles du tout premier croissant après la nouvelle lune, seule entre ciel et prairie grandioses, minuscule point dans l'immensité.
Tu ressens une gratitude infinie, parce que tu sais qu'au petit matin, quand tu remonteras le drap, et que l'air frais te bercera encore un peu, tu replongeras dans l'un de ces rêves exceptionnels et rassurants.
Tu repenses à ce magnifique panache blanc luminescent, descendu pendant une petite tempête, quand ton animus aux cheveux corbeau ébouriffés, se sentait intranquille.
Et qu'il a souri.
Tu sais que tu es protégée.
C'est le temps d'être.

Être soi-même, et avaler les trois tomes de 700 pages du Problème à trois corps ...


Être en famille.
Être entre amis.
Être chez Mathieu, 


et se rappeler comme la Creuse est belle !




Être sur le juste chemin et passer l'eau.
Une randonnée matinale de fête de village.
Revoir Michèle.


Être dans les rires.
Être dans le silence.
Goûter les deux.


Être dans le couchant, qui annonce un nouveau jour.


Être à Embraud, pour préparer notre 56ème fête d'été.
Oh là là, comme le temps file 
Être en sécurité, loin de ceux qui le gâchent à paraître.


Être à sa place.
Juste être.

jeudi 9 juillet 2026

Guérir #6 Un cadeau de la vie

Toi qui passes ici, et affrontes peut-être, en ce moment, une déception, une trahison, des agissements malsains ; toi qui dois prendre la douloureuse décision de mettre fin à une situation insupportable ; tu as l'impression de tout perdre. Mais regarde, les arbres perdent leurs feuilles chaque année. Ils restent pourtant dressés, en attendant des jours meilleurs.

Ta vie te semble vide  ? Ne comble rien, tu te fais juste de la place. Dis-toi bien une chose : tout passe, ce ne sera pas toujours aussi dur, tu vas traverser. Dans six mois, un an, ce ne sera plus qu'un vieil épisode, sur lequel ton attention ne s'attardera plus.

Donne toi ce rendez-vous, recule d'un pas, et observe. Et si c'était un cadeau ? Oui, un cadeau, que tu mettras un peu de temps à déballer, la clé d'une porte vers un avenir différent, celui de la personne que tu deviens à travers ça. Parle-toi comme à une amie. Sérieusement, tu aurais voulu te réveiller deux ou trois ans plus tard ? Ou t'éteindre complètement ? 


C'est ce que m'a suggéré, hier, l'oracle du corbeau : un autre angle de vue

Évidemment non. Alors oui, accepte ce présent comme une libération, pas comme une perte.

Tu n'es pas perdue. Tu es sur ta route.

Parfois, quelqu'un te prend la main. Parce que tu lui as ouvert ton cœur, il sait quoi te dire : ce que tu as envie d'entendre : « Tu es avec moi maintenant, tu ne crains plus rien. » et à cause des ces paroles, tu le laisses t'entraîner gentiment sur le mauvais chemin. Juste à cause de cette sensation de vos doigts enlacés, tu n'écoutes pas le reste du corps, qui ne s'y sent pas à sa place. Un peu trop vite, un peu trop fort. Et cette satanée petite voix qui te murmure : « Allez, c'est inespéré, tu ne trouveras pas mieux ».

Il te donne à voir son potentiel, qu'il ne réalisera jamais. Pourtant, tu croises ton ange gardien qui te prévient que ce sont les actes qui comptent : « Tenez-la bien monsieur, sinon elle va s'en aller  ! ». Tu n'écoutes pas, la petite voix est la plus forte, tu mésinterprètes en riant, tu persistes à mettre un pied devant l'autre, même si chaque pas te coûte. Tu finis, bien fatiguée, par te retrouver si loin de la voie qu'il aurait fallut emprunter, la tienne. Ta vaillance t'a quittée, la main est allée se promener ailleurs.

Tu t'arrêtes. Un serpent glisse dans l'herbe, vers le sac que tu as posé, le temps de réfléchir. Tu reprends ton barda, tu t'éloignes. Faire demi-tour ? Impossible d'effacer les kilomètres parcourus. Ça s'est passé, c'est tout. Tu dois avancer encore, jusqu'à une nouvelle croisée, où tu choisiras ta propre route. Où tu te choisiras.

Ce n'est pas si ardu que tu pensais. Sans l'autre main qui aspirait ta vitalité, tu te sens en sécurité, équilibrée. Ton sac est tout léger maintenant. Tu allonges le pas en concentrant ton énergie sur ce qui t'attend quelque part. Pour l'instant, d'où tu es, tu ne vois pas clairement ce que la vie te réserve. Mais cette-fois ci, tu es déterminée : tu fais confiance à ton intuition. Contre ta paume, tu sens la menotte de ta petite fille intérieure. Elle n'a plus peur. La troublante petite voix s'est enfin tue.

En pérégrinant, tu franchis tes propres étapes. D'abord encaisser le choc : plus ta confiance en cette main était aveugle, plus il est violent.

Puis mettre fin à ton marchandage psychique avec les faux espoirs entretenus par la langue fourchue. Tu vois bien que c'est un cadeau : tu es devenue lucide ! La main revient te chercher. Mais tu ne la prends plus. Tu la vois telle qu'elle est. Elle te répugne.

Tu te sens alors infiniment triste, la pluie grise de la dépression s'abat sur toi, le chagrin profond des liens illusoires qui se délitent, de la prise de conscience de qui était réellement ton compagnon de route, d'une forme de culpabilité pour avoir cru à un mirage inconsistant. C'est bon signe. Ton cerveau travaille.

Tu marches avec colère maintenant, comme toutes ces femmes que tu as croisées sur le chemin de St Jacques. Le temps d'une pause tu sors ton carnet, et tu écris tout ce dont tu te souviens. C'est ton refuge, il t'appartient. Un peu plus loin tu le déposeras, avec tes peines.

Ce sera alors le temps de l'acceptation de ce qui est. Oh, ne t'attends pas à une explosion de joie ! C'est juste passer un bonne journée, même si tu y as pensé, aligner soixante longueurs de piscine, en ne songeant qu'à l'eau qui glisse sur ta peau, s'endormir sans images intrusives, ouvrir les yeux sur la belle journée qui t'attend, accomplir les corvées avec satisfaction, partager un déjeuner avec tes petites-cousines, acheter une nuisette de dentelle rouge très douce, pour toi seule, parce que tu la mérites, une balade en vélo le long de l'Allier, une mazurka connectée dans un bal chez des amis, pédaler jusqu'à une église pour un concert...


Ça t'aidera beaucoup de mettre des mots sur tes émotions les plus contradictoires parfois, de bouger, de réenchanter tes souvenirs, de nourrir de vrais contacts humains. Mais ne bourre pas ton agenda, c'est une manœuvre d'évitement, une distraction qui ne fait qu'étirer l'épreuve. Tout ira beaucoup plus vite si tu es capable de rester seule avec toi même, d'affronter tes vérités profondes, de méditer un moment sur le tirage d'un oracle. Tu as besoin de ce temps pour réfléchir. 

À la fin, rien ne s'efface, tout est à sa place ; et, à cette place, tu te reconstruis. C'est comme une mue. Tu t'extirpes de ta peau trop étroite, parce que tu as grandi. Et même, il se peut que tu te métamorphoses. La petite voix ne reviendra pas.




lundi 6 juillet 2026

Au bord du parquet, choisir

Je viens de rentrer des trois jours des fêtes de St Chartier (36), qui commémoraient la création des rencontres des maîtres sonneurs en 1976, elles-mêmes lancées pour le centième anniversaire de la mort de Georges Sand, et qui se prolongent avec le Son Continu, au château d'Ars, chaque année autour du 14 juillet.

Sous les bons auspices d'une météo plutôt clémente, surtout le soir, trois jours de joie, d'émotion, de souvenirs, de danse.

Les joyeux bals

Trio 432

Pierre-Yves Dié, avec les poèmes de Jean-Louis Boncoeur.

Mic Baudimant, des Thiaulins de Lignière

Les deux dernière photos sont de moi, les autres viennent de la page FB des fêtes.

Les parquets, c'est comme la vie, il y a toutes sortes de nouvelles rencontres, de retrouvailles plaisantes, de silhouettes qu'on évite. 
J'ai repensé au commentaire de Cyann, qui m'avait envoyé un lien vers cette page , et j'ai eu envie d'écrire sur cette question. Choisir et être choisie.


Être choisie...
Quand on me demande, est-ce que j'accepte tous les danseur / danseuses ?
Oui (sauf la viande saoule).
Oui parce qu'aguerri ou débutant, on peut partager le plaisir du mouvement fluide, tout comme l'accompagnement des premiers pas. Il faut bien apprendre, comme moi j'ai appris. C'est normal.
J'ai, cette nuit, dansé une mazurka avec une jeune femme un peu timide, qui avait osé me demander, et nous étions contentes toutes les deux. Elle de m'avoir choisie, moi de m'être laissé choisir.
Les femmes débutantes, et les jeunes hommes, qui se laissent guider avec confiance et sans ego chargé à la testostérone, même encore maladroit(e)s, sont très agréables. Elles ou ils s'impliquent, ne te mettent pas en danger, demandent des explications parfois. Devant leur soif d'apprendre, tu recommences avec plaisir (mention spéciale pour Gaëtanne...)

Est-ce que pour les autres j'accepte forcément une deuxième danse ?
Non.
Non parce que, désormais, je fais attention à comment je me sens dans les bras de l'autre. Si ces bras sont supposés guider, comment le font-ils ? M'évitent-ils les obstacles, les coudes intempestifs de danseurs agités, le tourbillon de ceux qui tournent à contre sens ?
Comment est la main dans mon dos ? Si elle est molle, mal positionnée, elle ne te soutient pas et te déséquilibre. Tout comme sur ce dessin, ton corps te fait savoir que tu n'es pas en sécurité avec quelqu'un qui te tire en arrière, n'anticipe pas la tourne du bal. Quelqu'un qui se laisse lourdement porter, ça en dit long sur son attitude dans la vie. Ton corps se raidit, tu t'alourdis, ou tu commences à sentir un tension dans tes dorsales.

Choisir
Samedi soir, j'ai vu un danseur extravagant faire tomber à la renverse sa partenaire, la tête hors de la piste, rouler bouler par dessus, la relever d'une main et la relancer dans le flot. Elle n'a pas eu le temps de dire non. Au secours !
Par chez moi, il y a un tas de danses de couples, beaucoup plus qu'en Bretagne. Aurai-je proposé à cet homme de danser une valse, une bourrée, une mazurka ?
Non.
Non, parce que j'observe les danseur/seuses. 
Je ne choisis pas en priorité celui qui présente bien. C'est très trompeur. Les chaussettes dans les souliers sous un bermuda ? C'est pas le physique et sa garde robe qui font le bon danseur.
Si je tends la main c'est vers le plaisir et ... la sécurité.
Avec Eric, Michel, Vincent, Jean-Marc, François, Benoît, Pierre-Yves, je peux fermer les yeux, m'abandonner, tout en étant à l'écoute de leurs propositions muettes, les variantes de pas, les valses à l'envers. Il n'y a pas de mots. Juste une connexion.

Est-ce que j'ai toujours fonctionné comme cela ?
Non.
Non, parce que c'est venu avec l'expérience.
L'ancien moi voulait à tout prix danser, et s'imaginait que, pour cela, il faut un cavalier régulier.
Alors qu'aujourd'hui je préfère ne pas tout danser, profiter de la musique au bord du parquet et être un peu sélective dans mes choix ou mes consentements, pour goûter l'harmonie avec un(e) partenaire plaisant(e).
Évidemment je ne demande jamais à un homme en couple, à moins de les connaître très bien...

Allez, j'avoue, parfois je me trompe encore : il y en a qui donnent le change (in memoriam de la valse à cinq temps la plus longue de toute ma vie...), mais j'ai bien mémorisé qui !

mardi 30 juin 2026

Guérir # 5 Réenchanter les souvenirs - Le lieu sacré

 Jacques a dit : " Ne te prive pas des endroits que tu aimes. Tu vas réenchanter tes souvenirs."

Et voilà que, ce matin, l'oracle du corbeau a évoqué un lieu sacré.




Je connais quelques sanctuaires qui me nourrissent et me réconfortent, mais il y en a un très particulier où j'aime me recentrer et recharger mon esprit. S'y plonger nue, c'est reprendre une vie.
Hélas, cela fait partie des endroits que j'ai partagés avec une personne qui n'en est pas digne, et à propos de laquelle je n'ai pas fait confiance à mon intuition. Heureusement, le lit d'une rivière sauvage et libre est si changeant, sa ripisylve si luxuriante, son flot si courant, qu'en trois ans elle a charrié sans retour les traces fugaces des pas qui l'ont improprement foulée.
Evidemment, c'est un lieu qui se mérite : il faut pédaler, marcher et même bartasser un peu dans le sous-bois qui se referme sur les traces passagères.



Puis la coulée s'ouvre sur un méandre si bien dessiné qu'il fait battre le cœur. 


Grandiose et vierge.
Paisible et scintillant.
J'ai retrouvé mon lieu sacré.

Ecrire au présent

J'écris sur tout, et sur n'importe quoi. 

J'écris l'histoire de R. un de mes danseurs favoris, avec lequel je n'avais jamais profondément échangé. Quarante ans de mariage avec une femme qui "courait", qui me raconte sa version à lui de la peau d'andouille qui lui est tombé des yeux, quand une épouse trompée jalouse était venue saccager son outil de travail. "Grâce à ça j'ai appris à danser. Mais j'ai perdu une partenaire, harcelée de messages par mon ex". R. n'est plus triste. Il se sent libre et vivant.


Couverture d'un cahier qui m'a été offert lors d'un stage d'écriture

J'écris sur ceux qui avancent, et sur ce qui m'anime. La terre sous les pieds nus, le corps en mouvement, les chevreuils qui traversent devant mon vélo, les hirondelles des sables qui s'abreuvent en bandes le soir, la morsure des ronces aux chevilles, la tiédeur du sable.

Un exutoire, une trace de mémoire, des bribes pour plus tard, les paroles d'une chanson dont j'ai reçu la mélodie il y a trop longtemps. J'écris un dialogue entre un narcissique et son confident. J'écris à la mémoire de Shekiba, une petite fille afghane qui aurait dû devenir une femme. Dans son cœur, il y a la sagesse que les hommes n'ont pas. Je me demande ce qu'elle en fera. D'elle il reste une mélodie, Gertjan attendait que j'y brode des paroles. Elle est presque terminée, nous la chanterons à la fête d'été. Le moment de ranimer  mon compte youtube, au bois dormant depuis mon moment d'égarement.

J'écris sur un cahier, des petits bouts de papier, mon téléphone, mon bujo, mon clavier, les gens, les choses. C'est le réveil du geyser tari depuis quatre ans, étouffé au service d'une autre vie que la mienne.

J'écris, surtout. 




lundi 29 juin 2026

Playlist

 Alors voilà ,

Vendredi et samedi, j'étais à Lurcy Lévis (03), un petit bourg Bourbonnais de 1800 habitants.
Et il y avait un super festival
Ô mille et une notes
Belle équipe, grosse ambiance, petit prix
Chansons françaises à texte et rock'n roll
Public familial, tatouages, longues barbes, bas résilles, cheveux multicolores, brassières au crochet, femmes en short décomplexées, je voyais défiler, chanter et danser tout un petit peuple de joyeux drilles.
Des gens que je connaissais, et que je retrouvais avec plaisir, et puis des inconnus sympas, rigolos et souriants.

Les bancs étaient rembourrés aux noyaux de pêche, alors j'étais allongée sur une grande serviette de bains
Une fraîcheur relative remontait de l'étang
J'entendais la foule s'amuser
De temps en temps je me levais pour danser aussi
Je voyais le lever d'une lune presque pleine, sur un ciel velouté piqué d'étoiles, et j'écoutais
des gars du coin


des gars de loin




du rock celtique... corrézien






Une voix est venue doucement fendre la foule,
c'était Simon

et l'heure d'écouter l'un de mes groupes favoris
Debout sur le zinc
Un petit pas de travers, et toute une vie est à l'envers...


Dimanche, j'avais encore le cœur en joie de ces deux soirées, quand je suis partie à l'église de Franchesse, écouter le chœur des Lanciers, dirigé par Véronique Sure.


Le répertoire, les voix, la cheffe, le projet, tout m'a plu. A un moment où j'ai besoin de nouveaux défis à relever, je me suis retrouvée recrutée pour la prochaine rentrée. 

Un week-end de musique pour me souvenir que j'ai aussi besoin de textes riches, de grande musique un peu ardue à chanter, de me nourrir et de m'élever.

Il y a ici une vie culturelle riche, abordable et diversifiée, différente de la Bretagne, où je retournerai avec plaisir réenchanter d'autres souvenirs, mais qui ne me manque pas pour l'instant.

dimanche 28 juin 2026

Le temps de l'éveil

Une goutte d'obsidienne noire, surmontée d'une pleine lune à pentacle et de deux croissants, m'a choisie sans se laisser perturber par la légère vibration d'un lapis-lazuli.
 C'était celle-ci, et aucune autre, une puissante protection contre les énergies indésirables et les pensées parasites.
 Une voie d'ancrage.

Pour certains, le pouvoir des pierres, c'est du pipeau.

Pour d'autres il y a une explication scientifique à la résonnance des petites et grandes énergies, à l'influence néfaste ou heureuse d'une personne ou d'un objet, au taux vibratoire d'un prénom, à la radiesthésie : toute matière est constituée d'atomes reliés par des liaisons chimiques. Un atome c'est 0,1 % de noyau et 99,99 % d'électrons en gravitation.
En gros, la liaison chimique ce sont les forces d'attraction entre ces combinaisons d'électrons.
Et, bien sûr, notre corps est plus ou moins réceptif aux énergies des autres, comme à la sienne propre. 

Quant aux oracles et aux tarots, ce sont juste des cartes qui reprennent les grandes composantes de ce qui fait notre humanité, à commencer par la conscience de notre finitude. Un tirage peut avoir plusieurs interprétations, qui dépendent à la fois de notre perception de ces questions existentielles, de notre état énergétique au moment de la lecture, et de notre capacité à nous laisser guider par notre intuition. Ce n'est donc pas de la voyance, mais de la connexion avec notre clairvoyance et notre lucidité. Il faut juste lire et s'écouter.

En plusieurs occasions, déjà très jeune, j'ai eu de ces fulgurances inexplicables qui m'ont conduite à des décisions parfois tranchées, souvent incomprises, mais qui se sont toujours révélées justes à long terme.

Or, depuis quatre ans, je les avais mises dans ma poche avec mon mouchoir par dessus.  Des intuitions j'en ai eu. Plein. Je les ai ignorées. Enfin, pas tout à fait. Je me suis éloignée, physiquement, plusieurs fois. Au moins, cette petite voix là, je l'ai écoutée, même si ce fut sans vraiment réaliser pourquoi. Elle a été un révélateur d'enfumage. Elle a tout déclenché.

Quelque chose dans les gestes ? Le regard ? Le visage apathique et tombant devant les conversations qu'il ne pouvait pas suivre ?  Le chantage affectif permanent ? L'incohérence entre les paroles et les actes ? Entre les "j'apprécie d'être seul" et les "tu m'abandonnes", les "je ne veux pas rester ici, je mets la maison en vente" et les injustes "tu m'obliges à vendre" ?  Entre les "je ne cherche pas une bonniche", et l'intendance à assurer, les "qu'est ce qu'on mange ? " à midi moins le quart, le vert gluant sur les innombrables velux, les empreintes de ses doigts imprimées à l'encre du journal sur la porte des toilettes, jamais nettoyée ? La superficialité mécanique des mains dans l'intimité, les exigences sexuelles à sens unique, la culture de la pénétration, du coûteux devoir de séduction de la femme pour se rapprocher d'une actrice de porno ? Les rodomontades et la servilité ? Les "je suis prêt à prendre des cours de danse" et, pendant quatre années, danser avec une main molle de poisson crevée dans le dos, 75 kilos de viande statique à trimballer, déséquilibrée, sans cadre et sans soutien ? L'appui c'est toi. Toujours toi.

A moins que ce ne soit le souvenir de l'armoire pleine de pain rassis et de vieux paquets de céréales entamés, du jus de poubelles sur les murs derrière la porte du sous-sol, des chambres poussiéreuses et malodorantes avec leurs couettes jaunasses sans housse, où nichaient des araignées, des draps en guenille remplacés par mes soins, de trente ans de graisse de friture décapée sur les portes de la cuisine avant de la repeindre en flinguant mon mois de juillet ? Des ampoules qui pendaient au plafond depuis quarante ans ? Sa salle de bains sale dont je n'ai plus voulu m'occuper ? La charge mentale totalement déportée sur moi, même en pleine tromperie ? Les cadeaux de Noël de ses petits-enfants ?  Les phrases qui, de plus en plus souvent, n'étaient pas les siennes, les "belle journée et belle soirée" arrivés subitement dans son bagage lexical, avec un tas de tournures extraites de romans feel good? Le salon de thé où il était, paraît-il, allé tout seul ?

Les irrépressibles compulsions alimentaires ? Le léger recul devant ses poils de nez et ses dents, sa brosse à dents éculée et maculée ? Les douleurs qui s'installaient, mes jambes qui se dérobaient ?

Ou juste le fait que je n'écrivais plus rien ?

Je ne sais pas. Je sais seulement que c'était plus fort que moi. Je devais m'éloigner, et il ne voulait pas m'accompagner. Mon cerveau n'avait pas réalisé pourquoi, mon corps lui, prenait la fuite.

C'est que les intuitions, qui articulent en réalité les informations collectées par l'inconscient, peuvent être biaisées par notre état psychique, des émotions fortes, la simple perte de repères quand on s'éloigne de notre environnement familier. Et j'étais vraiment loin de chez moi et des miens.


Ce tirage me dit de profiter de la pleine lune de demain pour acter le deuil de l'illusion et commencer un nouveau cycle. 

Tu as compris la leçon ? Un monde s'ouvre à toi, un changement portera ta vie dans une nouvelle direction. Tu dois juste maintenir une barrière entre les émotions des autres, qui ne te concernent pas, et les tiennes. Laisse les glisser sur ton plumage, tu as besoin de ta force intérieure.

vendredi 26 juin 2026

To be continued...

Par cette chaleur, les jours s'étirent lentement, on bouge au ralenti, on s'anime le soir quand il est l'heure d'aller marcher ou danser. Comme je me sens libre et guérie, je voulais titrer un « Happy end », porteur d'utiles leçons et de rêves à réaliser. Mais Hilly m'a fait remarquer que c'est plutôt un nouveau commencement. Alors j'ai écrit : « À suivre... »


Les rêves dont je me souviens au matin, je sais qu'ils sont importants. Je les note avant qu'ils ne se dissolvent dans la cascade du quotidien, pour me livrer, en léger différé, à l'exercice de leur interprétation.

Depuis quelques semaines déjà, ce sont des songes de guérison. Ils me disent que je suis sur la bonne voie, que le plus ardu du chemin est enfin derrière moi.

Entre mon déménagement et le retour du vélo, je me suis ainsi retrouvée une nuit dans des toilettes dont la porte ne fermait pas. Elle était cassée, la poignée ne s'encastrait pas dans le chambranle. C'est toujours le symbole d'une forme d'insécurité. Quand notre vie privée a été violée par un cambrioleur, une tierce personne, un partenaire indélicat, il est normal de se sentir inconfortable et impuissant, à l'évocation de cette situation. L'effondrement passager de nos défenses psychologiques, sous l'effet d'une violente et incontenable émotion, nous exposent plus que de raison.

L'effraction de mon intimité fut cependant fugace. Un bref morphing, et voici que la porte s'est autoréparée, m'indiquant que ma psyché possède la capacité innée de se reconstruire à la sortie du chaos. Finalement, après avoir traversé une période de vulnérabilité, les mécanismes de défense se sont renforcés sans effort conscient de ma part. C'est ce qu'on appelle la résilience interne. À l'issue de sa fluide métamorphose, j'enclenchais le verrou sans anicroche. Je remarquais cependant que si la porte n'était toujours pas pleine, ses clairevoies me permettaient de rester à l'abri, tout en observant le danger potentiel à l'extérieur. Protégée par ce rétablissement de mes limites personnelles, et surtout le contrôle de ce qui entre et sort de mon espace psychique, je me suis sentie libérée d'un poids, même si je conservais une certaine vigilance vis-à-vis de mon environnement.

Il faut accepter que la perfection n'existe pas :  la porte reste ce qu'elle est, une protection stable et fiable, mais avec des stigmates apparents, derrière laquelle on peut évacuer tranquillement les fardeaux inutiles de tout ce qui nous a nuit : le stress, le doute, les douloureuses comparaisons induites par les comportements toxiques, la perte de confiance...

Les messages du subconscient empruntent des voies détournées. Les rêves directement prémonitoires sont rares. Cependant les tableaux se construisent parfois à partir des événements de la journée.

C'est ainsi que la nuit de mon retour à Plouay, j'ai marché, au soleil, dans la rue avec le Breton des bois Ouin-Ouin, qui avait pris ma main, en arborant un sourire niais, pour me parler d'une voix doucereuse. En face de nous est soudainement apparue la figure pincée et hargneuse de sa nouvelle compagne, qui le surveillait. Au lieu de la rejoindre, il a disparu comme le génie de la lampe.

Il faut dire que, dans la vraie vie, au prétexte de voir son terrain (celui que je lui ai trouvé donc...), il était passé sur la parcelle contiguë, tenir la jambe du mari de mon amie, se plaindre que je lui manque beaucoup, qu'il avait vraiment déconné, etc. Bien sûr, en fin d'après-midi, alors que je chargeais mon vélo, je l'avais vu passer au ralenti dans ma propre rue, où il n'avait toujours rien à faire, comme après le pardon de Lochrist. Il a vu que je l'avais vu, et j'imagine qu'il avait dû passer le reste de la soirée à échafauder un scénario plausible, en cas que cela se sache.

Eh bien ne croyez pas que confronté à ces minables manigances, la nuit venue mon cerveau se soit dit : « Tiens, et si on renouait ! » Un petit message peut-être ?

Que nenni ! C'est même tout le contraire : mon subconscient veut digérer le traumatisme, en acceptant ce qui a été vécu, et l'irrévocabilité de la réalité de la nouvelle situation de mon ex. Il ne peut plus marcher avec moi dans ma vie actuelle, il appartient au monde du mensonge. Sa volatilisation incarne la rupture brutale entre le passé et la réalité présente, à la vue de celle qui personnifie le par en-dessous.

La thérapie onirique est puissante, une véritable purge émotionnelle. Aujourd'hui je réalise qu'il y a dix jours déjà, j'étais en train de tourner définitivement la page, de reconquérir mon intégrité, en coupant court à toute illusion. C'est un signe positif de détachement et de reconstruction de soi. 

La trahison reste un traumatisme violent. Quand on réalise qu'en outre elle durait depuis très longtemps, depuis toujours en réalité, reprendre le pouvoir sur son espace émotionnel est une priorité vitale.

Ensuite vient l'acceptation de ce qui est. C'est la dernière étape du deuil psychique.

J'éprouve une délicieuse sensation de libération, pas de perte. Leur monde et le mien sont désormais étanches. Il est temps de m'engager sur mon propre chemin. Vers la douceur, la connexion et la profondeur.

Cinq mois. Pas mal. Je suis prête à attaquer le second semestre par la face estivale, celle des petites robes et des festivals. Mazurka, je suis à toi !

jeudi 18 juin 2026

Guérir # 4 Réenchanter les souvenirs - l'anse du Stole

 Jacques a dit : " Ne te prive pas des endroits que tu aimes. Tu vas réenchanter tes souvenirs."

Alors j'ai profité d'avoir à récupérer quelques affaires pour voir des amis. Repartir avec de la douceur, des images, des chansons et des crêpes. 

Constater que la petite boule, là, a disparu.






Et puis le matin du dernier jour, je suis retournée nager à l'anse du Stole, une de mes plages préférées.


J'ai enlevé mon maillot. En étoile de mer sur le dos, je me suis sentie si reconnaissante.

Puis j'ai repris ma route.

Le soir, je chevauchais enfin mon vélo chéri.

J'ai essuyé le sable pour rechausser mes chaussures de danse.


À la nuit, quand je suis rentrée en pédalant, le premier croissant de 🌒 🌙 était surmonté d'une Vénus pleine et brillante.

Devant une telle splendeur -à laquelle la photo ne rend pas justice -, j'ai ressenti un nouvel élan de gratitude.


Pour peu que l'on ait une vie riche de centres d'intérêt, passer du bon temps, cultiver l'amitié, partager des valeurs communes, des chansons, des parcours singuliers, tout cela m'appartient, à moi seule.
Sur ces terres de la Bretagne des bois, mon réseau s'est construit autour de la langue et de la culture.
Et il me reste, fidèle.

Je dirais même que, en l'absence du rempart mutique d'une inconsistante présence, il s'établit un tout autre rapport, plus riche, plus profond, débarrassé des faux semblants.  Sans pouvoir les identifier ou les nommer, le cercle intime, finalement, pressent l'intérêt feint comme la déloyauté.

C'est la septième puissante leçon de guérison : la nécessité de la profondeur.

dimanche 14 juin 2026

Mon Moulins ne va pas trop vite

Est-ce l'impétueuse plénitude de la rivière, le gracieux ancrage des arches, la vue sur les flèches et les toits ?

Est-ce parce que je m'y sens légèrement caressée par le soleil et le vent ?

Je ne sais pas pourquoi, j'aime traverser le pont Régemortes. J'ai toujours l'impression qu'il connaît ma route.




Toujours est-il que mon Moulins ne va pas trop vite, et que c'est pour ça que je l'aime bien.

On y croise des copains/copines pour rigoler et boire sagement, manger des glaces, échanger des tuyaux, et explorer mon futur quartier.



On traîne au Monop' pour s'offrir une robe sexy, et des mignonneries pour Vania et Macha.
On baguenaude au marché,
avant d'aller enchaîner 60 longueurs dans une grande piscine calme à 70 € les trente entrées (du jamais vu depuis trois ans...).
On termine avec le brunch du Centre National du Costume de Scène,


la sieste dans l'ombre fraîche des tilleuls, 


 et la visite guidée de l'exposition des 20 ans du musée (comprise dans le prix du brunch), qui permet de découvrir l'incroyable métier, fait de patiente et minutieuse inventivité, des conservateurs de costumes




Demain je reprends gaiement la route pour la Bretagne, mes amies, mon vélo et mes pots de fleurs.

samedi 13 juin 2026

Le corbeau, un oiseau de bon augure

Le jour de mon déménagement, on commémorait aussi le cinquième anniversaire du décès d'Andrée, notre maman chavouisse. Bien qu'hors de ma lignée, elle est de ma cohorte de l'au-delà, qui veille sur moi, comme sur tous les Chavans.

Justement, entre le monde des vivants et celui des morts, règne un animal emblématique, que j'ai redécouvert grâce au commentaire anonyme d'une lectrice certes récente, mais néanmoins très assidue, de ce journal pas intime. Qu'elle en soit remerciée, ce puissant génie de la nature pourrait bien devenir mon animal totémique. Après réflexion, je savais déjà que la vie a un meilleur plan pour moi. À ce point où s'en ouvre un nouveau chapitre, qu'il faut accueillir avec force, ouverture et confiance, très flattée je suis de cette comparaison.



Corneilles, pies, choucas... les corvidés sont une espèces bien supérieure à tous les autres oiseaux, qui peuvent résoudre des problèmes, reconnaître des visages, notamment ceux qui les menacent, et même utiliser des outils différents selon les situations. Parmi eux, le corbeau, avec son cerveau hyper développé et ses milliers d'inter-neurones, est le plus performant. Capable de comprendre les intentions des autres individus, il communique efficacement avec ses congénères, par voix, par posture, et par signe -en désignant une cible – ainsi qu'en transmettant des informations utiles sur une personne, afin d'inciter les autres à s'en méfier.

Le grand corbeau a ainsi des fonctions cognitives très avancées. Il peut apprendre par imitation, et il est doté d'une impressionnante mémoire, qui lui fait conserver le souvenir de toutes les interactions positives ou négatives avec tel ou tel humain.

Face à un miroir, il présente même une conscience de soi. Contrairement à certains hommes, il est capable d'établir un lien de cause à effet, déduire que ce qu'on fait emporte des conséquences sur soi, mais aussi pour les autres. Il comprend même les intentions d'autrui.

J'aime bien l'idée qu'il soit aussi débrouillard que résilient.

Quant à la symbolique de cet oiseau, messager surnaturel des périodes de transition, seuls les esprits étroits,  insensibles à la poésie, l'affublent de mauvaises et vicieuses intentions. Parce qu'il est un être d'audace et de courage, qui n'hésite pas à défier ses adversaires, il est présent dans presque toutes les mythologies, souvent associé au changement, à l'intelligence, et bien sûr, la mort, c'est-à-dire à la transformation de l'âme et son renouveau, vers la sagesse intérieure. Il nous invite à regarder au-delà des apparences et à percevoir tant nos synchronicités que tous les signes que nous adressent les mondes subtils, à écouter notre instinct et à faire confiance à notre intuition.

Chez les Vikings et les peuples nordiques, parce qu'ils voient le monde d'en haut, « Pensée » et « Mémoire »sont les yeux et les oreilles d'Odin.

Chez les Celtes irlandais, Morrigan, la déesse guerrière prend son apparence pour prédire l'issue des batailles et le sort des combattants.

Chez les Amérindiens et les Sibériens, le corbeau est un dieu créateur, parfois malicieux, pourvoyeur de lumière.


Et, figurez-vous, que chez les Grecs et les Romains, il lui arrive de dénoncer les infidélités. J'imagine que c'est parce qu'il est lui-même monogame et d'une fidélité à toute épreuve 

Voir un corbeau présagerait donc les inévitables changements qui nous obligent à tirer des leçons de vie pour faire évoluer la nôtre.


Illustration internet

Magie, prophétie, connaissance, transformation, je me demande cependant s'il est bien prudent d'invoquer, à tort et en vain, la puissante image du grand corbeau. Imaginez un peu que cet animal qui n'oublie rien, symbole d'intelligence, de loyauté, et de bravoure, le prenne mal ? 😱

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Pig pe vran a gan, proverbe breton : la pie ou le corbeau chante / tout finit par se savoir

Старая ворона не квакает фальшиво, proverbe russe : vieux corbeau ne croasse pas faux / on n'apprend rien à plus malin que soi

mardi 9 juin 2026

Guérir # 3 Faire de la place pour ce qui vient

Il est temps de faire de la place pour ce qui vient : la connexion, la profondeur, la paix.

Nous sommes en juin, le mois de la maturité, de l'épanouissement, des premières récoltes de ce que l'on a semé. Les bonnes graines, comme les mauvaises.
Bientôt l'équinoxe de printemps, le solstice d'été, la grande bascule vers les jours qui raccourciront déjà, pendant que nous jouerons les cigales au soleil de l'été.

Comme je savais que tout passe, et que ça ne serait pas toujours aussi dur, je m'étais donnée rendez-vous dans un mois, dans trois mois, puis dans un an. J'en suis au deuxième, je n'ai plus mal, l'illusion s'est évanouie, j'écris déjà un nouvel opus de ma saga personnelle. Savoir clore un chapitre, pour s'éloigner de ceux et ce qui nous blessent, c'est puissant.

Nous sommes en juin, et c'est comme si les âmes des morts venaient me parler.
Oui, les souvenirs affluent, tels les pièces d'un puzzle qu'on emboîte.

Michaël, paix à son âme, je l'avais rencontré aux fêtes de Mardi Gras à Eunice, Louisiana. Il vivait entre le Tennessee et la Virginie. C'était un danseur de génie, et il avait, en outre, de l'or dans les mains. Avec n'importe quel morceau de bois flotté, il concevait une merveille. J'adorais la maison qu'il construisait dans les bois, au bord de la Kentucky river. J'avais eu un gros crush, finalement dissipé, car il n'a jamais profité de moi, même quand on finissait la soirée effondrés sur un coin de divan après avoir écumé tous les bars dansant de Memphis. On se réveillait l'un contre l'autre, sans aucune ambiguïté. Je n'étais pas son type de femme, et il a toujours été clair avec ça : avec ses poils d'ours, il n'aimait que les dames un peu huppées, qui ne le considéraient pas longtemps, hélas pour lui. J'ai cru avoir une déception sentimentale, puis, finalement, on a été très amis. Il a fait travailler le Kid, et moi je l'ai cornaqué en France, de festival en festival, tout l'été 2017.
Il m'avait appris à me faire confiance, à m'abandonner dans la danse. La vie avec lui était légère.
Un soir, on revenait d'un bal au fin fond de n'importe où, il me parlait de la rupture avec sa femme.
Et il a dit : "I feel relieved". Je viens de revoir cette scène. Moi aussi je me sens soulagée.

David, qu'il repose aussi en paix, c'est autre chose. On a vécu ensemble presque dix ans. Je peux dire qu'il m'a aidée à finir d'élever mes garçons, même si leur père restait présent. Puis on s'est éloignés, séparés, pas fâchés. Il avait lui aussi évoqué une relation douloureuse. Une femme, avec de jeunes enfants. Elle lui demandait de se cacher dans sa voiture la nuit, pour ne pas être vus des voisins, puisqu'elle n'avait pas rompu avec son "vilain" compagnon. Il ne savait pas trop dire pourquoi il avait accepté ça, comment il avait pu penser la sauver ainsi.  Toujours est-il qu'il l'avait ensuite entretenue, logée, nourrie, avec, notamment, des factures de produits de beauté salées. Jusqu'à ce qu'un vendredi soir, en rentrant d'un déplacement sur chantier, il trouve son appartement vide. Elle avait décampé avec les meubles. Tout ça pour ça...

Je ne sais pas pourquoi cela me revient à ce moment précis. Donner du champ, de la perspective. réaliser que le compte à rebours était engagé déjà du jour où j'ai posé des limites, quand j'ai refusé de continuer à considérer ses besoins comme plus importants que les miens.

Il y a presque un an, je me demandais si Ste Anne guérit de tout ?
Je n'ai toujours pas la réponse, mais j'ai la certitude qu'à ce moment, elle avait entendu ma prière.
Une autre femme, un autre logement. Un pas, puis deux, vers la liberté. Juste un long tunnel de  chagrin à traverser.

Un mois plus tard, le doute déjà formulé, du déjà vu : "Parfois le cerveau sait, mais notre cœur reste aveugle".

Au dernier Noël, une partie de moi cheminait vers la paix intérieure, et l'autre se préparait au chaos.  La trahison autorisait la tromperie, et moi, toujours naïve, je franchissais, sans le savoir, une étape de plus vers la guérison.

Alors, en quittant la Bretagne pour rentrer en Bourbonnais, je me suis détournée un moment vers la basilique de Ste Anne d'Auray.


Pour dire merci.


Merci d'avoir persisté, même quand je ne voulais pas voir, à me le montrer tel qu'il est vraiment: couard, mytho, misérable.

 Merci de m'avoir donné le courage de lui claquer la porte au nez et d'ignorer ses jérémiades quand je me suis sentie prête.

Merci de m'avoir fait connaître ma chère Bretagne des bois,



Il y a même une Ste Anne des Bois à Pont Callec...

Et si je ne l'avais pas suivi en croyant ses fausses promesses et ses mensonges, je n'aurais pas appris à chanter en breton, je n'aurais pas participé au Kan ar Bobl, je n'aurais pas réjoui les parquets à Lautenbach, je ne serais peut-être même pas allée en Russie. Je n'aurais pas rencontré une nouvelle amie fidèle.

Et si je n'avais pas déménagé, j'aurais continué à m'abîmer, m'alourdir, m'endolorir. Puis, au lieu de mes cartons, j'aurais fait les siens. Je n'aurais pas goûté, comme je l'apprécie désormais, le quasi-étonnement d'avoir du temps pour moi, de le passer avec des amis ou seule quand me prend l'envie de lire, d'écrire, de dessiner, ou de bricoler.

Et si une prédatrice ne s'était pas présentée à la porte qu'il tenait grande ouverte, je me serais emmerdée quelques années de plus avec quelqu'un qui n'a pas d'autre conversation que la météo. 
Ou lui même.
Ou des mensonges.

Et si j'étais partie plus tôt, au premier "j'ai beaucoup souffert", au premier "mon ex avait de gros problèmes psychologiques", au premier "j'aurais fini par quitter ma femme", aux premières comparaisons inappropriées, au premier "je t'aime" trop précoce,  au premier "qu'est-ce qu'on mange" à midi moins le quart, à la première promesse non tenue, à la première nuit de sexe à sens unique, à la première fois où je n'ai pas été protégée,  au premier téléphone planqué, au premier mensonge, je me serais certes évité de la peine, mais je n'aurais toujours pas appris mes plus importantes leçons : 

1. Le corps ne ment jamais, écoute-le.

2. Un gentil garçon n'est pas forcément un type bien.

3. Pas de confidences, pas d'intimité, tant qu'on n'a pas, vraiment, fait connaissance. Le narcissique n'hésitera pas à s'en servir quand son vernis sera fissuré.

4. Demi-tour au premier red flag. L'intensité immédiate, les grandes déclarations enthousiastes précoces, les promesses faciles, la victimisation, l'attachement excessif, les comparaisons entre deux femmes, l'ex perverse et manipulatrice, la clandestinité et toutes les cachotteries SONT des red flags.

5. Ne tenir compte que des actes. Le reste, les "je ne cherche pas une bonniche", "je suis capable de vivre seul", les "quand j'aurai fait ceci et cela" et toutes les conjugaisons au futur proche, c'est du bla bla.

6. Si la charge mentale pèse sur toi, tu es en train de te faire utiliser.

 
De la boutique de la basilique, j'ai rapporté Ste Anne et Marie, bien sûr, mais aussi Aniel, Yabamial et Veualiah,
mes trois anges gardiens.