Une goutte d'obsidienne noire, surmontée d'une pleine lune à pentacle et de deux croissants, m'a choisie sans se laisser perturber par la légère vibration d'un lapis-lazuli.
C'était celle-ci, et aucune autre, une puissante protection contre les énergies indésirables et les pensées parasites.
Une voie d'ancrage.
Pour certains, le pouvoir des pierres, c'est du pipeau.
En gros, la liaison chimique ce sont les forces d'attraction entre ces combinaisons d'électrons.
Quant aux oracles et aux tarots, ce sont juste des cartes qui reprennent les grandes composantes de ce qui fait notre humanité, à commencer par la conscience de notre finitude. Un tirage peut avoir plusieurs interprétations, qui dépendent à la fois de notre perception de ces questions existentielles, de notre état énergétique au moment de la lecture, et de notre capacité à nous laisser guider par notre intuition. Ce n'est donc pas de la voyance, mais de la connexion avec notre clairvoyance et notre lucidité. Il faut juste lire et s'écouter.
En plusieurs occasions, déjà très jeune, j'ai eu de ces fulgurances inexplicables qui m'ont conduite à des décisions parfois tranchées, souvent incomprises, mais qui se sont toujours révélées justes à long terme.
Or, depuis quatre ans, je les avais mises dans ma poche avec mon mouchoir par dessus. Des intuitions j'en ai eu. Plein. Je les ai ignorées. Enfin, pas tout à fait. Je me suis éloignée, physiquement, plusieurs fois. Au moins, cette petite voix là, je l'ai écoutée, même si ce fut sans vraiment réaliser pourquoi. Elle a été un révélateur d'enfumage. Elle a tout déclenché.
Quelque chose dans les gestes ? Le regard ? Le visage apathique et tombant devant les conversations qu'il ne pouvait pas suivre ? Le chantage affectif permanent ? L'incohérence entre les paroles et les actes ? Entre les "j'apprécie d'être seul" et les "tu m'abandonnes", les "je ne veux pas rester ici, je mets la maison en vente" et les injustes "tu m'obliges à vendre" ? Entre les "je ne cherche pas une bonniche", et l'intendance à assurer, les "qu'est ce qu'on mange ? " à midi moins le quart, le vert gluant sur les innombrables velux, les empreintes de ses doigts imprimées à l'encre du journal sur la porte des toilettes, jamais nettoyée ? La superficialité mécanique des mains dans l'intimité, les exigences sexuelles à sens unique, la culture de la pénétration, du coûteux devoir de séduction de la femme pour se rapprocher d'une actrice de porno ? Les rodomontades et la servilité ? Les "je suis prêt à prendre des cours de danse" et, pendant quatre années, danser avec une main molle de poisson crevée dans le dos, 75 kilos de viande statique à trimballer, déséquilibrée, sans cadre et sans soutien ? L'appui c'est toi. Toujours toi.
A moins que ce ne soit le souvenir de l'armoire pleine de pain rassis et de vieux paquets de céréales entamés, du jus de poubelles sur les murs derrière la porte du sous-sol, des chambres poussiéreuses et malodorantes avec leurs couettes jaunasses sans housse, où nichaient des araignées, des draps en guenille remplacés par mes soins, de trente ans de graisse de friture décapée sur les portes de la cuisine avant de la repeindre en flinguant mon mois de juillet ? Des ampoules qui pendaient au plafond depuis quarante ans ? Sa salle de bains sale dont je n'ai plus voulu m'occuper ? La charge mentale totalement déportée sur moi, même en pleine tromperie ? Les cadeaux de Noël de ses petits-enfants ? Les phrases qui, de plus en plus souvent, n'étaient pas les siennes, les "belle journée et belle soirée" arrivés subitement dans son bagage lexical, avec un tas de tournures extraites de romans feel good? Le salon de thé où il était, paraît-il, allé tout seul ?
Les irrépressibles compulsions alimentaires ? Le léger recul devant ses poils de nez et ses dents, sa brosse à dents éculée et maculée ? Les douleurs qui s'installaient, mes jambes qui se dérobaient ?
Ou juste le fait que je n'écrivais plus rien ?
Je ne sais pas. Je sais seulement que c'était plus fort que moi. Je devais m'éloigner, et il ne voulait pas m'accompagner. Mon cerveau n'avait pas réalisé pourquoi, mon corps lui, prenait la fuite.
C'est que les intuitions, qui articulent en réalité les informations collectées par l'inconscient, peuvent être biaisées par notre état psychique, des émotions fortes, la simple perte de repères quand on s'éloigne de notre environnement familier. Et j'étais vraiment loin de chez moi et des miens.
Ce tirage me dit de profiter de la pleine lune de demain pour acter le deuil de l'illusion et commencer un nouveau cycle.
Tu as compris la leçon ? Un monde s'ouvre à toi, un changement portera ta vie dans une nouvelle direction. Tu dois juste maintenir une barrière entre les émotions des autres, qui ne te concernent pas, et les tiennes. Laisse les glisser sur ton plumage, tu as besoin de ta force intérieure.































