Toi qui passes ici, et affrontes peut-être, en ce moment, une déception, une trahison, des
agissements malsains ; toi qui dois prendre la douloureuse
décision de mettre fin à une situation insupportable ; tu as l'impression de tout perdre. Mais regarde, les arbres perdent leurs feuilles chaque année. Ils restent pourtant dressés, en attendant des jours meilleurs.
Ta vie te semble vide ? Ne comble rien, tu te fais juste de la place. Dis-toi
bien une chose : tout passe, ce ne sera pas toujours aussi dur,
tu vas traverser. Dans six mois, un an, ce ne sera plus qu'un vieil
épisode, sur lequel ton attention ne s'attardera plus.
Donne toi ce rendez-vous, recule d'un
pas, et observe. Et si c'était un cadeau ? Oui, un cadeau, que
tu mettras un peu de temps à déballer, la clé d'une porte vers un
avenir différent, celui de la personne que tu deviens à travers ça. Parle-toi comme à une amie. Sérieusement, tu aurais voulu te réveiller deux ou trois ans plus tard ? Ou t'éteindre complètement ?
C'est ce que m'a suggéré, hier,
l'oracle du corbeau : un autre angle de vue
Évidemment non. Alors oui, accepte ce présent comme une libération, pas comme une perte.
Tu n'es pas perdue. Tu es sur ta route.
Parfois, quelqu'un te prend la main. Parce que tu lui as ouvert ton cœur, il sait quoi te
dire : ce que tu as envie d'entendre : « Tu es avec moi
maintenant, tu ne crains plus rien. » et à cause des ces
paroles, tu le laisses t'entraîner gentiment sur le mauvais chemin.
Juste à cause de cette sensation de vos doigts enlacés, tu
n'écoutes pas le reste du corps, qui ne s'y sent pas à sa place. Un
peu trop vite, un peu trop fort. Et cette satanée petite voix qui te
murmure : « Allez, c'est inespéré, tu ne trouveras
pas mieux ».
Il te donne à voir son potentiel, qu'il ne réalisera jamais. Pourtant, tu croises ton ange gardien qui te prévient que ce sont
les actes qui comptent : « Tenez-la bien monsieur, sinon
elle va s'en aller ! ». Tu n'écoutes pas, la petite voix est
la plus forte, tu mésinterprètes en riant, tu persistes à mettre
un pied devant l'autre, même si chaque pas te coûte. Tu finis, bien
fatiguée, par te retrouver si loin de la voie qu'il aurait fallut
emprunter, la tienne. Ta vaillance t'a quittée, la main est allée
se promener ailleurs.
Tu t'arrêtes. Un serpent glisse dans
l'herbe, vers le sac que tu as posé, le temps de réfléchir. Tu
reprends ton barda, tu t'éloignes. Faire demi-tour ? Impossible
d'effacer les kilomètres parcourus. Ça s'est passé, c'est tout. Tu
dois avancer encore, jusqu'à une nouvelle croisée, où tu choisiras
ta propre route. Où tu te choisiras.
Ce n'est pas si ardu que tu pensais.
Sans l'autre main qui aspirait ta vitalité, tu te sens en sécurité,
équilibrée. Ton sac est tout léger maintenant. Tu allonges le pas
en concentrant ton énergie sur ce qui t'attend quelque part. Pour
l'instant, d'où tu es, tu ne vois pas clairement ce que la vie te
réserve. Mais cette-fois ci, tu es déterminée : tu fais
confiance à ton intuition. Contre ta paume, tu sens la menotte de ta petite fille
intérieure. Elle n'a plus peur. La troublante petite voix s'est enfin tue.
En pérégrinant, tu franchis tes
propres étapes. D'abord encaisser le choc : plus ta confiance
en cette main était aveugle, plus il est violent.
Puis mettre fin à ton marchandage
psychique avec les faux espoirs entretenus par la langue fourchue. Tu vois bien que c'est un cadeau : tu es devenue lucide ! La main revient te chercher. Mais tu ne la prends plus. Tu la vois telle qu'elle est. Elle te répugne.
Tu te sens alors infiniment triste, la
pluie grise de la dépression s'abat sur toi, le chagrin profond des
liens illusoires qui se délitent, de la prise de conscience de qui
était réellement ton compagnon de route, d'une forme de culpabilité
pour avoir cru à un mirage inconsistant. C'est bon signe. Ton cerveau travaille.
Tu marches avec colère maintenant,
comme toutes ces femmes que tu as croisées sur le chemin de St
Jacques. Le temps d'une pause tu sors ton carnet, et tu écris tout
ce dont tu te souviens. C'est ton refuge, il t'appartient. Un peu
plus loin tu le déposeras, avec tes peines.
Ce sera alors le temps de l'acceptation de ce
qui est. Oh, ne t'attends pas à une explosion de joie ! C'est
juste passer un bonne journée, même si tu y as pensé, aligner
soixante longueurs de piscine, en ne songeant qu'à l'eau qui glisse
sur ta peau, s'endormir sans images intrusives, ouvrir les yeux sur
la belle journée qui t'attend, accomplir les corvées avec satisfaction, partager un déjeuner avec tes petites-cousines, acheter une nuisette de dentelle rouge très douce, pour toi seule, parce que tu la mérites, une balade en vélo le long de
l'Allier, une mazurka connectée dans un bal chez des amis, pédaler jusqu'à une église pour un concert...

Ça t'aidera beaucoup de mettre des
mots sur tes émotions les plus contradictoires parfois, de bouger,
de réenchanter tes souvenirs, de nourrir de vrais contacts humains.
Mais ne bourre pas ton agenda, c'est une manœuvre d'évitement, une
distraction qui ne fait qu'étirer l'épreuve. Tout ira beaucoup plus
vite si tu es capable de rester seule avec toi même, d'affronter tes
vérités profondes, de méditer un moment sur le tirage d'un oracle.
Tu as besoin de ce temps pour réfléchir.
À
la fin, rien ne s'efface, tout est à sa place ; et, à cette
place, tu te reconstruis. C'est comme une mue. Tu t'extirpes
de ta peau trop étroite, parce que tu as grandi. Et même, il se peut que tu te
métamorphoses. La petite voix ne reviendra pas.