Le ciel, une fois de plus, m'est tombé sur la tête.
Comme si ça n'avait pas suffit, la vie vient me rappeler qu'il faut parfois creuser une blessure pour l'assainir complètement.
Il couche donc avec elle.
Depuis un peu plus d'un mois. WTF ?
C'est-à-dire après m'avoir demandé de lui pardonner une attirance qu'on ne contrôle pas, après être revenu me chercher quand j'avais fermé ma porte, pendant que je partais pour les concerts de Noël, qu'il m'écrivait tous les matins, qu'il venait à la messe avec moi, que nous nous promenions ou que nous déjeunions ensemble, il a franchi le pas. Pourquoi, précisément à ce moment là ? Il n'est pas capable de le dire. Il ne mentionne que l'attirance sexuelle et dit que, malgré tout, il avait besoin de me voir.
Comment je l'ai su ? A cause de son comportement à elle. A la danse, chaque jeudi, je suis avec lui, nous nous tenons la main, nous sommes un couple ordinaire. Bise pour lui, poignée de main pour moi. Elle cherche à s'asseoir à côté de lui, lui chuchote à l'oreille, se frotte... Surtout, elle me parle mal, très mal, et son attitude est de plus en plus hostile à mon égard. Nous sommes en public, je me contiens, ceux qui me connaissent ici devineront aisément que ce fut à grand peine. Un défi pour moi... Or, depuis le grand bouleversement de novembre, elle gardait ses distances, et, bêtement, j'ai cru que ça venait de lui. Hélas j'avais presque raison...
Voilà que jeudi, de nouveau, invisible aux yeux des autres, elle me reparle très méchamment, le visage tordu d'une sorte de haine. La moutarde me monte au nez, entre mes dents je lui siffle que moi aussi j'ai des trucs à lui dire, mais en privé, sinon elle devra sortir en pleurant. Elle baisse d'un ton et part très rapidement après le cours.
Mais mon cerveau lui, a un déclic. Le lendemain, j'en parle au Breton des bois : "Elle a une attitude de femme jalouse, c'est clair. As-tu fait ou dit quelque chose qui lui ait donné l'espoir de t'avoir ?"
Il ment bien mal, tente d'esquiver. Nous allons ensemble à une assemblée associative. Au retour je ne lâche pas le morceau dans la voiture. Il craque, baisse le nez :
- "J'ai eu - ou j'ai, je n'entends pas bien- une relation avec elle.
- C'est pour cela que tu me disais, je ne me reconnais pas, je ne suis plus moi-même ?
- Oui.
- C'était quand ?"
Je m'attendais à quelque chose d'un peu ancien, quand j'ai quitté sa maison, ou quand j'étais en Russie. Je voulais crever l'abcès, c'est tout.
- "Il y a environ un mois".
Mon monde s'effondre une seconde fois. Je suis sous le choc.
- "Notre relation s'arrête là alors ?"
Il panique un peu.
- "De toute façon tu ne pourras pas me pardonner..."
Est-ce une question, un balisage de terrain ? Je ne sais pas, j'ai une violente nausée, je rentre chez moi. Ce haut le cœur ne me quitte pas.
Je me sens pleine de colère. De cette colère qui ronge le foie en médecine chinoise, et qui me ronge moi depuis le viol de l'enfance. Cette colère contre les hommes que je laisse se servir de moi, cette colère contre l'injustice que l'acte premier n'ait jamais été puni, cette colère contre moi-même, de culpabilité, de me laisser bercer-berner par des paroles, de laisser se reproduire cette situation.
Avec mon feutre qui glissait, j'ai jeté toute cette colère dans des mots, des phrases, les pages s'allongeaient.
Et puis, c'est bizarre, en quelques heures, elle est retombée, d'un coup.
Depuis je ne dors plus, je ne mange plus. Et cela aussi c'est bizarre.
Dimanche, il y avait le repas du club de danse. J'ai appelé le président pour excuser mon absence. Je ne me suis pas privée de dire pourquoi, ce n'est pas à moi d'avoir honte, la sainte Nitouche aura son costume pour l'hiver. Et j'ai bien fait : quinze minutes après il m'appelait :
- "Viens, elle m'a envoyé un sms, elle a annulé, elle a un imprévu."
Je voyais assez bien lequel... Elle a dû craindre que je lui pète les dents. Mais lui il était là, et je l'ai complétement ignoré. Il m'a dit le lendemain qu'il pensait que j'allais venir lui dire bonjour. Parfois je me demande s'il n'est pas juste con. Autant dire que le combo couscous galette n'a pas été bien loin dans mon estomac. Trois cuillerées, j'étais repue.
Trahison, humiliation, injustice, c'est typiquement le tableau dans lequel ma colère occupe mon temps, mon monde intérieur, mes pensées. Je me raccroche au contraire à des routines, les cours de gym, le yoga, la marche.
C'est typiquement le genre de situation que j'apaise avec des compulsions alimentaires. Et me voici à me préparer de bonnes choses, dont je n'arrive à ingurgiter que quelques bouchées. Il s'opère un basculement à l'intérieur de moi, je ne saurais dire de quel ordre, mais, c'est drôle, parce que le titre de mon dernier article était "guérir". Je ne savais pas que ce serait au prix d'une amputation.
Le besoin de comprendre a été tellement fort, que je n'ai pas claqué ma porte. Au contraire, nous nous sommes revus, et nous passons beaucoup de temps ensemble.
La météo m'a été favorable. La marche du mercredi (où elle va) a été annulée, la danse a été déplacée. J'ai aimé ce temps passé avec lui, et j'aimerais continuer jusqu'à demain soir. Une sorte de cycle, je ne sais pas trop comment dire, quelque chose à terminer (et emmerder la blonde aussi, chacune son tour). Samedi il va dîner avec ses fils et restera là-bas la nuit (je suis sûre que vous lisez dans mes arrière-pensées...) Moi j'irai au bal, je danserai. Et dimanche je retaperai le salon de jardin un peu rouillé que j'ai acheté sur le bon coin. Je veux être forte pour me retirer du jeu quelques temps. Ou définitivement.
Il y a bien sûr une forme de fourberie derrière cela : quand il est avec moi, il n'est pas avec elle, et j'espère bien qu'elle en souffre à en crever.
C'est une femme maigre et blonde bien sûr, veuve depuis quatre ans, qui n'a pas eu de relation depuis le décès de son mari. Elle aurait eu un coup de foudre, c'est-à-dire, de mon point de vue, qu'elle le prend pour son défunt époux et me considère comme l'intruse, la rivale. De l'art d'inverser les rôles.
Il la considérait comme une amie. Sur nos malentendus et nos difficultés, il s'est confié à elle, au lieu de moi, lui donnant ainsi les armes pour nourrir les doutes, le ressentiment contre celle qui a quitté sa maison pour aller l'attendre à 10 km. Je me souviens que nous avions tous deux fait bonne figure, et qu'aucun d'entre nous n'a dit à l'autre combien il lui manquait, combien nous manquait l'intimité partagée. Nous ne dormions plus que rarement ensemble.
Mais je me souviens aussi de certaines réflexions dont je ne reconnaissais pas les mots. Quelqu'un soufflait de venimeuses paroles dans l'oreillette (elle n'a pas le droit de te juger, elle est tout le temps partie et te laisse seul...). Je voulais supprimer la pression, lui laisser du temps. Il l'a occupé avec elle, dont le seul intérêt était que tout explose. Et quand c'est venu, finalement, elle n'a eu qu'à ouvrir les jambes et il s'est engouffré dedans.
Les femmes se rassurent avec des mots, le hommes avec du sexe.
C'est extrêmement douloureux. Une perte et un chagrin immenses. Comme le manque de sommeil et l'absence d'appétit, c'est assez rare me concernant, mais j'ai des crises d'angoisse terribles, je me repasse des images : il allait chez elle après avoir déjeuné avec moi, il m'envoie des messages et discute avec elle en même temps, ils se voient encore...
Il a été clair sur sa responsabilité et son comportement méprisable. Et il a ajouté : "je n'avais pas compris que tu m'aimais à ce point et que tu tenais tant à moi."
Je reste très désemparée. C'est cruellement la fin de quelque chose, c'est certain. Cela veut dire un nouveau commencement. Seule ? Avec lui? Je ne suis pas en capacité de le prédire et je suis très fatiguée.
Pour la première fois de ma vie, j'avais la sensation d'un couple solide, capable de traverser les épreuves en se tirant mutuellement vers le meilleur de nous-mêmes. S'il préfère continuer une relation qui l'a conduit à faire l'expérience -très inédite le concernant- de la malhonnêteté et des saloperies, c'est qu'il ne me mérite pas de toute façon. Impossible de contrôler les sentiments ou inclinations de l'autre. Il a un choix à faire ; l'une, l'autre, rester seul... et cela lui appartient. Je ne peux que me retirer pour me préserver
Dans toutes les discussions de ces derniers jours, je pense qu'il n'y a plus eu de mensonges. Il a répondu à mes questions même quand la réponse était gênante. Tout a été dit je crois, je n'ai plus envie d'avoir des interrogations, ça m'épuise.
Tout ce temps pendant lequel il me trompait, il reculait et voulait retirer sa maison des annonces. Découragé, il voulait réfléchir encore (la blonde dans l'oreillette : mais elle ne va pas te faire vendre ta maison quand même...). Mais l'agence a insisté pour une dernière visite, un jeune couple avec enfants qui avait eu un coup de cœur sur les photos. Une offre de prix aussi juste qu'inespérée. Ils ont signé le compromis lundi après-midi. Je suis venu l'attendre au café en face. Je savais que c'était à la fois dur et important pour lui. Il était content que je sois là.
Pourquoi je fais cela ? Je ne sais pas. Entre deux crises d'angoisse, je me sens nulle. Mais juste aussi.
Ecrire est un secours. Ce long post me fait du bien, cela apaise mon âme et m'aide à prendre de la distance. Je suis forte c'est vrai, mais à l'intérieur je reste une toute petite fille blessée. Peut-être aurez-vous des points de vue différents, d'autres éclairages.

1 commentaire:
En tout cas NON tu n'as aucune aucune culpabilité à avoir.
Vraiment
jamais
J'ai tout lu d'une traite ;
comme faire autrement .
je suis désemparée pour toi ;
je n'ai pas les mots qui apaisent
plus tard ...
alors je te dis juste "je pense à toi "
Vraiment
Et écris , couche sur le papier tes maux ,ta rage, ta peine ...
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