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jeudi 11 juin 2009

Mitard mi-temps

On ne dit pas maton, on ne dit pas mitard.
C'est du langage de détenu (LD).
En langage de fonctionnaire (LF) on dit surveillant et quartier disciplinaire.
Avant d'en arriver là, je veux dire au quartier disciplinaire, en principe, on a déjà essuyé bien des petites contrariétés : écrire trois fois (en prison il faut tout demander par écrit) pour consulter le dentiste alors qu'on souffre comme un damné, courrier qui part à pied ou qui n'arrive pas, etc.
Ensuite il y a les sanctions officielles.
Par exemple, si, non content d'être en prison, tu poses en plus des problèmes, le surveillant fait un rapport, tu passes devant la commission de discipline (LF) dite encore prétoire (LD). En principe tu peux y être assisté d'un avocat, mais ça n'a pas toujours été le cas.
On y est jugé par l'administration avec laquelle on est en conflit.
Bref, en fonction de la bêtise, tu peux être privé de parloir (ce qui rend fou), de certaines activités (surtout si tu ne t'y comportes pas correctement), ou écoper de plus ou moins de jours au quartier disciplinaire.
Désormais, on doit pouvoir être extrait du QD pour un parloir, et pour des promenades de plus d'une heure, instruction récente de 2008, qui ne me paraît que moyennement appliquée.
Le plus souvent on y est bien enfermé et plus si affinités ...
Tout ça pour dire que le type qui se jette partout, genre petit teigneux qu'il ne faut pas regarder de travers sous peine de prendre un coup de boule, au lieu de lui manifester -sans candeur, c'est un délinquant- un peu de compassion, d'abord on lui a bien savonné la planche pour le mater. Et comme -oh surprise ! - ça ne marche pas bien au contraire, on a entre les mains une bombe prête à exploser qu'il faut isoler au mitard.
S'il n'y joue pas au saut à l'élastique (langage de rien, appris sur place = se pendre), il peut éventuellement en sortir calmé.
Ou pas.
Généralement pas.
Surtout si lui, le vrai délinquant qui risque 5 ans d'emprisonnement, y avait été envoyé pour s'être battu avec un pointeur(LD)(qui en risque 10 ...) un peu harcelant, bien blanc et bien propre sur lui, ne posant aucun problème en détention. Lequel pointeur lui, n'avait pas été puni ...
Je suis curieuse de savoir dans quel état va revenir le petit furibard.

mercredi 13 mai 2009

Débarquation dans le demon du rap *

Si jeune, pas fini, 4 mois pour un délit mineur.
La bougeotte, les yeux au bord des larmes.
- ça ne va pas monsieur ? Vous n'êtes pas bien ?
- Je ne suis pas sorti de la journée.
- Pourquoi n'êtes-vous pas allé en promenade ? Vous pouvez venir dans le groupe suivant.
- C'est le surveillant, il m'a pas dit. Je suis primaire (première condamnation, NDLR) c'est pour ça, je sais rien de toutes ces règles là. Déjà on n'est pas sorti ce matin parce qu'il pleuvait. Même s'il pleut j'ai besoin de prendre l'air.
- Pas grave. Je vais demander au surveillant de vous emmener en promenade, et vous reviendrez ensuite.
- Y va pas vouloir, y m'aime pas.
- Si, si il va vouloir, je vais le lui demander gentiment, ça va marcher, vous verrez.
Je sonne.
Trois fois en une demi-heure.
Heureusement qu'il n'est pas en train de m'étrangler.
On meuble.
Sa famille, quittée à 16 ans, ses études chaque fois interrompues au moment du diplôme, par peur d'échouer, la rue ... sa femme ... son ennui, rien, absolument rien à faire dans sa cellule où il est tout seul.
Il a l'âge d'être mon fils et il est prêt à pleurer.
Je lui prête des BD, je lui conseille la bibliothèque.
Il regarde la porte, il n'y croit pas trop à ce rattrapage de promenade.
- Alors, qu'est-ce que vous attendez de moi pour ces cours de français ?
- Je voudrais écrire.
- ...
- J'écris des chansons.
- Ah, super, bon d'accord on va faire ça.
- Oui, mais ...
- ????
- C'est du rap vous savez (je fais si vieille que ça ?)
- Pas de problème ! Du moment que vous écrivez.
- Oui mais ...
- ???
- Ils ont fouillé ma cellule, ils m'ont pris tous mes textes, et ils m'ont dit que si je recommençais j'irais au mitard.
- Ah ? Et ils parlent de quoi vos textes ?
- Ben de la justice de la police, (il oublie de dire de sexe - hardcord- ) vous voyez ? C'est du rap quoi ...
- Bon ben, je vous donne un cahier, vous écrivez dedans, je le garde ici, comme ça pas d'histoire, on ne pourra pas vous accuser de faire circuler.
- Je pourrai le récupérer en sortant.
- Bien évidemment.
Bruit de clé.
- Vous avez sonné ? (oui trois fois ...)
Mon sourire le plus avenant possible :
- Oui, ce monsieur ne peut pas travailler dans cet état, il faut qu'il sorte. Vous pouvez l'emmener en promenade et le reconduire avec le deuxième groupe ?
Le surveillant, un jeune type sympa et toujours courtois avec moi, a un peu le masque là. Mais il fait contre mauvaise fortune bon cœur, et il y retourne.

.................
Une heure plus tard, le même, aéré, me noircit cinq pages du petit cahier. Ma plus grosse production d'écrit (la seule ?) depuis que je suis là.
Pendant ce temps, syllabes à deux et trois sons avec un autre et masculin/féminin sur l'ordi pour mes deux FLE.
On rit.
On rit souvent pendant ce cours, parce que tout le monde en a bien besoin.
Et j'aime ces petits moments.
Voici venu le temps de la relecture et des corrections.
J'enrichis mon vocabulaire, je ne savais pas qu'il y avait autant de mots pour dire chichon et pétasse.
J'aime bien ce qu'il écrit, ça a du sens, même si c'est violent.
Mais je cale un peu sur la vision de la gente féminine.
- C'est vraiment ce que vous pensez des femmes ?
- Pas du tout, au contraire même.
- Ben alors pourquoi écrivez-vous cela ?
- C'est que si je disais des trucs gentils, ça plairait pas aux gens.
- Moi je n'écris pas des idées que je n'ai pas.
- Oui, mais vous madame, vous, vous ne faites pas du rap.
Et toc ! Bien envoyé ...
Et en plus c'est dit très respectueusement.
Un indice supplémentaire que j'ai atteint la date limite de péremption.

* Débarquement dans le monde (ou démon, au choix) du rap.