Après le com anonyme
sous
le post précédent
j'ai envie de vous dire
que
si je parle ici
d'une histoire très personnelle et très intime,
c'est que je me suis rendue compte que c'est d'une banalité effrayante
et très honteuse,
silencieuse.
Et cette honte, elle est injuste.
Alors que ceux, concernés, qui passent ici,
sachent qu'ils ne sont pas seuls.
Pour supporter,
parfois,
je me suis dit : "
Et s'il mourrait, tu te sentirais comment ? Libérée ?"
Et ça m'aidait à relativiser, à prendre de la distance, à continuer à lui tendre la main.
Parfois aussi j'explosais,
et je lui disais des choses affreuses,
des choses qu'une mère ne saurait dire à son enfant.
Mais devant cette violence,
je perdais le discernement : ce type là, devant moi, ce n'était plus mon fils, ça ne pouvait pas être lui.
Et pourtant si....
Je me suis sentie mauvaise,
nulle de l'avoir si mal élevé.
Il y a deux expressions que je ne peux plus entendre :
l'oxymore "
drogue douce"
et le "
tout le monde fume, c'est normal".
D'abord c'est faux : tout le monde ne fume pas.
Un jeune sur deux ne fume pas...
ah ah ah
Et surtout,
banal ne veut pas dire normal.
Oui, ce tellement banal qu'ils finissent par laisser traîner leurs barrettes,
par se rouler un joint n'importe où en public,
et que le médecin de famille te dit "
faut pas en faire un drame non plus..."
Non, décidément, ce n'est pas parce que c'est banal que c'est normal.
Faudrait déjà qu'on soit clair avec ça.
Dix ans d'études de droit : la norme pour moi, c'est la loi.
Quand on n'est plus sûr de rien,
de ce qu'il faut faire,
il est bon de se souvenir que ces comportements sont interdits.
Point.
C'est pourquoi, j'ai été à deux doigts de porter plainte contre lui,
de le dénoncer,
et peut-être que j'aurais dû.
Ce qui m'a arrêtée
c'est que je n'avais guère l'envie de le retrouver à la maison d'arrêt :
la prison est très loin d'être un lieu de reconstruction, et bien souvent, les jeunes y apprennent le pire.
Finalement, c'est sa propre imprudence qui l'a conduit devant le délégué du procureur, pour la fameuse "
composition pénale" aka tu paies 100 €
pour qu'ils visionnent un film sur les dangers du cannabis.
Qu'ils connaissent très bien.
Nous adultes, qui sommes souvent dans le déni,
pouvons nous attendre d'un gamin pas fini
qu'il soit dans le principe de réalité ?
Alors j'ai dit non,
et tout le monde - son père, l'avocate, le délégué..;- s'est tourné vers moi,
et m'a regardée comme si j'avais dit "
à mort la République !".
Mais j'ai tenu bon
et
j'ai employé le mot de maltraitance.
Lui,
il était violet de colère.
Explosion.
" - Je ne t'ai jamais frappée !
- Non, mais tu le feras un jour. Parce que la maltraitance ça commence toujours comme ça : les insultes, les paroles humiliantes, les objets cassés, et pour finir le poing levé. Qui un jour frappe.
Oui, ce que tu fais, c'est de la maltraitance. D'un homme sur une femme, même si je suis ta mère. Et la seule chose qui mette fin à la maltraitance, c'est de la nommer, de dire son nom et de dire non. J'ai peur de toi, est-ce que c'est acceptable ça ? "
Et j'ai tenu bon,
en demandant que ce soit inscrit dans le procès verbal.
Je savais bien que ça se terminerait devant un juge.
Mais je savais aussi,
que le rappel à la loi,
par ce tiers symbolique de l'autorité qu'est le magistrat,
c'est une très bonne chose.
Une fois, il a dit : "
Mais elle est qui celle-là, pour me juger ?".
Ben, elle est juge justement.
C'est son boulot.
C'est là qu'on voit que ce sont des gamins bien paumés,
malgré tout ce qu'on a cru leur apprendre.
Indéniablement, ça l'a fait réfléchir,
pendant les quelques semaines d'attente de l'audience.
Mais ça n'a pas suffit.
alors, oui
moi aussi
tu vois
je lui ai demandé de partir de chez moi,
puisqu'il n'en acceptait pas les règles.
Son père,
à qui j'en voulais terriblement pour sa permissivité excessive,
a été obligé de le prendre en charge.
Il a enfin ouvert les yeux.
Revenu à la maison quelques mois plus tard,
un problème de santé.
C'est dans ces moments qu'on sait avec certitude
qu'ils restent nos enfants.
Avec le recul,
je suis heureuse de n'avoir jamais complètement rompu la communication,
gardé la porte entrouverte,
exigé qu'il remette sa chambre en état,
aidé à monter son dossier pour partir.
Un gamin odieux
mais qui trouve la ressource de te dire "
Maman, il faut que je partie d'ici, sinon je vais très mal tourner"
t'es obligé de l'entendre.
Du voyage au pays des soviets,
je n'attends rien.
Je veux dire,
je n'attends pas qu'il rentre changé.
J'aurais trop peur d'être déçue.
Mais je suis heureuse qu'il ne soit pas là
et que ce ne soit pas parce qu'il est mort ;
qu'il se soit donné sa propre chance de découvertes, de galères et de bonheurs à vivre sur son chemin à lui.
Peut-être qu'ils enragent de dépendre de nous,
et que c'est pour ça qu'ils mordent la main qui les nourrit ?
C'est ce que j'ai envie de te dire
anonyme,
ils ne nous appartiennent pas,
ils font leur choix de vie,
mais ils restent nos enfants.
Tu ne l'as pas abandonné.
Je crois au contraire
qu'il faut beaucoup d'amour pour laisser partir ses enfants.
Et comme m'a dit ma Cécile un jour,
c'est de l'amour inconditionnel.
Les laisser partir, c'est leur faire confiance.
Pourvu qu'il sorte de cette période de turbulence sans s'être abimé davantage,
moi ça me convient.