"Et là, stomp, stomp, step, step, vous écartez les bras, et vous chantez en chœur, "I'm happy again".
L'initiation aux claquettes sur la terrasse de ce camping corrézien, fait un peu mal aux pieds, mais elle réjouit le cœur. Trois femmes, un ado, et une fillette, qui ne se posent pas de question. L'énergie commune est communicative. Oui, je suis heureuse de nouveau.
Cet été, je n'irai pas à Chalap, au stage de chant russe. Pourtant, je l'aime ce lieu et ce temps. Mais, l'an dernier, il a trouvé moyen de m'y accompagner alors qu'il me trahissait déjà, salissant cette parenthèse qui m'était très personnelle. Quelques jours après, elle venait seule au fest-noz de Guéméné continuer ses manœuvres d'approche. Assise derrière nous, elle nous fixait, il tournait la tête pour la regarder par en-dessous. A sa droite pour un hanter dro, je l'ai vu prendre sa main à gauche, et la tenir contre sa poitrine, d'une manière qui n'avait rien d'amicale. J'ai posé des questions, j'ai dit ma peine, il a nié bien sûr...
Alors, cette année, quoi de mieux que reformater mon disque dur et ma mémoire vive, en passant du temps en famille ?
Là je discute avec ma petite-fille de vingt et un mois, qui ressemble à une pêche dorée dans son body rose poudré, Ses cheveux blonds lui font une bouille d'ange. Mais un ange qui sait bien dire ce qu'il veut ! Elle parle déjà par onomatopées, galope en babillant, crie mon prénom, me rapporte une collection de brindilles. Ses petites dents étincellent comme des perles de porcelaine, sous les lacs de ses yeux bleus quand elle rit aux éclats.
Et puis il y a son grand frère, toujours prêt à partir en vadrouille.
Il se trouve que j'ai récemment mis en vente mon matériel de bivouac. Acquis pour mes courtes escapades comme pour mes longs road trips ; c'était à la fin de la crise sanitaire et j'avais un gros projet à travers l'Europe.
Les concessions de la vie à deux avec un couard frileux, qui rêvait en secret d'un confortable camping car avec la télé, avaient éteint cette envie. Oh, il a été utilisé ce matériel, mais il en est devenu amèrement connoté, ça me dégoûtait un peu. Sauf que depuis la parution de mon annonce, il ne s'est rien passé. Ce n'est pas la bonne saison, la mode post-covid de la vie en van vacille sous le coût du carburant, le marché de l'occasion est pléthorique.
Avec mon nouveau logement, il y aura un garage. J'ai pris ça comme un signe : ne le vends pas, tu vas encore l'utiliser, et tu t'y feras de nouveaux souvenirs heureux. C'est le moment de réenchanter Berlingo chéri et de tailler la route.
Même si les ailes repoussent dans mon dos, j'ai commencé à petite voilure avec Vania. Il fallait de la place pour son vélo, alors on a pris une tente dressing et en route pour la version allégée !
Ce petit garçon participe à nourrir ma confiance en moi.
Ne doutant de rien, il a demandé à louer un pédalo. Soit, sur le lac de la Triouzoune, c'est pas la pleine mer non plus. Mais bon, un adulte, un enfant, faut assurer. Il en avait tellement envie que davaï ! Formidable : j'ai eu un équipier très efficace au pédalage comme à l'amarrage.
On pédalait, il voulait tenir la patouille, qu'il fallait parfois redresser discrètement pour éviter les planches à voiles, on s'arrêtait, il glissait sur le toboggan, plongeait, remontait, glissait encore. Question aisance dans l'eau, je crois savoir de qui il tient...
Nager loin, nager profond, construire un itinéraire, conduire sans me lasser. Organiser de nouvelles aventures.
Il y a tant de mini exploits dont je ne me savais plus capable...




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