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mardi 9 juin 2026

Guérir # 3 Faire de la place pour ce qui vient

Il est temps de faire de la place pour ce qui vient : la connexion, la profondeur, la paix.

Nous sommes en juin, le mois de la maturité, de l'épanouissement, des premières récoltes de ce que l'on a semé. Les bonnes graines, comme les mauvaises.
Bientôt l'équinoxe de printemps, le solstice d'été, la grande bascule vers les jours qui raccourciront déjà, pendant que nous jouerons les cigales au soleil de l'été.

Comme je savais que tout passe, et que ça ne serait pas toujours aussi dur, je m'étais donnée rendez-vous dans un mois, dans trois mois, puis dans un an. J'en suis au deuxième, je n'ai plus mal, l'illusion s'est évanouie, j'écris déjà un nouvel opus de ma saga personnelle. Savoir clore un chapitre, pour s'éloigner de ceux et ce qui nous blessent, c'est puissant.

Nous sommes en juin, et c'est comme si les âmes des morts venaient me parler.
Oui, les souvenirs affluent, tels les pièces d'un puzzle qu'on emboîte.

Michaël, paix à son âme, je l'avais rencontré aux fêtes de Mardi Gras à Eunice, Louisiana. Il vivait entre le Tennessee et la Virginie. C'était un danseur de génie, et il avait, en outre, de l'or dans les mains. Avec n'importe quel morceau de bois flotté, il concevait une merveille. J'adorais la maison qu'il construisait dans les bois, au bord de la Kentucky river. J'avais eu un gros crush, finalement dissipé, car il n'a jamais profité de moi, même quand on finissait la soirée effondrés sur un coin de divan après avoir écumé tous les bars dansant de Memphis. On se réveillait l'un contre l'autre, sans aucune ambiguïté. Je n'étais pas son type de femme, et il a toujours été clair avec ça : avec ses poils d'ours, il n'aimait que les dames un peu huppées, qui ne le considéraient pas longtemps, hélas pour lui. J'ai cru avoir une déception sentimentale, puis, finalement, on a été très amis. Il a fait travailler le Kid, et moi je l'ai cornaqué en France, de festival en festival, tout l'été 2017.
Il m'avait appris à me faire confiance, à m'abandonner dans la danse. La vie avec lui était légère.
Un soir, on revenait d'un bal au fin fond de n'importe où, il me parlait de la rupture avec sa femme.
Et il a dit : "I feel relieved". Je viens de revoir cette scène. Moi aussi je me sens soulagée.

David, qu'il repose aussi en paix, c'est autre chose. On a vécu ensemble presque dix ans. Je peux dire qu'il m'a aidée à finir d'élever mes garçons, même si leur père restait présent. Puis on s'est éloignés, séparés, pas fâchés. Il avait lui aussi évoqué une relation douloureuse. Une femme, avec de jeunes enfants. Elle lui demandait de se cacher dans sa voiture la nuit, pour ne pas être vus des voisins, puisqu'elle n'avait pas rompu avec son "vilain" compagnon. Il ne savait pas trop dire pourquoi il avait accepté ça, comment il avait pu penser la sauver ainsi.  Toujours est-il qu'il l'avait ensuite entretenue, logée, nourrie, avec, notamment, des factures de produits de beauté salées. Jusqu'à ce qu'un vendredi soir, en rentrant d'un déplacement sur chantier, il trouve son appartement vide. Elle avait décampé avec les meubles. Tout ça pour ça...

Je ne sais pas pourquoi cela me revient à ce moment précis. Donner du champ, de la perspective. réaliser que le compte à rebours était engagé déjà du jour où j'ai posé des limites, quand j'ai refusé de continuer à considérer ses besoins comme plus importants que les miens.

Il y a presque un an, je me demandais si Ste Anne guérit de tout ?
Je n'ai toujours pas la réponse, mais j'ai la certitude qu'à ce moment, elle avait entendu ma prière.
Une autre femme, un autre logement. Un pas, puis deux, vers la liberté. Juste un long tunnel de  chagrin à traverser.

Un mois plus tard, le doute déjà formulé, du déjà vu : "Parfois le cerveau sait, mais notre cœur reste aveugle".

Au dernier Noël, une partie de moi cheminait vers la paix intérieure, et l'autre se préparait au chaos.  La trahison autorisait la tromperie, et moi, toujours naïve, je franchissais, sans le savoir, une étape de plus vers la guérison.

Alors, en quittant la Bretagne pour rentrer en Bourbonnais, je me suis détournée un moment vers la basilique de Ste Anne d'Auray.


Pour dire merci.


Merci d'avoir persisté, même quand je ne voulais pas voir, à me le montrer tel qu'il est vraiment: couard, mytho, misérable.

 Merci de m'avoir donné le courage de lui claquer la porte au nez et d'ignorer ses jérémiades quand je me suis sentie prête.

Merci de m'avoir fait connaître ma chère Bretagne des bois,



Il y a même une Ste Anne des Bois à Pont Callec...

Et si je ne l'avais pas suivi en croyant ses fausses promesses et ses mensonges, je n'aurais pas appris à chanter en breton, je n'aurais pas participé au Kan ar Bobl, je n'aurais pas réjoui les parquets à Lautenbach, je ne serais peut-être même pas allée en Russie. Je n'aurais pas rencontré une nouvelle amie fidèle.

Et si je n'avais pas déménagé, j'aurais continué à m'abîmer, m'alourdir, m'endolorir. Puis, au lieu de mes cartons, j'aurais fait les siens. Je n'aurais pas goûté, comme je l'apprécie désormais, le quasi-étonnement d'avoir du temps pour moi, de le passer avec des amis ou seule quand me prend l'envie de lire, d'écrire, de dessiner, ou de bricoler.

Et si une prédatrice ne s'était pas présentée à la porte qu'il tenait grande ouverte, je me serais emmerdée quelques années de plus avec quelqu'un qui n'a pas d'autre conversation que la météo. 
Ou lui même.
Ou des mensonges.

Et si j'étais partie plus tôt, au premier "j'ai beaucoup souffert", au premier "mon ex avait de gros problèmes psychologiques", au premier "j'aurais fini par quitter ma femme", aux premières comparaisons inappropriées, au premier "je t'aime" trop précoce,  au premier "qu'est-ce qu'on mange" à midi moins le quart, à la première promesse non tenue, à la première nuit de sexe à sens unique, à la première fois où je n'ai pas été protégée,  au premier téléphone planqué, au premier mensonge, je me serais certes évité de la peine, mais je n'aurais toujours pas appris mes plus importantes leçons : 

1. Le corps ne ment jamais, écoute-le.

2. Un gentil garçon n'est pas forcément un type bien.

3. Pas de confidences, pas d'intimité, tant qu'on n'a pas, vraiment, fait connaissance. Le narcissique n'hésitera pas à s'en servir quand son vernis sera fissuré.

4. Demi-tour au premier red flag. L'intensité immédiate, les grandes déclarations enthousiastes précoces, les promesses faciles, la victimisation, l'attachement excessif, les comparaisons entre deux femmes, l'ex perverse et manipulatrice, la clandestinité et toutes les cachotteries SONT des red flags.

5. Ne tenir compte que des actes. Le reste, les "je ne cherche pas une bonniche", "je suis capable de vivre seul", les "quand j'aurai fait ceci et cela" et toutes les conjugaisons au futur proche, c'est du bla bla.

6. Si la charge mentale pèse sur toi, tu es en train de te faire utiliser.

 
De la boutique de la basilique, j'ai rapporté Ste Anne et Marie, bien sûr, mais aussi Aniel, Yabamial et Veualiah,
mes trois anges gardiens. 

jeudi 28 mai 2026

#20 La grossitude ça n'existe pas - Tout n'est que vanité # 3

C'était il y a tout pile un an.
Nous étions à Embraud, pour la fête de la rivière.
J'avais claqué ma petite boîtes à économies pour organiser la surprise d'un gâteau à partager pour le jour de son anniversaire.
Les Chavans complices ont donné l'aubade, en jouant ... tout n'est que vanité.
Oui, tout n'est que vanité, mensonges  et fragilité.
Il a eu l'air surpris et content et il a dit : "on n'a jamais fait ça pour moi".
L'était-il content ? Je ne sais pas. Je sais juste qu'à ce moment là, il me trahissait déjà, en échangeant des messages et des rendez-vous avec une autre personne, vierge de tout passif, sensiblement perméable à ses plaintes bien emballées.


Est-ce que je regrette ma petite liasse de billets de 5 € ? Pas du tout. Quand on aime quelqu'un on fait de son mieux pour lui faire plaisir, faire de chaque jour une fête, même quand, je ne le réalise que maintenant, on est déjà cruellement déçue de tous les atermoiements, des multiples arrangements avec la vérité afin de la rendre plus présentable.

C'était après le retour de ma fuite en Russie. Il avait déjà entré son numéro dans son téléphone, sans son nom. Un mois plus tard, sur le bateau des Glénans, il la regardait minauder avec des yeux de merlan frit. Trois mois plus tard, elle rodait au fest-noz de Guéméné ; assise derrière nous, elle le fixait, il se retournait discrètement, il prenait sa main d'une drôle de façon pour un hanter-dro. Quatre mois plus tard, au pardon de Notre-Dame de Vrai Secours, elle tentait de s'asseoir en face de lui à ma place, se collait contre lui pour chuchoter à son oreille, et, devant le rideau de pluie, s'exclamait :  "Oh c'est pas grave, Daniel dansera autour de moi avec son parapluie".

Elle se sentait légitime. Elle le sauvait de mes griffes. Nous n'étions plus un couple. Et en effet, il prenait un air faussement étonné, sans jamais lui mettre le moindre stop.

Oui, lui, il faisait semblant. Partout. Tout le temps. Ce n'était qu'une amie. J'étais jalouse pour rien. On appelle ça du gaslighting. 

Je gardais confiance. Cet homme me semblait toujours être un cadeau de la vie. Et c'est vrai, il était bien emballé. 
Mais en défaisant le ruban, pendant plus de quatre ans, j'ai sorti, l'un après l'autre, des emballages vides. 
Vides de choix, vides d'amour, vides de sincérité. 

Deux mois après cette vidéo, je suis partie à dix kilomètres pour nous enlever, à tous les deux, la pression de sa maison, pour qu'il reste libre de ses choix. Maintenant cela sert de légitimation à toutes les bassesses, tous les aller-retour, tous les mensonges.

Est-ce que je suis toujours en colère ? Non, je n'ai eu que quelques accès en réalité, excédée par les retours incessants, quand la clarté d'une rupture franche aurait cautérisé la plaie bien plus rapidement. Qu'est-ce qu'on y peut quand quelqu'un est attiré par une autre personne ? Mais non, à l'Ascension, il y a encore deux semaines, il s'apprêtait de nouveau à descendre avec moi à la fête de la rivière, tranquillou bilou. Bientôt 70 ans, et toujours rien appris. Le même comportement qu'à 25... quand il faudrait utiliser judicieusement le temps qu'il nous reste. Oui, au regard de notre finitude, tout n'est que vanité...

Aujourd'hui donc, j'ai revisionné cette vidéo avant de la virer de mon téléphone, et je me suis revue. 

J'ai vu mon corps lourd, qui percevait, qui savait, et que je n'ai pas écouté. J'ai déjà écrit là-dessus, parce que c'est certainement ma plus grande leçon. C'est pourtant pas faute d'avoir travaillé professionnellement des années sur cette question du système nerveux qui se met en alerte. Cela va bien au-delà de l'intuition. Mais tant qu'on obtient plus de bénéfice, croit-on, à garder de la peau d'andouille sur les yeux qu'à recevoir les signaux, on n'est pas disponible pour notre propre clairvoyance.

Bref, on va conclure aisément qu'il n'est pas le seul fautif : ma grande, ma très grande responsabilité, c'est d'avoir, encore une fois, voulu sauver quelqu'un qui trouvera toujours plus confortable de se faire plaindre et prendre en charge que de grandir, avant de systématiquement blâmer les autres pour éviter d'assumer les conséquences de ses actes.

Car, oui je savais, depuis notre première rencontre, quelque chose en moi savait. Depuis le premier "j'ai beaucoup souffert" larmoyant, les premières confidences déplacées, les premières comparaisons inappropriées, les premiers souvenirs enjolivés. Aurait-il attiré mon attention s'il ne s'était pas posé en victime de son père, de son instituteur, de son épouse, de son ex ? J'étais ferrée, tandis que mon corps, lui, me signalait frénétiquement qu'à 65 ans, si tu te plains encore, c'est que tu n'es pas prêt de faire quoi que ce soit pour guérir. Aujourd'hui que quelqu'un le valide et lui remonte le coucou (merci à toi lectrice qui m'a transmis cette expression...) il a repris de l'assurance.

Patience, la roche tarpéienne est proche du Capitole...

Quant à moi, maintenant que je rentre dans mes robes de Louisiane, je ne suis pas prête d'oublier cette leçon.