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samedi 15 février 2014

Salade russe #7


Le coca-cola russe, à base seigle fermenté (prononcer kvass)
Elle fait une soupe froide avec ça, c'est assez tasty,
en tout cas Franzouski adore.

Hier, j'ai passé la meilleure Saint-Valentin de toute ma vie,
mais pas la plus écofriendly.
En fait, c'était pas la mienne, 
mais celle de Franzouski.
Ils ont squatté la cuisine pour se préparer un petit dîner d'amoureux, 
et se sont concocté des sushis (home-made, avec du Philadelphia, c'est pas mal)
un petit dessert  (sur mes conseils : base dacquoise, crème patissière détendue à la chantilly et fraises...)
Dans la maison ça sentait le riz, le vinaigre et la vanille.
Ils ont sifflé une bouteille de Jurançon...
Je me suis éclipsée à la piscine, comme tous les vendredis,
puis en haut, 
parce que j'ai trouvé ça vraiment craquant,
(alors que pour moi tout ça c'est bullshit...)

mercredi 29 janvier 2014

Salade russe # 5

Cette fille,
c'est du soleil dans ma maison.


Bon,
le début de discussion sur les rôles respectifs de l'homme et de la femme dans la famille m'a un peu laissée,
comment dire ,
hum,
perplexe...
Mais je l'adore.
Et j'aime avoir une fille chez moi.

lundi 23 septembre 2013

Salade russe # 5

Il m'écrit qu'il ne peut pas envisager d'être avec quelqu'un d'autre qu'avec elle,
et il me demande,
à moi qui n'ai jamais pu être la femme d'un seul homme,
si je pense que c'est possible que ce soit celle de toute une vie.
Je ne sais pas.
Je sais que mon frère a rencontré sa femme à 17 ans,
et que 30 ans et quatre enfants plus tard,
ils sont toujours ensemble.

Il me dit qu'elle est bonne pour lui,
qu'elle l'apaise,
que ce sera dur de la quitter.
Il me demande si elle peut venir un mois en janvier,
et moi j'ai hâte de la connaître.
Il veut passer son permis en vitesse,
et trouver un job sans faire la fine bouche,
en attendant de reprendre ses études.

Il me dit des choses intimes et douces
qu'il seraient indécent d'écrire ici,
et que ce sera son premier anniversaire sans nous.
Il aura vingt ans.
Ce sera son premier anniversaire d'adulte,
et pour moi,
il sera toujours ce bébé tout mouillé et tout chaud
posé sur mon ventre,
les yeux presque trop grands ouverts sur le monde.

Je bénis cette petite étincelle de bonté,
ce petit bout d'âme qui animait encore cet étranger qu'il m'était devenu,
et qui l'a poussé à monter son dossier,
à aller jusqu'au bout
dans ce marasme qu'était devenue sa vie.
Il est allé si loin pour la rencontrer.


C'est étrange les destins qui se croisent,
comme les fils qui se nouent.

J'appréhende toujours un peu son retour,
l'atterrissage risque d'être brutal.
Mais je lui écris à mon tour de ne pas y penser.
C'est de s'angoisser pour ce qui ne s'est pas encore produit,
qui empêche de profiter du moment présent.

Photo internet

samedi 30 mars 2013

Salade russe #4

Après le com anonyme
sous le post précédent
j'ai envie de vous dire
que
si je parle ici
d'une histoire très personnelle et très intime,
c'est que je me suis rendue compte que c'est d'une banalité effrayante
et très honteuse,
silencieuse.
Et cette honte, elle est injuste.
Alors que ceux, concernés, qui passent ici,
sachent qu'ils ne sont pas seuls.

Pour supporter,
parfois,
je me suis dit : "Et s'il mourrait, tu te sentirais comment ? Libérée ?"
Et ça m'aidait à relativiser, à prendre de la distance, à continuer à lui tendre la main.

Parfois aussi j'explosais,
et je lui disais des choses affreuses,
des choses qu'une mère ne saurait dire à son enfant.
Mais devant cette violence,
je perdais le discernement : ce type là, devant moi, ce n'était plus mon fils, ça ne pouvait pas être lui.

Et pourtant si....
Je me suis sentie mauvaise,
nulle de l'avoir si mal élevé.

Il y a deux expressions que je ne peux plus entendre :
l'oxymore "drogue douce"
et le "tout le monde fume, c'est normal".
D'abord c'est faux : tout le monde ne fume pas.
Un jeune sur deux ne fume pas...
ah ah ah
Et surtout,
banal ne veut pas dire normal.
Oui, ce tellement banal qu'ils finissent par laisser traîner leurs barrettes,
par se rouler un joint n'importe où en public,
et que le médecin de famille te dit "faut pas en faire un drame non plus..."

Non, décidément, ce n'est pas parce que c'est banal que c'est normal.
Faudrait déjà qu'on soit clair avec ça.
Dix ans d'études de droit : la norme pour moi, c'est la loi.
Quand on n'est plus sûr de rien,
de ce qu'il faut faire,
il est bon de se souvenir que ces comportements sont interdits.
Point.

C'est pourquoi, j'ai été à deux doigts de porter plainte contre lui,
de le dénoncer,
et peut-être que j'aurais dû.
Ce qui m'a arrêtée
c'est que je n'avais guère l'envie de le retrouver à la maison d'arrêt :
la prison est très loin d'être un lieu de reconstruction, et bien souvent, les jeunes y apprennent le pire.

Finalement, c'est sa propre imprudence qui l'a conduit devant le délégué du procureur, pour la fameuse "composition pénale"  aka tu paies 100 €
pour qu'ils visionnent un film sur les dangers du cannabis.
Qu'ils connaissent très bien.

Nous adultes, qui sommes souvent dans le déni,
pouvons nous attendre d'un gamin pas fini
qu'il soit dans le principe de réalité ?

Alors j'ai dit non,
et tout le monde - son père, l'avocate, le délégué..;- s'est tourné vers moi,
et m'a regardée comme si j'avais dit "à mort la République !".
Mais j'ai tenu bon
et
j'ai employé le mot de maltraitance.
Lui,
il était violet de colère.
Explosion.
" - Je ne t'ai jamais frappée !
- Non, mais tu le feras un jour. Parce que la maltraitance ça commence toujours comme ça : les insultes, les paroles humiliantes, les objets cassés, et pour finir le poing levé. Qui un jour frappe.
Oui, ce que tu fais, c'est de la maltraitance. D'un homme sur une femme, même si je suis ta mère. Et la seule chose qui mette fin à la maltraitance, c'est de la nommer, de dire son nom et de dire non. J'ai peur de toi, est-ce que c'est acceptable ça ? "

Et j'ai tenu bon,
en demandant que ce soit inscrit dans le procès verbal.
Je savais bien que ça se terminerait devant un juge.
Mais je savais aussi,
que le rappel à la loi,
par ce tiers symbolique de l'autorité qu'est le magistrat,
c'est une très bonne chose.

Une fois, il a dit : "Mais elle est qui celle-là, pour me juger ?".
Ben, elle est juge justement.
C'est son boulot.
C'est là qu'on voit que ce sont des gamins bien paumés,
malgré tout ce qu'on a cru leur apprendre.

Indéniablement, ça l'a fait réfléchir,
pendant les quelques semaines d'attente de l'audience.
Mais ça n'a pas suffit.
alors, oui
moi aussi
tu vois
je lui ai demandé de partir de chez moi,
puisqu'il n'en acceptait pas les règles.

Son père,
à qui j'en voulais terriblement pour sa permissivité excessive,
a été obligé de le prendre en charge.
Il a enfin ouvert les yeux.

Revenu à la maison quelques mois plus tard,
un problème de santé.
C'est dans ces moments qu'on sait avec certitude
qu'ils restent nos enfants.

Avec le recul,
je suis heureuse de n'avoir jamais complètement rompu la communication,
gardé la porte entrouverte,
exigé qu'il remette sa chambre en état,
aidé à monter son dossier pour partir.

Un gamin odieux
mais qui trouve la ressource de te dire "Maman, il faut que je partie d'ici, sinon je vais très mal tourner"
t'es obligé de l'entendre.

Du voyage au pays des soviets,
je n'attends rien.
Je veux dire,
je n'attends pas qu'il rentre changé.
J'aurais trop peur d'être déçue.

Mais je suis heureuse qu'il ne soit pas là
et que ce ne soit pas parce qu'il est mort ;
qu'il se soit donné sa propre chance de découvertes, de galères et de bonheurs à vivre sur son chemin à lui.

Peut-être qu'ils enragent de dépendre de nous,
et que c'est pour ça qu'ils mordent la main qui les nourrit ?

C'est ce que j'ai envie de te dire
anonyme,
ils ne nous appartiennent pas,
ils font leur choix de vie,
mais ils restent nos enfants.

Tu ne l'as pas abandonné.
Je crois au contraire
qu'il faut beaucoup d'amour pour laisser partir ses enfants.
Et comme m'a dit ma Cécile un jour,
c'est de l'amour inconditionnel.
Les laisser partir, c'est leur faire confiance.
Pourvu qu'il sorte de cette période de turbulence sans s'être abimé davantage,
moi ça me convient.


jeudi 28 mars 2013

Salade russe #3

"Il doit vachement te manquer ?"
Toute honte bue,
je vous dirais que non.
Car depuis que Franzouski est parti au pays des Soviets, la maison a retrouvé paix et sérénité.

Je m'en suis sentie très coupable
et puis j'ai accepté, cette absence d'absence.

Qu'est-ce que devrait me manquer ?
L'étranger vautré dans un fauteuil devant la télé, son portable sur les genoux,
qui demande quand est-ce qu'on mange,
sur un ton peu amène
après avoir vidé le frigo
et dont je sais
qu'il entrera dans une colère noire
lorsque viendra le moment de vider la poubelle et le lave-vaisselle ?

Le type hurlant,
les yeux exorbités,
qui perfore les murs avec ses poings
quand on lui dit non,
parce que zéro tolérance à la frustration ?

Les urgences de l'hôpital ?

Les repas sans communication, sans chaleur, pris en vitesse
parce qu'on n'a rien à se dire ?

Les agressions sur son frère ?

La manipulation, les mensonges, la perte totale de confiance,
le manque de respect, les insultes et les cris ?

Ma propre colère, et tout ce chagrin ?

La seule chose qui me tenait debout, c'était le souvenir de ce gamin aux grands yeux curieux,
au cœur ouvert sur tout et sur tous, qui posait tant de questions
et qui aimait vraiment les gens.
Mais j'avais si peur que cette petite flamme soit éteinte, partie en  fumée dans les volutes d'une soi-disant drogue douce, évaporée dans les relents alcoolisés de leurs fêtes pourries.

Je suis toujours tellement terrorisée d'ailleurs,
à cette idée de schizophrénie latente,
ou de perte de QI,
que je me réveille la nuit,
recroquevillée,
les poings serrés,
glacée,
l'estomac en boule sur un sanglot nauséeux.

Mais moins souvent.

Peut-être à cause de ce grand voyage qu'il a réussi seul.
Ou de son courriel hebdomadaire.
Il ne dit pas beaucoup.
Mais il dit suffisamment :
le job
les rencontres
la vie en colocation
l'apprentissage de la langue
le cumul des jours de vacances
pour explorer le pays cet été...

J'aime lire ses petits mots, l'imaginer en trois heures plus tard que nous,
sous d'autres cieux, ne pas m'inquiéter.

Et j'aime surtout
rentrer le soir
dans une maison propre et calme.

Souffler un peu.


Photo : internet

mercredi 23 janvier 2013

Salade russe # 2

Oui, je commence une nouvelle série,
parce que j'ai comme dans l'idée qu'on n'en a pas fini avec les aventures de Frantsouzski au pays des soviets, de la mafia et des blondes dénudées en manteau de fourrure qui s'appellent Nathalie dans la patrie de Tolstoï, Pouchkine et Soljenitsyne.

Dans le match Coline contre la grippe
on en était ce matin à la grippe 2 - Coline 1
ce qui fait que je suis restée à la maison
n'ayant pas jugé utile de contaminer toute la maison d'arrêt avec mes miasmes tussigènes & sternutatoires.

Ça va sûrement vous sembler difficile à croire
mais
à l'heure qu'il est
ma famille, mon banquier et moi-même remercions ma grippe
qui a permis que je sois là quand le vibreur m'a hélé
 "Apel stp"

En effet
travail en détention = niet téléphone portable et niet internet
et là, par chance, j'étais à la maison
en mode geek, donc.

Or, "Apel stp"
ça sent la progéniture en galère,
une galère de la même eau qu'il y a trois semaines
quand il m'avait annoncé :
"- Je suis à l'agence, il me manque le papier de l'assurance, ils ne veulent pas transmettre mon dossier.
- Comment ça ? Tu n'avais pas d'attestation ? 
- Si, mais ce n'est pas la bonne."
Par "ils" entendez l'agence que le consulat de Russie charge désormais de constituer les dossiers de visa moyennant 60 euros (qu'en principe on ne paie pas quand on voyage pour un travail humanitaire, mais comme le document qui l'explique est en russe, on n'est pas sensé le savoir. Quoique, quand j'y pense, sur leur site, ce soit écrit à la fois oui, et à la fois non, en français).

Eux à Paris.
Nous à Guéret.
Aller-retour SNCF : 105 euros


Trois semaines, une attestation d'assurance, une cartouche d'encre, et 115 euros (oui les tarifs ont augmenté, fuck la SNCF) de billet de train plus tard :
"Apel stp"
"- Qu'est-ce qui se passe ?
-  Les papiers que j'ai imprimés hier, ça ne va pas. Il manque un tampon. Elle ne sait pas si c'est de Axa ou MSH, alors m'a pris rendez-vous directement au consulat de Russie.
- Là, tout de suite ?
- Non, faut que je revienne le 30.
- Faut que tu reviennes le 30 pour savoir qui doit mettre le tampon ? Attends, je te rappelle."
On sonne à la porte.
Mon collègue m'apporte des papiers à signer, garde une distance de sécurité rapport à la grippe et me demande si ça va.
J'explique vite fait.
"Ah, ben la Russie, c'est là que ma fille a suivi son mari expatrié pendant 9 mois. On n'est jamais allé la voir, tellement c'est compliqué d'avoir un visa. De toute façon, ils sont rentrés et ils ne se sont pas du tout plus là-bas. C'est pas terrible. Sauf si tu aimes la vodka. C'est la principale denrée alimentaire".
OK
Respire.
Shamata.
La porte refermée, j'appelle le consulat de Russie.
"Oh, mais c'est pas grave madame, il va dans n'importe quelle agence d'assurance et il fait mettre un tampon."
Alors,
Googlejuice ! Googlejuice ! Googlejuice !
tadam !
des agences Axa dans le 8ème, il y en a plein,
mouai
 je sens que ce n'est pas la bonne pioche
un tampon au hasard, c'est louche.
"Écoute, vas à la plus proche,  rue du Colisée, elle croise la rue de Ponthieu. Renseigne-toi."
Il me rappelle.
Desperate Frantsouzski.
"- Ce n'est pas la bonne agence, ils me disent d'aller à La Défense... Je vais rater le train du retour.
- TU AS raté le train du retour. On s'en fout, on verra pour le train après. Là on règle le truc de l'assurance. Pose-toi deux minutes -tu n'es même pas sûr pour la Défense, - et lis-moi exactement ce qui est écrit sur l'en-tête de ton attestation. 
- Axa Belgique...
- Et après ?
- MSH International, rue Villeneuve à Clichy.
- Ok, c'est leur gestionnaire (merci ma grippe  ET ma vie d'avant, soit mon poste de rédac chef à l'Assurance française...) Je suis sûre que c'est chez eux qu'il faut aller. Patiente, je te te resonne (c'est à cause d'Axa Belgique, et puis c'est bien pour éviter les répétitions)."

Je maudis le Centre régional d'information jeunesse (CRIJ) du Limousin
organisme d'envoi qui ne maîtrise pas les formalités.
Je maudis VHS le bureau des visas, mais chut... pas trop fort, à cause des micros. La Russie est une grande démocratie. Je répète, la Russie est une grande démocratie.


Googlejuice ! Googlejuice ! Googlejuice !
tadam !

Je bénis MSH
et son personnel anglo-saxon.
En effet pour moi, "accueil en anglais" = "efficacité".
- à mort les préjugés -

Le temps qu'elle passe l'appel, ma nouvelle interlocutrice a le dossier sous les yeux. Et une grande habitude de ce genre de contretemps.
Bien sûr que c'est là qu'il fallait aller, et depuis le début.

CRIJ, pour toi ce sera la peste et le choléra.
Jusqu'à la septième génération.

Clichy, c'est sur la même ligne que Champs-Elysées-Clémenceau

Je reprends la hot-line assurance et transport inclus
et
deux heures plus tard (+ 50 euros, drelin drelin!  Oui il a fallu reprendre un nouveau billet, le train était parti depuis plus de 60 minutes. SNCF, ta mère la p...  que le diable t'emporte avec le CRIJ
et VHS ! La Russie est une grande démocratie. Je répète, la Russie est une grande démocratie.) tout est réglé.

Ah petit frantzouski, tu viens d'apprendre la première vertu cardinale du voyageur qui veut aller en Russie : la patience !

Maintenant, il est temps pour toi de t'initier
au sens de l'humour qui fait toute la délicatesse de l'âme slave :

"Nous vous souhaitons la bienvenue au Centre de visas pour la Russie

Nous mettons tout en œuvre pour que votre démarche soit la plus agréable possible et pour vous offrir un service de qualité.
Le Centre de demande de visas russe a été créé dans le but d'améliorer la qualité du service aux citoyens de la France et des pays tiers souhaitant obtenir un visa pour la Russie.
Notre travail consiste avant tout à accélérer et simplifier l’obtention des visas : grâce à nos services, vous obtiendrez toujours vos visas dans les meilleurs délais et sans soucis.
Nos opérateurs hautement qualifiés sont à votre disposition pour toute question concernant l’obtention d’un visa russe, les formalités liées au formulaire et la liste des documents nécessaires."
Source : http://vhs-france.com/




Édit : il faudra retourner chercher le visa, ils ne l'envoient pas. Et bien sûr revenir en chercher un autre tous les trois mois.
Depuis Nijni-Novgorod.
300 km à l'est de Moscou.
La Russie est une grande démocratie. Je répète, la Russie est une grande démocratie.

samedi 5 janvier 2013

Salade russe # 1

La vieillesse est un naufrage (Châteaubriand)

 
Crédits photos : La Voix du Nord / Le Figaro