Photographié dans une salle des maîtres...
Madame Nicole est revenue s'ancrer au bord de la dernière rivière sauvage d'Europe. Retour en Allier libre, au pays des hérons, des sternes, et des cigognes.
mardi 20 janvier 2015
dimanche 18 janvier 2015
Australian natives
J'ai vu ce film très beau, et un peu dérangeant aussi.
Quelques longueurs, il est construit entièrement sur l'acteur David Gulpilil.
J'aime son rire, sa manière de se mouvoir, sa silhouette sur le fil entre deux mondes, celui des natifs et celui des blancs.
J'ai souffert avec lui quand le médecin dit : "je peux vous appeler Charlie ? J'ai du mal avec ces noms étrangers..."
Une grande fenêtre ouverte sur l'Australie du bush, et le refuge de l'alcoolisme.
J'ai aussi remarqué que les natifs australiens ont les mêmes maladies que ceux d'Amérique : empoisonnés par la junk food à plus vive allure que les blancs...
Quelques longueurs, il est construit entièrement sur l'acteur David Gulpilil.
J'aime son rire, sa manière de se mouvoir, sa silhouette sur le fil entre deux mondes, celui des natifs et celui des blancs.
J'ai souffert avec lui quand le médecin dit : "je peux vous appeler Charlie ? J'ai du mal avec ces noms étrangers..."
Une grande fenêtre ouverte sur l'Australie du bush, et le refuge de l'alcoolisme.
J'ai aussi remarqué que les natifs australiens ont les mêmes maladies que ceux d'Amérique : empoisonnés par la junk food à plus vive allure que les blancs...
Les portes du pénitencier
J'ai vidé mon sac.
Comme brusquement, il est devenu très urgent que je m'en aille,
sans attendre d'être remplacée,
faut que je rapporte les clés du camion.
J'ai pas tout compris,
sûrement des trucs que je sais pas ont biaisé les cartes,
à un moment c'est presque devenu comme si je me faisais virer.
Mon collègue m'a écrit qu'il se débrouillera très bien sans moi
et que je dois rapporter tout ce qui a été payé avec les sous de l'école.
Il a mis tout le ban et l'arrière-ban de l'administration en copie, of course.
La grande classe...
Alors j'ai reformaté la clé USB,
inventorié les ressources disponibles dans un tableau synthétique,
rédigé une petite fiche de liaison sur les élèves qui m'attendent mercredi prochain.
J'ai vidé mon sac de tous les trucs que j'y trimballe,
pis,
pour faire bonne mesure,
je l'ai rerempli avec le contenu des deux casiers de mon meuble suédois
dédiés, jusque là, à mon école du mercredi.
Ca a fait comme six années en tranches...
Mais surtout, en regardant les deux casiers vides (et la poubelle pleine)
je me suis sentie flotter,
comme quand j'avais vendu la maison.
Voir ce vide,
ça m'a fait prendre conscience de la place libérée dans ma vie pour faire autre chose.
Jusque là, je voulais mettre fin à situation inconfortable,
et vu le tour que ça a pris,
je sais que j'ai bien fait de renoncer à ces heures sup.
Mais depuis l'opération tiroir,
je mesure la place que ça occupait en réalité.
Et ce luxe incomparable que je viens de m'octroyer : un peu de temps en plus.
Le mois prochain je vends Berlingo chéri pour me libérer aussi du crédit.
Comme brusquement, il est devenu très urgent que je m'en aille,
sans attendre d'être remplacée,
faut que je rapporte les clés du camion.
J'ai pas tout compris,
sûrement des trucs que je sais pas ont biaisé les cartes,
à un moment c'est presque devenu comme si je me faisais virer.
Mon collègue m'a écrit qu'il se débrouillera très bien sans moi
et que je dois rapporter tout ce qui a été payé avec les sous de l'école.
Il a mis tout le ban et l'arrière-ban de l'administration en copie, of course.
La grande classe...
Alors j'ai reformaté la clé USB,
inventorié les ressources disponibles dans un tableau synthétique,
rédigé une petite fiche de liaison sur les élèves qui m'attendent mercredi prochain.
J'ai vidé mon sac de tous les trucs que j'y trimballe,
pis,
pour faire bonne mesure,
je l'ai rerempli avec le contenu des deux casiers de mon meuble suédois
dédiés, jusque là, à mon école du mercredi.
Ca a fait comme six années en tranches...
Mais surtout, en regardant les deux casiers vides (et la poubelle pleine)
je me suis sentie flotter,
comme quand j'avais vendu la maison.
Voir ce vide,
ça m'a fait prendre conscience de la place libérée dans ma vie pour faire autre chose.
Jusque là, je voulais mettre fin à situation inconfortable,
et vu le tour que ça a pris,
je sais que j'ai bien fait de renoncer à ces heures sup.
Mais depuis l'opération tiroir,
je mesure la place que ça occupait en réalité.
Et ce luxe incomparable que je viens de m'octroyer : un peu de temps en plus.
Le mois prochain je vends Berlingo chéri pour me libérer aussi du crédit.
Moi je dis : vive la décroissance...
Bull'help yourself #5
Nulle en dessin
et pire en coloriage,
voilà pas que je viens de découvrir le doodles art,
l'art du coloriage.
Ça pullule sur Pinterest,
mais surtout,
un monde nouveau s'ouvre à moi :
quand je gribouille sur mon bullet journal
et que ça me détend,
quasiment autant que de découper en petits cubes les légumes pour la soupe,
ou de patouiller la farine de châtaignes,
mesdames, messieurs,
tenez-vous bien : c'est de l'art !
(bon, les photos, c'est plutôt du cochon, je crois que mon appareil est mort...)
mardi 13 janvier 2015
La valise ou le cercueil ?
Il y a 15 ans de ça,
pas longtemps après avoir troqué ma carte de presse contre celle d'enseignant
(je tenais beaucoup à conserver l'entrée gratuite dans les musées nationaux)
j'ai interviewé un couple de Français de confession juive,
qui avaient été cachés dans la Creuse pendant l'occupation,
ce qui leur avait sauvé la vie.
Lui, avait été noyé dans la masse des internes du lycée de la Souterraine,
et elle, planquée dans une ferme au milieu de nulle part.
Presque 60 ans plus tard, son cœur saignait et ses larmes coulaient,
au souvenir de sa copine,
qu'elle entendait hurler son prénom,
par les fenêtres ouvertes de la cuisine,
depuis l'immeuble de l'autre côté de la cour.
La copine était partie au Vél'd'hiv,
montée dans un train,
jamais revenue.
Elle, elle était restée cachée jusqu'à la nuit, la main de sa mère fermement plaquée sur sa bouche.
Cette dame m'avait raconté une anecdote qui m'est restée :
"La fermière chez qui je me cachais, me passait tous les soirs la main dans les cheveux,
d'une manière un peu étrange.
Un jour je lui ai demandé pourquoi elle faisait ça.
Elle m'a répondu qu'elle cherchait les cornes du diable, parce qu'on lui avait dit que les juifs,
c'était le diable.
Mais je lui dois la vie..."
Rien n'est simple.
Avant que je ne parte, son mari m'a emmené dans la chambre, et ma montré le dessus de l'armoire.
"Vous voyez, je ne jette jamais les vieilles valises : on ne sait jamais..."
Je me dis que peut-être depuis,
sont-ils allés rejoindre le flot grandissant des Français qui émigrent vers Israël,
pays en guerre,
où ils se sentent pourtant davantage en sécurité qu'ici,
alimentant ainsi le besoin de nouvel espace pour cet Etat qui n'était pourtant pas le leur,
pas longtemps après avoir troqué ma carte de presse contre celle d'enseignant
(je tenais beaucoup à conserver l'entrée gratuite dans les musées nationaux)
j'ai interviewé un couple de Français de confession juive,
qui avaient été cachés dans la Creuse pendant l'occupation,
ce qui leur avait sauvé la vie.
Lui, avait été noyé dans la masse des internes du lycée de la Souterraine,
et elle, planquée dans une ferme au milieu de nulle part.
Presque 60 ans plus tard, son cœur saignait et ses larmes coulaient,
au souvenir de sa copine,
qu'elle entendait hurler son prénom,
par les fenêtres ouvertes de la cuisine,
depuis l'immeuble de l'autre côté de la cour.
La copine était partie au Vél'd'hiv,
montée dans un train,
jamais revenue.
Elle, elle était restée cachée jusqu'à la nuit, la main de sa mère fermement plaquée sur sa bouche.
Cette dame m'avait raconté une anecdote qui m'est restée :
"La fermière chez qui je me cachais, me passait tous les soirs la main dans les cheveux,
d'une manière un peu étrange.
Un jour je lui ai demandé pourquoi elle faisait ça.
Elle m'a répondu qu'elle cherchait les cornes du diable, parce qu'on lui avait dit que les juifs,
c'était le diable.
Mais je lui dois la vie..."
Rien n'est simple.
Avant que je ne parte, son mari m'a emmené dans la chambre, et ma montré le dessus de l'armoire.
"Vous voyez, je ne jette jamais les vieilles valises : on ne sait jamais..."
Je me dis que peut-être depuis,
sont-ils allés rejoindre le flot grandissant des Français qui émigrent vers Israël,
pays en guerre,
où ils se sentent pourtant davantage en sécurité qu'ici,
alimentant ainsi le besoin de nouvel espace pour cet Etat qui n'était pourtant pas le leur,
Garges-les-Gonnesses, janvier 2015
Perpignan décembre 2014
lundi 12 janvier 2015
Ambiance-toi !
Je vous ai déjà parlé de mes élèves maliens ?
De grands types tout noirs et très jeunes.
Des mineurs isolés,
qui ont dû traverser le nord de l'Afrique en camion,
prendre un bateau bondé,
eu la chance de ne pas finir par-dessus bord,
et bricolé encore un peu pour arriver jusqu'en France.
J'en ai d'abord eu un premier,
tout doux, tout timide, la gentillesse incarnée,
un futur champion de foot.
Quand il est arrivé,
il a amené du calme avec lui,
du calme et du courage.
Il a débarqué, il savait à peine écrire,
il comprenait juste assez pour survivre.
C'est étonnant quand on vient de la capitale d'un pays
dont le français est une langue officielle.
Mais en fait pas tant que ça,
parce que le Mali, c'est un des Etats où on est le moins scolarisé.
L'école est payante déjà,
et en général, à la place, ils fréquentent un peu l'école coranique.
Donc lui, il ne parlait que le bambara,
ouvrait les livres à l'envers (l'habitude du Coran...)
mais il savait former quelques lettres et il connaissait l'alphabet,
déchiffrer des mots simples.
Comment ?
Facile : il avait un copain qui allait à l'école publique,
et qui lui faisait un petit reporting le soir.
Respect.
Quoi que je lui donne à faire, il va au bout.
Mais c'est dur, parce qu'il n'a pas encore la relation grapho-phonétique,
alors il écrit vraiment pas compréhensible.
Il va y arriver, je le sais.
Un deuxième vient de débarquer,
une grande bringue qui me dépasse d'une tête,
qui pose plein de questions,
sur les mots, les coutumes françaises
et qui se marre tout le temps,
ou qui pousse de petits cris joyeux pour manifester sa surprise,
son étonnement.
Hé ?
Il est 15h00 et on s'organise pas pour la prière ?
Ah ben non, pas de prière ici, l'école est laïque,
Dieu, la prière, c'est dans ton cœur, et surtout le soir en privé dans ta chambre.
Hé ?
Je lui explique comment font les autres (toutes les prières d'un coup),
et où se trouve la mosquée.
Il faut tracer un trait.
Hé ?
Il n'a pas appris à tenir une règle, je lui montre.
Lui, il ne parle que soninké
(si quelqu'un sait où on peut trouver un dictionnaire...)
et pour écrire, il faut qu'il s'accroche,
parce qu'il vient juste d'apprendre.
Ils ont 16 ou 17 ans,
on les appelle des NSA : non scolarisés antérieurement.
Les ciseaux, la colle, le compas, la règle...
tout ça, ils ne connaissent pas.
(mais ils savent lire une carte, ce qui n'est pas le cas de tous les NSA).
Surtout, ils apprennent à une allure étonnante
et c'est tant mieux : à 18 ans, pas de contrat jeune majeur.
Soit tu as une formation en alternance et tu peux subvenir à tes besoins,
soit c'est charter pour Bamako,
soit tu restes illégalement sur le territoire français avec ton visa étudiant...
Avant les vacances de Noël,
j'avais deux trois zozos qui plombaient un peu l'ambiance du groupe,
un brin laxatifs.
Depuis que les deux Maliens sont arrivés,
la classe est ambiancée.
Apaisée et productive.
Ils ont un truc, cette espèce de joie africaine,
une gnaque sereine,
faite d'espérance, de courage et de pragmatisme.
Tellement heureux d'avoir un cahier, un classeur avec des POCHETTES PLASTIQUES !
Et les stylos multicolores qu'on utilise pour la mémorisation.
Moi je dis,
c'est mieux de financer les mineurs isolés
que de les laisser traîner dans des squats avec n'importe qui...
Je ne leur demande pas pourquoi ils sont venus,
je m'en doute,
et de toute façon ça ne me regarde pas,
ils m'en parleront d'eux-mêmes en fin d'année,
quand ils auront les mots,
c'est toujours comme ça.
Mais je les admire beaucoup.
Le dessin vient de là.
De grands types tout noirs et très jeunes.
Des mineurs isolés,
qui ont dû traverser le nord de l'Afrique en camion,
prendre un bateau bondé,
eu la chance de ne pas finir par-dessus bord,
et bricolé encore un peu pour arriver jusqu'en France.
J'en ai d'abord eu un premier,
tout doux, tout timide, la gentillesse incarnée,
un futur champion de foot.
Quand il est arrivé,
il a amené du calme avec lui,
du calme et du courage.
Il a débarqué, il savait à peine écrire,
il comprenait juste assez pour survivre.
C'est étonnant quand on vient de la capitale d'un pays
dont le français est une langue officielle.
Mais en fait pas tant que ça,
parce que le Mali, c'est un des Etats où on est le moins scolarisé.
L'école est payante déjà,
et en général, à la place, ils fréquentent un peu l'école coranique.
Donc lui, il ne parlait que le bambara,
ouvrait les livres à l'envers (l'habitude du Coran...)
mais il savait former quelques lettres et il connaissait l'alphabet,
déchiffrer des mots simples.
Comment ?
Facile : il avait un copain qui allait à l'école publique,
et qui lui faisait un petit reporting le soir.
Respect.
Quoi que je lui donne à faire, il va au bout.
Mais c'est dur, parce qu'il n'a pas encore la relation grapho-phonétique,
alors il écrit vraiment pas compréhensible.
Il va y arriver, je le sais.
Un deuxième vient de débarquer,
une grande bringue qui me dépasse d'une tête,
qui pose plein de questions,
sur les mots, les coutumes françaises
et qui se marre tout le temps,
ou qui pousse de petits cris joyeux pour manifester sa surprise,
son étonnement.
Hé ?
Il est 15h00 et on s'organise pas pour la prière ?
Ah ben non, pas de prière ici, l'école est laïque,
Dieu, la prière, c'est dans ton cœur, et surtout le soir en privé dans ta chambre.
Hé ?
Je lui explique comment font les autres (toutes les prières d'un coup),
et où se trouve la mosquée.
Il faut tracer un trait.
Hé ?
Il n'a pas appris à tenir une règle, je lui montre.
Lui, il ne parle que soninké
(si quelqu'un sait où on peut trouver un dictionnaire...)
et pour écrire, il faut qu'il s'accroche,
parce qu'il vient juste d'apprendre.
Ils ont 16 ou 17 ans,
on les appelle des NSA : non scolarisés antérieurement.
Les ciseaux, la colle, le compas, la règle...
tout ça, ils ne connaissent pas.
(mais ils savent lire une carte, ce qui n'est pas le cas de tous les NSA).
Surtout, ils apprennent à une allure étonnante
et c'est tant mieux : à 18 ans, pas de contrat jeune majeur.
Soit tu as une formation en alternance et tu peux subvenir à tes besoins,
soit c'est charter pour Bamako,
soit tu restes illégalement sur le territoire français avec ton visa étudiant...
Avant les vacances de Noël,
j'avais deux trois zozos qui plombaient un peu l'ambiance du groupe,
un brin laxatifs.
Depuis que les deux Maliens sont arrivés,
la classe est ambiancée.
Apaisée et productive.
Ils ont un truc, cette espèce de joie africaine,
une gnaque sereine,
faite d'espérance, de courage et de pragmatisme.
Tellement heureux d'avoir un cahier, un classeur avec des POCHETTES PLASTIQUES !
Et les stylos multicolores qu'on utilise pour la mémorisation.
Moi je dis,
c'est mieux de financer les mineurs isolés
que de les laisser traîner dans des squats avec n'importe qui...
Je ne leur demande pas pourquoi ils sont venus,
je m'en doute,
et de toute façon ça ne me regarde pas,
ils m'en parleront d'eux-mêmes en fin d'année,
quand ils auront les mots,
c'est toujours comme ça.
Mais je les admire beaucoup.
Le dessin vient de là.
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