samedi 10 octobre 2026

Tous les garçons et les filles...

 Teddy Bear, la petite voix qui monte, avec une jolie chanson sur l'amour de soi...


vendredi 9 octobre 2026

Pareil et pas pareil

 Aujourd'hui était une journée spéciale. À l'autre bout de la France se déroulaient les funérailles d'une vieille dame que je ne connaissais pas, mais dont les enfants pleuraient la perte, et, parmi eux, une amie dévastée par le chagrin. Comme je dis toujours, ce n'est pas parce que c'est dans l'ordre des choses qu'on a moins de peine. Il faudra se déshabituer de toutes ces petits rendez-vous qu'on avait avec le défunt, traverser les premières fois sans sa présence. Même si on s'était préparé, ce sera dur, triste, poignant.

Alors je suis entrée dans la cathédrale, pour allumer un cierge devant la puissante Vierge noire, la bonne dame de Moulins. Une petite flamme pour éclairer le chemin de l'âme, et pour étendre sa lumière sur ceux qui restent, qui nourrissaient un attachement sincère, loin de l'hypocrisie de ceux qui versent des larmes de crocodile pour maintenir leur réputation auprès des voisins. Voilà pourquoi certains deuils me touchent, quand d'autres me laissent de marbre.



Aujourd'hui était aussi un jour de froid. Au moment où la météo automnale annonce le temps des soupes de citrouille, j'ai déballé, de mes cartons, doudounes et pulls de laine.

Je les accroche dans mon nouveau nid, où je suis installée depuis dimanche, en me réjouissant de la prochaine venue de Vania, puisque les vacances d'octobre sont déjà à l'approche.

D'après moi, une vie c'est naître et renaître chaque jour. Tous les matins sont uniques, en ce sens que, 365 fois par an, ils sont l'occasion unique d'opérer d'autres choix, plus éclairés. On continue sa vie dans un nouveau lieu, en la considérant sous un angle différent, borné à la fois d'habitudes anciennes auxquelles on tient, et de routines récentes, de retrouvailles avec les visages familiers, et de rencontres touchantes.

C'est pareil et différent à la fois. Pareil parce que je fais toujours de la gym, de yoga, de la natation. Différent parce que, c'est au cœur de la belle ville de Moulins, avec son centre ancien de briques et de bois. Au détour de chaque rue, surgissent les flèches de la cathédrale, ou du Sacré-Cœur, ce qui me procure toujours un élan de joie, de réconfort, une sensation profonde de sécurité.








Pareil parce que nous entrons dans les répétitions de nos concerts de Noël, blottis autour du poêle, et que les bals et ateliers du coin ont repris. En chantant, dans la ronde, un hanter dro en breton, je garde vivants les bons souvenirs, la langue, la culture, les amies bretonnes. Le reste, ce rien qui n'était vrai, semble s'être évanoui en poussières. Légèreté de l'oubli.

Différent parce qu'hormis la danse, toutes mes activités sont à quinze minutes maximum de pédalage de chez moi. Les cyclistes sont assez nombreux ici, et je découvre un tas de pistes cyclables dont je n'avais jamais remarqué l'existence. Alors qu'en trois ans j'avais à peine parcouru trois cents kilomètres en Bretagne, j'ai allègrement franchi le cap des mille !



Et cela change tout. Les heures perdues, le budget exorbitant du carburant, les repas à l'extérieur, ce temps là est révolu.

Du chaos surgit heureusement le changement !

Self confiance

 Comment redevenir capable de faire confiance à la gente masculine quand on a essuyé ça :


Je viens de découvrir que c'est simple : d'abord il faut en fréquenter, et en fréquenter beaucoup.

Je m'en suis aperçue tout à fait par hasard.

Il y a d'abord les hommes de mon entourage familier, mes Chavans, qui étaient au rendez-vous dimanche, pour mon emménagement. Mais ceux-là, je les pratique depuis longtemps. Je sais ceux qui sont fiables.

Et puis il y a tous les nouveaux visages, à la danse, au sport.

Or, il se trouve que j'ai dû renoncer au tir à l'arc, dont les horaires variables n'étaient plus compatibles avec ceux imposés pour les disciplines les plus demandées.

Je me suis rabattue sur le self-défense : une vingtaine d'hommes, quatre femmes.

La séance commence et se clôture par la mise en place puis le rangement des tapis, et de rituels d'ouverture et clôture. Entre les deux, on est vraiment dans l'espace de l'autre, mais c'est très différent du rapport de danse. C'est du contact physique permanent, de la coopération pour apprendre les gestes techniques, des conseils, des suggestions. D'une part il n'y a pas de meneur / mené, D'autre part, l n'y a aucune place là-dedans pour une éventuelle séduction, des minauderies, ou des gloussements de dinde. On n'a du reste pas le temps de discuter, l'enchaînement des gestes exige une grande concentration, une heure et demie durant. On change simplement régulièrement de partenaire, avec tous niveaux de ceinture.

Est-ce le fait que nous soyons tous en kimono, l'unicité de silhouettes ? Ou simplement l'esprit sain des pratiquants d'arts martiaux ? En sortant de la séance d'aujourd'hui, je pédalais jusqu'à la piscine, et il m'est revenu cette même sensation d'abandon et d'échange neutre que j'avais ressentie au festival Limous'ines, qui n'était ouvert ... qu'aux femmes !

C'est très secure.

Réparateur.

Je trouve ça très cool de retrouver la compagnie des hommes sans me poser de question.

jeudi 1 octobre 2026

Fontaine, reboirai-je un jour de ton eau ?

 Les jours raccourcissent nettement. La nuit légère et frissonnante est encore bleu profond, au sortir de la pleine lune, dont la clarté laiteuse adoucit les contours du paysage au retour du bal.

J'aime pédaler dans cette douce lumière déclinante, qui annonce l'automnal repli chez soi, sur soi.

Je me sens forte, je me sens calme, je me sens stable.

Mon berger, qui se sentait si seul, a trouvé une gentille compagne. Je me réjouis de le revoir sourire.

J'écoute une amie me parler de son cœur encore en charpie. Nous ne traversons pas toutes de la même manière le traumatisme de la duplicité.

Autour de moi, j'observe.

A ma grande surprise, sur les tapis et chemins alentours, j'en vois qui sont toujours parées, maquillées et bijoutées à la gym, à la marche et au yoga ; prêtes à tout, écumer les sites de rencontre, aguicher les hommes en couple, frétiller comme de vieilles poules pour séduire et hameçonner le coup d'un soir ou d'une saison. Je ne sais pas si c'est mon regard qui s'est aiguisé depuis ma regrettable expérience, mais chez les soixantenaires, ça semble assez répandu. Je ne sais pas comment elles font, être en représentation et en chasse permanente demande une énergie constante. Qu'elles triomphent ou pas, il leur faudra se faire craindre pour ne pas toucher aux lendemains amers et ridicules, de méfiance et de jalousie.

Il y a celles qui, hantées par les souvenirs, disent "plus jamais" ; et parmi elles, celles qui ferment porte et cœur à tous les possibles, à toutes les rencontres, en rejetant les hommes, voire en perdant coquetterie et soin de soi. C'est là que l'on mesure l'impact de ce qu'elles ont subi, pour en être réduites à terminer le travail de sape psychique engagé par un autre, en achevant de s'autodétruire.


Il y a celles qui déclarent aussi sincèrement que plus jamais, mais ne s'y résignent pas, papillons et fantasmes au moindre regard, alors qu'elles sont en pleine convalescence de l'âme. Pour avoir été de celles-ci, je sais qu'elles ne sont pas prêtes, et qu'elles auront à subir encore quelques mésaventures avant de s'accorder suffisamment de valeur pour se montrer sélectives, à la hauteur de ce qu'elles méritent.

Et puis il y a celles qui disent "pas maintenant". Peu importe mon âge. Pas maintenant, je me tiens bonne compagnie.

Pas maintenant je suis occupée à réfléchir, à faire des projets, à m'occuper de mes grands et petits, et de moi-même. Laissez-moi profiter de mon temps précieux, de mon corps, mes muscles, de mon équilibre et de ma verticalité retrouvés ; de mes journées sans douleur ; des bras sans ambiguïté d'Hervé, de Thierry, de Jean-Luc, François, Pascal, Michel, Yves, dans lesquels il n'y a pas de rôle à jouer. C'est le temps de la légèreté.

Pas maintenant, je reste moi-même, mais je suis autre. 

Laissez-moi être.

Une journée de stage de set dancing irlandais


Le set dancing c'est ça. C'est joli non ? Je ne pense pas que j'aurai pu le faire l'an dernier...

Sortie folklorique à Châteauroux. Mon costume est trop grand, il va falloir changer...

mercredi 30 septembre 2026

Le goût des mots

 Je n'utilise jamais l'expression "Belle journée" pour clore une conversation ou un courriel.

Au même titre que l'ignorance du subjonctif, c'est un marqueur social, mais à la fois terriblement et subtilement insidieux, car la formulation est syntaxiquement correcte.

C'est tout au plus un tic de langage, qui n'écorche ni les yeux, ni les oreilles. Mais c'est l'anglicisme de ceux qui ne parlent pas anglais, visant à démontrer que l'on aurait un bel usage des mots, un niveau de langue sortant de l'ordinaire, quand il relève au contraire de la médiocre culture des réseaux sociaux et des messageries, surtout si l'on considère la vitesse à laquelle il se répand, repris d'abord par toutes les lectrices de chick lit, puis par tous les moutons qui s'en inspirent en communiquant avec elles, croyant s'élever par mimétisme.

Autrement dit, un émoji avec des mots creux, sorte d'injonction péremptoire à la pensée positive. C'est  la formulation de clôture de tout le monde et n'importe qui, une mécanique faussement emphatique, laquelle ne remplacera jamais le "profite bien de ta journée", "que cette journée te soit agréable", bref la peine que l'on se donne à utiliser autre chose qu'une suggestion du correcteur whatsapp. 

Depuis que j'ai entrepris d'étendre mon champ de lecture à des classiques oubliés (je vis dans le Centre France, où l'on commémore tout au long de l'année, le 150ème anniversaire de la mort de Georges Sand), mes sens ont soif de la délicatesse dont je m'étais moi-même privée. 

Au risque de passer pour un peu snob, je ne m'en plains pas. Le défi post-it, qui vient de franchir son 61ème jour, exige d'élargir un peu les champs lexicaux comme les petits et grands sujets.

C'est une gageure intellectuelle qui me nourrit et me ravit.




mardi 22 septembre 2026

Catherine et la caisse à outils

 Quand ma petite fille sera en âge, je lui offrirai une caisse à outils. Je sais bien qu'elle est à moitié russe et donc supposée trouver un homme équipé, mais elle est aussi a moitié française et je suis sa grand-mère. Donc elle saura se débrouiller par elle même, sans dépendre du bon vouloir, des compétences, et du pénis d'un chromosome tronqué (je plaisante les hommes hein, je vous aime).

Car le même jour j'ai monté des étagères pour mon garage 

et j'ai appris le décès très prématuré de Catherine Ringer.


Dans mon esprit, il s'est formulé un raccourci qui dit qu'on est capable et qu'il faut en profiter avant qu'il soit trop tard.

J'y ai repensé aujourd'hui, après avoir vidé Berlingo chéri, en pique-niquant au soleil, près de la lectrice de la médiathèque.



Repensé à la chance.
Et au tour que prend la vie quand on a une boîte à outils.
Vivre comme on l'entend. Sans entrave, charge mentale ou kilomètres inutiles.
Comment le destin met sur notre chemin ceux qui nous permettent de nous élever, en nous délivrant 
du mâle, pardon, du mal.
Comment nous acceptons, traversons, changeons, pour peu qu'on fasse bon usage de nos émotions.
Il y a des jours comme ça, la lumière est si douce, on n'a pas d'autre choix que de se sentir léger et heureux. 
Libre et éclairé.

mardi 15 septembre 2026

Les belles rencontres et retrouvailles du festival Trad à la Source

Et puis un jour il y a un billet de cinquante euros ramassé dans une rue de Genève.

Et, quelques semaines plus tard, une escapade supplémentaire, de dernière minute, offerte par ce billet oublié dans une boîte.

Et deux flaques brillantes, d'un bleu clair et pur, un regard droit, un sourire sincère qui n'attend rien que la danse, te tend la main et t'invite à la poursuite. Ces yeux là ont lu la Mare au Diable, la Petite Fadette, Mauprat et François le Champi. Les Maîtres Sonneurs sont encore dans le fourgon. Ce regard là n'est pas toujours sûr de lui. Il cherche un nouvel endroit où se poser, plus près de chez ses enfants, où il y aura un vrai jardin, parce que ces mains sont celles d'un naisseur d'arbres, et elles aiment vraiment la terre. Ses paroles sont limpides et mesurées. C'est une conversation qui débute doucement, pendant un pique-nique, sans victime, sans complainte, sans précision intime inappropriée. Ses pieds aiment les chemins où contempler la nature, marcher hors des groupes et s'attarder un peu à découvrir. Son âme aime les églises, dont il porte le prénom fondateur.

Clocher de la collégiale d'Evaux-les-Bains




Rentrer la nuit, à pied, fatiguées et heureuses

Et une jupe longue qui tourne inlassablement, celle d'une maman comme moi, qui a eu très peur pour son garçon. Un été d'angoisse, un cancer subitement découvert et opéré. Quoi de pire pour une mère qu'un de ses enfants en danger de mort ? On voudrait le remettre à l'abri dans notre ventre. Le reste n'est que péripéties ridicules. Maintenant que nous ne sommes plus accablés de chaleur, que nous savons danser le Congo de Captieux, que les nuits étoilées fraîchissent aux sons d'une délicieuse programmation, on peut danser encore et encore, pour cultiver la vie et son mouvement, mes priorités de cette fin d'année, avec l'écriture.

Sandrine Lagreulet et Cyril Roche

Laurence Pinchemaille et Grégory Jolivet, Polyphonies du bocage


Et, encore et toujours les silhouettes nouvelles ou familières, des danseurs de bourrée. Je ne sais pas si la musique et la danse guérissent de tout, mais, clairement, la bourrée, bellement exécutée dans l'un de ses terroirs, me réalimente d'un incommensurable regain d'énergie, jusqu'au bout de la nuit. Sans jamais m'ennuyer, les variantes et les caractères étant infinis.

En Limousin, on la pratique plutôt en quadrettes. 

Ces deux soirs là, il y avait le magnifique danseur vellave, Christian Frappa, avec lequel j'ai ainsi eu le plaisir de m'enlever avec bonheur. Il semble toujours en équilibre sur un coussin d'air, le comble de la grâce, pour une danse aussi ancrée que la bourrée.


L'heure n'est pas encore à ranger ma couchette de bivouac, il reste de grandes nuits à traverser !

vendredi 11 septembre 2026

La théorie du drap housse

Après trois mois de bras et jambes nues au soleil, de road trips et de coups de pédales (600 km...),  je viens de terminer et un petit livre acheté dans une brocante, et la première semaine de rentrée.


C'est une autrice québécoise, qui raconte ses histoires d'amour avortées, ses ruptures, ses espérances, et ses déceptions. C'est drôle, léger, tendre, et ça se lit vite.
J'en ai retenu que, comme je suis capable de plier seule mes draps housses, je suis libérée et en route sur un joli nouveau chemin, le mien.
Libération et renouveau qu'en cette nouvelle lune, je célèbre en me débarrassant de tout ce qui me pèse, ou me ramène à la manière dont je me suis faite avoir.
Parce que oui, bien sûr, j'y pense encore de temps en temps. Mais désormais, ça me fait rire, avant de s'évanouir.
Pendant que s'édifie la maison de bois du petit cochon, sur un terrain que je lui avais indiqué, et choisi en ma compagnie, selon les plans établis avec mon avis, après avoir pris les cotes de mon appartement (tout cela en pleurnichant que je ne veuille pas aller aux autres rendez-vous constructeurs ET en allant coucher avec l'autre ET se plaindre aussi auprès d'elle, mais quelle santé !😀😏), pendant que dans une brève illusion je l'imagine travailler dur à se refaire une réputation dans un bourg de 6 000 habitants, je m'apprête à emménager dans mon nouvel et mignon appartement, à 15 minutes, à pied ou à vélo, de tout ce que j'aime faire : danser, lire, me cultiver, nager, bouger.

Et je trie.
Les vêtements déjà. J'ai perdu trois tailles, je ne vais pas m'en plaindre, Monoprix non plus.
Le lit. J'aime le mien, il est confortable. Il me suffit de remplacer le surmatelas par un nouveau, en pure laine du Limousin.
Les draps, je ne les change pas. J'avais tout remplacé chez lui, viré les guenilles à l'odeur suspecte, renouvelé le stock chez Carré Blanc. Il aime que les femmes lui offrent de belles choses. Et bien sûr, je lui en ai laissé quand j'ai quitté sa maison. Le pauvre, il n'avait plus RIEN pour se vautrer avec une autre !
Mais le jeu de serviettes moelleuses, avec le petit couple des amoureux de Cocteau. dont il a conservé un exemplaire, je ne peux plus les voir en peinture, 



Le tout a fait plaisir à une copine, pour laquelle, évidemment, elles n'ont aucune signification.

Pis moi j'ai retrouvé la gym, le yoga, planifié un séjour au ski cet hiver.
Et j'ai ajouté une corde à mon arc  😉:

Pas de tir à l'arc d'Yzeure
La délicieuse sensation de mon corps retrouvé, planté dans le sol, de la concentration, de l'inspiration quand tu tends l'arc, la palette sous le menton, le nez contre la corde, du souffle retenu au moment de tirer la flèche. 
Oui, yahoo, c'est la rentrée ! Je suis forte et je suis joyeuse.

lundi 7 septembre 2026

Sororité

Je viens de passer le week-end dans la Creuse, pour la onzième édition du petit, et très particulier, festival les Limous'ines. Diffusion confidentielle, par nos réseaux habituels, les mêmes qui nous avaient permis de survivre pendant la crise sanitaire.

A part la soirée de concert du vendredi soir

il n'est ouvert qu'aux femmes. Les hommes impliqués dans l'installation et la mise en place sont solidaires, et décampent donc du site pendant deux jours.

En pleine nature, cérémonies, feux, tambours, tisanes, biscuits, cercles, 



il se dégage, dès l'ouverture, une énergie et une sororité puissantes, où toute parole est permise, et tout accueil reste ouvert dans une joyeuse intimité à la fois respectueuse et partagée. 

Aucun jugement.

Il y avait là toutes sortes de femmes. Des expérimentées, des jeunettes, des périménopausées, toutes tailles, toutes silhouettes, toutes histoires, tous milieux sociaux, poilues, épilées, célibataires, en couple, veuves, divorcées, jeunes maman avec un bébé au sein, femmes enceintes.

Les journées s'organisent autour d'ateliers  tournés vers le développement personnel, les soins énergétiques, le corps dans toutes ses dimensions, les multiples facettes de la féminité, la fabrication d'onguents, le bricolage, les constellations familiales, les mythes et contes fondateurs, le plaisir.


Ils sont tous animés par des femmes bénévoles. J'y ai tissé de nouveaux liens, car il y avait de nombreuses festivalières du proche Allier.

J'ai particulièrement apprécié que rien, jamais, ne soit injonctif. Je trouve personnellement insupportable cette obligation qu'il y aurait à être l'unique responsable de notre propre bonheur, et parfois même de notre simple survie, dans un monde qui ne va pas bien, surtout quand on croise des personnes toxiques. Je remarque que l'admirable capacité de résilience de mes sœurs n'est pas une légende, et que je goûte avec bonheur aux échanges avec les jeunes femmes. Elles ont un autre regard sur la vie, notre statut, l'essentielle clarté de nos limites, alors mêmes que nous traversons toutes des joies et des épreuves similaires parce qu'universelles.

C'était ma première expérience de ce type. Etait-ce l'absence d'homme, ou la nature du public ? Sûrement un peu des deux : dans cette riche diversité de parcours et de personnalités,  il n'y avait pas de concurrence, pas d'égo surdimensionné, pas de couverture tirée à soi. Seulement de l'écoute et des vibrations de chant, de parole, et même de silences. Une unicité qui tire tout le groupe vers une meilleure version de chacune, plus éclairée.

Se connecter au plaisir c'est aussi s'offrir des joies simples comme la douche matinale au cul du Berlingo, sans poser de rideau. De la sécurité, et aucun enjeu de séduction, de rivalité. Reposant.




Franchement, ne pas voir, ni entendre d'homme pendant deux jours, c'est assez fabuleux. Absolument pas de l'ordre du rejet ou du dégoût, loin de là. C'est plutôt une question d'ancrage, d'apaisement et d'épanouissement, pour une fois tourné vers nous-mêmes.

Et de liberté. Celle que nous méritons toutes.


PS. Evidemment, pas de photo des festivalières, ni du lieu en plan large, on comprendra aisément pourquoi.

mardi 1 septembre 2026

Guérir # 11 Vitesse de libération en propulsion par courbure

 300 000 km par seconde, 16,7 diamètres terrestres. C'est la vitesse de la lumière.

C'est aussi la vitesse de libération pour échapper à la glissade de l'univers en trois dimensions vers le monde bidimensionnel de la nuit étoilée de Van Gogh. Un monde brillant, mort et plat.


Photos internet

Le vaisseau à propulsion par courbure qui atteint cette vitesse, laisse dans son sillage une sorte de vide de lumière, un champ noir, derrière lequel il est possible de se dissimuler.
Dissimuler, je ne sais pas, et on peut dire que ma vitesse de libération de la gravité de ce qu'il faut bien qualifier de traumatisme a été fort lente.
Mais je n'ai pas été bidimensionnalisée. Au contraire, depuis que je suis rentrée à Ithaque, je me sens comme augmentée par mes pérégrinations estivales.
Je referme enfin mon ancien bujo plein d'amertume, mais aussi de photos de mes petits enfants... Je l'avais ouvert en janvier, quand le compte à rebours de la mise à feu avait été lancé.



Symboliquement, c'est important. Je sais bien que ça va tirer encore un peu jusqu'en novembre. Qu'il  y aura encore quelques pensées intrusives. Puis la boucle sera bouclée, celle de toutes les premières fois d'une année de deuil psychique. Dans le nouveau carnet, il y a des projets, une bucket list, de la musique, des rendez-vous, et plus aucune photo de la lose avec son sourire hypocrite, ses déclarations creuses, et ses larmes de crocodiles. Plus de questions inutiles, même gribouillées.

Je termine en même temps la trilogie de trois fois 700 pages de Liu Cixin, la Mort immortelle, suite et fin du Problème à trois corps et de la Forêt sombre. Et je m'en vais de ce pas à la médiathèque me nourrir encore de jolis mots. J'ai un défi post-it à relever !

lundi 31 août 2026

Guérir # 10 Odyssée vers la sagesse

Comme dans un rêve, la vie emprunte parfois des détours surprenants. Mais pouvons-nous en décoder la signalisation ? Quelle est la symbolique de nos actes ? Il faut parfois d'innombrables récurrences pour qu'enfin nous comprenions quel bras arme le nôtre, qui parle par notre bouche, quelle blessure nous guérissons qui ne nous appartient pas.

L'exil oui, je l'avais oublié dans ma liste de traumatismes à surmonter. Comment ai-je pu l'occulter, alors que je vais maintenant à sa rencontre ? Comment débarrasser la table de mes anciens, pour qu'enfin les générations après moi puissent souper à leur tour ? Comment réconcilier la cuillère nourricière (cuchara) et le tranchant du couteau  (cuchillo)

Me voilà descendue en Provence recueillir la parole de la dernière sœur de ma mère. Je construis actuellement mon génogramme, et il me manquait des informations sur mon ascendance maternelle.

Non tous les chemins ne mènent pas à Rome.
Notre chemin vers les autres exige, pour que les rencontres soient belles, que nous soit déjà familière la route qui mène jusqu'à nous.
Quand nous croyons nous abîmer à emprunter les chemins de traverse, nous avançons tout de même vers notre lieu sacré.
Quand nous perdons le nord, aveugle à notre boussole intérieure, le temps que nous y passons reste une simple étape, qui trouve encore moyen de faire fructifier le détour.
La caillasse est dure aux pieds, mais cela reste notre choix de ne pas emporter (en porter), les cailloux. Les pierres qui pèsent déjà dans nos havresacs, nous pouvons nous en alléger en dressant de petits cairns, des repères pour notre descendance, mais dont elle n'aura pas à se charger, et qu'elle saura peut-être contourner.
Car notre lignée nous observe. Ce sont parfois ses chemins que nous empruntons. Il faut savoir bifurquer à la prochaine patte d'oie. Revenir en arrière, à la dernière balise, nous ne pouvons pas.

Rome se s'atteint pas en un jour. Égarons-nous avec foi, ferveur et curiosité. Au bout, c'est la mort. Nous ne sommes pas si pressés d'y arriver. Mais nous pouvons choisir de fermer les yeux, le moment venu, sans regret, ni honte, ni remord, dans la confiance et la paix du chemin, accompli sans avoir poussé d'autres pèlerins dans un ravin, en ayant tendu la main au péril de notre âme, heureux d'avoir posé nos pas dans les empreintes assurées de ceux qui nous ont précédés, avant de tracer les nôtres dans les contrées propres et vierges de notre destinée.

Le temps de compléter le puzzle, et je suis repartie dans mon vaisseau Berlingo. A travers le hublot je voyais défiler les platanes et la Durance, jusqu'à ce que le ciel se remplisse de montagnes.


Bivouac dans la petite station de la Laye






La route était belle, la route était longue. Je me croyais apaisée, mais, depuis le début de mon odyssée,  tout d'un coup, mon cœur s'accélérait, comme si mon corps se croyait en danger. Je croisais un panneau, une direction, Issoire, Clermont, Le Cheylard, et remontaient, comme un goût de cendre et de vomi, les pensées douloureuses, les faux semblants et la malhonnêteté. Après avoir douloureusement traversé l'Allier, comme nous l'avions fait à pied, voici que les kilomètres défilaient, et avec eux les allées venues de l'une à l'autre, la maternité en ma compagnie pour la naissance de son petit-fils, son sourire hypocrite, quand il avait déjà opté pour une femme "bien", qui préfère les hommes en couple. 

Brusquement, mon cerveau a activé une fenêtre d'information, un vieux lien, une photo de profil postée trois mois seulement après la mort de sa femme, un cliché de leurs dernières vacances, quand elle le gonflait de ne plus pouvoir suivre. Sur cette image, il arbore le sourire satisfait du type qui a tiré un coup la veille, avec une touriste levée au bar, pendant que son épouse malade se reposait dans leur chambre. Tout était dans cette photo, son choix, sa date, tout ce qu'il est vraiment. Son statut de courageuse victime faussement timide, pour draguer. Le "j'ai jamais trompé ma femme même quand elle était malade", alors que je n'avais rien demandé. Pourquoi ai-je balayé mes doutes et mes intuitions si longtemps ? Tout était pourtant là, sous mes yeux. Comment ai-je pu faire deux cents pour cent confiance à un esprit si tordu ? Voilà pourquoi son rendez-vous précédent notre rencontre lui avait mis un râteau. Elle savait, elle, qu'elle méritait mieux que ça.

Chaos mental.

Et puis le paysage reprenait le dessus, et moi mon calme.

C'est ainsi qu'au jour 30 du #defipostit, je suis arrivée à Genève, où se rejoignent les eaux vertes du Rhône et le flot gris de l'Arve, à la jonction de deux ascendances.


La joyeuse mélancolie des pieds-noirs espagnols.

Le troublant mystère des fades berrichonnes.
Une pleine lune, une éclipse lunaire dissimulée par l'orage.
Un ange nuage.


Une ombre nette


Des signes de chemin.




L'inspiration des jolis mots.
De l'entropie et de l'ordre.
Des artefacts et de la vérité.
De l'éthérique et du physique



Pourquoi Genève ? Je voulais voir le Kid. Où il vit, où il travaille, où il fait ses courses et ce qu'il mange.
Dans les remugles des souvenirs qui remontent, j'ai repensé à l'appartement trashé de son fils, les sacs poubelles entassés jusqu'au plafond, la salle de bains dégueulant de déchets. En cinq ans, il n'y avait pas mis les pieds une seule fois, il ne s'était jamais inquiété de venir sonner à sa porte pour un café, une conversation.
Et puis, oh mon Dieu, la lettre que j'avais rédigée pour les propriétaires, lui évitant de rembourser les travaux de remise en état, parce que l'engagement de caution incomplet n'était pas opposable ! Avait-il réellement réglé les loyers en retard comme il s'y était engagé ? Tout me paraît étrange et faux désormais. Tout.

C'était insupportable.
Alors j'ai arpenté la ville, et j'ai nagé dans le Léman.


Et j'ai rigolé avec mon fils, qui me rend si fière.



lundi 24 août 2026

Bivouac en Aubrac

 Il s'annonçait une nuit d'orage, et je descendais vers le sud.

J'ai fait halte, pour la nuit, au lac du Moulinet en Aubrac.

Ce ne fut pas une journée facile.

Il y a eu les nuées noir anthracite, poussées par un vent furieux et insistant. Il y a eu les grosses gouttes grasses de l'orage naissant, qui se sont pesamment écrasées sur la carrosserie et les vitres. Les rideaux tirés, le sac de couchage déplié, et moi guettant les fracas du tonnerre, les éclairs enragés, dans mon radeau Berlingo malmené, comme un esquif sur le chemin. Je m'étais mise bien à l'écart des arbres. Le grondement s'est éloigné, le vent tonitruant a soudainement faibli, la pluie a doucement cessé. La nuit était tombée.

Il y avait maintenant une belle lune gibbeuse croissante, comme un peu à l'écart du tapis d'étoiles qui transpercent peu à peu le voile nuageux, en brillant obstinément. Vénus m'indiquait que j'étais sur la bonne voie. Humide, mais sûre et saine. J'entendais les sonnailles des Aubrac qui paissaient tranquillement avant les turbulences. Les sons de la nuit sur le plateau, sont un baume pour toute peine, un encouragement à avancer vers mon histoire, notre mémoire, les clés pour demain.

Gratitude.

Mais le matin, alors là, le matin, woaow ! 

L'orage avait été impressionnant. Tout autant l'était ce calme matin bleu, dans la brume qui démaillotait doucement le lac à peine ridé.

Les nuages avaient blanchi, et traversaient plus gentiment le ciel. La fraîcheur aiguë des matins d'automne s'annonçait déjà dans l'humidité du chemin qui avait drainé la poussière étouffante de l'été vers les profondeurs de la terre.