mardi 23 juillet 2013

Ik ben weg

Ik ben weg.
Je suis chemin.
Je pense chemin.
Je mange chemin.
Je dors chemin.
Je vis chemin.

De la fenêtre du dortoir le soir,
parfois je crois voir le doigt de Dieu s'étendre sur mon sommeil.


Mais Dieu n'est pas toujours sûr de mon existence.
Demain, cela fera un an déjà,
je pense à lui sans tristesse.


Ik ben weg.
Je suis chemin.
Je pense chemin.
Je mange chemin.
Je dors chemin.
Je vis chemin. 

Je me lève
et je vois que la terre est belle.
Je me lève
et je marche sur sa peau.
La peau du monde souvent
a été arrachée,
laissant voir les cailloux,
cruels points de suspension
elle se fait dure aux pieds.
Mais la peau de la terre parfois,
est douce comme la joue d'un homme rasé de frais,
potelée comme le bras d'un enfant,
et je me laisse bercer par mon pas.
Dans le parfum des chèvrefeuilles sauvages,
j'entends se réveiller cette moitié du globe,
l'aube éclaircit l'horizon, saluée par les oiseaux.
Avez-vous déjà remarqué que leur chant du matin est vraiment différent ?
À moins que ce ne soit le rose de l'air qui le propage différemment.

Au onzième jour les montées semblent moins abruptes,
les champs de blés plus ennuyeux.
Nombreux sont ceux qui prennent le bus,
découragés,
ou blessés après un départ trop rapide,
encombrés d'un sac trop lourd.
Je rattrape plusieurs de ceux qui couraient devant moi.

Ik ben weg.
Je suis chemin.
Je pense chemin.
Je mange chemin.
Je dors chemin.
Je vis chemin. 

Je me lève,
et je marche.
Aujourd'hui,
comme hier,
et comme demain.

Édit : le jeu de mot (Ik ben weg = je suis parti / je suis chemin) est une idée soufflée par Jan & Catherine, d'Ostende, avec lesquels j'ai partagé de drôles et délicieux moments. Décidément, j'aime l'humour belge.

lundi 22 juillet 2013

¿ Andar sola o no ?

"- Et vous n'avez pas peur toute seule ?
- Peur, et de quoi ?
- Ben, une femme seule ..."

C'est une question qui revient très souvent.
Aurait-on l'idée de la poser à un homme ?
Personnellement, travaillant avec des détenus, je les imagine très mal se lever à 5h pour nous attendre au coin du bois ou de la vigne... Surtout en Espagne où le chemin est une véritable autoroute à pélerins.

Mais des femmes qui marchent seules,
en effet, il y en a.
Quittées, trompées, malades, ou étouffées d'une vie d'ennui d'où la parole disparaît peu à peu, inutile à force de quotidien, échappées belles pour vivre seule un bout de chemin, après une rupture, ou en préliminaire...
Pour une femme seule, le camino, c'est la preuve qu'elle peut marcher seule plutôt que mâle accompagnée ; de sa pleine capacité à porter, se porter, supporter ; de prendre ses propres décisions sans en référer à personne d'autre qu'elle-même.

Il y a des hommes seuls aussi.
Un peu pour les mêmes raisons que les femmes, quoi que j'ai noté la retraite subie ou subite comme motif supplémentaire. Mais c'est drôle, les hommes, quand ils ne se trouvent pas de compagnon de voyage avant le départ, finissent souvent par marcher groupés.
Est-ce la peur de se retrouver face à soi-même ? Je n'ai pas osé le demander à ceux que j'ai interrogés. Il y a des questions intrusives qu'on ne se sent pas le droit de poser, alors même que cheminer de conserve crée une intimité immédiate, une connivence sans avant et pas forcément d'après, une amitié inconditionnelle dont on ne sait jamais si elle sera durable ou furtive.
Un Espagnol m'a avoué - dans un demi-sourire - vouloir demander à la Vierge de lui envoyer une "mujercita" (une petite femme, je précise pour toi Anne...).
Un autre m'explique avoir commis une classique erreur de mi-parcours : être parti avec une plus jeune, et finalement se retrouver tout seul,
parfois avec chagrin,
mais toujours sans regret.
Du chemin, il a appris que tout passe,
même le déchirement de la rupture.



"Tu vois, j'étais enfermé, et tout d'un coup la fenêtre s'est ouverte. On croit toujours qu'on ne peut pas vivre seul, mais finalement si, on peut. Je n'ai jamais eu autant d'amis et fait autant de choses que maintenant. Cette autre femme, que j'ai suivie sans calcul, elle n'a fait qu'ouvrir la fenêtre, et puis j'ai regardé dehors, et j'ai vu une autre vie ; j'ai commencé à respirer, après plusieurs années d'apnée."
Évidemment, il n'avait pas anticipé la chute depuis le troisième étage, qui fait un peu mal quand même...
Mais de ça aussi on se relève,
et puis,
moi,
j'ai toujours aimé lire et relire " La chèvre de monsieur Seguin"...
 


Plus on échange,
et plus je m'aperçois que j'aime ma vie seule.
¿ Andar sola, es o esta soledad ?
Je m'interroge sur le verbe qu'il faut utiliser en espagnol  :
si c'est temporaire, c'est "estar", si ça dure, c'est "ser"...

Il dit "estar"
avec certitude, parce que, quand même, tu ne vas pas rester toute seule toute ta vie...

Et c'est vrai que
quand je vois marcher ces deux-là,
lui qui porte le gros sac à dos,
et qui tient ses bâtons,
qu'elle n'utilise que pour grimper à son propre rythme ,
des fois j'ai envie,
et d'autres pas...




¡ Vamos con animo !*



Qu'il est doux de marcher dans la pénombre
et de se retourner pour voir le soleil se lever.
Après une nouvelle étape de 21 km,
du pipi de chat à côté du calvaire d'hier,
me voilà arrivée à Santo Domingo de la Calzada.

Pas d'auberge municipale
mais un accueil de confrérie, 
et apparemment, la concurrence est rude avec l´hôtel des soeurs cisterciennes
(chambres de 2, avec chacune une douche, un luxe à 5 euros).
J'opte finalement pour la confrérie, qui a de bons arguments aussi ...


 et où, surtout
il y a moins de compatriotes
le pélerin français pouvant se révéler aussi laxatif que stressant
(je dis pas ça pour vous Aline et Noëlle, hein, vous c'est pas pareil...).
Je commence l'après-midi à l'heure espagnole,
en déjeunant avec Cipriano (je suis pas trop sûre de l'orthographe...)
de morue et patates à la riojana.
Je ne supporte plus les frites 
(d'où l'intérêt de parler espagnol, pour ne pas comer todo los dias de la mierda...)
Pardonne-moi Enrique, je t'ai déjà oublié... ¡ Olé !


* Allons-y avec courage (traduction especial pour Anne...)

dimanche 21 juillet 2013

Neuvième jour de marche

Auberge de luxe
ce soir
à Najera.
Quand je dis "de luxe", ça veut dire 15 € la nuit, et quatre au lieu de cent dans la chambrée.


M'en fous,
en faisant deux étapes de 28 km,
j'ai économisé deux nuits,
et je pourrais être rentrée pour la fête de l'été.
N'empêche, aujourd'hui c'était long, très long...
en dépit de la pause dans le patio d'un café du très joli village de Navarrete.
Je ne reverrai plus Enrique,
c'est bien dommage...




vendredi 19 juillet 2013

Un jour de plus

Me voilà donc arrivée à Los Arcos, 
dont vous n'aurez pas de photos aujourd'hui je ne suis pas encore ressortie depuis la sieste,
 il faisait trop chaud. 
Je me lève désormais à 5h, ce qui me permet d'éviter les grosses chaleurs, 
et d'arriver dans une albergue sur le coup de midi. 
Geneviève est presque arrivé à Santiago, elle m'a envoyé un sms avant-hier... 
 Ultreia ! 





Fuerza y vitalidad

Il y a des détails qui ne trompent pas... 


Fontaine à vin à six heures du matin ... 


Pipi dans les rangs de vigne... 


On est bien dans la Rioja, THE région vinicole de l'Espagne, 
olé !

Aqui tambien...


... la vaca que ríe, ríe !