Je n'utilise jamais l'expression "Belle journée" pour clore une conversation ou un courriel.
Au même titre que l'ignorance du subjonctif, c'est un marqueur social, mais à la fois terriblement et subtilement insidieux, car la formulation est syntaxiquement correcte.
C'est tout au plus un tic de langage, qui n'écorche ni les yeux, ni les oreilles. Mais c'est l'anglicisme de ceux qui ne parlent pas anglais, visant à démontrer que l'on aurait un bel usage des mots, un niveau de langue sortant de l'ordinaire, quand il relève au contraire de la médiocre culture des réseaux sociaux et des messageries, surtout si l'on considère la vitesse à laquelle il se répand, repris d'abord par toutes les lectrices de chick lit, puis par tous les moutons qui s'en inspirent en communiquant avec elles, croyant s'élever par mimétisme.
Autrement dit, un émoji avec des mots creux, sorte d'injonction péremptoire à la pensée positive. C'est la formulation de clôture de tout le monde et n'importe qui, une mécanique faussement emphatique, laquelle ne remplacera jamais le "profite bien de ta journée", "que cette journée te soit agréable", bref la peine que l'on se donne à utiliser autre chose qu'une suggestion du correcteur whatsapp.
Depuis que j'ai entrepris d'étendre mon champ de lecture à des classiques oubliés (je vis dans le Centre France, où l'on commémore tout au long de l'année, le 150ème anniversaire de la mort de Georges Sand), mes sens ont soif de la délicatesse dont je m'étais moi-même privée.
Au risque de passer pour un peu snob, je ne m'en plains pas. Le défi post-it, qui vient de franchir son 61ème jour, exige d'élargir un peu les champs lexicaux comme les petits et grands sujets.
C'est une gageure intellectuelle qui me nourrit et me ravit.


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