dimanche 12 juin 2011

Mazurka des écoliers

Call me Barbecue Queen !

Kicékiki allume le barbecue ?
C'est l'homme...
Or
vivant dorénavant
seule avec deux loutres
et un vieux monsieur parkinsonien
je me vis fort marrie
d'envisager l'été sans grillade.

En même temps
on n'en mangeait pas souvent des grillades avant
l'homme n'aimant pas manger dehors
et encore moins passer une heure à allumer le grand barbecue pour deux côtelettes.

C'est au pied du barbeuque qu'on jauge la femme autonome
je me suis donc prise en mains
et ta tam !

Notez qu'il s'agit d'un foyer de table
transportable
et tout
mais que l'homme trouvait inefficace.
Moi je l'aime bien
il consomme deux fois moins de combustible déjà
et je peux l'utiliser tout près de ma cuisine
(le climat creusois ne se prêtant pas à la rentabilisation d'une cuisine d'été).
Je l'allume grâce à une bouteille
aucun risque
et surtout
zéro boulot
tu fais comme c'est expliqué
tu reviens effectivement trente minutes après
et tu peux allonger ta côte de bœuf  (bio, achetée en lot à la ferme de Sylvain)
Ta taaaaaaam again!


Pour être honnête
ce sont les images de la semaine dernière, essai 2.
En vrai, j'avais commencé avec du porc,
qui supporte mieux d'être mal saisi en cas de ratage.
J'ai aussi découvert que ma loutre bientôt majeure
manie la viande grillée avec style
vu qu'il s'est déjà fait la main avec des copains
(Le fourbe qui se contente de me dire "qu'est qu'on mange ?" à 19h55 chaque soir.)

Aujourd'hui ce sera petites brochettes de poulet tandoori
avec salade croquante.
Oui
j'ai aussi décidé de me reprendre en main sur le plan alimentaire..

Et très bientôt
ami lecteur
je te raconte les aventures de Bicycle Queen.
Je me tâte encore
rapport aux photos qui me paraissent un brin humiliantes.
Faut que je me réunisse avec ma conseillère com pour en discuter...

Edit : j'ai pas trouvé de chanson intitulée Barbecue queen. C'était à prévoir...
Et Honky Tonk Woman n'était pas exactement approprié
Abba ça fait bien vacances à l'approche non ?

vendredi 10 juin 2011

Game over

J'ai vautré ma deuxième séance.
J'ai merdé grave dans l'entretien quand on m'a demandé à quoi servent les segpa : je n'ai pas parlé des difficultés scolaires graves et persistantes, ce que que je savais pourtant par cœur,
parce que je savais que je me ferai cueillir là-dessus.
Mais comme le cœur n'y était plus ... je me suis emberlificotée dans un charabia verbeux.
C'est ce qui me coûtera l'exam, très certainement.

Ça et mes réponses un peu agressives à l'IA 
sur un sujet sensible (pour moi).

Oui
parce que j'ai eu l'IA dans mon jury...

Sinon
c'est juste long
de 13h30 à 17h30, avec 15 minutes de pause
et le jury a tout fait pour me mettre à l'aise
ils étaient très respectueux
j'ai apprécié
vraiment.

Les enfants ont été super,
même quand moi j'ai cafouillé.
je les remercie
(et encore plus Cyrielle qui me les a confiés)
ainsi que
- mon père qui m'a prêté sa montre et n'a mangé que des nouilles depuis une semaine ;
- mes enfants qui ont fait cuire lesdites nouilles ;
- tous ceux proches ou lointains qui m'ont envoyé des bonnes ondes : je n'ai pas pleuré ! Et tous vos messages m'ont fait chaud dedans.

La palme du meilleur message d'encouragement revient à ma Cécile (trop trop forte), suivie de Jean-Louis le roi de la pâte brisée, et de Yankel.

Je remercie aussi l'équipe du CDDP de la Creuse pour avoir tenu la porte du placard entrouverte afin que je puis respirer un peu.

Le prix du message le plus naze et des silences les plus éloquents va à un mec qui a une toute petite bite et qui se reconnaîtra.

Et le prix spécial du réconfort va à la secrétaire du collège
qui m'a dit un truc
avec un grand sourire juste avant
que je ne peux pas écrire ici
mais auquel je vais repenser souvent.


Goldman"A Nos Actes Manques" par shakura
Goldman"A Nos Actes Manques" par shakura




Envoyé par Barbara
l'infirmière
& le médecin
11 ans après

mardi 7 juin 2011

No future & no fate

Hier
impossible de faire la leçon d'histoire
- la journée d'un Romain un jour de vote -
impossible de finir la lecture avant
j'en avais mis un peu trop déjà
(faut pas leur donner trop de papier d'un coup...)
bon
mais surtout
ils étaient dans un état affreux
à s'insulter, s'agacer...
le stress aidant
j'ai failli jeter l'éponge.
j'ai même failli pleurer.

Depuis quelques mois,
j'ai tout le temps envie de pleurer.

Il y en avait quand même trois sur neuf qui s'accrochaient
qui avaient envie d'aller au bout
alors
finalement
mort pour mort
j'ai allégé vite fait la lecture
terminé la séance,
pris trois carnets.

On s'est assis
on a discuté.

Il y a un élève qui est tout le temps absent
mais il était là hier
c'est leur bouc émissaire
leur loup omega.
Ils lui reprochent
son absentéisme
perçu comme une injustice, 
ses plaintes somatiques,
entendues comme mensongères.
Alors quand il revient
ils lui présentent la facture
ils l'agressent
il lui font mal avec leurs mots
et lui
il les dénonce à la CPE.

Après
c'est juste l'horreur.

J'ai écouté tout ça
j'ai dit que
quand même, je n'y étais pour rien
et qu'ils n'avaient pas à s'en prendre à moi
qu'ils doivent régler cela pendant l'heure de vie de classe
(oui, j'ai l'ego un peu trop malmené :
alors je ramène le truc à moi
déjà)

J'ai ajouté
que parfois
on a vraiment mal au ventre de venir à l'école
surtout si on sait que l'on va faire l'objet de brimades
et qu'ils ne sont pas qualifiés pour en juger.

Ils ont tenté de se justifier :
"Ils nous a énervés, il nous énerve tout le temps".
J'ai répondu :
"C'est ce que disent tous les maltraitants".

Alors les langues se sont déliées
ils ont commencé à raconté tout ce qu'ils ont subi en primaire
avant de poser leur sac dans ce havre qu'est pour eux la segpa
aussi
les coups à la maison...
Je leur ai fait remarquer qu'ils reproduisent avec lui
ce qui leur est insupportable.

On a parlé du contrôle de soi
qui est difficile à gérer.
J'ai avoué que moi-même
je n'y arrive pas toujours.


Une gamine a dit
"Vous la connaissez O... ?" (une copine à elle, embrassée dans le couloir)
"Oui, elle était dans mon école, en CM1."

Et tout d'un coup
ça m'est revenu !
Brutalement.

Ce gamin là, leur tête de turc
celui qui cristallise toutes leurs émotions
je l'ai eu tout un premier trimestre de remplacement en CE1.

Je me souviens
ils étaient deux
totalement non lecteurs
une fille
et lui.
La fille, c'est avec elle que j'avais essayé, pour la première fois, la méthode Borel-Maisonny
et en novembre,
elle savait lire.
Mais avec lui
je ne suis arrivée à rien : il n'avait pas envie d'apprendre
il n'avait pas envie de grandir
surtout pas.
Tout ce que je croyais savoir faire avec les autres
était totalement contre-productif avec lui.
"Moi, je veux devenir boucher, 
parce que j'aime le sang ..."
ça m'avait glacée...

Et c'est à lui que j'ai pensé
en premier
en rédigeant l'introduction de mon mémoire.

Il m'a dit
"Vous savez madame, je vous avais reconnue ..."

C'est drôle
je trouve,
ces raccourcis de la vie.
Après ma mise au placard
faute d'élèves
j'ai trouvé asile dans cette classe
d'où il est tout le temps absent
j'ai écrit son nom six fois dans le cahier
ça me disait quelque chose
sans plus
et voilà qu'il apparaît 5 jours avant l'examen.
 -----------------------
L'après-midi
je vais dans un autre collège
je vois des gamins qui me regardent fixement
ils parlent de moi.
Ce sont des garçons
alors ils ne sont pas en train de valider mon look
c'est sûr !
Je leur demande pourquoi ils me regardent comme ça :
"On vous connaît. On vous a eu en CE1."
Leur visage m'est redevenu familier.
On a discuté un peu.
Leur prénom m'est revenu.
C'était bon.
C'était le même CE1, le même remplacement...
-------------------------------
Le soir
je descends en ville à pied.
Je croise une maman de l'an dernier
elle me demande où je serai l'an prochain.
Quand je lui dis le nom de l'école de rattachement :
"Il y en a qui vont être contentes !"
Elle vient d'y inscrire ses deux filles
que j'adore.
---------------------

Cette joyeuse et apaisante sérendipité
ne résout  cependant pas un problème de fond
que faire en histoire vendredi  ?

En fait
ma séance est prête : le passé gallo romain de Limoges
jusqu'à hier
ça me paraissait correct
ils sont toujours très intéressés par leur environnement proche (bien que Limoges déjà... )

partir du plan
de noms de rues
pour montrer qu'il y avait eu autrefois
un forum, un amphithéâtre, un théâtre, des thermes
comme à Rome
aujourd'hui tout a disparu
ré-enfoui sous des constructions existantes
hop
des photos desdites constructions
collées autour du plan
dans le carnet de voyage dans l'Antiquité

J'ai passé beaucoup de temps à tout préparer.
Chaque fois que je tapais "plan de Limoges" dans Google,
je trouvais essentiellement des "plans q rapides"
ouai...
finalement
je suis allée chez le marchand de journaux
j'ai acheté un plan de Limoges
j'ai scanné le centre ville
nickel

sauf qu'hier
sérendipité de merde
je n'ai pas pu faire la séance précédente...
décidément
quand ça veut pas ...

samedi 4 juin 2011

La parabole du cucurbitacée

Qu'a pu ressentir le malheureux concombre espagnol
voué aux gémonies
pour avoir secoué le système sanitaire allemand ?
Bafoué, publiquement humilié, accablé, méprisé, couvert d'opprobre et de scandale, finalement mis en quarantaine
le malheureux cucurbitacée n'a dû son salut qu'à l'intervention de la science
qui a rétabli la vérité :
dans cette affaire, seuls les propos répandus sont toxiques ...
Mais c'était déjà trop tard.
Calomnions, il en restera toujours quelque chose (Beaumarchais).
Diabolisé, sa seule évocation provoque le rejet, fondé sur ce sophisme terrible :
"Tu n'es pas des nôtres, tu es donc dangereux".
Mais tel est pris qui croyait prendre : au final, ce sont tous les légumes frais en provenance de l'Union européenne qui sont interdits de séjour en Russie notamment.
Et plus grave :
on ne sait toujours pas d'où vient l'escherichia coli tueuse.

Qui crie haro sur le baudet
pour cause de non conformité
pourra cacher les maux, les vrais
sous pauvres querelles sans intérêt.


Ma crise empathique du jour est donc potagère.

Ouai
c'est mon côté la Fontaine ça ..

D'ailleurs, tiens
je vous mets celle qui m'a inspirée :

Les animaux malades de la peste

Un mal qui répand la terreur,
Mal que le Ciel en sa fureur
Inventa pour punir les crimes de la terre,
La Peste (puisqu'il faut l'appeler par son nom)
Capable d'enrichir en un jour l'Achéron,
Faisait aux animaux la guerre.
Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés :
On n'en voyait point d'occupés
A chercher le soutien d'une mourante vie ;
Nul mets n'excitait leur envie ;
Ni Loups ni Renards n'épiaient
La douce et l'innocente proie.
Les Tourterelles se fuyaient :
Plus d'amour, partant plus de joie.
Le Lion tint conseil, et dit : Mes chers amis,
Je crois que le Ciel a permis
Pour nos péchés cette infortune ;
Que le plus coupable de nous
Se sacrifie aux traits du céleste courroux,
Peut-être il obtiendra la guérison commune.
L'histoire nous apprend qu'en de tels accidents
On fait de pareils dévouements :
Ne nous flattons donc point ; voyons sans indulgence
L'état de notre conscience.
Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons
J'ai dévoré force moutons.
Que m'avaient-ils fait ? Nulle offense :
Même il m'est arrivé quelquefois de manger
Le Berger.
Je me dévouerai donc, s'il le faut ; mais je pense
Qu'il est bon que chacun s'accuse ainsi que moi :
Car on doit souhaiter selon toute justice
Que le plus coupable périsse.
- Sire, dit le Renard, vous êtes trop bon Roi ;
Vos scrupules font voir trop de délicatesse ;
Et bien, manger moutons, canaille, sotte espèce,
Est-ce un péché ? Non, non. Vous leur fîtes Seigneur
En les croquant beaucoup d'honneur.
Et quant au Berger l'on peut dire
Qu'il était digne de tous maux,
Étant de ces gens-là qui sur les animaux
Se font un chimérique empire.
Ainsi dit le Renard, et flatteurs d'applaudir.
On n'osa trop approfondir
Du Tigre, ni de l'Ours, ni des autres puissances,
Les moins pardonnables offenses.
Tous les gens querelleurs, jusqu'aux simples mâtins,
Au dire de chacun, étaient de petits saints.
L'Ane vint à son tour et dit : J'ai souvenance
Qu'en un pré de Moines passant,
La faim, l'occasion, l'herbe tendre, et je pense
Quelque diable aussi me poussant,
Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.
Je n'en avais nul droit, puisqu'il faut parler net.
A ces mots on cria haro sur le baudet.
Un Loup quelque peu clerc prouva par sa harangue
Qu'il fallait dévouer ce maudit animal,
Ce pelé, ce galeux, d'où venait tout leur mal.
Sa peccadille fut jugée un cas pendable.
Manger l'herbe d'autrui ! quel crime abominable !
Rien que la mort n'était capable
D'expier son forfait : on le lui fit bien voir.
Selon que vous serez puissant ou misérable,
Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.


Toute ressemblance avec des personnages existant ou ayant existés 
ne serait en aucun cas fortuite.
C'est pas parce qu'on se sent l'âme d'un concombre espagnol
qu'on doit aussi être une lavette.
Olé !



mercredi 1 juin 2011

O divjo Gadjo

La voix est alerte au téléphone.
Mais il a largement plus de 80 ans.
Il s'appelle Joseph Valet, il était aumônier des voyageurs en Auvergne, pendant plus de 45 ans.
Et
quand je lui fais ma demande,
il me dit de lui faire parvenir mon adresse, et il me les enverra.
Gratuitement.
"Oui, ça me ferait plaisir de savoir que quelqu'un s'en serve pour ça".
Quelques jours après, je reçois ce trésor.
Deux volumes de contes manouches, et une petite méthode d'apprentissage de la langue.
Le tout collecté par ses soins, les soirs de veillée.
Copié à la main, en manouche, et en français.
Avec des précisions sur les familles auprès desquelles ils ont été recueillis.
Les Wintersheim, les Lafleur, les Reinhard, des noms très répandus chez nous aussi.
Et des dessins pour illustrer, réalisés par des manouches of course.
Oui, parce que souvent, les voyageurs ne savent ni lire ni écrire,
mais ils dessinent excellemment.
--------------------
Je les ai lus pour commencer, et j'ai adoré.
C'est spécial, de l'oral écrit.
Déjà ça fait écho à nos propres histoires.
Par exemple, O divjo gadjo, le paysan sauvage, il est grand, poilu, et il mange les enfants.
C'est notre ogre.
Les contes, les légendes, c'est vraiment universel.
Mais il y a aussi des éléments qui n'appartiennent qu'à cette culture là.
Et j'aime bien.
Alors j'ai fait ce que j'avais dit au vieux monsieur.
A la maison d'arrêt, j'ai amené les histoires en cours, j'ai expliqué ce que c'était.
Il y en a un qui m'a dit "Madame, là franchement, je regrette vraiment de ne pas savoir lire. J'aimerais bien pouvoir lire ça."
Alors j'ai répondu "je vais lire pour vous" et j'ai commencé.
Après on a parlé de l'histoire. Ils m'ont expliqué des tas de trucs que je ne connaissais pas. Et moi je leur ai montré les lettres du prénom de l'héroïne. Puis on a continué avec leur prénom, leur prénom d'école, parce que leur prénom gitan, celui qu'ils n'utilisent qu'en famille, ils ne l'écrivent pas, c'est intime.
De là, on a écrit les six voyelles.
Ensuite les jours de la semaine, parce qu'ils voulaient noter quand sont les prochains cours.
Quand un autre a conclu
"ah, ben, ça fait cinq mois que je suis là, j'aurais dû venir avant",
j'ai failli l'embrasser.
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J'espère qu'ils reviendront mercredi prochain,
parce que moi
je me suis éclatée.
Après avoir été calomniée, diffamée, discréditée, puis mise au placard
pas reconduite sur mon poste pour l'an prochain
à passer le capa-sh dans une classe où j'essaie de trouver mes marques depuis un mois
alors que je ne m'en servirai pas
et même que je vais perdre 400 € de salaire mensuel
 je peux dire que
c'est pas du luxe ces petits moments de bonheur pédagogique.

Mites au logis

- Vous vous souvenez de cette déesse, très belle, la déesse de l'amour ?
- oui oui, celle qui a provoqué une guerre là ...
- oui, c'est ça. Alors c'est la déesse ....? la déesse .......?
- la déesse KA m'dame !
 Aaaaargl