Un soir de soutien ordinaire avec des CE1 ...
- Maîtresse !
- Oui
- Quoi faut faire ?
- Pour commencer on va s'installer. Vous vous mettez chacun d'un côté, et je place une table pour moi au milieu .... Ah mince, elle est plus basse que les vôtres, j'ai pris la table de naine.
- C'est qui Nène ?
- Ben le féminin de nain (je m'enfonce là, je le sens...)
- ?????????
- Tu sais ce que c'est un nain ?
- Non
.....
Maintenant je peux dire que ma théorie se confirme : ce n'est pas parce qu'il déchiffre lentement que cet enfant ne sait pas lire, du reste il donne facilement le change en lecture à haute voix. Et ce n'est pas parce qu'il est bête qu'il ne comprend rien.
C'est parce qu'à neuf ans, il ne connaît pas la plupart des mots qu'il rencontre.
Je crois bien que c'est un enfant à qui personne ne parle.
Mais il n'aura passé que deux mois ici alors ...
Madame Nicole est revenue s'ancrer au bord de la dernière rivière sauvage d'Europe. Retour en Allier libre, au pays des hérons, des sternes, et des cigognes.
vendredi 5 juin 2009
jeudi 4 juin 2009
Écoute donc pousser nos fleurs !
Notre jardin de planches commence à se tenir droit.
Aujourd'hui, plan orienté de la parcelle, mais bien sûr, parfois on ne se souvient plus de ce qu'on a planté ...

Les plus efficaces : mes GS, ceux qui sentent encore le petit pain chaud ...

Et en plus, après, ils nettoient les planches avec des chutes de taille de thuya. Ce sont eux qui ont eu l'idée.
J'imagine déjà la super année prochaine que je vais passer avec eux, quand ils sauront se taire et tenir assis ...

C'est chouette de voir pousser ce qu'on a planté.

Et puis c'est joli comme ça je trouve.
Aujourd'hui, plan orienté de la parcelle, mais bien sûr, parfois on ne se souvient plus de ce qu'on a planté ...
Les plus efficaces : mes GS, ceux qui sentent encore le petit pain chaud ...

Et en plus, après, ils nettoient les planches avec des chutes de taille de thuya. Ce sont eux qui ont eu l'idée.
J'imagine déjà la super année prochaine que je vais passer avec eux, quand ils sauront se taire et tenir assis ...
C'est chouette de voir pousser ce qu'on a planté.
Et puis c'est joli comme ça je trouve.
mercredi 3 juin 2009
Si tôt mitard
Pour la première fois aujourd'hui, j'en ai touché un.
Un détenu.
Je sais qu'il ne faut pas.
Mais parfois, on ne se sent pas d'autre choix.
Il est arrivé, le front barré d'ecchymoses et d'estafilades, une trace de sang oubliée sur le bras.
Plusieurs semaines sans parloir, sans réponse aux demandes, sans dentiste, sans sommeil donc ...
Sans compassion, ni regard bienveillant.
Ils deviennent fous parfois. Fous de rage.
Alors celui-là, quand le pointeur* est venu une fois de plus le bassiner avec ses histoires, et qu'il s'est même permis de se faire un peu menaçant, il se sont battus, et dans le feu de l'action, parce qu'il faut frapper fort et vite pour ne pas y rester, il lui a explosé la mâchoire avec son front. Parce qu'il est petit et que l'autre est grand, sinon ça aurait été le nez.
Et donc, sur son front, il y avait la marque des dents.
Et dans ses yeux noirs, très noirs, toute cette colère, ce flot impétueux de violence, et puis cette envie de pleurer qu'ils ont, que je vois, mais qu'ils ravalent s'ils ne sont pas tout seul. Et là, il y avait un autre détenu.
Je voyait bien que ma boîte à idées noires, ça n'allait pas être le jour ...
Impossible à raisonner avec ça.
Je ne savais pas quoi faire, alors j'ai dit "Oui, je vous comprends. Mais c'est inutile de se mettre en rage contre quelque chose qu'on ne peut pas changer."
C'est là que j'ai posé ma main sur son épaule, et même avec un peu de fermeté. Pour le contenir, avant qu'il n'explose.
Il ne s'est pas dégagé comme font certains enfants pour qui le contact est insupportable.
Il a dit : "Si, je vais le changer, tout ça, je vais le mettre dans mon livre".
Alors j'ai su que je pouvais enlever ma main : "D'accord, on va chercher des mots pour le dire."
Mais à mon avis, il ne sera pas au prochain cours.
Il sera au mitard.
------------------------------
* Pointeur = violeur, très mal vus des autres détenus, surtout quand ils se la pètent
Un détenu.
Je sais qu'il ne faut pas.
Mais parfois, on ne se sent pas d'autre choix.
Il est arrivé, le front barré d'ecchymoses et d'estafilades, une trace de sang oubliée sur le bras.
Plusieurs semaines sans parloir, sans réponse aux demandes, sans dentiste, sans sommeil donc ...
Sans compassion, ni regard bienveillant.
Ils deviennent fous parfois. Fous de rage.
Alors celui-là, quand le pointeur* est venu une fois de plus le bassiner avec ses histoires, et qu'il s'est même permis de se faire un peu menaçant, il se sont battus, et dans le feu de l'action, parce qu'il faut frapper fort et vite pour ne pas y rester, il lui a explosé la mâchoire avec son front. Parce qu'il est petit et que l'autre est grand, sinon ça aurait été le nez.
Et donc, sur son front, il y avait la marque des dents.
Et dans ses yeux noirs, très noirs, toute cette colère, ce flot impétueux de violence, et puis cette envie de pleurer qu'ils ont, que je vois, mais qu'ils ravalent s'ils ne sont pas tout seul. Et là, il y avait un autre détenu.
Je voyait bien que ma boîte à idées noires, ça n'allait pas être le jour ...
Impossible à raisonner avec ça.
Je ne savais pas quoi faire, alors j'ai dit "Oui, je vous comprends. Mais c'est inutile de se mettre en rage contre quelque chose qu'on ne peut pas changer."
C'est là que j'ai posé ma main sur son épaule, et même avec un peu de fermeté. Pour le contenir, avant qu'il n'explose.
Il ne s'est pas dégagé comme font certains enfants pour qui le contact est insupportable.
Il a dit : "Si, je vais le changer, tout ça, je vais le mettre dans mon livre".
Alors j'ai su que je pouvais enlever ma main : "D'accord, on va chercher des mots pour le dire."
Mais à mon avis, il ne sera pas au prochain cours.
Il sera au mitard.
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* Pointeur = violeur, très mal vus des autres détenus, surtout quand ils se la pètent
Accord majeur, celui qui adoucit les mœurs
(....)
- Avec mon frère, on dormait dans la salle à manger sur le canapé. Oui parce qu'à partir d'un certain âge c'est le moment de la pudité, vous savez ...
- Vous voulez dire de la pudeur ?
- Oui, de la pudeur, alors on ne voulait plus dormir avec nos sœurs, vous comprenez ?
- Oui bien sûr.
- Alors comme il n'y avait que trois pièces, on est parti dormir dans le canapé, vous voyez chez nous, c'est pas comme les é et les e.
- ?????
- Ben oui, le masculin l'emporte pas toujours sur le féminin ! (leçon de la semaine dernière, NDLR)
Je suis contente quand je trouve un poète derrière les barreaux.
Celle-ci, je me suis dit que j'allais la noter, elle est trop jolie.
Mais elle reste à lui quand même, on va la mettre quelque part dans le livre qu'il est en train d'écrire.
Avec moi.
Enfin, il me donne à lire son histoire, incroyable de violence banalisée et de mauvaises rencontres, et moi je lui prête mes mots.
Et nous sommes très fiers, tous les deux, de relire son texte retravaillé à la fin de chaque séance.
- J'aime bien vos mots madame, la musique qu'ils font. Ils disent exactement ce que j'ai envie de dire. Avant je les avais ces mots, mais maintenant je les ai tous perdus.
Pas grave, on va les retrouver.
Ensemble.
C'est cool quand même de faire un métier où, de temps en temps, on se sent un tout petit peu utile.
- Avec mon frère, on dormait dans la salle à manger sur le canapé. Oui parce qu'à partir d'un certain âge c'est le moment de la pudité, vous savez ...
- Vous voulez dire de la pudeur ?
- Oui, de la pudeur, alors on ne voulait plus dormir avec nos sœurs, vous comprenez ?
- Oui bien sûr.
- Alors comme il n'y avait que trois pièces, on est parti dormir dans le canapé, vous voyez chez nous, c'est pas comme les é et les e.
- ?????
- Ben oui, le masculin l'emporte pas toujours sur le féminin ! (leçon de la semaine dernière, NDLR)
Je suis contente quand je trouve un poète derrière les barreaux.
Celle-ci, je me suis dit que j'allais la noter, elle est trop jolie.
Mais elle reste à lui quand même, on va la mettre quelque part dans le livre qu'il est en train d'écrire.
Avec moi.
Enfin, il me donne à lire son histoire, incroyable de violence banalisée et de mauvaises rencontres, et moi je lui prête mes mots.
Et nous sommes très fiers, tous les deux, de relire son texte retravaillé à la fin de chaque séance.
- J'aime bien vos mots madame, la musique qu'ils font. Ils disent exactement ce que j'ai envie de dire. Avant je les avais ces mots, mais maintenant je les ai tous perdus.
Pas grave, on va les retrouver.
Ensemble.
C'est cool quand même de faire un métier où, de temps en temps, on se sent un tout petit peu utile.
mardi 2 juin 2009
Magic phone
- Maîtresse ! Maîtresse !
- Oui
- Y a la fée qui t'appelle ...
- ?????
- Ton téléphone sur ton bureau, d'habitude on l'entend chanter (appels NDLR)... et ben là il fait un bruit de baguette magique (SMS NDLR). C'est une fée qui t'appelle.
- :-))))
- Maîtresse !
- Oui
- Tu connais la fée Clochette ?
- Non, pas personnellement.
- Alors c'est pas elle qui t'appelle ?
- Non.
- Ben c'est qui alors ?
- Si on te le demande, tu diras que c'est Peter Pan !
- Oui
- Y a la fée qui t'appelle ...
- ?????
- Ton téléphone sur ton bureau, d'habitude on l'entend chanter (appels NDLR)... et ben là il fait un bruit de baguette magique (SMS NDLR). C'est une fée qui t'appelle.
- :-))))
- Maîtresse !
- Oui
- Tu connais la fée Clochette ?
- Non, pas personnellement.
- Alors c'est pas elle qui t'appelle ?
- Non.
- Ben c'est qui alors ?
- Si on te le demande, tu diras que c'est Peter Pan !
Non guilty addiction
Y en a des qui se shootent aux M&M's, et autres marques, aussi perverses qu'impérialistes, dans lesquelles on plonge la main pour ne la ressortir que quand le paquet se fait désespérément vide.Cédant à la dépression dans ces périodes où la vie affective et/ou professionnelle se révèle être un marasme digne des plus grands krach boursiers, j'ai moi-même plusieurs fois tenté de me suicider au Nutella, avec une très petite cuillère, pour que le supplice dure plus longtemps.
Et c'est vrai que c'est long et que c'est bon.Mais franchement, faut avouer : c'est bullshit !
En pot, en barre ou en sachet : que de la merde.

Oyez donc braves gens, crucifiés du traversins, victimes d'un patron pervers ou d'un inspecteur sournois, chevaliers de la table ronde :
désormais, si je meurs, je veux qu'on m'enterre
sous un gisement de chocolat Bonneterre
le meilleur chocolat du monde
et de tout l'univers.
La preuve, s'il en fallait une,
que le bio, ça peut-être très bon.
lundi 1 juin 2009
White dream
Moi, j'aime bien rêver en bleu.
La couleur de l'esprit, du psychisme, et de la maternité.
Mais cette nuit, après des épisodes oniriques mouvementés de course poursuite, j'ai fait un rêve très blanc et très calme, qui commençait dans une pâtisserie.
La vendeuse, c'était ma Lolo, ma prof. de vielle, et elle me servait, dans une boîte trop petite qu'il a fallu compléter par un sachet, blanc, plein de trucs que j'adore : des calissons, des massepains, des gâteaux, le tout .... blanc.
Et bons certainement, mais, ballote que je suis, dans ce rêve je ne les ai pas mangés ! Que c'est contrariant, pour une fois que ça ne risquait pas de peser lourd dans la balance ....
Surtout qu'ensuite, je suis allée au bal, une bonne occasion donc de perdre ces calories que je n'avais pas eu la présence d'esprit de gloutonner.
Salle de bal : blanche, du plancher de bois au plafond de plâtre.
Plein de danseurs, vêtus de blanc, sur la mezzanine (je ne connais pas de salle comme ça...) et quasiment aucun sur la piste en bas.
Et dans la pièce à côté, aussi des gens assis, habillés de blanc, sur des chaises blanches.
Je me souviens avoir remarqué : "On se croirait à St-Tropez, pendant une des fêtes blanches d'Eddie Barclay, celui qui est mort, vous savez ?"
Ben non, personne ne voyait à qui ou à quoi je faisais allusion...
On est peu de chose quand même.
Tout ce blanc, je me demande ce que ça veut dire.
La quête de l'absolu ? Bof, ça fait longtemps que j'ai renoncé ...
"Celui qui vaincra sera vêtu de blanc"(Apocalypse 3:2)
Peut-être que je vais vaincre alors.
Mi-temps de ma vie, fini le temps des batailles.
Ce serait cool.
Faudra que j'en parle au docteur des boyaux de la tête.
La couleur de l'esprit, du psychisme, et de la maternité.
Mais cette nuit, après des épisodes oniriques mouvementés de course poursuite, j'ai fait un rêve très blanc et très calme, qui commençait dans une pâtisserie.
La vendeuse, c'était ma Lolo, ma prof. de vielle, et elle me servait, dans une boîte trop petite qu'il a fallu compléter par un sachet, blanc, plein de trucs que j'adore : des calissons, des massepains, des gâteaux, le tout .... blanc.
Et bons certainement, mais, ballote que je suis, dans ce rêve je ne les ai pas mangés ! Que c'est contrariant, pour une fois que ça ne risquait pas de peser lourd dans la balance ....
Surtout qu'ensuite, je suis allée au bal, une bonne occasion donc de perdre ces calories que je n'avais pas eu la présence d'esprit de gloutonner.
Salle de bal : blanche, du plancher de bois au plafond de plâtre.
Plein de danseurs, vêtus de blanc, sur la mezzanine (je ne connais pas de salle comme ça...) et quasiment aucun sur la piste en bas.
Et dans la pièce à côté, aussi des gens assis, habillés de blanc, sur des chaises blanches.
Je me souviens avoir remarqué : "On se croirait à St-Tropez, pendant une des fêtes blanches d'Eddie Barclay, celui qui est mort, vous savez ?"
Ben non, personne ne voyait à qui ou à quoi je faisais allusion...
On est peu de chose quand même.
Tout ce blanc, je me demande ce que ça veut dire.
La quête de l'absolu ? Bof, ça fait longtemps que j'ai renoncé ...
"Celui qui vaincra sera vêtu de blanc"(Apocalypse 3:2)
Peut-être que je vais vaincre alors.
Mi-temps de ma vie, fini le temps des batailles.
Ce serait cool.
Faudra que j'en parle au docteur des boyaux de la tête.
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